Introuvable
Emplacements

Trouvez des informations sur des sujets médicaux, des symptômes, des médicaments, des procédures, des nouvelles et bien plus encore, rédigées en langage simple.

Lésions provoquées par les radiations

Par Jerrold T. Bushberg, PhD, DABMP, School of Medicine, University of California, Davis

Les lésions provoquées par les radiations sont des lésions des tissus provoquées par l’exposition aux rayonnements ionisants.

  • De fortes doses de rayonnements ionisants peuvent causer une maladie aiguë en réduisant la production de globules rouges et en lésant le tube digestif.

  • Une dose très importante de rayonnements ionisants peut également endommager le cœur et les vaisseaux sanguins (système cardiovasculaire), le cerveau et la peau.

  • Les rayonnements ionisants augmentent le risque de cancer et les atteintes du sperme et des ovules peuvent augmenter le risque d'anomalies congénitales chez les descendants.

  • Les médecins enlèvent les matières radioactives de l'organisme du sujet et traitent les symptômes et les complications de la lésion par irradiation.

En général, les rayonnements ionisants sont des ondes électromagnétiques (rayons X, rayons gamma) ou des particules (particules alpha ou bêta, et neutrons) qui peuvent arracher un électron des atomes (ionisation). L'ionisation change les propriétés chimiques des atomes affectés et de toute molécule contenant ces atomes. En modifiant les molécules dans l'environnement hautement hiérarchisé de la cellule, les rayonnements ionisants peuvent dissocier et endommager les cellules. Les dommages cellulaires peuvent causer des maladies et augmenter le risque de développer un cancer.

Les rayonnements ionisants peuvent être émis par des substances radioactives (radio-isotopes), comme l’uranium, le radon ou le plutonium. Ils peuvent également être produits par des sources artificielles, comme les radiographies ou les appareils de radiothérapie.

Les ondes radio telles que celles émises par les téléphones mobiles et les émetteurs AM et FM, ainsi que la lumière visible sont des formes de rayonnements électromagnétiques. Cependant, en raison de leur faible niveau d'énergie, ces rayonnements ne sont pas ionisés et le niveau d'exposition du public à ces sources fréquemment rencontrées n'endommage pas les cellules. Dans cette présentation, le terme « rayonnement » s'applique exclusivement aux rayonnements ionisants.

Mesure des rayonnements

La quantité de rayonements est mesurée en plusieurs unités différentes. Le roentgen (R) est une mesure de la capacité d'ionisation des rayonnements dans l'air et on l'utilise fréquemment pour exprimer l'intensité de l'exposition aux rayonnements. La quantité de rayonnements à laquelle les personnes sont exposées et la façon dont celles-ci se déposent dans l'organisme peuvent être très variables. Le gray (Gy) et le sievert (Sv) mesurent la dose de rayonnements qui est la quantité de rayonnements déposée dans la matière, et ce sont les unités utilisées pour mesurer cette dose chez les humains après une exposition aux rayonnements. Le Gy et le Sv sont semblables, sauf que le Sv tient compte de l'efficacité réelle de différents types de rayonnements à causer des dommages, et de la sensibilité aux rayonnements de divers tissus de l'organisme. Les faibles taux d'exposition sont mesurés en mGy (1 mGy = 1/1000 Gy) et en mSv (1 mSv = 1/1000 Sv).

Contamination et irradiation

Les deux principaux modes d’exposition aux radiations sont l’irradiation et la contamination. La plupart des accidents d'irradiation importants ont exposé les population à ces deux modes.

La contamination résulte du contact et de la rétention d'un élément radioactif, en général sous forme de poussières ou de liquide. La contamination externe est celle de la peau ou des vêtements d'où des particules peuvent tomber ou être relâchées par frottement et contaminer d'autres personnes et objets. Une contamination interne se produit lorsque des matières radioactives se déposent à l'intérieur de l'organisme après y avoir pénétré, soit par ingestion ou par inhalation, soit à travers des coupures de la peau. Une fois dans le corps, les matières radioactives peuvent être transportées jusqu'à différents sites tels que la moelle osseuse où elles continuent à êtres radioactives, augmentant la dose, jusqu'à ce qu'elles soient enlevées ou aient fini d'émettre toute leur énergie (décroissance radioactive). Une contamination interne est plus difficile à éliminer qu’une contamination externe.

L'irradiation est l'exposition aux rayonnements et non aux matières radioactives, c'est-à-dire qu'il n'entre en jeu aucune contamination. On peut citer comme exemple courant les rayons X d'une radiographie en cas de fracture d'un os. L'exposition aux radiations peut survenir sans contact direct entre les personnes et la source des radiations (telle que la matière radioactive ou un appareil de radiologie). Quand la source des radiations est éliminée ou arrêtée, l'irradiation est terminée. Les personnes irradiées qui ne sont pas contaminées ne sont pas radioactives, c'est-à-dire qu'elles n'émettent pas de radiations et leur dose résultant de la source de radiations ne continue pas à augmenter.

Le saviez-vous ?

  • Aux États-Unis, une personne reçoit en moyenne la même dose de radiations provenant de sources naturelles et de sources artificielles ou humaines (presque toutes celles-ci étant des radiations médicales utilisées pour diagnostiquer ou traiter une maladie).

Sources d'exposition aux radiations

Les populations sont toutes constamment exposées à de faibles niveaux de rayonnement émis par des sources naturelles de radiations (le rayonnement de fond), et de façon intermittente, à des rayonnements de source humaine. Aux États-Unis, une personne reçoit en moyenne environ 3 mSv par an de radiations de sources naturelles et 3 mSv par an de sources humaines, soit au total 6 mSv par an. Cependant, dans certaines parties de l'Inde, d'Iran, du Brésil et de Chine, la dose moyenne de rayonnement de fond est plus élevée, entre 5 et 10 mSv par an.

Rayonnement de fond

Les sources de rayonnement de fond comprennent le rayonnement cosmique provenant de l'espace interstellaire et les éléments radioactifs présents naturellement.

Le rayonnement cosmique est bloqué en grande partie par l'atmosphère terrestre mais il est concentré aux pôles Nord et Sud par le champ magnétique terrestre. L'exposition au rayonnement cosmique est donc plus élevée pour les populations vivant près des pôles, augmente avec l'altitude et pendant les vols en avion.

Les éléments radioactifs, en particulier l'uranium et les produits radioactifs issus de sa décroissance naturelle (comme le gaz radon) sont présents dans de nombreuses roches et minéraux. Ces éléments peuvent contaminer différentes substances, dont l'eau, les aliments et les matériaux de construction. L'exposition au radon est responsable en général des deux tiers de l'exposition des personnes aux rayonnements de sources naturelles. Les doses de rayonnement de fond de source naturelle sont beaucoup trop faibles pour causer des lésions dues aux radiations.

Radiations artificielles d'origine humaine

La plus grande partie de l'exposition à des sources de radiations artificielles concerne les examens médicaux d'imagerie (en particulier la tomodensitométrie [TDM] et les examens de médecine cardiaque nucléaire). Les examens médicaux de diagnostic tels que les radiographies du thorax, les mammographies et les radiographies dentaires ne délivrent pas de doses suffisantes pour causer des lésions dues aux radiations. Les malades traités par radiothérapie pour un cancer peuvent parfois recevoir des doses très élevées de radiations. Cependant, des efforts sont entrepris pour que les radiations ne ciblent que les tissus malades et pour minimiser l'irradiation des tissus sains.

L'exposition provient également d'autres sources telles que les accidents d'irradiation et les retombées des essais d'armes nucléaires. Cependant, ces expositions ne représentent qu'une très faible partie de l'exposition annuelle d'une personne. Normalement, les accidents d’irradiation mettent en jeu les personnes travaillant avec des matières radioactives et des sources de rayons X, comme les personnes irradiant les aliments et les opérateurs d'appareils de radiologie industrielle. Ces personnes peuvent recevoir des doses importantes de radiations. Les lésions subies sont fréquemment le résultat de l'absence de conformité aux consignes et procédures de sécurité. L'exposition aux radiations est également survenue par suite de perte ou de vol de sources médicales ou industrielles contenant de grandes quantités de matières radioactives.

Il est rare que des matières radioactives soient libérées par les centrales nucléaires, même lors de l'accident de la centrale de Three Mile Island, Pennsylvanie, en 1979, et celui de Tchernobyl, Ukraine, en 1986. L’accident du réacteur de Three Mile Island n’a pas entraîné d’exposition importante aux radiations. En fait, dans un rayon de 1,6 km autour de l’installation, la dose supplémentaire de radiations délivrée aux populations n’a été que de 0,08 mSv. En revanche, les populations vivant à proximité immédiate de la centrale de Tchernobyl ont reçu une dose moyenne d’environ 300 mSv. Plus de 30 travailleurs et intervenants d'urgence sont décédés et bien davantage ont été fortement irradiés. Un faible niveau de contamination (radioactivité) dégagée au cours de l’accident de Tchernobyl a atteint d’autres régions d’Europe, d’Asie et même des États-Unis. La moyenne cumulative de la dose de radiations reçue par la population générale dans les régions contaminées (diverses régions de Biélorussie, de Russie et d'Ukraine) au cours d'une période de 20 ans après l'accident est estimée entre 10 et 30 mSv. Il faut noter que la dose moyenne annuelle supplémentaire (0,5 à 1,5 mSv par an) reçue par les résidents des territoires contaminés par les retombées de Tchernobyl est généralement plus faible que le rayonnement de fond type aux États-Unis.

Les armes nucléaires ont libéré dans l’atmosphère une grande quantité d'énergie et de radiations. Elles n’ont plus été utilisées contre les populations depuis 1945. Plusieurs pays possèdent cependant des armes nucléaires et certains groupes terroristes ont déjà tenté de se les procurer ou d'en fabriquer, augmentant ainsi la probabilité du risque d’utilisation de telles armes. La grande majorité des effets néfastes de la détonation d'une arme nucléaire résulte de l'explosion et des brûlures thermiques. Un plus petit nombre de victimes (malgré tout relativement élevé) est atteint par la maladie induite par les radiations.

La possibilité d'une exposition intentionnelle à des radiations à la suite d'activités terroristes peut être la conséquence de l'emploi d'un dispositif pour contaminer une région en dispersant des matières radioactives (un dispositif utilisant des explosifs conventionnels pour disperser des matières radioactives est appelé bombe sale). On peut envisager comme autres scénarios terroristes la dissimulation d'une source de rayonnements en vue d'exposer des victimes innocentes à de fortes doses de radiations, l'attaque d'un réacteur nucléaire ou d'une installation de stockage de matières radioactives et la détonation d'une arme nucléaire.

Exposition annuelle aux radiations aux États-Unis

Source

Dose moyenne (millisieverts)

Sources naturelles

Gaz radon

2,00

Autres sources terrestres

0,28

Radiations provenant de l’espace

0,27

Éléments internes à l'organisme naturellement radioactifs

0,39

Total intermédiaire

3,0

Sources artificielles

Imagerie médicale à but diagnostique*

3,0

Produits de consommation

0,10

Retombées radioactives des essais nucléaires

Moins de 0,01

Industrie nucléaire

Moins de 0,01

Total intermédiaire

3,0

Exposition totale annuelle

6,0

Autres sources d'exposition (par incident)

Voyages aériens

0,005 mSv/heure de vol

Radiographies dentaires

0,005

Radiographie du thorax

0,02

Mammographie

0,4

Tomodensitométrie, scintigraphie de la tête

2

Tomodensitométrie, scintigraphie du thorax ou de l'abdomen

7

Lavement baryté du côlon

8

*Valeur moyenne. La plupart des gens reçoivent chaque année des doses beaucoup plus faibles, suite à des examens radiographiques dentaires et des mammographies, mais pour un nombre plus faible de malades ou d'accidentés exigeant de nombreux examens d'imagerie, les doses reçues sont beaucoup plus fortes.

Effets des radiations

Les effets néfastes des rayonnements ionisants dépendent de différents facteurs :

  • La quantité (dose)

  • La rapidité avec laquelle la dose est reçue

  • La superficie du corps exposée

  • La radiosensibilité de certains tissus aux rayonnements

Une dose unique et brève sur l’organisme entier peut se révéler fatale, alors que la même dose administrée sur une période de quelques semaines peut avoir beaucoup moins d'effets. Les conséquences des radiations dépendent également de la manière dont l’organisme est exposé. Par exemple, plus de 6 Gy délivrés à l’organisme entier entraînent en général le décès. Cependant, cette même dose concentrée sur une petite zone et administrée sur une période de plusieurs semaines ou mois, comme c’est le cas pour la radiothérapie du cancer, peut être administrée en quantités au moins 10 fois plus grandes sans induire de lésion sérieuse.

Certaines parties de l'organisme sont plus radiosensibles que d'autres. Les organes et les tissus dans lesquels les cellules se renouvellent rapidement, comme l’intestin et la moelle osseuse, sont endommagés plus facilement par les radiations que les tissus dont les cellules se multiplient plus lentement, comme les muscles et les cellules du cerveau. La thyroïde est susceptible d’être atteinte de cancer après une exposition à l'iode radioactif parce que ce dernier élément se concentre dans la glande thyroïde.

Les radiations et les enfants

Les enfants sont plus susceptibles de souffrir de lésions dues aux radiations parce que leurs cellules se divisent normalement plus rapidement que chez les adultes.

Le fœtus est exceptionnellement sensible aux lésions causées par des radiations. Chez le fœtus, une exposition à plus de 300 mGy pendant 8 à 25 semaines après la conception peut entraîner un appauvrissement des facultés mentales et de médiocres résultats scolaires. Des malformations congénitales peuvent se produire après une exposition à des doses élevées de radiations dans l'utérus. Cependant, à des doses inférieures à 100 mGy, en particulier aux doses encore plus faibles utilisées lors des examens d'imagerie qu'une femme enceinte peut subir, on n'observe pas d'augmentation apparente du risque normal de malformation congénitale.

Le saviez-vous ?

  • Les radiations ne sont pas une cause de cancer et de malformations congénitales aussi fréquente qu'on ne le pense.

Radiations et cancer

Une importante exposition aux radiations lèse le matériau génétique (ADN) des cellules qui survivent aux radiations et, de ce fait, augmente le risque de cancer. Cependant, les radiations sont une cause de cancer bien plus faible qu'on ne le pense généralement. L'exposition du corps entier à une dose de 1 Gy (plus de 300 fois la dose moyenne annuelle de rayonnement de fond) augmente le risque normal de mourir d'un cancer auquel une personne est exposé pendant toute sa vie de 25 % à environ 30 %.

Le risque de cancer radio-induit chez les enfants est plusieurs fois plus élevé que pour les adultes. Les enfants ont peut-être une plus grande sensibilité parce que leurs cellules se divisent plus souvent et parce que leur durée de vie au cours de laquelle le cancer peut se développer est plus longue. On estime que le risque de cancer au cours de toute la vie d'un enfant d'un (1) an subissant une tomodensitométrie de l'abdomen augmente de 0,18 %.

Irradiation et anomalies congénitales

Chez les animaux, l'irradiation des ovaires ou des testicules par de hautes doses a montré que cela conduisait à une descendance anormale (anomalies héréditaires). Cependant, aucune augmentation du pourcentage d'anomalies congénitales n'a été observée chez les enfants ayant survécu aux explosions nucléaires au Japon. La raison en est peut-être que l'exposition aux radiations n'a pas été suffisamment élevée pour causer une augmentation mesurable.

Les symptômes

Les symptômes dépendent de la superficie du corps exposée aux radiations, à savoir, l'ensemble du corps ou seulement une petite partie. À fortes doses, l'exposition de l'ensemble du corps cause la maladie aiguë des radiations, tandis que l'exposition partielle du corps n'entraîne que des lésions locales.

La maladie aiguë des radiations

La maladie aiguë des radiations se manifeste en général chez les sujets dont l’organisme entier a été exposé à des doses très élevées de radiations en une fois ou sur une courte période. Les médecins classent les syndromes de radiations aiguës en trois catégories selon l'organe principal atteint, mais il existe des chevauchements dans ces catégories :

  • le syndrome hématopoïétique

  • le syndrome gastro-intestinal

  • le syndrome neurovasculaire

La maladie aiguë des radiations évolue habituellement en passant par trois stades :

  • Le stade des symptômes précoces tels que nausée, perte d’appétit, vomissements, fatigue et, lorsque des radiations très élevées sont reçues, la diarrhée (signes appelés collectivement prodromes)

  • Le stade de la période de latence (sans symptômes)

  • Puis le stade des divers symptômes (syndromes) qui se succèdent dépendant de la dose totale reçue par la victime.

Le type de syndrome qui se développe, sa gravité et sa vitesse d'évolution dépendent de la dose de radiations reçue. Au fur et à mesure que la dose augmente, les symptômes se développent plus tôt, plus rapidement (par exemple, les prodromes évoluent en syndromes atteignant divers organes) et deviennent plus graves.

La gravité et l’évolution des symptômes précoces sont des facteurs assez constants d'une personne à l'autre pour une certaine quantité d'exposition aux radiations. Les médecins peuvent donc estimer l'exposition aux radiations d'une personne en fonction du moment de la manifestation, de la nature et de la gravité des symptômes précoces.

Le syndrome hématopoïétique est la conséquence des effets des radiations sur la moelle osseuse, la rate et les ganglions lymphatiques, qui sont les sites principaux de production des cellules sanguines (hématopoïèse). La perte d’appétit (anorexie), la léthargie, la nausée et les vomissements peuvent apparaître entre 1 et 6 heures suivant l'exposition à des radiations de 1 à 6 Gy. Ces symptômes se résolvent en 24 à 36 heures après l’exposition, et la personne se sent mieux pendant environ une semaine. Pendant cette période cliniquement asymptomatique, les cellules de l’hématopoïèse présentes dans la moelle osseuse, la rate et les ganglions lymphatiques commencent à disparaître et ne sont pas remplacés, ce qui provoque une déplétion en globules blancs, en plaquettes puis en globules rouges. Le déficit en globules blancs favorise la survenue de graves infections. La pénurie de plaquettes favorise les hémorragies. La carence en globules rouges (anémie) entraîne asthénie, faiblesse, pâleur et essoufflement rapide lors de l'effort physique. Après 4 à 5 semaines, si la personne survit, les différentes cellules sanguines sont de nouveau produites, mais la victime reste affaiblie pendant des mois.

Le syndrome gastro-intestinal est dû aux effets des radiations sur les muqueuses du tube digestif. De sévères nausées, vomissements et de la diarrhée surviennent moins d'une (1) heure après une exposition aux radiations égale ou supérieure à 6 Gy. Ces symptômes peuvent entraîner une grave déshydratation, mais ils se résolvent dans les 2 jours qui suivent. Au cours des 4 ou 5 jours suivants (stade de latence), l’état général du patient s’améliore, mais les cellules de la muqueuse du tube digestif, constituant normalement une barrière protectrice, se nécrosent et sont éliminées. À ce stade, une diarrhée sévère apparaît, souvent sanglante, provoquant à nouveau la déshydratation. Les bactéries présentes dans le tube digestif peuvent alors envahir l’organisme, provoquant de graves infections. De plus, les victimes ayant reçu une telle quantité de radiations présentent également le syndrome hématopoïétique qui favorise les saignements et l'infection, ce qui augmente le risque de mortalité. Après une exposition à des radiations de 6 Gy ou plus, le décès est fréquent. Cependant, grâce aux progrès réalisés dans les soins médicaux d'accompagnement, environ 50 % des personnes peuvent survivre.

Le syndrome neurovasculaire survient lorsque la dose d’irradiation totale dépasse 20 à 30 Gy. La victime présente rapidement de la confusion, des nausées, des vomissements, de la diarrhée sanglante, des tremblements et un état de choc. Le stade de latence est bref ou inexistant. En quelques heures, la tension artérielle chute, associée à des convulsions et au coma. Le syndrome neurovasculaire est toujours mortel en quelques heures ou quelques jours (1 à 2).

Lésions provoquées localement par les radiations

La radiothérapie pour le cancer est l'une des causes les plus fréquentes de lésions locales dues aux radiations. D'autres causes produisent des symptômes semblables. Les symptômes dépendent de la quantité de radiations et de la région du corps traitée.

Des nausées, des vomissements ou une perte d’appétit peuvent survenir pendant ou peu de temps après l'irradiation du cerveau ou de l'abdomen. Une irradiation importante focalisée sur une région précise altère souvent la peau recouvrant cette superficie. Les lésions cutanées radio induites comprennent le plus souvent : chute des cheveux, érythème, desquamation, ulcérations et, parfois, amincissement de la peau et dilatation des vaisseaux sous-cutanés (veines stellaires). La radiothérapie de la région buccale et de la mâchoire peut provoquer une sécheresse permanente de la bouche, responsable de la multiplication des caries dentaires et des lésions de l’os mandibulaire. La radiothérapie des poumons peut causer leur inflammation (pneumonie radique). À doses très élevées, elle peut induire une transformation grave des tissus pulmonaires (tissu cicatriciel et fibrose) qui peut être incapacitante, provoquant de l'essoufflement et plus tard le décès. Une irradiation large du sternum et du thorax peut provoquer une réaction inflammatoire du cœur et de son tissu de protection (le péricarde). La répétition de doses élevées de radiations visant la moelle épinière peuvent induire de graves lésions responsables de paralysie, d'incontinence et de perte de sensibilité. Des irradiations étendues de l'abdomen (pour le cancer des ganglions lymphatiques, testiculaire, ou ovarien) peut conduire à des ulcères chroniques, à la formation de tissu cicatriciel et au rétrécissement ou à la perforation des intestins, causant des symptômes tels que douleurs abdominales, vomissements, vomissements de sang et selles noires goudronneuses.

Des lésions plus graves se manifestent parfois bien après la fin de la radiothérapie. La fonction rénale peut être altérée 6 mois à 1 an après la fin du traitement à des doses élevées de radiations, provoquant anémie et hypertension. La répétition de doses élevées de radiations sur les muscles peut induire une symptomatologie douloureuse associant la perte de masse musculaire (atrophie) à des dépôts de calcium dans les muscles irradiés. La radiothérapie induit parfois de nouveaux cancers (tumeurs malignes). Les cancers radio induits se manifestent en général plus de 10 ans après la fin de l’exposition.

Le diagnostic

L'exposition aux radiations est en général évidente au vu de l’histoire de la maladie. Un dommage radio induit est suspecté lorsqu’une personne présente des symptômes de maladie, de l'érythème ou des plaies après une séance de radiothérapie ou une exposition accidentelle à des radiations. Le délai d'apparition des symptômes peut aider les médecins à estimer la dose de radiations. Aucun test spécifique ne permet de diagnostiquer l'exposition aux radiations mais certains examens cliniques normalisés sont utiles pour détecter l'infection, une basse numération des cellules sanguines ou le dysfonctionnement d'organes. Pour déterminer la gravité de l’exposition, les médecins apprécient la diminution du nombre de lymphocytes (l’une des familles de globules blancs) dans le sang. La valeur du taux des lymphocytes 48 heures après l’exposition est inversement proportionnelle à la gravité de l’exposition aux radiations.

À la différence de l’irradiation, la contamination peut être appréciée en soumettant l’organisme d’une victime à un compteur Geiger. On peut également mesurer la radioactivité dans des prélèvements de mucus nasal, de la gorge et dans les plaies éventuelles.

Les symptômes précoces de maladie aiguë des radiations (nausées, vomissements et tremblements) peuvent être également causés par l'angoisse. Comme l'angoisse est un phénomène fréquent après une attaque terroriste ou un accident nucléaire, il est conseillé de ne pas céder à la panique quand ces symptômes apparaissent, en particulier si la quantité d'exposition aux radiations est inconnue et peut avoir été faible.

Prévention

À la suite d'une contamination étendue et de haut niveau de l'environnement, causée par un accident de centrale nucléaire ou par le dégagement intentionnel de matières radioactives, il faut suivre les consignes données par les autorités publiques de santé. Ces informations sont en général diffusées par la radio et la télévision. Les consignes peuvent être l'évacuation de la zone contaminée ou la recherche d'un abri éventuel. La recommandation d'évacuation ou de recherche d'un abri dépend de nombreux facteurs, notamment du temps écoulé depuis le dégagement initial, de l'arrêt ou non de ce dégagement, des conditions atmosphériques, de la disponibilité d'abris atomiques adéquats, et de l'état des routes et de la circulation. Si l'abri est recommandé, la meilleure sorte est l'abri dans une structure en béton ou en métal, en particulier souterraine (comme un sous-sol d'habitation). Lorsqu'un abri souterrain n'est pas accessible, le meilleur substitut est la partie médiane d'un haut bâtiment, près du centre, loin des fenêtres.

Si une contamination par des matières radioactives est suspectée, il est recommandé de changer de vêtements et de prendre une douche. On peut se procurer des comprimés d'iodure de potassium (KI) auprès de pharmacies locales et de certaines agences sanitaires. Cependant, l'iodure de potassium n'est utile que si de l'iode radioactif a été dégagé. Il n'assure aucune protection contre les autres matières radioactives. Les personnes affectées d'une sensibilité à l'iode et de certaines conditions thyroïdiennes doivent éviter l'iodure de potassium. Il faudrait consulter un médecin si l'on soupçonne une sensibilité à l'iode.

Pendant les examens d'imagerie mettant en jeu des rayonnements ionisants, surtout pendant la radiothérapie pour le cancer, où de fortes doses sont utilisées, les parties du corps les plus sensibles qu'il faut protéger (par exemple par un écran ou tablier en plomb) sont le cristallin de l'œil, les seins, les ovaires, les testicules et la glande thyroïde.

Le saviez-vous ?

  • Les populations vivant dans un rayon de 16 kilomètres d'une centrale nucléaire devraient avoir accès facilement à ces comprimés d’iodure de potassium.

  • Le changement de vêtements et la douche à l'eau chaude avec un shampooing ordinaire sont des mesures très efficaces pour éliminer la plus grande partie de la contamination externe.

Le pronostic

Le résultat dépend de la dose de rayonnements, de la vitesse avec laquelle la dose a été délivrée (durée d'exposition) et des parties du corps affectées. D'autres facteurs interviennent comme l'état général de chaque personne et selon qu’il est possible ou non d'obtenir des soins médicaux. En général, sans soins médicaux, la moitié de toute une population recevant plus de 3 Gy de radiations sur tout le corps en une seule dose mourra. Presque toute la population recevant plus de 6 Gy mourra. Presque tous ceux qui reçoivent moins de 2 Gy se rétabliront totalement au bout d'un (1) mois, bien que des complications telles que le cancer peuvent survenir. Avec des soins médicaux, environ la moitié de la population survivra à une irradiation de 6 Gy sur l'ensemble du corps. Certaines personnes ont survécu à des doses atteignant 10 Gy.

Comme les médecins ne peuvent estimer directement la quantité de radiations reçues par la victime, ils se basent en général sur l’étude des symptômes. Le syndrome neurovasculaire est mortel en quelques heures ou quelques jours. Le syndrome gastro-intestinal est généralement mortel en 3 à 10 jours ; mais certains patients peuvent survivre pendant quelques semaines. De nombreuses personnes recevant des soins médicaux appropriés peuvent survivre au syndrome hématopoïétique selon la dose de radiations reçues et selon leur état général. Celles qui ne survivent pas décèdent en général dans les 4 à 8 semaines suivant l'exposition.

Le traitement

On doit traiter les lésions physiques avant de traiter l'irradiation car elles constituent une menace plus immédiate pour le pronostic vital. Bien qu'il n'existe pas de traitement d'urgence contre les radiations, les médecins surveillent étroitement les patients pour détecter les divers syndromes et traiter les différents symptômes au fur à mesure de leur apparition.

La contamination devrait être éliminée sans délai pour éviter que les matières radioactives continuent à irradier les personnes et soient absorbées par l'organisme. Les plaies contaminées sont traitées avant la peau contaminée. Les médecins décontaminent les plaies en les rinçant avec du soluté physiologique salé et en les essuyant avec une éponge chirurgicale. Après la décontamination, on couvre les plaies pour éviter une nouvelle contamination au fur et à mesure que d'autres sites sont lavés. La peau contaminée doit être délicatement brossée et rincée avec de grandes quantités d'eau savonneuse tiède (et non chaude). Porter une attention particulière aux plis de la peau et aux ongles. Il faut éviter les produits chimiques corrosifs, les brosses ou le lavage vigoureux pouvant irriter la peau. Si les cheveux ne peuvent pas être décontaminés à l'eau et au savon, il est préférable de les couper aux ciseaux plutôt que de les raser. Le rasage peut entamer la peau et permettre aux contaminants de pénétrer dans l'organisme. La décontamination de la peau et des plaies doit continuer jusqu'à ce que le compteur Geiger-Muller indique que la radioactivité a disparu ou presque, jusqu'à ce que le lavage ne réduise plus la radioactivité d'une manière importante ou jusqu'à ce que la prolongation du lavage risque de léser la peau. Les brûlures doivent être rincées délicatement et non frottées.

Certaines mesures peuvent réduire la contamination interne. Si une quantité importante de matière radioactive a été ingérée, on peut induire des vomissements. Certaines matières radioactives sont associées à un traitement chimique spécifique pouvant réduire leur absorption après ingestion ou aider à accélérer leur élimination de l'organisme. Quand on l'administre avant ou peu après la contamination interne par l'iode radioactif, l'iodure de potassium empêche très efficacement la thyroïde d'absorber l'iode radioactif et il réduit donc le risque de cancer et de lésion de la thyroïde. L'iodure de potassium est efficace uniquement contre l'iode radioactif et aucun autre élément radioactif. D'autres médicaments tels que le diéthylène triamine pentaacétate (DTPA) de zinc ou de calcium (pour le plutonium, l'yttrium, le californium et l'américium) ou des solutions de phosphate de calcium ou d'aluminium (pour le strontium radioactif) et le bleu de Prusse (pour le césium, rubidium et thallium radioactifs) peuvent être administrés par voie intraveineuse pour éliminer une fraction de certains isotopes après leur pénétration dans l'organisme. Toutefois, à l'exception de l'iodure de potassium qui est très efficace, les médicaments administrés pour réduire la contamination interne diminuent l'exposition seulement de 25 à 75 %.

Il est possible de réduire les nausées et les vomissements en prenant des médicaments contre les vomissements (antiémétiques). Ces médicaments sont fréquemment prescrits aux patients soumis à des traitements de radiothérapie ou de chimiothérapie. La déshydratation est traitée par l’administration de liquides par voie intraveineuse.

Les sujets affectés par un syndrome gastro-intestinal ou hématopoïétique sont isolés pour éviter tout contact avec des micro-organismes infectieux. L’érythropoïèse est stimulée par des transfusions sanguines ou l’administration de facteurs de croissance (comme l’érythropoïétine ou le CSF, Colony-Stimulating Factor), qui stimulent fortement la production des cellules sanguines. Ce traitement aide à diminuer les saignements et l'anémie et à lutter contre les infections. Si la moelle osseuse est gravement atteinte, ces facteurs de croissance sont inefficaces et une greffe de moelle osseuse est parfois entreprise bien que l'expérience de ce traitement soit limitée et montre que le taux de réussite est faible pour cet état.

Les sujets qui souffrent d’un syndrome gastro-intestinal doivent recevoir des antiémétiques, des sédatifs et une réhydratation par voie intraveineuse. Certains patients sont néanmoins en mesure d’absorber des aliments solides. Des antibiotiques tels que la néomycine sont administrés par voie orale pour éliminer les bactéries intestinales qui peuvent envahir l’organisme. Au besoin, des antibiotiques, des antifongiques et des antiviraux seront également administrés par voie intraveineuse.

Le traitement du syndrome neurovasculaire est destiné à atténuer la douleur, l’anxiété et les difficultés respiratoires. Des médicaments sont administrés pour contrôler les convulsions.

La douleur causée par les plaies ou les ulcères radio-induits est traitée par des antalgiques. Si ces plaies ne guérissent pas de manière satisfaisante au bout d'un certain temps, il conviendra de les réparer chirurgicalement par des greffes de peau ou d’autres procédures.

Ressources dans cet article