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Armes chimiques

Par James Madsen, MD, MPH, U.S. Army Medical Research Institute of Chemical Defense

Les armes chimiques sont développées par les gouvernements pour être utilisées en temps de guerre et comprennent

  • les agents toxiques (destinés à causer de graves lésions ou la mort)

  • les agents incapacitants (destinés à ne causer que des effets temporaires, n’étant pas potentiellement mortels)

  • les agents incendiaires (destinés à produire de la lumière et des flammes)

Des produits chimiques toxiques industriels, fabriqués pour l’industrie, peuvent également faire de nombreuses victimes. Certains produits chimiques (comme le chlore, le phosgène, et les composés cyanurés) ont des applications industrielles et militaires en cas de guerre chimique.

Les agents toxiques sont divisés en quatre catégories principales :

  • les agents pulmonaires

  • les asphyxiants systémiques (agents hémotoxiques)

  • les agents vésicants

  • les agents neurologiques

Les agents incapacitants sont divisés en deux catégories :

  • les agents anticholinergiques

  • les agents de lutte anti-émeute (souvent appelés à tort gaz lacrymogènes) dispersés sous forme d’aérosols solides ou de solutions

À doses élevées, les agents incapacitants peuvent causer de graves lésions ou la mort.

Les agents incendiaires, destinés à créer de la lumière et des flammes, peuvent aussi causer des brûlures chez de nombreuses victimes.

Agents pulmonaires

Les agents pulmonaires affectent les poumons et les voies respiratoires. Ils comprennent les agents « suffocants » traditionnels tels que le chlore, le phosgène, le diphosgène et la chloropicrine, certains agents vésicants tels que le gaz moutarde, la lewisite et l’oxime de phosgène (qui affecte également la peau), ainsi que les fumées militaires, les produits de combustion, et de nombreux produits chimiques toxiques industriels. La plupart de ces composés sont des gaz ou des liquides hautement volatiles.

Les agents sont divisés en deux catégories selon la partie des voies respiratoires qu’ils affectent principalement :

  • Les agents de type 1 : Ils affectent les grosses voies respiratoires

  • Les agents de type 2 : Ils affectent les voies respiratoires de petit diamètre et les petits sacs d’air des poumons (alvéoles)

Les agents à effets mixtes peuvent affecter les grosses voies respiratoires, les voies respiratoires de petit diamètre et les alvéoles.

Les agents de type 1 comprennent l’ammoniac, le chlorure d’hydrogène, le fluorure d’hydrogène, les agents de lutte anti-émeute, la plupart des fumées, le dioxyde de soufre et le gaz moutarde au soufre.

Les agents de type 2 comprennent la chloropicrine, l’isocyanate de méthyle, le phosgène et le tétrachlorure de carbone.

À des doses faibles à modérées, les agents à effets mixtes agissent autant sur les grosses voies respiratoires que sur les alvéoles. Ces agents comprennent le chlore, la fumée de HC (hexachloroéthane plus oxyde de zinc) et la lewisite.

Symptômes

L’exposition initiale aux agents de type 1 provoque des éternuements, de la toux et des spasmes de la trachée, ce qui peut bloquer les voies respiratoires. (Une irritation des yeux peut également se produire.) Les personnes affectées de spasmes de la trachée sont enrouées, ont une respiration sifflante et font un bruit de halètement à l’inspiration. Ce son est appelé stridor. Une oppression thoracique ou un essoufflement peut se manifester.

Avec les agents de type 2, les symptômes sont généralement retardés pendant plusieurs heures après l’exposition. Initialement, les personnes ressentent une oppression thoracique ou un essoufflement, mais sans toux ou avec une toux très faible. L’essoufflement qui se développe dans les 4 heures suivant l’exposition est un signe que les personnes peuvent avoir été exposée à une dose potentiellement mortelle.

Diagnostic

Les médecins et les premiers intervenants basent leur diagnostic d’exposition à une arme chimique sur les symptômes que présentent les personnes. Ils écoutent la respiration des personnes. Lorsque la cage thoracique est initialement bruyante et que des symptômes marquants se manifestent, les personnes ont probablement été exposées à un agent de type 1. Lorsque le thorax est relativement silencieux et que l’essoufflement est retardé, il est probable que les personnes ont été exposées à un agent de type 2.

Une radiographie du thorax paraît d’abord normale mais par la suite, des anomalies caractéristiques apparaissent. Les médecins insèrent parfois une sonde flexible équipée d’une caméra dans les voies respiratoires (bronchoscopie) pour y observer l’étendue des lésions. La bronchoscopie peut confirmer les lésions provoquées par les agents de type 1 mais ne détecte pas toujours les lésions précoces provoquées par les agents de type 2.

Les tests de laboratoire ne sont pas utiles pour aider les médecins à poser un diagnostic initial mais ceux-ci surveillent généralement le niveau d’oxygène dans le sang des personnes afin de déterminer si leur état se détériore.

Traitement

Comme les effets mixtes sont fréquents, les médecins choisissent un traitement en fonction des symptômes présentés par les personnes plutôt qu’en fonction de l’agent spécifique. Une décontamination n’est généralement pas nécessaire pour les personnes ayant été exposées à des vapeurs ou à des gaz et il n’existe pas d’antidotes spécifiques pour ces agents.

Pour les personnes dont les symptômes impliquent principalement les voies respiratoires (effets de type 1), les médecins administrent de l’oxygène à 100 %, tiède et humidifié, au moyen d’un masque à oxygène. Il se peut qu’ils doivent éliminer des débris des grosses voies respiratoires des personnes à l’aide d’une bronchoscopie. Les médecins peuvent avoir besoin de mettre en place une sonde de respiration dans la trachée des personnes, et ils peuvent leur administrer des bronchodilatateurs, une catégorie de médicaments inhalés qui élargissent les voies respiratoires (semblables aux médicaments utilisés contre l’asthme). Les corticostéroïdes inhalés peuvent être administrés pour réduire l’inflammation qui accompagne souvent les lésions des poumons.

Les personnes susceptibles d’avoir été exposées à un agent de type 2 sont admises dans une unité de soins intensifs (USI) et reçoivent de l’oxygène. L’oxygène est parfois administré sous pression au moyen d’un masque facial étanche spécial ou au moyen d’une sonde de respiration placée dans la trachée. Les médecins peuvent administrer des corticostéroïdes par voie orale selon le type de lésion suspectée.

Asphyxiants systémiques

Les agents asphyxiants systémiques comprennent :

  • les composés cyanurés,

  • le sulfure d’hydrogène.

Les agents asphyxiants systémiques sont également appelés agents hémotoxiques parce qu’ils se répandent dans le sang. Cependant, ils endommagent les cellules de tout l’organisme, et pas seulement les cellules sanguines.

Le cyanure d’hydrogène ou le chlorure de cyanogène sont des liquides hautement volatiles ou des gaz à température ambiante. La combustion de nombreux produits chimiques domestiques et industriels peut produire des cyanures et les personnes affectées par l’inhalation de fumées peuvent également souffrir d’empoisonnement par le cyanure. Bien que le cyanure ait une odeur caractéristique d’amande amère, environ la moitié des personnes sont incapables de la détecter.

Le sulfure d’hydrogène est toujours un gaz à la température ambiante et l’exposition à cet agent se produit normalement par inhalation. Le sulfure d’hydrogène peut être obtenu par le mélange de produits chimiques domestiques contenant du soufre avec des acides. Les gaz résiduels peuvent affecter les sauveteurs et augmenter ainsi le nombre des victimes. Le sulfure d’hydrogène est également produit par la décomposition du fumier. Les fosses à fumier des grandes fermes contiennent souvent des quantités mortelles de ce gaz. Le sulfure d’hydrogène a une odeur caractéristique d’œufs pourris, mais les fortes concentrations rendent cette odeur difficile à détecter.

Symptômes

Le cyanure commence par faire suffoquer, accélère le rythme cardiaque et provoque une hypertension artérielle. Les personnes peuvent avoir des convulsions et perdre connaissance en moins de 30 secondes. Elles peuvent présenter des signes semblables à ceux du tétanos, notamment un trismus, une contracture des muscles faciaux donnant un aspect grimaçant et celle des muscles cervicaux arquant le cou. La peau des victimes peut apparaître rougie, mais environ la moitié des personnes prennent un teint bleuâtre.

Les personnes ayant été exposées à des doses élevées de sulfure d’hydrogène peuvent également avoir des convulsions et perdre connaissance. Elles peuvent subir des dommages au cœur. L’exposition continue à de faibles doses de sulfure d’hydrogène peut irriter les yeux et les muqueuses du nez et de la gorge, causer des céphalées, de la faiblesse, un manque de coordination, la nausée, des vomissements, une oppression thoracique et une hyperventilation.

Diagnostic

Les personnes gravement atteintes doivent être traitées immédiatement afin que les médecins puissent poser leur diagnostic à la fois sur la base des symptômes et des antécédents des personnes. Après l’exposition au sulfure d’hydrogène, toutes les pièces de monnaie que les personnes peuvent avoir sur elles prennent une décoloration verte ou noircissent, ce qui peut renforcer les soupçons des médecins en faveur d’une exposition au sulfure d’hydrogène. Les analyses de sang fréquemment prescrites peuvent suggérer une exposition au cyanure d’hydrogène ou au sulfure d’hydrogène, mais seuls des examens spécialisés peuvent le confirmer.

Traitement

L’attention des médecins doit se porter immédiatement sur les voies respiratoires, la respiration et la circulation sanguine des personnes. La peau peut être décontaminée à l’eau, avec ou sans savon.

Il existe des antidotes pour les personnes exposées au cyanure. Ces antidotes sont notamment le nitrite d’amyle, le nitrite de sodium, le thiosulfate de sodium et l’hydroxocobalamine.Si aucun antidote n’est disponible, administrer de l’oxygène à 100 % aux personnes. La réanimation au bouche-à-bouche sans protection peut exposer le sauveteur au cyanure provenant de la respiration des personnes.

Les personnes ayant été exposées au sulfure d’hydrogène reçoivent normalement de l’oxygène à 100 %. Le nitrite de sodium, l’un des antidotes utilisés contre l’empoisonnement au cyanure, peut être utile.

Agents vésicants

Les agents vésicants comprennent

  • les gaz moutarde, notamment le gaz moutarde au soufre et les gaz moutarde à l’azote

  • la lewisite

  • l’oxime de phosgène

Les agents vésicants, qui provoquent des vésicules de la peau, peuvent aussi endommager les poumons et les voies respiratoires. Les gaz moutarde peuvent également affecter la capacité de la moelle osseuse à produire des globules blancs, cellules sanguines qui luttent contre l’infection et parfois causent le cancer de la peau ou des voies respiratoires.

Le gaz moutarde a été décrit sous des formes variées comme ayant une odeur semblable à celle de la moutarde, de l’ail, du raifort ou de l’asphalte. La lewisite peut avoir une odeur ressemblant au géranium et l’oxime de phosgène a simplement été décrit comme étant un agent irritant. La perception de ces odeurs est tellement subjective qu’on ne peut pas s’y fier pour indiquer la présence de ces composés.

Symptômes

Les composés du type moutarde causent des douleurs et des rougeurs intenses de la peau. Quelques heures après l’exposition (durée pouvant se prolonger parfois jusqu’à 36 heures), des vésicules se forment. Les vésicules causées par le gaz moutarde au soufre ressemblent parfois à un collier de perles autour d’une zone non affectée. Il est peu probable que les vésicules causées par le gaz moutarde à l’azote présentent ce motif. Les vésicules peuvent devenir importantes et se remplir de liquide. Les yeux peuvent devenir douloureux sous l’effet de l’inflammation et la cornée peut devenir trouble. Les personnes toussent et sont enrouées, avec une respiration sifflante, le souffle court et des spasmes de la trachée. Elles peuvent ressentir une oppression thoracique et être essoufflées. La nausée peut survenir.

La lewisite cause des douleurs dans un délai d’une minute environ suivant l’exposition de la peau. La rougeur de la peau devient souvent visible dans les 15 à 30 minutes et des vésicules se développent au bout de quelques heures. Les vésicules se forment habituellement au centre de la zone rougie et s’étendent vers l’extérieur. La douleur commence à diminuer après la formation des vésicules. L’irritation des voies respiratoires survient tôt après l’inhalation et provoque de la toux, des éternuements et une respiration sifflante. Après quelques heures, les personnes peuvent ressentir une oppression thoracique et de l’essoufflement.

Le contact de la peau avec l’oxime de phosgène cause des picotements intenses (« brûlures d’orties ») avec blanchiment après 5 à 20 secondes. La peau affectée tourne ensuite au gris avec une bordure rouge. Dans les 30 minutes suivant l’exposition, des cloques légèrement gonflées, de couleur pâle, appelées papules (semblables à celles de l’urticaire) se développent. Pendant les 7 jours suivants, la peau devient marron foncé puis noire et les tissus sous-jacents meurent. Si elles ne sont pas retirées chirurgicalement, les papules peuvent persister pendant plus de 6 mois.

Diagnostic

La douleur qui se manifeste au moment de l’exposition ou peu de temps après suggère aux premiers intervenants que la lewisite ou l’oxime de phosgène est l’agent chimique responsable. Le retard de la douleur (quelquefois un jour après l’exposition) suggère une exposition au gaz moutarde. Des examens que seuls des laboratoires spécialisés sont en mesure de pratiquer peuvent confirmer le diagnostic.

Les personnes exposées aux moutardes subissent des analyses de sang pendant 2 semaines pour surveiller les changements dans leurs globules blancs.

Traitement

Les premiers intervenants essaient rapidement de décontaminer les yeux et la peau des personnes. Ils utilisent un produit de décontamination commercial spécialement formulé, à appliquer localement sur la peau (appelé Decontamination Lotion, ou RSDL®) parce que le savon et l’eau ont tendance à étaler l’agent plutôt qu’à l’éliminer.

Les médecins traitent les vésicules comme s’il s’agissait de brûlures dues à la chaleur ou à des flammes, administrent du liquide par voie intraveineuse aux personnes et recouvrent les brûlures avec des pansements stériles. Il est important d’observer une hygiène scrupuleuse pour éviter l’infection. On applique une pommade antibiotique sur le bord des paupières pour éviter qu’elles ne se collent l’une à l’autre.

Un supplément d’oxygène est administré aux personnes ayant des difficultés respiratoires. La nausée peut être traitée par des médicaments tels que l’atropine.

Agents neurotoxiques

Il existe deux types d’agents neurotoxiques :

  • les agents de la série G

  • les agents de la série V

Les agents de la série G, ou agents G, comprennent le GA (tabun), le GB (sarin), le GD (soman) et le GF (cyclosarin) qui ont été mis au point par l’Allemagne nazie avant et pendant la seconde guerre mondiale. Les agents de la série V comprennent le VX. Les composés de la série V ont été synthétisés après la seconde guerre mondiale. Les agents neurologiques sont semblables aux pesticides organophosphates mais sont plus toxiques.

À température ambiante, les agents G sont des liquides qui se vaporisent facilement. Les agents G sont dangereux lorsqu’ils entrent en contact avec la peau ou sont inhalés. Le VX est un liquide ayant la consistance d’une huile pour moteur qui s’évapore relativement lentement. Aucun de ces agents n’a une odeur prononcée ou n’irrite la peau.

Les agents neurologiques agissent en bloquant une enzyme qui dégrade l’un des types de produits chimiques utilisés par les cellules nerveuses pour envoyer des signaux aux autres cellules nerveuses et aux muscles (neurotransmetteurs). Comme la substance chimique de signalisation, l’acétylcholine, ne se dégrade pas normalement, elle s’accumule et stimule à l’excès les nerfs, les muscles et les glandes (notamment les glandes lacrymales, les glandes salivaires et les glandes sudoripares) dans l’ensemble de l’organisme. Au début, les muscles stimulés tremblent puis se contractent de manière incontrôlable, puis dans un deuxième temps ils se fatiguent et s’affaiblissent.

Symptômes

L’exposition à un agent neurologique provoque des symptômes divers selon l’agent, la voie d’exposition et la dose. Les vapeurs agissent rapidement. L’exposition du visage à des vapeurs provoque la constriction des pupilles, une rhinorrhée, et une oppression thoracique au bout de quelques secondes. En cas d’inhalation des vapeurs, les personnes peuvent s’effondrer en quelques secondes. Les agents neurologiques liquides agissent plus lentement. L’exposition de la peau à ces agents cause initialement des contractions et de la transpiration au site de l’exposition. Des effets affectant l’ensemble de l’organisme surviennent après un certain délai pouvant durer jusqu’à 18 heures après exposition à une très petite gouttelette. Les doses même fatales provoquent des symptômes et des signes pouvant prendre 20 à 30 minutes pour se manifester, et ceux-ci peuvent comprendre l’effondrement subit et des convulsions sans indice précurseur.

Les agents neurologiques stimulent les cellules nerveuses dans le cerveau et les personnes deviennent agitées et confuses, et peuvent présenter des crises convulsives ou perdre connaissance. La stimulation des cellules nerveuses en dehors du cerveau provoque la nausée, des vomissements, et un excès de larmes, de sécrétions nasales, de salivation, de sécrétions pulmonaires, une respiration sifflante, des sécrétions digestives (telles que diarrhée et vomissements), et de la transpiration. La stimulation des cellules musculaires entraîne des crampes suivies de faiblesse et de paralysie. La faiblesse des muscles respiratoires et l’interruption du centre respiratoire dans le cerveau constituent habituellement la cause du décès.

Diagnostic

Les médecins basent le diagnostic d’exposition à un agent neurologique en s’appuyant sur les symptômes présentés par les personnes et sur les antécédents d’exposition. Des analyses de laboratoire spéciales peuvent confirmer l’exposition.

Traitement

Deux médicaments, l’atropine et la pralidoxime, peuvent être administrés après l’exposition à un agent neurologique. L’atropine bloque les effets du neurotransmetteur en excès, l’acétylcholine. C’est pourquoi l’atropine est qualifiée de médicament anticholinergique. La pralidoxime aide à réactiver l’enzyme qui dégrade l’acétylcholine.

Pour les soins à donner avant l’arrivée à l’hôpital, il existe un auto-injecteur contenant ces deux médicaments. Les médecins injectent les médicaments dans un gros muscle (tel que la cuisse) avant la mise en place d’une ligne intraveineuse. Les doses ultérieures de médicament sont administrées par voie intraveineuse.

La peau est décontaminée dès que possible à l’aide d’un produit de décontamination commercial formulé spécialement pour application locale (appelé Reactive Skin Decontamination Lotion, ou RSDL®), d’une solution diluée d’eau de Javel ou d’eau et de savon. Les premiers intervenants inspectent toutes les plaies susceptibles d’être contaminées, enlèvent tous les débris et rincent les plaies à l’eau pure ou à l’eau salée. Les symptômes sévères et la mort peuvent malgré tout survenir parce qu’il est possible que la décontamination n’élimine pas complètement les agents neurologiques qui ont déjà commencé à être absorbés par la peau.

Agents anticholinergiques

Bien que l’on utilise des médicaments anticholinergiques pour traiter l’empoisonnement par des agents neurologiques, les médicaments anticholinergiques peuvent eux-mêmes être utilisés comme agents incapacitants. Les agents incapacitants sont formulés pour ne causer ni de graves lésions ni la mort, mais plutôt pour désorienter le personnel militaire et empêcher les soldats d’exécuter leur mission. L’un de ces agents est le BZ.

Le BZ est un solide pouvant persister dans l’environnement pendant 3 à 4 semaines. Le grand nombre des victimes proviendrait en toute probabilité de l’inhalation du BZ sous forme d’aérosol, bien que le composé puisse être également dissout et dispersé sur une surface de l’environnement à partir de laquelle l’agent peut être absorbé par la peau.

Symptômes

Les personnes exposées au BZ souffrent de sécheresse buccale et de la peau et ont les pupilles dilatées (causant une vision floue), et leur température corporelle peut s’élever dangereusement (hyperthermie). Elles peuvent devenir léthargiques et même présenter des hallucinations qui leur font voir ou entendre des choses. Les hallucinations sont généralement concrètes et sont faciles à décrire (par exemple, les voix de personnes connues, des programmes de télévision imaginaires, le partage de cigarettes imaginaires, ou des formes bizarres). La parole peut être empâtée et les personnes piquent souvent leur peau ou leurs vêtements. La stupeur et le coma peuvent durer des heures ou des jours, mais les personnes se rétablissent progressivement.

Diagnostic

L’exposition au BZ ne peut pas être détectée par des analyses de laboratoire. Les médecins suspectent l’exposition chez les personnes qui présentent des symptômes sans avoir pris de médicament ayant des effets secondaires anticholinergiques ( Anticholinergique : définition).

Traitement

Les personnes exposées à un agent anticholinergique comme le BZ sont habituellement calmes, mais elles peuvent devenir violentes et nécessiter une immobilisation par des moyens de contention. Les médecins doivent rafraîchir les personnes dont la température corporelle est élevée ( Coup de chaleur : Le traitement). Ils administrent un médicament, la physostigmine, aux personnes violentes ou en état de détresse marquée du fait des hallucinations.

Agents incendiaires et fluorure d’hydrogène (HF)

Les agents incendiaires à usage militaire sont destinés à éclairer le champ de bataille, à déclencher des incendies et à créer de la fumée pour obscurcir le terrain et dissimuler le personnel. Ces agents sont notamment l’essence gélifiée (napalm), la thermite, le phosphore blanc et le magnésium. Tous ces composés peuvent causer un grand nombre de victimes.

Le napalm a la consistance d’un gel. Les autres agents incendiaires sont généralement militarisés sous forme de solides pulvérisés. De nombreux agents incendiaires sont utilisés dans des projectiles explosifs ou des bombes. Le phosphore blanc peut continuer à brûler la peau ou les vêtements tant qu’il est exposé à l’air. Comme le magnésium peut brûler dans l’eau, il continue à brûler à l’intérieur des tissus.

L’acide fluorhydrique utilisé dans l’industrie et d’autres applications commerciales est souvent confondu avec l’acide chlorhydrique. Pour cette raison, on l’appelle HF. Le HF peut exister à température ambiante sous forme de liquide ou de vapeur. Les voies d’exposition les plus fréquentes sont la peau, les yeux et les poumons. Le HF pénètre profondément à travers la peau.

Symptômes

Les brûlures causées par un agent incendiaire sont semblables à celles causées par la chaleur ou les flammes ( Brûlures).

Il est possible que l’exposition au HF n’entraîne pas immédiatement de douleur ou de brûlures. La douleur peut apparaître dans l’heure qui suit mais le plus souvent après 2 ou 3 heures seulement. En revanche, une fois qu’elle se manifeste, elle est souvent profonde et intense. La peau mise en cause rougit progressivement mais sans paraître aussi sévèrement affectée que le suggère la douleur intense.

Diagnostic

Les brûlures dues à un agent incendiaire sont immédiatement identifiables par les premiers intervenants. Cependant, comme les brûlures causées par le HF (en particulier à faible concentration) mettent du temps à produire des symptômes, le personnel médical reste vigilant pour détecter les lésions atteignant les tissus profonds et les organes des personnes. Les brûlures causées par le phosphore blanc peuvent être incandescentes ou dégager de la fumée lorsqu’on les expose à l’air.

Traitement

Les premiers intervenants inondent la zone cutanée affectée par le phosphore blanc avec de l’eau ou étouffent la zone pour bloquer l’exposition à l’air. Les particules de phosphore blanc sont enlevées (elles adhèrent souvent fortement à la peau) et placées dans de l’eau. Les dégagements de fumée sont de bons indicateurs de l’emplacement des petites particules. Les particules de magnésium brûlant ou fumant dans la peau sont enlevées aussi rapidement que possible. Les plaies sont couvertes d’huile jusqu’à ce que l’on puisse éliminer les particules.

Une rapide décontamination est nécessaire pour les personnes ayant été exposées au HF. Les brûlures sont rincées abondamment à l’eau. Cependant, comme le HF pénètre rapidement dans la peau, des problèmes importants surgissent même après une décontamination en profondeur. Les médecins appliquent généralement une pâte contenant du calcium ou injectent du calcium dans la zone brûlée. Les personnes dont l’exposition a été importante sont hospitalisées pour être placées sous surveillance de la fonction cardiaque et subir un traitement supplémentaire.

Agents de lutte anti-émeute

Les agents de lutte anti-émeute sont des composés initialement mis au point pour contrôler les foules mais qui ont été également utilisés lors de conflits militaires. Le terme gaz lacrymogène est parfois utilisé, mais il est impropre car il ne s’agit pas d’un gaz. Les agents de lutte anti-émeute sont au contraire des solides pouvant être dissous et dispersés comme des liquides ou des aérosols (petites particules libérées par explosion ou sous forme de fumée). Les agents de lutte anti-émeute sont destinés à neutraliser des personnes et non à provoquer des lésions graves ou la mort, bien que des décès soient survenus. Les versions militaires de ces agents sont notamment le chloracétophénone (CN, également commercialisé sous le nom Mace®), le chlorobenzylidénémalononitrile (CS), la dibenzoxazépine (CR) et la diphénylaminoarsine (Adamsite, ou DM, dit agent vomitif). L’oléorésine de capsicum (OC, bombe lacrymogène) est un agent de lutte anti-émeute développé récemment et utilisé principalement par les forces de l’ordre et pour la protection individuelle.

Symptômes

La plupart des agents de lutte anti-émeute causent presque immédiatement une irritation et une douleur au niveau des yeux, des muqueuses et de la peau. L’inhalation de ces agents provoque de la toux, des éternuements, une respiration sifflante et parfois de l’essoufflement.

Le plus souvent, les personnes les rétablissent des effets dans la demi-heure qui suit, mais les agents qui restent sur la peau peuvent provoquer des vésicules. Certaines personnes souffrent ensuite de complications pulmonaires permanentes appelées syndrome d’irritation aiguë des bronches (RADS), qui entraîne des crises d’essoufflement et de respiration sifflante semblables à celles causées par l’asthme.

Diagnostic

Les médecins basent leur diagnostic sur les symptômes présentés par les personnes et sur les antécédents d’exposition. Les personnes affectées d’essoufflement peuvent nécessiter des radiographies du thorax mais d’autres examens ne sont pas nécessaires.

Traitement

Au premier signe d’exposition ou de risque d’exposition, il faut utiliser des masques s’ils sont disponibles. Il faut faire sortir les personnes de la zone affectée quand cela est possible.

Les premiers intervenants éliminent l’agent en brossant, lavant ou rinçant la zone affectée. L’eau peut accentuer momentanément la douleur causée par certains agents de lutte anti-émeute (comme les bombes lacrymogènes) mais elle est quand même efficace. Les huiles ou les liquides savonneux sont probablement plus efficaces contre les bombes lacrymogènes. On décontamine les yeux en les rinçant abondamment à l’eau pure ou salée stérile.

La plupart des effets causés par les agents de lutte anti-émeute sont de courte durée et les soins à l’hôpital sont rarement nécessaires. Quant aux personnes affectées de symptômes graves, elles ne resteront en observation à l’hôpital que quelques heures.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent en rien la politique officielle du Département de l’Armée, du Département de la Défense ou du Gouvernement des États-Unis.