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Comportement suicidaire chez l'enfant et l'adolescent

Par Hugh F. Johnston, MD, University of Wisconsin Medical School;Bureau of Mental Health and Substance Abuse

Le comportement suicidaire consiste en un geste ayant pour but de se blesser soi-même ; il comprend les tentatives de suicide et les suicides menés à terme.

  • Un événement stressant peut déclencher le suicide chez les enfants qui présentent un trouble psychiatrique comme la dépression.

  • Les enfants à risque peuvent être déprimés ou anxieux, cesser leurs activités, parler de sujets liés à la mort ou changer soudainement de comportement.

  • Les membres de la famille et les amis doivent prendre au sérieux toutes les menaces ou tentatives de suicide.

  • Les professionnels de la santé s'efforcent de déterminer la gravité du risque de suicide.

  • Le traitement peut impliquer une hospitalisation si le risque est élevé, des médicaments pour traiter d'autres troubles mentaux et une assistance psychologique individuelle et familiale.

Le suicide est rare chez les enfants avant la puberté et il est principalement un problème de l'adolescence, en particulier entre les âges de 15 et 19 ans, et de l'âge adulte (voir Comportement suicidaire). Cependant, les enfants préadolescents commettent des suicides et ce problème potentiel ne doit pas être ignoré.

Aux États-Unis, le suicide est la seconde ou la troisième cause principale de décès chez les adolescents. Il est responsable de 2 000 décès par an. Il est probable que certains décès attribués à des accidents d’automobile ou liés à des armes à feu soient en réalité des suicides.

Les tentatives de suicide chez les jeunes sont beaucoup plus nombreuses que les suicides « réussis ». Selon une enquête menée par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention), 28 % des lycéens ont déjà eu des pensées suicidaires et 8,3 % ont déjà fait une tentative de suicide (ndt : chiffres similaires en France). Les tentatives de suicide impliquent fréquemment une certaine ambivalence quant au désir de mourir et elles peuvent constituer un appel au secours.

Aux États-Unis, les garçons se suicident 4 fois plus que les filles. Cependant, il est 2 à 3 fois plus probable que les filles commettent une tentative de suicide.

Le geste suicidaire constitue un acte d'auto-mutilation et il est très peu probable qu'il entraîne la mort, une overdose de vitamines, par exemple.

Le saviez-vous ?

  • Le suicide est la seconde ou la troisième cause principale de décès chez les adolescents aux États-Unis.

Facteurs de risque

Plusieurs facteurs se combinent avant que les pensées ne se transforment en comportements suicidaires. Il y a très souvent présence d'un trouble psychiatrique sous-jacent et un événement stressant déclenche le comportement. Les événements stressants comprennent

  • La perte d'un être cher

  • Un suicide au sein de l'école ou d'un autre groupe de camarades

  • La perte d'un petit ami ou d'une petite amie

  • Un changement d'environnement familier (comme l'école ou le voisinage) ou de cercle d'amis

  • Une humiliation par des membres de la famille ou des amis

  • L'intimidation à l'école

  • L'échec scolaire

  • Ennuis judiciaires

Cependant, ces événements stressants sont fréquents chez les enfants et conduisent rarement à un comportement suicidaire, sauf en présence d’autres troubles sous-jacents. Les problèmes sous-jacents les plus courants sont les suivants :

  • Dépression : Les adolescents déprimés ont un sentiment de désespoir et d’abandon, qui limite leur capacité à trouver des solutions à leurs problèmes immédiats.

  • L'abus d'alcool ou de drogues : La consommation d’alcool ou de substances illicites provoquent une désinhibition face au danger et altère la capacité d’évaluation des conséquences.

  • Mauvais contrôle pulsionnel : Les adolescents, particulièrement ceux qui souffrent de troubles perturbateurs du comportement tels que des troubles des conduites, peuvent agir sans réfléchir.

Les enfants et les adolescents qui tentent de se suicider ressentent parfois de la colère envers les membres de leur famille ou leurs amis. Ils ne sont pas en mesure de tolérer cette colère et la retournent contre eux-mêmes. Ils peuvent souhaiter manipuler ou punir d'autres personnes (« Ils regretteront quand je serais mort(e) »)

Le comportement suicidaire peut aussi résulter d’une volonté d’imiter les autres. Par exemple, un suicide très médiatisé, comme celui d’une célébrité, est souvent suivi par des suicides ou des tentatives. Parfois, des suicides par imitation peuvent aussi survenir dans les écoles. Le suicide est plus probable dans les familles au sein desquelles les troubles de l'humeur sont courants, surtout en cas d'antécédent familial de suicide ou d'un autre comportement violent.

Diagnostic

Les parents, médecins, enseignants et amis peuvent reconnaître les enfants qui ont des tendances suicidaires, notamment quand ces derniers connaissent des modifications comportementales récentes. Les enfants et adolescents qui n’ont confiance que dans leurs pairs ne doivent pas être encouragés à garder un secret qui pourrait aboutir à la mort tragique de l'enfant suicidaire. Les enfants qui expriment des pensées suicidaires, telles que « je voudrais ne jamais être né », « je voudrais m’endormir et ne jamais me réveiller » sont à risque, de même que les enfants qui montrent des signaux plus subtils, tels que le repli sur soi, la baisse des résultats scolaires et la séparation d’avec leurs objets fétiches. Les professionnels de la santé ont deux rôles clés : évaluer la sécurité d'un enfant suicidaire et la nécessité d'une hospitalisation, et traiter les troubles sous-jacents, tels que la dépression ou la consommation de substances illicites.

Prévention

Poser directement des questions aux enfants à risque concernant leurs pensées suicidaires, peut révéler des problèmes graves qui contribuent à la souffrance de l'enfant. L'identification de ces problèmes peut alors donner lieu à des interventions significatives. Des services téléphoniques disponibles 24 h/24 (voir Intervention en cas de suicide : National Suicide Prevention Lifeline (service d’assistance national pour la prévention du suicide)) existent et permettent d’être aidés par une personne empathique qui peut immédiatement donner des conseils et faciliter l'accès à d'autres soins. Bien qu’il soit difficile de prouver que ces services réduisent réellement le nombre de morts par suicide, ils permettent d’adresser les enfants et les familles à des services compétents.

Traitement

Les enfants qui tentent de se suicider ont besoin d’un bilan urgent dans un service hospitalier. Toute tentative de suicide doit être prise au sérieux, car un tiers des suicides « réussis » est précédé d’une tentative de suicide, parfois banale en apparence, comme des coupures superficielles aux poignets ou l’ingestion d’une petite quantité de médicaments. Quand les parents ou les soignants minimisent une tentative de suicide, les enfants peuvent vivre cette attitude comme une provocation et le risque d’une nouvelle tentative augmente.

Une fois que l’enfant n’est plus en danger immédiat, le médecin juge de la nécessité de son hospitalisation. La décision dépend du risque à demeurer au domicile et de la capacité de la famille à veiller à la sécurité de l’enfant et à l’aider. La gravité d'une tentative de suicide peut être mesurée par un certain nombre de facteurs, dont les suivants :

  • Si la tentative a été soigneusement planifiée plutôt que spontanée, par exemple le fait de laisser une lettre d'adieu indique une tentative planifiée

  • Si des mesures ont été prises pour éviter d'être découvert(e)

  • Le type de méthode utilisée, par exemple l'utilisation d'un revolver a plus de chance d'entraîner la mort que la prise de pilules

  • Si une blessure quelconque a effectivement été infligée

Il est essentiel de distinguer les tentatives graves des conséquences. Par exemple, les adolescents qui prennent des pilules inoffensives qu'ils croient létales doivent être considérés comme à haut risque.

Si l’hospitalisation n’est pas nécessaire, les enfants sont renvoyés à domicile et la famille doit s’assurer qu’il n’y a pas d’armes à feu, et que les médicaments et les objets tranchants sont enlevés ou mis sous clé. Même avec ces précautions, empêcher un suicide peut être extrêmement difficile et il n'existe aucune mesure éprouvée permettant de l'empêcher.

Si le suicide se produit

Les membres de la famille des enfants et des adolescents qui commettent un suicide ont des réactions compliquées face au suicide, dont le chagrin, la culpabilité et la dépression. Ils peuvent se sentir impuissants, détachés des activités quotidiennes, et amers. Il peut leur être difficile de poursuivre leur vie. Une assistance psychologique peut les aider à comprendre le contexte psychiatrique du suicide, à y réfléchir et à prendre connaissance des difficultés de l'enfant avant le suicide. Ils peuvent même comprendre que le suicide n'est pas de leur faute.

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