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Consommation et abus de certaines substances chez les adolescents

Par Sharon Levy, MD, MPH, Assistant Professor of Pediatrics;Director, Adolescent Substance Abuse Program, Harvard Medical School;Boston Children's Hospital

La consommation de certaines substances chez les adolescents va de l’expérimentation aux troubles dus à une consommation importante ( Présentation des troubles liés à l’usage de substances). Toutes les consommations de substances, même expérimentales, exposent les adolescents à un risque de problèmes à court terme, tels que les accidents, les bagarres, les relations sexuelles non désirées et les overdoses. Les adolescents sont vulnérables aux effets de la consommation de certaines substances et sont exposés à un risque accru de développer des conséquences à long terme, telles que les troubles mentaux, l’échec scolaire et une toxicomanie.

Dans la société occidentale moderne, la consommation de certaines substances constitue pour les adolescents une manière simple de satisfaire le besoin développemental normal de prendre des risques et rechercher des sensations fortes. Il n’est donc pas surprenant que la consommation de certaines substances soit fréquente lorsque les adolescents grandissent, et environ 70 % des adolescents consommeront de l’alcool avant la fin du lycée. Néanmoins, la consommation récurrente ou continue de certaines substances est beaucoup moins courante. Même la consommation occasionnelle de certaines substances est dangereuse et ne doit pas être banalisée, ignorée ou autorisée par les adultes. L’attitude des parents et leur propre comportement par rapport à la consommation d’alcool, de tabac, de médicaments sur ordonnance et d’autres substances ont une forte influence sur le jeune.

Consommation d’alcool chez les adolescents

L’alcool est la substance la plus utilisée par les adolescents. Environ 70 % des lycéens en terminale ont déjà essayé l’alcool, bien que seuls 55 % disent ne jamais avoir été ivres. Environ 50 % des lycéens en terminale ont consommé de l’alcool au cours du mois précédent et sont considérés comme des consommateurs actuels. La consommation d’alcool intensive est également fréquente, et presque 90 % de tout l’alcool consommé par les adolescents l’est pendant une beuverie. Une beuverie est généralement définie par la consommation de plus de 4 verres sur une période de 2 heures ou moins. Néanmoins, pour les personnes de petite taille, comme les jeunes filles, 2 verres peuvent causer une intoxication suffisante pour être considérée comme une beuverie. La beuverie expose les adolescents à un risque d’accidents, de blessures, de relations sexuelles non désirées et d’autres situations regrettables. C’est pour cela qu’il faut dissuader les adolescents de boire.

La société et les médias dépeignent la consommation d’alcool comme une pratique acceptable, voire à la mode. Malgré toutes ces influences, les parents peuvent faire la différence s’ils transmettent clairement à leur enfant leurs attentes vis-à-vis de la consommation d’alcool, posent des limites cohérentes et le surveillent. Cependant, les adolescents dont les membres de la famille consomment de l’alcool de manière excessive peuvent croire que cette pratique est acceptable. Certains adolescents qui essaient l’alcool développent un trouble lié à l’alcool. Les facteurs de risque de développement d’un trouble comprennent la consommation à un jeune âge et des facteurs génétiques. Les adolescents dont un membre de la famille est alcoolique doivent être informés clairement de leur risque plus élevé.

Consommation de tabac chez les adolescents

La plupart des adultes fumeurs ont commencé à l’adolescence. Certains jeunes enfants peuvent essayer de fumer des cigarettes. Un sur cinq élèves de 15 ans déclare fumer régulièrement. Aux États-Unis plus de 2 000 personnes commencent à fumer tous les jours. Parmi ces nouveaux fumeurs, 31 % sont âgés de moins de 16 ans et plus de 50 % sont âgés de moins de 18 ans. Si l’adolescent atteint l’âge de 19 ans sans n’avoir jamais fumé, il est très improbable qu’il devienne fumeur à l’âge adulte.

Le plus grand facteur de risque de tabagisme chez l’adolescent est :

  • avoir des parents fumeurs

D’autres facteurs de risque souvent associés au fait de commencer à fumer pendant l’enfance comprennent :

  • un camarade ou bien une idole (comme une personnalité) qui fume,

  • des résultats scolaires médiocres,

  • un autre comportement à risque (comme les régimes amaigrissants excessifs, particulièrement chez les filles ; la violence physique et la conduite en état d’ivresse, particulièrement chez les garçons ; ou la consommation d’alcool ou d’autres drogues),

  • des capacités de résolution de problèmes médiocres,

  • avoir des cigarettes à disponibilité,

  • une faible estime de soi.

Les adolescents peuvent également consommer du tabac sous d’autres formes. Environ 3,3 % des individus âgés de 18 ans et plus et environ 7,9 % des lycéens consomment du tabac sans fumée. Le tabac sans fumée peut être mâché (tabac à mâcher), placé entre la lèvre inférieure et la gencive (tabac à chiquer) ou inhalé dans le nez (tabac à priser). La pipe est relativement rare aux États-Unis, mais son utilisation augmente chez les collégiens et les lycéens depuis 1999. Le pourcentage de personnes âgées de plus de 12 ans qui fument le cigare a diminué.

Les parents peuvent éviter que leur enfant fume et consomme du tabac sans fumée en adoptant un comportement positif (c’est-à-dire en ne fumant pas et ne mâchant pas du tabac), en discutant ouvertement des risques liés au tabagisme et en encourageant ceux qui fument ou mâchent déjà à arrêter, notamment en recourant à une assistance médicale, si cela s’avère nécessaire ( Arrêt du tabac chez les enfants et les adolescents).

Cigarettes électroniques

Les cigarettes électroniques (e-cigarettes, vapoteuses) sont de plus en plus populaires et peuvent être qualifiées à tort d’alternatives sûres aux cigarettes. Les e-cigarettes contiennent de la nicotine liquide, qui est la partie hautement addictive du tabac. Le liquide peut contenir de petites quantités de toxines, dont les effets ne sont actuellement pas connus. La vapeur provenant des e-cigarettes contient de la nicotine et d’autres toxines. La majorité des adolescents qui utilisent des e-cigarettes utilisent également des produits à base de tabac traditionnels. Les e-cigarettes sont devenues ainsi une nouvelle voie d’accès au tabagisme.

Autres substances

La consommation de marijuana augmente et a récemment dépassé celle de tabac. L’inhalation (reniflement, Inhalation de solvants) est également un problème, surtout chez les jeunes adolescents.

Les médicaments sur ordonnance, en particulier les analgésiques opioïdes (narcotiques), les anxiolytiques et les stimulants (comme le méthylphénidate et des médicaments similaires utilisés pour le trouble du déficit de l’attention, Trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH)), et les médicaments en vente libre sans ordonnance (comme les médicaments contre la toux et le rhume) sont à présent détournés par les adolescents plus que toute autre substance, à part l’alcool et la marijuana. En 2013, environ 18 % des étudiants avaient déjà consommé un médicament sur ordonnance sans ordonnance du médecin à un moment donné de leur vie. Les médicaments en vente libre contre la toux et le rhume contenant du dextrométhorphane sont aussi utilisés par les adolescents pour planer. Ces médicaments, faciles d’accès et considérés comme sûrs par beaucoup d’adolescents, mènent souvent à la consommation d’autres drogues. Même les adolescents les plus jeunes peuvent essayer des drogues ; certains déclarent une utilisation dès 12 ans. De nombreux adolescents ayant expérimenté les médicaments en vente libre, sous ordonnance ou d’autres substances développent des troubles d’addiction.

Les autres substances addictives comprennent :

  • Amphétamines et méthamphétamines

  • Inhalés

  • Cocaïne

  • Stéroïdes anabolisants

  • Opioïdes

  • Hallucinogènes (PCP [phéncyclidine], LSD [diéthylamide de l’acide lysergique] et certains types de champignon)

  • Drogues de club (MDMA [méthylènedioxyméthamphétamine], ecstasy ou Molly) et GHB (acide gammahydroxybutyrique))

En 2007, environ 47 % des élèves en terminale avaient déjà consommé une drogue illicite à un moment donné de leur vie, et 25 % avaient déjà consommé une drogue autre que la marijuana.

Environ 3 % des élèves en terminale ont déjà pris des stéroïdes anabolisants ( Stéroïdes anabolisants). Bien que cette pratique soit plus courante chez des sportifs, elle existe également chez les non-sportifs. Un des effets secondaires lié à l’utilisation de stéroïdes anabolisants est la soudure précoce des cartilages de croissance des extrémités osseuses qui entraîne une petite taille définitive. Les autres effets secondaires sont aussi fréquents chez les adolescents que chez les adultes.

Les comportements qui doivent amener les parents à discuter de leurs préoccupations avec leur enfant et leur médecin sont les suivants :

  • comportement changeant,

  • dépression ou changements d’humeur,

  • changement dans le choix des amis,

  • baisse des résultats scolaires,

  • perte d’intérêt dans les passe-temps.

Les parents qui découvrent des drogues ou des accessoires (tels que pipes, seringues et balances) doivent partager leurs inquiétudes avec leur enfant.

Lors des consultations de médecine préventive, les parents doivent s’attendre à ce que le médecin pose à l’enfant des questions confidentielles afin de dépister une éventuelle consommation de certaines substances. Le médecin peut aider à déterminer si l’adolescent présente un trouble lié à la consommation de certaines substances et mettre en œuvre les mesures appropriées ou adresser l’enfant chez un spécialiste. Un examen toxicologique peut être utile dans le cadre d’une évaluation, mais présente encore des limitations. Les résultats d’une analyse d’urine peuvent être négatifs si la drogue a été éliminée du corps de l’adolescent avant la réalisation de l’analyse, si une substance non incluse dans le panel de test standard a été utilisée ou si l’échantillon est contaminé. Parfois, les résultats des examens toxicologiques sont positifs chez les adolescents n’ayant pas consommé de drogue. En raison de ces limitations, un médecin spécialisé dans ce domaine doit déterminer si un examen toxicologique est pertinent et les parents doivent adhérer à l’avis du médecin. Lorsque les parents exigent un examen toxicologique ou de connaître des informations confiées par l’adolescent au médecin, ils peuvent générer une atmosphère de conflit et, par inadvertance, rendre difficile le travail du médecin. Il aura alors plus de mal pour obtenir la vérité de l’enfant sur la consommation de certaines substances et créer un pacte thérapeutique pour son traitement.

Si le médecin soupçonne un trouble lié à la consommation de certaines substances, il peut adresser l’adolescent à un spécialiste pour d’autres évaluations et un traitement approprié. En général, le traitement de la toxicomanie est le même chez les adolescents et les adultes ( Présentation de la toxicomanie : Traitement). Néanmoins, le traitement doit être adapté aux besoins de l’adolescent, avec des programmes spécifiques et des thérapeutes spécialisés dans le traitement d’adolescents toxicomanes. En général, les programmes de traitement des adultes et des adolescents doivent être distincts.