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Les chutes chez les personnes âgées

Par Neil B. Alexander, MD, Department of Internal Medicine, Division of Geriatric Medicine, University of Michigan;VA Ann Arbor Health Care System, Geriatrics Research, Education and Clinical Center

  • La plupart des chutes surviennent lorsqu'une personne présentant un état de santé qui altère la mobilité ou l'équilibre rencontre un obstacle dans son environnement.

  • De nombreuses personnes n'ont aucun symptôme avant une chute, mais certains ressentent des vertiges ou d'autres symptômes.

  • Après une chute, les personnes peuvent avoir une fracture osseuse ou des bleus.

  • Les médecins font souvent des examens pour évaluer si une maladie sous-jacente a pu entraîner la chute.

  • Les chutes peuvent être évitées en prenant des précautions autour du domicile.

  • Après le traitement des blessures, les personnes travaillent avec des kinésithérapeutes pour tenter de réduire le risque d’autres chutes.

La plupart des personnes âgées craignent les chutes. Et elles ont de bonnes raisons. Les chutes sont courantes chez les personnes âgées. Environ un tiers des personnes âgées vivant chez elles tombent au moins une fois par an, et les personnes vivant dans une maison de santé tombent encore plus souvent.

Les chutes provoquent souvent des blessures. Certaines blessures, comme la fracture de la hanche, peuvent être graves. Les personnes âgées sont davantage susceptibles de se casser les os parce qu'elles ont souvent les os poreux et fragiles (ostéoporose).

La peur de la chute peut entraîner des problèmes. La personne peut être inquiète lors de ses activités habituelles et perdre confiance en elle, voire même perdre son indépendance. Les personnes âgées peuvent faire beaucoup de choses pour surmonter leurs peurs et pour réduire les risques de chute. Savoir ce qui provoque la chute peut aider.

Le saviez-vous ?

  • Bien que les chutes soient fréquentes chez les personnes âgées, elles ne font pas normalement partie du processus de vieillissement.

Causes

Les chutes peuvent être provoquées par un état de santé qui altère la mobilité ou l'équilibre, par les obstacles dans l'environnement, ou par les situations potentiellement dangereuses. La plupart des chutes surviennent lorsque plusieurs causes interagissent. Par exemple, une personne souffrant de la maladie de Parkinson et de troubles visuels (état de santé) peut trébucher sur une rallonge (obstacle dans l'environnement) alors qu'elle se précipite pour répondre au téléphone (situation potentiellement dangereuse).

L'état de santé de la personne est affecté par les changements dus au vieillissement, la forme physique, les troubles existants et les médicaments utilisés. Il est probable que l'état de santé ait un effet plus important sur le risque de chute que les obstacles de l'environnement et les situations dangereuses. Un mauvais état de santé non seulement augmente le risque de chute, mais il altère aussi la manière dont la personne répond aux obstacles et aux situations dangereuses.

Les déficiences physiques qui augmentent le risque de chute sont notamment celles qui concernent :

  • L'équilibre ou la marche

  • La vue

  • Les sensations dans les pieds

  • La force musculaire

  • La cognition

L'utilisation de médicaments qui modifient l'attention ou diminuent la tension artérielle peut aussi augmenter le risque de chute.

Dans de nombreuses chutes, des obstacles de l'environnement sont impliqués. Les chutes peuvent se produire lorsque les gens ne remarquent pas un obstacle ou ne réagissent pas assez rapidement après avoir remarqué l'obstacle.

Les obstacles dans l'environnement qui augmentent le risque de chute sont notamment :

  • Un éclairage insuffisant

  • Les tapis

  • Les sols glissants

  • Les fils électriques ou les rallonges ou les objets qui sont dans le passage

  • Les trottoirs irréguliers et les bords de trottoir cassés

La plupart des chutes surviennent en intérieur. Certaines surviennent alors que la personne est debout sans bouger. Mais la plupart surviennent en bougeant : en se levant du lit ou en se couchant, en se levant d'un siège ou en s’asseyant, en se levant d'un siège de toilette ou en s'y asseyant, en marchant, en montant ou descendant les escaliers. En bougeant, on peut buter sur quelque chose ou trébucher ou perdre l'équilibre. Tout mouvement peut être dangereux. Mais si l'on se précipite ou si l'attention est partagée, le mouvement devient encore plus dangereux. Par exemple, se précipiter aux toilettes ou pour répondre au téléphone, ou bien marcher tout en parlant au téléphone sans fil peut être dangereux.

Symptômes

Avant la chute, les gens n'ont souvent aucun symptôme. Lorsqu'un obstacle environnemental ou une situation dangereuse entraîne une chute, il y a peu ou pas d'avertissement. Cependant, si la chute est partiellement ou complètement due à l'état de santé d'une personne, on peut avoir remarqué les symptômes avant la chute. Les symptômes sont notamment les vertiges, les étourdissements, le pouls irrégulier ou rapide (palpitations).

Après une chute, les blessures sont fréquentes et ont tendance à être plus graves à mesure que l'on vieillit. Plus de la moitié des chutes entraînent au moins une légère blessure, comme un bleu, une entorse de ligament ou un muscle froissé. La plupart des blessures graves sont des fractures osseuses, des déchirements de ligaments, des coupures profondes et des lésions d'un organe comme un rein ou le foie. Environ 2 % des chutes entraînent une fracture de la hanche. Les autres os (haut du bras, poignet, dos, bassin) sont fracturés dans environ 5 % des chutes. Certaines chutes entraînent une perte de connaissance ou une blessure à la tête.

Les chutes peuvent entraîner davantage de problèmes si la personne ne se lève pas tout de suite ou ne fait pas venir de l'aide. Ces situations peuvent faire très peur et les gens peuvent se sentir impuissants. Rester par terre, même pendant quelques heures, peut entraîner des problèmes comme la déshydratation, une baisse de la température (hypothermie) et des lésions cutanées dues à la pression (escarre de décubitus).

Les effets d'une chute peuvent durer longtemps. Environ la moitié des personnes qui marchaient avant de chuter et de se casser la hanche ne peuvent plus marcher aussi bien après, même après un traitement et une rééducation. Les personnes qui ont fait une chute peuvent développer une peur de la chute qui leur enlève toute confiance en elles-mêmes. En conséquence, elles peuvent rester chez elles et abandonner des activités, comme faire les courses, aller voir des amis et faire le ménage. Lorsque l'on est moins actif, les articulations se raidissent et les muscles s'affaiblissent. Les articulations raides et les muscles faibles peuvent augmenter le risque de chute et rendre l'activité et l'indépendance plus difficiles. C'est pour toutes ces raisons que les chutes peuvent considérablement réduire la qualité de vie. Les chutes représentent un élément important à prendre en compte dans la décision de déménager dans une maison de santé ou une résidence assistée.

Les chutes entraînent rarement la mort. Le décès peut survenir immédiatement, par exemple, lorsque la tête frappe contre une surface dure et que cela provoque un saignement incontrôlé. Le décès survient beaucoup plus fréquemment plus tard, à la suite des complications des blessures graves provoquées par la chute.

Diagnostic

Les personnes ayant chuté peuvent être réticentes à discuter du problème avec quelqu'un, même un médecin, en particulier si elles ne sont pas blessées. Mais même les personnes qui ont été gravement blessées lors d'une chute et traitées aux urgences peuvent être réticentes à admettre qu'elles sont tombées. Ces personnes peuvent être réticentes parce qu'elles pensent que tomber est normal quand on vieillit. Et elles ne veulent pas que les autres pensent qu'elles sont impotentes et qu'elles doivent déménager dans un environnement plus contrôlé comme une maison de santé. En raison de cette réticence, les médecins doivent régulièrement demander à leurs patients âgés s'ils sont tombés récemment.

Si une personne a fait une chute, le médecin essaie d'identifier la cause de la chute. Pour ce faire, il pose des questions sur les circonstances de la chute, notamment les symptômes éventuels survenus juste avant la chute et toute activité qui a pu contribuer à la chute. Les médecins s'informeront aussi de l'utilisation de médicaments (avec ou sans ordonnance) ayant pu contribué à la chute.

Les médecins font d'abord un examen physique pour vérifier les blessures éventuelles et obtenir des renseignements sur les causes possibles de la chute. L'examen peut inclure les éléments suivants :

  • Mesure de la tension artérielle : Si la tension diminue lorsque la personne se lève, la chute peut être causée par une hypotension orthostatique (consulter Étourdissements ou sensation de vertige en se levant).

  • Bruits du cœur : Avec un stéthoscope, le médecin écoute le cœur pour déceler une fréquence cardiaque lente, des rythmes anormaux et une insuffisance cardiaque.

  • Évaluation de la force musculaire et de l'amplitude de mouvement : Le médecin examine le dos et les jambes et vérifie l'absence de problèmes dans les pieds.

  • Évaluation de la vue et du système nerveux, y compris le sens de la position et de l’équilibre

Le médecin demande parfois à la personne d'accomplir une activité habituelle, comme s'asseoir sur un siège et se lever ou monter une marche. L'observation de ces activités peut aider le médecin à identifier un état qui a pu contribuer à la chute.

Si la chute provient d'un obstacle environnemental et qu'il n'y a eu aucune lésion importante, aucun examen ne sera fait. Mais lorsque l'état de santé peut avoir contribué à la chute, des tests seront nécessaires. Par exemple, lorsque l'examen clinique détecte un problème cardiaque, la fréquence et le rythme cardiaques seront enregistrés à l'aide d'une électrocardiographie (ECG). Cet examen prend quelques minutes et peut se faire au cabinet médical. Sinon, on peut demander à la personne de porter un appareil ECG portable (moniteur Holter) pendant 1 ou 2 jours. Des analyses de sang, telles que la numération formule sanguine et la mesure des taux d'électrolytes, peuvent être utiles chez les personnes ayant ressenti des vertiges ou des étourdissements.. Si le système nerveux semble mal fonctionner, une tomodensitométrie (TDM) ou une imagerie par résonance magnétique (IRM) de la tête peuvent être utiles.

Prévention

Les personnes âgées peuvent faire des choses simples et pratiques pour réduire le risque de chute.

  • Faire régulièrement de l'exercice : La musculation ou l'entraînement musculaire peuvent renforcer des jambes faibles et ainsi permettre d'améliorer la stabilité pendant la marche. Le tai-chi et les exercices d'équilibre comme se tenir sur une jambe peuvent permettre d'améliorer l'équilibre

  • Porter des chaussures adéquates : Les chaussures qui ont des semelles fermes et antidérapantes avec des talons plats sont préférables.

  • Se lever lentement quand on est assis ou couché et attendre un instant avant de commencer à se déplacer : Cette stratégie permet d'éviter les vertiges parce qu'elle donne le temps au corps de s'adapter au changement de position.

  • Apprendre une manœuvre simple de la tête : Une manœuvre simple de la tête appelée la manœuvre d'Epley peut aider certaines personnes âgées qui éprouvent des vertiges lorsqu'elles se déplacent. Elle consiste à tourner la tête de manière spécifique. En général, le médecin fait la manœuvre la première fois, mais la personne peut apprendre à la faire seule si elle doit la répéter.

  • Vérifier les médicaments pris : La personne peut demander au médecin ou un autre professionnel de la santé de vérifier tous les médicaments pris, avec ou sans ordonnance, afin de voir si certains peuvent augmenter le risque de chute. Si de tels médicaments sont utilisés, le médecin peut diminuer la dose ou demander d'arrêter la prise de ce médicament.

  • Faire vérifier régulièrement sa vue : Avoir des lunettes adaptées et les porter peut aider à éviter les chutes. Un traitement du glaucome ou de la cataracte qui limitent la vision, peut aussi aider.

  • Consulter un kinésithérapeute pour réduire le risque de chute : Certaines personnes âgées ont besoin d'un kinésithérapeute pour les entraîner à marcher, en particulier si elles se servent d'un déambulateur ou d'une canne.

Les obstacles dans l'environnement peuvent parfois être éliminés ou corrigés.

  • L'éclairage peut être amélioré en augmentant le nombre de lampes ou en changeant le type de lampes.

  • Les interrupteurs peuvent être positionnés de manière à être facilement atteints. On peut utiliser des lampes qui s'allument au toucher ou lorsqu'elles détectent un mouvement.

  • Un éclairage adéquat pour les escaliers (à l'intérieur et à l'extérieur) et dans les zones à l'extérieur utilisées de nuit, est particulièrement important. Les escaliers doivent avoir une rampe solide et bien fixée.

  • Les fils électriques ou les rallonges qui sont dans le passage peuvent être éliminés en ajoutant plus de prises électriques ou en les faisant passer autour de l'embrasure des portes.

  • Les éléments qui encombrent le sol et les escaliers peuvent être rangés et enlevés du passage.

  • Des barres ou poignées d'appui peuvent être installées près des sièges de toilette, des baignoires et dans d'autres endroits où on a besoin de se tenir en se levant. Les barres d'appui doivent être correctement installées, afin de ne pas se détacher du mur.

  • Un siège de toilette surélevé peut aider.

  • Les tapis qui bougent peuvent être supprimés ou fixés au sol par collage ou avec des agrafes.

  • Des petits tapis antidérapants doivent être utilisés dans la salle de bain et la cuisine.

  • Les objets de la maison fréquemment utilisés peuvent être rangés dans des meubles de rangement, placards, ou autres espaces situés entre le niveau de la taille et des yeux, afin de pouvoir les atteindre sans s'étirer ou se baisser.

Apprendre à gérer en toute sécurité les situations potentiellement dangereuses peut s'avérer plus important que de retirer un obstacle dans un environnement. Parfois, les gens doivent faire plus attention aux dangers potentiels et réfléchir sur des manières d'accomplir les tâches quotidiennes avec plus de sécurité. Par exemple, ils peuvent placer des téléphones sans fil à divers endroits dans la maison afin de ne pas devoir se précipiter pour répondre aux appels téléphoniques.

Les chutes ne peuvent pas toujours être évitées. Ainsi, les personnes susceptibles de se fracturer la hanche (comme celles souffrant d'ostéoporose) doivent renforcer leurs os en prenant du calcium et de la vitamine D ainsi que des médicaments sur ordonnance supplémentaires pour ralentir leur perte osseuse. Certaines personnes peuvent porter un protecteur de hanche, un protecteur externe rembourré qui est inséré dans un sous-vêtement extensible et qui recouvre la hanche, qui peut prévenir les fractures de hanche quand il est porté régulièrement.

Savoir quoi faire en cas de chute peut aider les personnes âgées à avoir moins peur de tomber. Si elles tombent et ne peuvent se relever, elles peuvent se tourner sur le ventre, ramper vers un meuble (ou une autre structure qui peut supporter leur poids) et se relever en s'y appuyant.

Les personnes âgées doivent aussi avoir un bon moyen d'appeler à l'aide. Les personnes qui sont tombées plusieurs fois peuvent conserver un téléphone à un endroit accessible depuis le sol. Une autre option est d'installer un système d’appel d'urgence (dispositif de signalement médical) qui avertit quelqu'un qui vient au domicile. La plupart de ces systèmes ont un bouton d'alerte porté sur un collier. Pour appeler à l'aide, on appuie sur le bouton.

Liste de vérification pour éviter les chutes à la maison

Toutes les pièces

Interrupteur accessible

Pas de fils électriques ou de rallonges sur le passage

Pas de tapis

Téléphone sans fil

Cuisine

Rangements accessibles (afin de pouvoir les atteindre sans s'étirer ou se baisser)

Tapis antidérapants

Chambre à coucher

Lampe de chevet accessible

Veilleuse

Moquette

Salle de bain

Siège de toilette surélevé

Barres d'appui

Tapis antidérapants

Veilleuse

Salon

Moquette ou tapis fixé au sol

Escalier (intérieur et extérieur)

Bon éclairage

Rampe solide

Marches antidérapantes

Traitement

La première priorité est le traitement des lésions, telles que les fractures, entorses de ligament ou froissements de muscle. Ensuite, il faut prévenir les chutes ultérieures et les blessures dues aux chutes.

Les troubles qui ont pu contribuer à la chute sont traités. Par exemple, chez les personnes présentant une fréquence cardiaque très lente accompagnée d'étourdissements, un stimulateur cardiaque peut être implanté. Si possible, les médicaments potentiellement nocifs sont arrêtés, la dose est réduite ou un autre médicament est substitué.

Les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes peuvent améliorer la démarche et l'équilibre de la personne ainsi que la confiance en soi après une chute. Ils peuvent fournir des conseils sur la manière d’éviter les chutes. Les thérapeutes peuvent encourager les personnes à rester actives. La kinésithérapie et des exercices d'équilibre et d'étirements encadrés peuvent aider à diminuer le risque de chute.

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