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Présentation d’incidents mettant en jeu des armes de destruction massive

Par James Madsen, MD, MPH, U.S. Army Medical Research Institute of Chemical Defense

Les armes de destruction massive sont des armes pouvant produire un incident accompagné de nombreuses victimes. Les incidents faisant de nombreuses victimes épuisent les ressources médicales disponibles parce qu’ils mettent en cause de nombreuses personnes (victimes). Les armes de destruction massive comprennent divers éléments :

  • produits chimiques

  • toxines

  • agents biologiques (infectieux)

  • sources de rayonnements

  • explosifs

Ces armes sont appelées « armes de destruction massive » en raison du nombre de victimes qu’elles provoquent. Le terme « armes de destruction massive » implique aussi une destruction physique importante de l’infrastructure, résultant principalement de l’usage d’explosifs. Le terme « arme » implique un usage intentionnel. Cependant, de nombreuses armes de destruction massive contiennent des substances pouvant également provoquer non intentionnellement de nombreuses victimes. Par exemple, des produits chimiques ou des substances radioactives peuvent fuir et s’écouler d’une usine ou d’une centrale électrique, ou d’un camion ou d’un wagon de chemin de fer pendant le transport. Que ces incidents soient intentionnels ou non, les médecins et les autorités publiques réagissent en appliquant les mêmes principes.

L’exposition d’une communauté à une arme de destruction massive peut être constatée immédiatement, comme dans le cas d’une explosion, d’une fuite visible ou d’un déversement accidentel, et elle peut même être annoncée à l’avance par l’auteur de l’incident. Cependant, l’exposition d’une communauté à des armes radioactives, biologiques ou chimiques n’est pas toujours aussi évidente. Ces substances peuvent être répandues secrètement de sorte que le premier signe visible est simplement le fait que de nombreuses personnes tombent malades au même endroit et en même temps. Il peut s’avérer difficile pour des médecins d’identifier ou de distinguer l’exposition à de telles substances d’une part et l’explosion de cas de maladie naturelle d’autre part. Par exemple, des vomissements et des cas de diarrhée provoqués par une exposition dissimulée à des rayonnements peuvent être considérés d’emblée comme des signes attribués par erreur à un empoisonnement alimentaire collectif.

Une fois répandues dans l’environnement, les armes de destruction massive peuvent exister sous forme solide, liquide, gazeuse ou de vapeur (forme gazeuse d’une substance qui est liquide à température ambiante). De fines particules de poussière ou des gouttelettes liquides peuvent être suspendues dans l’air sous forme d’aérosols (fumées, brouillards, brumes ou émanations). Dans le cas de rayonnements, les personnes peuvent entrer en contact direct avec des poussières et des débris radioactifs ou elles peuvent être exposées à des rayonnements sans contact physique avec la source des rayonnements ( Lésions provoquées par les radiations). La forme de l’arme affecte la durée de sa présence dans l’environnement et les voies d’exposition possibles. Les solides et les liquides peu volatiles ont tendance à rester dans l’environnement plus d’une journée dans des conditions normales, mais certains peuvent persister pendant des semaines. Dans certains cas, comme lorsqu’il s’agit de matières radioactives, la matière constituant l’arme peut persister pendant des années. Les gaz et les liquides hautement volatiles ont tendance à se disperser en moins de 24 heures.

La voie d’exposition est un facteur très important pour déterminer la façon dont les personnes sont affectées par une arme de destruction massive. Les gaz, les vapeurs et les fines particules peuvent être inhalés. Les substances inhalées agissent généralement très rapidement. Les solides et les liquides peuvent contaminer la peau, pour ensuite être absorbés ou transférés dans la bouche et être ingérés. Dans les cas d’exposition de la peau, l’apparition des symptômes prend généralement plus de temps. Les objets contaminés (par exemple, les débris d’une explosion) peuvent pénétrer dans la peau et introduire la substance directement dans l’organisme.

Approche initiale

Les médecins et le personnel d’urgence suivent généralement les étapes suivantes pour intervenir lors d’un incident mettant en cause des armes de destruction massive :

  • Préparation

  • Reconnaissance

  • Évaluation et triage

  • Traitement

Ces étapes se chevauchent souvent. La reconnaissance, l’évaluation et le traitement peuvent avoir lieu en même temps lorsqu’il y a de nombreuses victimes.

Préparation

La phase de préparation (protection civile) est cruciale. Des plans d’intervention en cas de catastrophe sont nécessaires dans les hôpitaux et les communautés, ainsi des fournitures et des équipements adéquats pour répondre aux incidents. La préparation aux catastrophes comprend normalement des plans visant à mobiliser des effectifs supplémentaires et à réaffecter des ressources (telles que lits, salles d’opération et sang) entre les soins de routine et les victimes de la catastrophe. Les fournitures et les équipements comprennent d’ordinaire des zones de décontamination désignées comportant un drainage confiné, des revêtements de sol et des équipements de protection visant à minimiser la propagation de la contamination, et des stocks d’antidotes ou des accords officiels pour en obtenir d’autres sources. De nombreux hôpitaux organisent régulièrement des exercices visant à familiariser le personnel avec les plans d’intervention en cas de catastrophe, notamment avec l’emplacement des procédures écrites, des fournitures et des équipements (en particulier ceux qui servent à la décontamination).

Reconnaissance

Bien que les incidents impliquant des explosifs et des armes à feu, et les accidents de transport soient faciles à reconnaître pour les médecins et les premiers intervenants, les incidents mettant en jeu des armes biologiques ou chimiques sont souvent plus difficiles à identifier.

La reconnaissance d’un incident peut provenir d’un service de renseignement ou de déclarations faites par les auteurs mêmes de l’incident, d’indices environnementaux (tels que des animaux morts ou mourants, ou des odeurs inhabituelles), ou d’appareils de mesure (données chimiques, biologiques ou de rayonnements), ces derniers n’étant pas toujours disponibles en nombre suffisant. Dans certains cas, le seul indice évoquant la possibilité d’un incident peut être un grand nombre de personnes affectées de symptômes inhabituels ou de symptômes similaires. Pendant l’évaluation des victimes, les médecins peuvent reconnaître des symptômes et des signes caractéristiques types d’une exposition à une certaine substance ou à un organisme infectieux donné. En dernier lieu, les médecins peuvent avoir besoin d’envoyer des échantillons cliniques ou environnementaux à un laboratoire. Toutefois, le diagnostic et le traitement initial sont souvent urgents, en particulier pour les lésions causées par certaines armes chimiques qui agissent très rapidement.

Évaluation et triage

Le triage est la procédure consistant à attribuer un degré d’urgence aux lésions. Certaines personnes ont besoin d’un traitement très rapidement alors que d’autres peuvent patienter un certain temps sans risques. Le grand nombre de victimes d’un incident mettant en jeu des armes de destruction massive exige que les médecins et les premiers intervenants maintiennent le contact initial avec les personnes affectées aussi bref que possible de sorte que chacune puisse être évaluée rapidement. Le triage peut s’avérer particulièrement difficile parce que les personnes impliquées dans un incident comportant un grand nombre de victimes qui n’implique ni explosions ni incendie peuvent souffrir de lésions non visibles. En outre, de nombreuses personnes présentes sur le lieu ou à proximité de l’incident, qui n’ont pas été exposées à l’arme, peuvent subir une réaction de stress (telle que hyperventilation, tremblements, nausée et sensation de faiblesse). Il peut être difficile pour le personnel médical de distinguer les réactions de stress des effets toxiques, infectieux ou radiologiques.

Le personnel médical formé aux interventions provoquées par des armes de destruction massive sait qu’il faut organiser trois zones pour renforcer leur propre sécurité : une zone chaude, une zone tiède et une zone froide.

La zone chaude est la zone entourant immédiatement le déclenchement d’une arme de destruction massive. Pour le personnel médical, le risque le plus élevé est dans la zone chaude et, normalement, seuls les intervenants d’urgence portant un équipement de protection individuelle adéquat sont autorisés dans cette zone.

La zone tiède (corridor de décontamination) est adjacente à la zone chaude. La décontamination en détail du corps entier est effectuée dans cette zone. Le personnel médical peut avoir besoin de porter un équipement de protection pour l’évaluation préliminaire, le triage et le traitement initial des victimes, notamment des personnes ayant été exposées à des produits chimiques.

La zone froide (zone propre) comprend les services hospitaliers d’urgence. Comme la décontamination doit avoir eu lieu dans la zone tiède, le personnel médical de la zone froide est normalement en sécurité lorsqu’il utilise les précautions recommandées. Cependant, les hôpitaux doivent malgré tout disposer d’installations de décontamination car certaines personnes peuvent avoir quitté d’elles-mêmes le lieu de l’accident et arriver à l’hôpital sans avoir été décontaminées.

Traitement

En ce qui concerne les incidents mettant en jeu des armes de destruction massive, les médecins et autres intervenants ont pour objectifs de

  • se protéger eux-mêmes

  • stabiliser l’état des personnes

  • arrêter l’exposition à l’agent (déplacer les personnes hors de la zone contaminée, éliminer la contamination des personnes)

Généralement, les médecins stabilisent en premier les voies respiratoires des victimes. Cependant, les personnes ayant été exposées à certains produits chimiques peuvent avoir besoin d’une décontamination immédiate. De même, pour certains produits chimiques (tels que les agents neurologiques), un antidote peut également être disponible et devoir être administré tout de suite.

Le type de décontamination dont ont besoin les victimes dépend du type d’arme utilisé. Quant aux personnes ayant été exposées à des aérosols d’agents biologiques ou radiologiques, la contamination porte généralement sur la peau, les vêtements ou les deux. Comme la plupart de ces agents ne peuvent pas pénétrer rapidement une peau intacte, la décontamination se limite à se déshabiller et à prendre une douche. Certains agents chimiques (par exemple, le gaz moutarde et les agents neurologiques liquides) commencent à pénétrer la peau dès le contact et peuvent commencer à endommager les tissus immédiatement. Les personnes exposées à ces agents doivent être décontaminées immédiatement pour que l’absorption en cours cesse et pour prévenir la propagation de la contamination. Un produit de décontamination commercial formulé spécialement pour la peau et d’application locale (appelé Reactive Skin Decontamination Lotion, ou RSDL®) désactive les agents neurologiques et le gaz moutarde sur la peau (il n’a pas encore été approuvé pour utilisation dans les yeux ou sur les plaies). Cependant, l’eau et le savon sont également efficaces. L’eau seule est moins efficace pour les produits chimiques huileux mais on l’utilise quand du savon n’est pas disponible. Une solution d’hypochlorite de sodium à 0,5% (préparée en diluant de l’eau de Javel standard à 5 % dans de l’eau dans un rapport de 1 volume d’eau de Javel pour 9 volumes d’eau) est également efficace mais ne doit pas être utilisée dans les yeux ni sur les plaies. En cas d’urgence, tout produit disponible pouvant absorber l’agent chimique (tel que des serviettes ou des mouchoirs en papier, du talc, de la terre riche en argile ou du pain) peut être appliqué sur la zone affectée pendant quelques secondes puis éliminé en rinçant abondamment.

Le personnel médical inspecte les plaies et élimine tous les débris. Les plaies sont ensuite rincées à l’eau claire ou à l’eau salée.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent en rien la politique officielle du Département de l’Armée, du Département de la Défense ou du Gouvernement des États-Unis.