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Écoulement du mamelon :

Par Mary Ann Kosir, MD, Professor of Surgery and Oncology;, Wayne State University School of Medicine;Karmanos Cancer Center

Le liquide qui s’écoule d’un mamelon ou des deux est appelé écoulement mamelonnaire. Chaque sein compte plusieurs (15 à 20) canaux lactifères. Un écoulement peut provenir d’un de ces canaux.

Un écoulement mamelonnaire peut se produire de manière normale pendant les dernières semaines de grossesse ou après la naissance, pendant la production de lait. Il peut également être normal en dehors de la grossesse ou de la période d’allaitement, en particulier chez la femme en âge de procréer. Par exemple, chez les femmes, les caresses, la succion, l’irritation ou l’excitation sexuelle peut stimuler un écoulement mamelonnaire. Cependant, un écoulement mamelonnaire chez l'homme est systématiquement anormal.

Il s’agit normalement d’un liquide peu dense, trouble, laiteux ou plutôt translucide et non visqueux. Toutefois, il peut être d’une autre couleur, gris, vert, jaune ou brun. Un écoulement légèrement sanguinolent non pathologique peut aussi être observé pendant la grossesse ou l’allaitement. L’aspect de cet écoulement varie en fonction de la cause. Un écoulement pathologique peut s’accompagner d’autres anomalies, telles qu’une rétractation de la peau, un gonflement, des rougeurs, des croûtes, des ulcérations et une rétractation des mamelons. (Un mamelon est rétracté s’il rentre vers l’intérieur et ne revient pas en position normale après la stimulation.) Si un écoulement affecte spontanément un seul mamelon (sans stimulation), il peut être anormal.

Causes

De nombreuses maladies peuvent être associées à un écoulement mamelonnaire anormal.

Un écoulement unilatéral est probablement le signe d’une pathologie qui n’affecte que ce canal lactifère ou ce sein, comme une tumeur bénigne ou maligne.

En revanche, une origine externe, telle qu’une tumeur hypophysaire ou la prise de médicaments, induira vraisemblablement un écoulement provenant des deux seins ou de plusieurs canaux lactifères.

Causes courantes d’un écoulement du mamelon

Habituellement, la cause est un trouble bénin des canaux lactifères, tel que :

Le papillome intracanalaire est la cause la plus courante. Elle est également la cause la plus courante d’un écoulement mamelonnaire sanguinolent lorsque le sein ne comporte aucun nodule.

Causes moins courantes d’un écoulement du mamelon

Certains troubles stimulent la production de lait chez des femmes qui ne sont pas enceintes ou qui n’allaitent pas ( Certaines causes et caractéristiques des écoulements mamelonnaires). Dans la plupart de ces maladies, le taux de prolactine (hormone qui stimule la production de lait maternel) est élevé. Certains médicaments peuvent avoir les mêmes effets.

Moins de 10 % des cas sont liés à un cancer.

Évaluation

Signes avant-coureurs

Les écoulements mamelonnaires sont préoccupants lorsqu’ils :

  • se produisent sans pression ou autre stimulation du mamelon (lorsqu'ils surviennent spontanément) ;

  • se produisent chez des femmes de 40 ans et plus ;

  • sont unilatéraux ;

  • sont roses ou sanguinolents ;

  • s’accompagnent d’un nodule palpable ;

  • surviennent chez un garçon ou un homme.

Quand consulter un médecin

Si un écoulement mamelonnaire persiste plus d’un cycle menstruel ou si un des signes avant-coureurs est décelé, les femmes doivent consulter un médecin. Il n’est pas grave d’attendre une semaine sauf en cas de signes d’infections tels qu’une rougeur, un œdème et/ou des écoulements de pus. Les femmes présentant de tels symptômes doivent consulter un médecin dans les 2 jours maximum.

Que fait le médecin

Le médecin commence par lui poser des questions concernant ses symptômes et ses antécédents médicaux. Le médecin réalise ensuite un examen clinique. Les données des antécédents et de l’examen clinique suggèrent souvent une cause à l’écoulement et les examens à réaliser (voir le tableau ci-dessous).

Pour faciliter l’identification de la cause, le médecin pose des questions concernant l’écoulement et les autres symptômes pouvant orienter la recherche de cause. La femme est également interrogée sur ses maladies et sur les traitements reçus qui peuvent augmenter les taux de prolactine.

Le médecin examine le sein, à la recherche d’anomalies, dont des nodules ( Signes avant-coureurs). Si l’écoulement ne se produit pas spontanément, la zone entourant les mamelons est stimulée par des pressions délicates.

Certaines causes et caractéristiques des écoulements mamelonnaires

Cause

Caractéristiques fréquentes*

Examens

Maladies bénignes du sein

Papillome intracanalaire (tumeur bénigne dans le canal lactifère), la cause la plus courante

Un écoulement rose ou sanguinolent unilatéral

Généralement échographie

Analyses complémentaires en fonction des résultats (évaluation, comme en cas de nodules mammaires)

Ectasie galactophorique (dilatation des canaux lactifères)

Un écoulement sanguinolent, rose ou de différentes couleurs (couleur de pus, gris ou laiteux) unilatéral ou bilatéral

Identique au papillome intracanalaire

Changements fibrokystiques (comprenant douleurs, kystes et formation nodulaire généralisée)

Un nodule, souvent sensible et caoutchouteux, se développant généralement avant la ménopause

Éventuels antécédents de nodules mammaires

Identique au papillome intracanalaire

Douleur, sensibilité, rougeur, chaleur ou une combinaison de ces symptômes qui surviennent brusquement dans un sein

Fièvre fréquente

Avec un abcès, un nodule douloureux et éventuellement un écoulement semblable à du pus et malodorant

Examen clinique (l’infection est généralement évidente)

Si l’écoulement ne cesse pas avec le traitement, examen à la recherche d’un papillome intracanalaire

Généralement un carcinome intracanalaire ou un carcinome canalaire invasif

Éventuellement un nodule palpable, des modifications de l’aspect de la peau, des ganglions lymphatiques hypertrophiés, le plus souvent à l’aisselle

Parfois un écoulement sanguinolent ou rose

Identique au papillome intracanalaire

Taux élevés de prolactine

Différentes maladies, dont :

un écoulement laiteux (mais non sanguinolent), généralement des deux seins

Aucun nodule

Éventuelles irrégularités menstruelles ou absence de règles (aménorrhée)

Analyses de sang pour mesurer les taux de prolactine et d’hormone thyroïdienne

Le détail des médicaments consommés

Si le taux de prolactine ou de thyréostimuline est élevé, IRM de la tête

Intolérance au froid, somnolence, constipation ou prise de poids

  • Troubles de l’hypophyse ou de l’hypothalamus (partie du cerveau)

Déséquilibres hormonaux, modification de la vision ou maux de tête

  • Maladies rénales ou hépatiques chroniques

avec troubles hépatiques, ascites ou jaunisse

Chez les personnes ayant souffert de maladies rénales ou hépatiques

Certains médicaments, dont

  • Opioïdes

  • Contraceptifs oraux

  • Certains médicaments utilisés pour traiter les maladies de l’estomac (tels que cimétidine, ranitidine et métoclopramide)

  • Certains antidépresseurs et phénothiazines (médicaments utilisés pour traiter les nausées ou les psychoses), comme la prochlorpérazine

  • Certains antihypertenseurs (tels que aténolol, labétalol, méthyldopa, réserpine et vérapamil)

Analyses de sang pour mesurer les taux de prolactine et d’hormone thyroïdienne

Le détail des médicaments consommés

Si le taux de prolactine ou de thyréostimuline est élevé, IRM de la tête

*Les caractéristiques incluent les symptômes et les résultats de l’examen du médecin. Les caractéristiques mentionnées sont typiques, mais ne sont pas toujours présentes.

Hormone qui stimule la production de lait maternel.

IRM = imagerie par résonance magnétique.

Tests

Si le médecin soupçonne un déséquilibre hormonal à l’origine de ces symptômes, des analyses de sang sont effectuées pour mesurer les taux de prolactine et d’hormone thyroïdienne.

Si un problème cérébral ou hypophysaire est envisagé, une imagerie par résonance magnétique (IRM) et une tomodensitométrie (TDM) de la tête sont pratiquées.

Si l’écoulement n’est pas clairement sanguinolent, il est analysé pour déterminer s’il contient de petites particules de sang. En cas de présence de sang, un échantillon de l’écoulement est examiné au microscope (cytologie) à la recherche de cellules cancéreuses.

Si le médecin palpe un nodule, une échographie est effectuée. Les examens sont semblables à ceux effectués pour tout nodule mammaire. Les kystes sont ponctionnés (par aspiration) et le liquide est analysé. Si le kyste est encore présent après l’aspiration ou si les nodules sont solides, une mammographie est effectuée, suivie d’une biopsie.

S’il n’y a aucun nodule, mais qu’un cancer est toujours suspecté, ou lorsque d’autres résultats de tests ne sont pas clairs, une mammographie est effectuée.

Si ni l’échographie ni la mammographie ne parviennent à identifier la cause de l’écoulement, si celui-ci est spontané et unilatéral, alors les médecins réalisent généralement une mammographie spéciale (appelée ductographie ou galactographie). Pour réaliser cette procédure, on injecte un agent de contraste (qui permet de rendre l’image plus lisible) dans le canal, puis des images sont prises, comme pendant une mammographie classique. Cet examen peut permettre d'exclure ou d'identifier un cancer.

Si aucun nodule n’est ressenti et que la mammographie est normale, le cancer est très peu probable. Parfois, la cause de cet écoulement reste inconnue.

Traitement

Lorsque cet écoulement est lié à une pathologie, celle-ci doit être traitée.

Lorsque la cause d’un écoulement mamelonnaire unilatéral est une tumeur bénigne ou une maladie, on effectue une exérèse du canal lactifère à l’origine de l’écoulement (pyramidectomie). Cette procédure ne nécessite aucune anesthésie locale et n’exige pas de nuit à l’hôpital.

Points-clés

  • La cause d’un écoulement mamelonnaire est rarement un cancer.

  • Si l’écoulement provient des deux seins ou de plusieurs canaux lactifères et qu’il n’est pas sanguinolent ou rose, la cause est généralement une maladie hormonale non cancéreuse.

  • Si l’écoulement provient d’un seul sein et s’il est sanguinolent ou rose, il peut s’agir d’un cancer, en particulier chez les femmes de 40 ans et plus.

  • On réalise alors des tests sanguins, des examens d’imagerie (comme une échographie) ou les deux, selon la cause suspectée.

Ressources dans cet article