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Médicaments et drogues chez la femme enceinte

Par Ravindu Gunatilake, MD ; Avinash S. Patil, MD, Indiana University School of Medicine

Plus de 50 % des femmes prennent des médicaments avec ou sans prescription médicale (produits en vente libre) ou consomment du tabac, de l’alcool ou des substances illicites au cours de leur grossesse et l’utilisation de médicaments durant la grossesse est en augmentation. D’une façon générale, aucun médicament, à moins d’être absolument nécessaire, ne doit être pris au cours de la grossesse, car beaucoup d’entre eux sont néfastes pour le fœtus. Près de 2 à 3 % des malformations congénitales sont dues à la prise de médicaments pour traiter une maladie ou un symptôme.

Les médicaments sont parfois essentiels pour la santé de la femme enceinte et du fœtus. Dans de tels cas la femme doit interroger son médecin traitant ou un autre professionnel de santé sur les bénéfices et les risques liés à la prise de ces médicaments. Avant de prendre un médicament (y compris les médicaments en vente libre) ou un supplément alimentaire (y compris les plantes médicinales), la femme enceinte doit donc consulter son médecin traitant. Ce dernier peut recommander la prise de certaines vitamines et certains minéraux au cours de la grossesse.

Les médicaments pris pendant la grossesse sont transportés jusqu’au fœtus principalement après passage de la barrière placentaire, comme le font l’oxygène et les substances nutritives qui sont nécessaires à la croissance et au développement du fœtus. Les médicaments pris par la femme enceinte peuvent affecter le fœtus de différentes façons :

  • par une action directe sur le fœtus qui induit une anomalie fœtale, une malformation du développement (provoquant une malformation congénitale) ou la mort du fœtus ;

  • par une altération de la fonction placentaire, habituellement en provoquant une constriction des vaisseaux (vasoconstriction) et en réduisant l’apport en oxygène et en substances nutritives de la mère et du fœtus. Cela se traduit parfois par la naissance d’un bébé avec un retard de poids et de croissance ;

  • par induction de contractions du muscle utérin (myomètre) qui affectent indirectement le fœtus en entraînant une diminution de l’apport sanguin au fœtus ou qui déclenchent un travail ou un accouchement prématuré ;

  • par une action indirecte sur le fœtus. Par exemple, les médicaments qui diminuent la tension artérielle de la mère peuvent réduire le flux sanguin vers le placenta et réduire ainsi l’apport en oxygène et en substances nutritives du fœtus.

Comment les médicaments traversent le placenta

Une partie des vaisseaux sanguins du fœtus est contenue dans de fines projections filiformes (villosités) du placenta qui se prolongent dans la paroi de l’utérus. Le sang de la mère traverse l’espace qui entoure les villosités (espace intervilleux). Seule une fine membrane (barrière placentaire) sépare le sang de la mère dans l’espace intervilleux du sang fœtal dans les villosités. Les médicaments présents dans le sang maternel peuvent traverser cette membrane, parvenir aux vaisseaux sanguins dans les villosités et ainsi atteindre le fœtus à travers le cordon ombilical.

L’effet du médicament sur le fœtus dépend du stade de développement fœtal, et de l’activité et de la dose du médicament.

Effets des médicaments tout au long de la grossesse

Moment de la grossesse

Effets possibles des médicaments*

État du fœtus

Dans les 20 jours après la fécondation

Un effet « tout ou rien » (décès du fœtus ou aucun effet)

Le fœtus est très résistant aux anomalies congénitales.

3 à 8 semaines après la fécondation

Il est possible qu’il n’y ait aucun effet

Une fausse couche

Une anomalie congénitale visible

Une anomalie permanente, mais légère, qui ne sera remarquée que plus tard dans la vie

Les organes du fœtus se développent, ce qui le rend particulièrement vulnérable par rapport aux malformations congénitales.

2e et 3e trimestres

Des modifications au niveau de la croissance et de la fonction d’organes et de tissus normalement formés

Peu susceptibles de causer des malformations congénitales visibles ; les effets à long terme ne sont pas connus

Le développement des organes est terminé

*Seuls certains médicaments sont susceptibles d’avoir des effets nocifs.

Catégories de risque des médicaments durant la grossesse

CATÉGORIE

DESCRIPTION

A

Ces médicaments sont les plus sûrs. Des études bien conçues menées chez la femme n’ont pas montré de risque pour le fœtus.

B

Des études menées chez l’animal n’ont pas montré de risque pour le fœtus et aucune étude n’a été réalisée chez la femme.

ou

Des études menées chez l’animal ont montré un risque pour le fœtus, mais ce n’est pas le cas des études menées chez la femme.

C

Aucune étude appropriée n’a été réalisée chez l’animal ou la femme.

ou

Dans les études réalisées chez l’animal, l’utilisation du médicament a été nocive pour le fœtus, mais aucune information n’est disponible quant à la manière dont le médicament affecte le fœtus humain.

D

Les données disponibles indiquent un risque pour le fœtus humain, mais les bénéfices du médicament peuvent être plus importants que les risques dans certaines situations. Par exemple, la mère est atteinte d’une affection qui met sa vie en danger ou d’un trouble grave qui ne peut être traité avec des médicaments plus sûrs.

X

Il a été prouvé que le risque pour le fœtus était supérieur au bénéfice éventuel.

Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA, ndt : Administration américaine préposée à la surveillance des aliments et des médicaments) classe les médicaments en fonction du degré de risque fœtal auquel ils sont associés lorsqu’ils sont pris au cours de la grossesse (ndt : il existe un système de classement similaire en Europe). Certains médicaments sont particulièrement toxiques et ne doivent jamais être pris pendant la grossesse, car ils provoquent des malformations congénitales graves. Un exemple est celui de la thalidomide. Il y a plusieurs dizaines d’années, cette substance a provoqué de graves retards de croissance des membres supérieurs et inférieurs (phocomélie) ainsi que des malformations intestinales, cardiaques et vasculaires chez les enfants nés de femmes qui en avaient pris pendant leur grossesse. Certains médicaments provoquent des malformations congénitales chez les animaux, mais elles n’ont pas été observées chez l’homme. On peut citer par exemple la méclizine, fréquemment prise en cas de mal des transports, de nausées et de vomissements.

Il est souvent possible de substituer un médicament potentiellement néfaste pendant la grossesse par un autre, plus sûr. Pour la prophylaxie antithrombotique (contre la formation de caillots de sang), l’héparine est préférée à la warfarine comme anticoagulant. Plusieurs antibiotiques sûrs, tels que la pénicilline, sont disponibles pour traiter les infections.

Certains médicaments peuvent avoir des effets après leur arrêt. Par exemple, l’isotrétinoïne, utilisée pour traiter certains troubles cutanés, s’accumule dans le tissu adipeux sous-cutané et est éliminée lentement. L’isotrétinoïne peut causer des malformations congénitales si la grossesse débute 2 semaines après l’arrêt du médicament. C’est pourquoi il est conseillé aux femmes d’attendre au moins 3 ou 4 semaines après l’arrêt du médicament avant de débuter une grossesse.

Médicaments qui peuvent poser des problèmes pendant la grossesse*

Type

Exemples

Problème

Médicaments anxiolytiques

Diazépam

Dépression, irritabilité, tremblements et réflexes exagérés chez le nouveau-né lorsque le médicament est pris tard au cours de la grossesse

Antibiotiques

Fluoroquinolones (tels que ciprofloxacine, ofloxacine, lévothyroxine et norfloxacine)

Possibilité de malformations articulaires et osseuses (observées seulement chez les animaux)

Nitrofurantoïne

Rupture (hémolyse) des globules rouges chez les femmes ou fœtus porteurs d’un déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD)

Streptomycine

Lésions de l’oreille fœtale et surdité

Sulfonamides (tels que sulfasalazine et triméthoprime-sulfaméthoxazole)

Lorsque les médicaments sont donnés tardivement dans la grossesse, ictère et, parfois, atteintes cérébrales chez le nouveau-né

Risque de problèmes beaucoup moins probable avec la sulfasalazine

Rupture (hémolyse) des globules rouges chez les femmes ou fœtus porteurs d’un déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD)

Tétracycline

Ralentissement de la croissance osseuse et jaunissement permanent des dents

Parfois, insuffisance hépatique chez la femme enceinte

Triméthoprime

Malformations du cerveau et de la moelle épinière (malformations du tube neural), telles que le spina bifida

Anticoagulants

Héparine

Thrombocytopénie (une réduction du nombre de plaquettes, qui participent à la coagulation) chez la femme enceinte, entraînant parfois un saignement excessif

Warfarine

Malformations congénitales

Problèmes hémorragiques chez le fœtus et la femme enceinte

Anticonvulsivants

Carbamazépine

Certains risques d’anomalies congénitales, notamment des malformations du tube neural (comme le spina bifida)

Problèmes hémorragiques chez le nouveau-né (maladie hémorragique du nouveau-né), qui peuvent être prévenus par la prise quotidienne de vitamine K orale, un mois avant l’accouchement ou si on injecte de la vitamine K au nouveau-né, peu après la naissance

Phénobarbital

Identiques à ceux de la carbamazépine

Phénytoïne

Identiques à ceux de la carbamazépine

Valproate

Un certain risque (1 %) d’anomalies congénitales, notamment de fente palatine, de malformations du tube neural (comme le myéloméningocèle), et malformations du cœur, du visage, du crâne, de la colonne vertébrale et des membres

Antihypertenseurs

Inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IEC) (voir Médicaments antihypertenseurs).

Si les médicaments sont administrés à la phase tardive de la grossesse, insuffisance rénale chez le fœtus, diminution de la quantité de liquide autour du fœtus en phase de développement (liquide amniotique) et malformations du visage, des membres et des poumons

Bêta-bloquants

Lorsque des bêta-bloquants sont pris durant la grossesse, ralentissement de la fréquence cardiaque, faible taux de sucre dans le sang et, parfois, ralentissement de la croissance du fœtus

Tension artérielle basse chez la mère

Inhibiteurs calciques

Croissance inappropriée avant la naissance (retard de croissance)

Diurétiques thiazidiques

Diminution du taux d’oxygène, de sodium et de potassium, et du nombre de plaquettes dans le sang du fœtus

Croissance inappropriée avant la naissance

Agents chimiothérapeutiques

Actinomycine

Possibilité de malformations congénitales (observées uniquement chez l’animal)

Busulfan

Anomalies congénitales comme un développement insuffisant de la mandibule, une fente palatine, une anomalie de développement des os du crâne, des anomalies de la colonne vertébrale, de l’oreille et un pied bot

Ralentissement de la croissance

Chlorambucil

Identiques à ceux du busulfan

Cyclophosphamide

Identiques à ceux du busulfan

Doxorubicine

Problèmes cardiaques, en fonction de la dose prise

Malformations congénitales possibles (observées uniquement chez l’animal)

Mercaptopurine

Identiques à ceux du busulfan

Méthotrexate

Identiques à ceux du busulfan

Vinblastine

Possibilité de malformations congénitales (observées uniquement chez l’animal)

Vincristine

Possibilité de malformations congénitales (observées uniquement chez l’animal)

Médicaments stabilisateurs de l’humeur

Lithium

Malformations congénitales possibles (surtout du cœur)

Somnolence, baisse du tonus musculaire, perte de l’appétit, baisse d’activité de la thyroïde et diabète insipide néphrogénique chez le nouveau-né

Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)

Aspirine et autres salicylés

Ibuprofène

Naproxène

Si les médicaments sont pris en grands dosages, fausses couches possibles au cours du 1er trimestre, retard du début du travail, fermeture précoce du canal qui relie l’aorte et l’artère pulmonaire (canal artériel), ictère, entérocolite nécrosante (lésion de la paroi de l’intestin) et, parfois, atteinte cérébrale chez le fœtus et signes hémorragiques chez la femme pendant et après l’accouchement et/ou chez le nouveau-né

Si les médicaments sont administrés en fin de grossesse, diminution de la quantité de liquide qui entoure le fœtus

Hypoglycémiants oraux

Chlorpropamide

Glyburide

Metformine

Tolbutamide

Niveaux glycémiques bas chez le nouveau-né

Mauvais contrôle du diabète pendant la grossesse

Si le médicament est pris tôt dans la grossesse par une femme atteinte d’un diabète de type 2, possibilité de risque accru de fausse couche

Stéroïdes sexuels

Danazol

Si ce médicament est pris très précocement dans la grossesse, masculinisation des organes génitaux d’un fœtus de sexe féminin qui, parfois, nécessitent une correction chirurgicale

Diéthylstilbestrol (DES)

Malformations utérines, troubles menstruels, et augmentation du risque de tumeur du vagin et complications en cours de grossesse chez les filles de ces femmes

Anomalies du pénis chez les enfants de sexe masculin

Progestatifs synthétiques (mais pas les petites doses utilisées dans les contraceptifs oraux)

Identiques à ceux du danazol

Traitements dermatologiques

Étrétinate

Malformations congénitales telles que malformations cardiaques, petites oreilles et hydrocéphalie

Isotrétinoïne

Identiques à ceux de l’étrétinate

Déficit intellectuel

Risque de fausse couche

Médicaments de la thyroïde

Méthimazole

Glande thyroïde augmentée de volume et déficitaire chez le fœtus

Anomalies du cuir chevelu chez le nouveau-né

Propylthiouracile

Glande thyroïde augmentée de volume et déficitaire chez le fœtus

Iode radioactif

Destruction de la glande thyroïde chez le fœtus

Si le médicament est administré à la fin du 1er trimestre, glande thyroïde hyperactive et augmentée de volume chez le fœtus

Triiodothyronine

Glande thyroïde augmentée de volume et hyperactive chez le fœtus

Vaccins (virus vivants)

Vaccin contre la rubéole et la varicelle

Infections placentaires et du fœtus possibles

Vaccins contre la rougeole, les oreillons, la poliomyélite ou la fièvre jaune

Risques potentiels, mais inconnus

Autre

Buprénorphine et méthadone, qui sont des opiacés

Somnolence du nouveau-né peu après la naissance

Irritabilité et tremblements (symptômes de sevrage médicamenteux) chez le nouveau-né en raison de l’interruption du passage de l’opiacé pris par la mère au moment de la naissance

Corticostéroïdes

Bec de lièvre possible si ces médicaments sont pris au cours du 1er trimestre

Pseudoéphédrine (un décongestionnant)

Rétrécissement des vaisseaux sanguins dans le placenta susceptible de réduire la quantité d’oxygène et de substances nutritives reçue par le fœtus et donc d’entraîner une croissance inappropriée avant la naissance

Risque possible de malformation de la paroi abdominale laissant les intestins saillir à l’extérieur du corps (appelée gastroschisis)

Vitamine K

Chez les femmes ou les fœtus qui présentent un déficit en G6PD, destruction des globules rouges (hémolyse)

*À moins qu’ils ne soient absolument nécessaires, les médicaments doivent être évités pendant la grossesse. Cependant, les médicaments sont parfois essentiels pour la santé de la femme enceinte et du fœtus. Dans ces cas, la patiente doit discuter avec son médecin des risques et bénéfices liés à la prise des médicaments avant d’arrêter de les prendre. Elle ne doit pas arrêter de les prendre d’elle-même.

Vaccins

Les vaccins fabriqués à partir de virus vivants (tels que ceux contre la rubéole et la varicelle) ne sont pas administrés aux femmes enceintes ou susceptibles de l’être. D’autres vaccins (tels que le vaccin contre le choléra, l’hépatite A et B, la rougeole, les oreillons, la peste, la rage, le tétanos, la diphtérie et le typhus) ne sont administrés aux femmes enceintes qu’en cas de risque réel d’une infection particulière. Cependant, toutes les femmes enceintes qui atteignent le 2e ou 3e trimestre de leur grossesse durant la saison de la grippe doivent être vaccinées contre le virus de la grippe.

Médicaments utilisés pour traiter les troubles cardiaques et vasculaires

Il peut être nécessaire de prescrire des médicaments destinés à faire baisser la tension artérielle (antihypertenseurs) chez les femmes enceintes qui ont des antécédents d’hypertension ou qui développent une hypertension artérielle au cours de la grossesse. Tous les types d’hypertension artérielle augmentent le risque de problèmes chez la femme et le fœtus (voir Hypertension artérielle pendant la grossesse et Pré-éclampsie et éclampsie). Cependant, les antihypertenseurs peuvent diminuer significativement le flux sanguin placentaire lorsqu’ils induisent une diminution trop rapide de la tension artérielle chez la femme enceinte. Les femmes enceintes devant prendre ces médicaments sont donc étroitement surveillées. En général, deux types d’antihypertenseurs, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IEC) et les diurétiques thiazidiques, ne sont pas administrés pendant la grossesse, car ils peuvent être à l’origine de lésions fœtales graves, telles que des lésions rénales, une croissance inappropriée avant la naissance (retard de croissance), et des malformations congénitales.

La digoxine, utilisée dans le traitement de l’insuffisance cardiaque et de certains troubles du rythme, franchit facilement le placenta. Cependant, aux doses habituelles, elle n’a que très peu d’effets sur l’enfant avant ou après sa naissance.

Médicaments antipsychotiques

Les antidépresseurs, en particulier les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) tels que la paroxétine, sont couramment utilisés durant la grossesse. Son usage est fréquent, car environ 7 à 23 % des femmes enceintes souffrent de dépression. Pour les femmes enceintes, les avantages du traitement de la dépression sont plus importants que les risques.

La paroxétine semble majorer le risque de malformations cardiaques congénitales. Par conséquent, si une femme enceinte prend de la paroxétine, une échocardiographie devra être réalisée afin d’évaluer le cœur du fœtus.

Si une femme enceinte prend des antidépresseurs, le nouveau-né pourra présenter des symptômes de sevrage médicamenteux après la naissance. Pour prévenir ces symptômes, le médecin pourra réduire progressivement la dose de l’antidépresseur au cours du 3e trimestre et arrêter le médicament avant la naissance. Cependant, si la femme présente des signes de dépression significatifs ou si les symptômes s’aggravent lorsque la dose est réduite, les antidépresseurs devront être continués. La dépression au cours de la grossesse peut déboucher sur une dépression du post-partum, qui implique une modification grave de l’humeur et nécessite un traitement ( Dépression du post-partum).

Drogues

Fumée de cigarette :

Bien que la consommation de cigarettes soit nocive pour la mère et pour le fœtus, seules 20 % environ des femmes qui fument cessent de fumer pendant leur grossesse. L’effet le plus constant du tabac sur le fœtus est un faible poids à la naissance :  plus la femme fume pendant sa grossesse, moins le poids de l’enfant sera élevé. Le poids moyen à la naissance des enfants nés de femmes qui ont fumé pendant leur grossesse est de 180 grammes inférieur à celui des enfants nés de femmes non fumeuses.

Des lésions cardiaques, cérébrales et de la face à la naissance sont plus fréquentes chez les nouveau-nés de femmes qui fument que chez les nouveau-nés de femmes qui ne fument pas. De plus, le risque de mort subite du nouveau-né (syndrome de mort subite du nourrisson ou SIDS) peut être augmenté. Les fumeuses présentent également un risque plus élevé d’implantation anormale du placenta (placenta praevia), de décollement prématuré du placenta, de rupture précoce des membranes (contenant le fœtus), de travail prématuré, d’infections utérines, d’avortements spontanés, de mort in utero et d’accouchements prématurés. De plus, les enfants nés de femmes fumeuses présentent une insuffisance légère (mais quantifiable) de croissance et de développement intellectuel et comportemental. On estime que ces effets sont liés au monoxyde de carbone et à la nicotine. Le monoxyde de carbone peut réduire l’apport des tissus en oxygène. La nicotine stimule la libération d’hormones provoquant une constriction des vaisseaux (vasoconstriction) qui irriguent l’utérus et le placenta, en réduisant ainsi l’apport en oxygène et en nutriments du fœtus.

En raison des effets nocifs potentiels du tabagisme durant la grossesse, les femmes enceintes doivent s’efforcer au maximum de ne pas fumer pendant leur grossesse, notamment discuter des stratégies possibles avec leur médecin.

La femme enceinte doit éviter toute exposition au tabagisme passif qui peut également être néfaste pour le fœtus.

Alcool :

La consommation d’alcool au cours de la grossesse est la principale cause connue de malformations congénitales. La quantité d’alcool à l’origine du syndrome d’alcoolisme fœtal (SAF) étant inconnue, il est conseillé aux femmes enceintes de s’abstenir de boire de l’alcool, que ce soit de façon régulière ou occasionnelle. Il est encore plus sûr d’éviter l’alcool sous quelque forme que ce soit.

Le risque d’avortement spontané est presque doublé chez les consommatrices d’alcool sous toute forme au cours de la grossesse, notamment lorsqu’elles en consomment de grandes quantités. Souvent, le poids de naissance des enfants nés de femmes qui consomment de l’alcool de façon régulière pendant la grossesse est significativement inférieur à la normale. Le poids moyen à la naissance des nouveau-nés exposés pendant la grossesse à de grandes quantités d’alcool est estimé à environ 2 kg, à comparer au poids moyen de 3,5 kg de l’ensemble des nouveau-nés. Les enfants nés de mères qui ont consommé de l’alcool au cours de leur grossesse ne tètent pas correctement et ont plus de risque de mourir rapidement après la naissance.

Le syndrome d’alcoolisme fœtal est l’une des complications les plus graves de l’alcoolisme pendant la grossesse. Ne boire que trois verres par jour de façon occasionnelle peut causer ce syndrome. Il est observé chez près de 2 nouveau-nés sur 1 000. Ce syndrome se caractérise par une croissance insuffisante avant ou après la naissance, des anomalies de la face, une petite tête ou microcéphalie (probablement à cause d’un développement cérébral insuffisant), un déficit intellectuel et un trouble du développement comportemental. On observe plus rarement des malformations articulaires (anomalies fonctionnelles et de position) et cardiaques.

Les bébés ou les enfants de femmes qui ont consommé de l’alcool pendant la grossesse peuvent présenter des troubles comportementaux graves, comme un comportement antisocial et un déficit de l’attention. Ces troubles peuvent également être observés chez l’enfant qui ne présente pas de malformations congénitales évidentes.

Caféine :

On ignore si la consommation de caféine au cours de la grossesse a des effets néfastes sur le fœtus. Les données semblent suggérer qu’une consommation modérée de caféine pendant la grossesse (par exemple, une tasse de café par jour) est associée à un risque faible voire nul pour le fœtus. La caféine, contenue dans le café, le thé, certains sodas, le chocolat et certains médicaments, est une substance stimulante qui passe rapidement du placenta vers le fœtus. Ainsi, la caféine peut avoir un effet stimulant sur le fœtus, augmentant sa fréquence cardiaque. La caféine peut de plus diminuer le flux sanguin placentaire et l’absorption de fer (avec parfois un risque d’anémie) (voir Anémie durant la grossesse). Certaines données suggèrent que le fait de consommer plus de sept tasses de café par jour pourrait augmenter le risque de mort in utero, d’accouchement prématuré, de naissance d’un bébé de faible poids ou d’avortement spontané. Certains spécialistes invitent les femmes enceintes à réduire leur consommation de café et, si possible, à prendre des boissons décaféinées.

Aspartam :

L’aspartam, un édulcorant artificiel, ne semble pas néfaste pendant grossesse lorsqu’il est consommé en faibles quantités, dans les aliments et dans les boissons sucrés artificiellement (dits aliments et boissons allégés). Les femmes enceintes atteintes de phénylcétonurie, un trouble rare, ne devraient pas consommer d’aspartam.

Drogues illicites

La consommation de drogues illicites chez la femme enceinte (notamment d’opiacés) peut être à l’origine de complications obstétricales et de troubles graves du développement chez le fœtus et le nouveau-né. Pour les femmes enceintes, l’injection de drogues illicites accroît le risque d’infections pouvant affecter le fœtus directement ou après transmission maternelle. Parmi ces infections se trouvent les hépatites et les maladies sexuellement transmissibles (comme le SIDA). Le risque de croissance fœtale insuffisante et d’accouchement prématuré est plus élevé lorsque la femme enceinte consomme des drogues illicites.

Les enfants nés de mères consommatrices de cocaïne ont souvent des problèmes, mais on ignore si la cocaïne en est la cause. Par exemple, la cause pourrait être liée à d’autres facteurs de risque qui sont fréquents chez les femmes consommant de la cocaïne. Ces facteurs comprennent le tabagisme, la consommation d’autres drogues illicites, la manque de soins prénataux et la pauvreté.

Les substances hallucinogènes, selon le produit utilisé, majorent le risque d’avortement spontané, d’accouchement prématuré ou de syndrome de sevrage chez le fœtus ou le nouveau-né. Les substances hallucinogènes comprennent la méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA ou ecstasy), le rohypnol, la kétamine, la méthamphétamine et le LSD (diéthylamide de l’acide lysergique).

Opiacés

Les opiacés, comme l’héroïne, la méthadone et la morphine, traversent facilement la barrière placentaire. Par conséquent, le fœtus peut devenir dépendant ou présenter un symptôme de sevrage 6 à 8 jours après sa naissance (voir Opiacés). Cependant, la consommation d’opiacés est rarement la cause de malformations congénitales. La consommation ou l’utilisation d’opiacés au cours de la grossesse augmente le risque de complications obstétricales, telles que les avortements spontanés, les anomalies de présentation du fœtus et les accouchements prématurés. Les enfants de femmes héroïnomanes présentent un risque plus élevé d’être de petite taille.

Amphétamines

La consommation d’amphétamines pendant la grossesse peut entraîner des malformations congénitales, notamment cardiaques, et éventuellement une croissance inappropriée avant la naissance.

Marijuana

On ignore si la consommation de marijuana par la femme enceinte peut avoir des effets néfastes sur le fœtus. Le principe actif principal de la marijuana, le tétrahydrocannabinol, peut traverser la barrière placentaire et ainsi affecter le fœtus. Cependant, la marijuana ne semble pas accroître le risque de malformations congénitales ni ralentir la croissance du fœtus. La marijuana ne cause pas de troubles comportementaux chez le nouveau-né, à moins d’une consommation en quantités élevées au cours de la grossesse.

Sels de bain

L’appellation « sels de bain » désigne un groupe de drogues de synthèse fabriquées à partir de diverses substances ressemblant à l’amphétamine. Les femmes enceintes sont de plus en plus nombreuses à utiliser ces drogues.

Ces drogues peuvent être à l’origine d’un rétrécissement des vaisseaux sanguins du fœtus, réduisant ainsi la quantité d’oxygène reçue par le fœtus. Elles majorent aussi le risque de mort in utero, de décollement prématuré du placenta (décollement placentaire) et, parfois, de malformations congénitales.

Médicaments utilisés pendant le travail et l’accouchement

Les anesthésiques locaux, les opiacés et les autres analgésiques traversent habituellement la barrière placentaire et peuvent avoir des effets néfastes sur le nouveau-né. Ils peuvent par exemple être à l’origine d’une dépression respiratoire. S’il est nécessaire de les utiliser pendant l’accouchement, ils devront donc être administrés à la dose minimale efficace (voir Traitement de la douleur).

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