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Comportement suicidaire chez les enfants et les adolescents

Par Josephine Elia, MD, Professor of Psychiatry and Human Behavior, Professor of Pediatrics;Attending Physician, Sidney Kimmel Medical College of Thomas Jefferson University;Nemours/A.I. duPont Hospital for Children

Le comportement suicidaire consiste en un geste ayant pour but de se blesser soi-même et comprend les idées suicidaires, les tentatives de suicide et les suicides menés à terme. Les idées suicidaires sont des pensées et des plans à propos du suicide. Les tentatives de suicide sont des actes d’automutilation qui peuvent entraîner la mort, comme la pendaison ou la noyade.

  • Un événement stressant peut déclencher le suicide chez les enfants qui présentent un trouble psychiatrique comme la dépression.

  • Les enfants à risque peuvent être déprimés ou anxieux, cesser leurs activités, parler de sujets liés à la mort ou changer soudainement de comportement.

  • Les membres de la famille et les amis doivent prendre au sérieux toutes les menaces ou tentatives de suicide.

  • Les professionnels de la santé s’efforcent de déterminer la gravité du risque de suicide.

  • Le traitement peut impliquer une hospitalisation si le risque est élevé, des médicaments pour traiter d’autres troubles mentaux et une assistance psychologique individuelle et familiale.

Le suicide est rare chez les enfants avant la puberté et il est principalement un problème de l’adolescence, en particulier entre les âges de 15 et 19 ans, et de l’âge adulte ( Comportement suicidaire). Cependant, les enfants pré-adolescents commettent des suicides et ce problème potentiel ne doit pas être ignoré.

Aux États-Unis, le suicide est la seconde ou la troisième cause principale de décès chez les adolescents. Il est responsable de 2 000 décès par an. Il est probable que certains décès attribués à des accidents d’automobile ou liés à des armes à feu soient en réalité des suicides.

Les tentatives de suicide chez les jeunes sont beaucoup plus nombreuses que les suicides « réussis ». Selon une enquête menée par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention), 28 % des lycéens ont déjà eu des pensées suicidaires et 8,3 % ont déjà fait une tentative de suicide (ndt : chiffres similaires en France). Les tentatives de suicide impliquent fréquemment une certaine ambivalence quant au désir de mourir et elles peuvent constituer un appel au secours.

Aux États-Unis, les garçons se suicident 4 fois plus que les filles. Cependant, il est 2 à 3 fois plus probable que les filles commettent une tentative de suicide.

Le saviez-vous ?

  • Le suicide est la seconde ou la troisième cause principale de décès chez les adolescents aux États-Unis.

Facteurs de risque

Plusieurs facteurs se combinent avant que les pensées ne se transforment en comportements suicidaires. Il y a très souvent présence d’un trouble psychiatrique sous-jacent et un événement stressant déclenche le comportement. Les événements stressants comprennent

  • La perte d’un être cher

  • Un suicide au sein de l’école ou d’un autre groupe de camarades

  • La perte d’un petit ami ou d’une petite amie

  • Un changement d’environnement familier (comme l’école ou le voisinage) ou de cercle d’amis

  • Une humiliation par des membres de la famille ou des amis

  • L’intimidation à l’école

  • L’échec scolaire

  • Ennuis judiciaires

Cependant, ces événements stressants sont fréquents chez les enfants et conduisent rarement à un comportement suicidaire, sauf en présence d’autres troubles sous-jacents.

Les problèmes sous-jacents les plus courants sont les suivants :

  • Dépression : Les enfants ou adolescents déprimés ont un sentiment de désespoir et d’abandon, qui limite leur capacité à trouver des solutions à leurs problèmes immédiats ( Dépression chez les enfants et les adolescents).

  • L’abus d’alcool ou de drogues : La consommation d’alcool ou de substances illicites provoque une désinhibition face au danger et altère la capacité d’évaluation des conséquences ( Consommation et abus de certaines substances chez les adolescents).

  • Mauvais contrôle pulsionnel : Les adolescents, particulièrement ceux qui souffrent de troubles perturbateurs du comportement tels que des troubles des conduites, peuvent agir sans réfléchir.

D’autres troubles mentaux et physiques peuvent également augmenter le risque de suicide. À savoir : schizophrénie, traumatisme à la tête et trouble de stress post-traumatique.

Les enfants et les adolescents qui tentent de se suicider ressentent parfois de la colère envers les membres de leur famille ou leurs amis. Ils ne sont pas en mesure de tolérer cette colère et la retournent contre eux-mêmes. Ils peuvent souhaiter manipuler ou punir d’autres personnes (« Ils regretteront quand je serai mort(e) ») Le fait d’avoir une communication difficile avec les parents peut contribuer au risque de suicide.

Le comportement suicidaire peut aussi résulter d’une volonté d’imiter les autres. Par exemple, un suicide très médiatisé, comme celui d’une célébrité, est souvent suivi par des suicides ou des tentatives. Parfois, des suicides par imitation peuvent aussi survenir dans les écoles. Le suicide est plus probable dans les familles au sein desquelles les troubles de l’humeur sont courants, surtout en cas d’antécédent familial de suicide ou d’un autre comportement violent.

Diagnostic

  • Identification du risque par les parents, les médecins, les enseignants et les amis

Les parents, médecins, enseignants et amis peuvent reconnaître les enfants qui ont des tendances suicidaires, notamment quand ces derniers connaissent des modifications comportementales récentes. Les enfants et adolescents qui n’ont confiance que dans leurs pairs ne doivent pas être encouragés à garder un secret qui pourrait aboutir à la mort tragique de l’enfant suicidaire. Les enfants qui expriment des pensées suicidaires, telles que « je voudrais ne jamais être né », « je voudrais m’endormir et ne jamais me réveiller » sont à risque, de même que les enfants qui montrent des signaux plus subtils, tels que le repli sur soi, la baisse des résultats scolaires et la séparation d’avec leurs objets fétiches.

Les professionnels de la santé jouent deux rôles clés :

  • Évaluer la sécurité et la nécessité d’hospitalisation d’un enfant suicidaire

  • Traiter les troubles sous-jacents, tels que la dépression ou l’abus de certaines substances

Prévention

Poser directement des questions aux enfants à risque concernant leurs pensées suicidaires peut révéler des problèmes graves qui contribuent à la souffrance de l’enfant. L’identification de ces problèmes peut alors donner lieu à des interventions significatives.

Des services téléphoniques disponibles 24 h/24 ( Intervention en cas de suicide : National Suicide Prevention Lifeline (service d’assistance national pour la prévention du suicide)) existent et permettent d’être aidés par une personne empathique qui peut immédiatement donner des conseils et faciliter l’accès à d’autres soins. Bien qu’il soit difficile de prouver que ces services réduisent réellement le nombre de morts par suicide, ils permettent d’adresser les enfants et les familles à des services compétents.

Voici ce qui peut contribuer à réduire le risque de suicide :

  • Obtenir des soins efficaces pour les troubles mentaux et physiques et la consommation de certaines substances

  • Être capable d’accéder facilement à des services de santé mentale

  • Obtenir de l’aide de la famille et de la communauté

  • Apprendre à résoudre calmement les conflits

  • Avoir des croyances culturelles et religieuses décourageant le suicide

Les programmes de prévention du suicide peuvent être utiles. Les programmes les plus efficaces sont ceux qui essaient de s’assurer que l’enfant a un environnement positif favorable, un accès facile à des services de santé mentale et un environnement scolaire ou autre qui favorise le respect des différences individuelles, raciales et culturelles. Aux États-Unis, le Suicide Prevention Resource Center présente certains des programmes, et le National Suicide Prevention Lifeline (1-800-273-TALK) propose une intervention de crise pour les personnes menaçant de se suicider.

Identifier les enfants et les adolescents exposés au risque de suicide

Type

Facteurs spécifiques

Facteurs de risque

Troubles affectant le cerveau

Troubles de l’humeur, tels que la dépression

Schizophrénie

Alcoolisme ou toxicomanie chez les adolescents

Troubles des conduites

Blessure à la tête

Trouble de stress post-traumatique

Antécédents familiaux

Antécédents familiaux de comportement suicidaire

Mère avec trouble de l’humeur

Père avec antécédents de problèmes avec la police

Manque de communication avec les parents

Événements déclencheurs

Difficultés à l’école, y compris mesure disciplinaire ou suspension

Perte d’un être cher (comme un petit ami ou une petite amie), tout spécialement par suicide

Séparation des parents

Contacts sociaux insuffisants, parfois dus au fait de ne pas avoir d’emploi ou de ne pas aller à l’école

Victime d’intimidation

Rapports sur le suicide dans les médias, pouvant conduire à un suicide mimétique

Circonstances

Accès à des armes à feu ou à des médicaments délivrés sur ordonnance

Tentative de suicide préalable

Obstacles rencontrés lorsque l’on essaie d’accéder à des services de santé mentale et/ou sentiment de stigmatisation à chercher ce type d’aide

Signes avant-coureurs

Symptômes psychologiques et physiques

Intérêt pour des sujets morbides

Dépression

Sentiments d’inutilité

Faible estime de soi

Sautes d’humeur spectaculaires

Changements dans l’appétit

Troubles du sommeil

Tension, anxiété ou nervosité

Faible contrôle des impulsions

Changements de comportement

Manque d’hygiène et aspect négligé (surtout s’il s’agit d’un changement brutal)

Isolement social

École buissonnière

Déclin des résultats scolaires

Comportement violent accru

Abandon des objets fétiches

Conversation

Déclarations de culpabilité

Déclarations qui suggèrent un désir d’être mort(e), telles que « je souhaiterais ne jamais être né » ou « je voudrais m’endormir et ne jamais me réveiller »

Menaces directes ou indirectes de suicide

Traitement

  • Parfois, hospitalisation

  • Précautions pour prévenir les futures tentatives

  • Traitement de tout trouble contribuant au risque de suicide

  • Envoi chez un psychiatre et psychothérapie

Les enfants qui expriment le souhait de s’automutiler ou qui tentent de se suicider ont besoin d’un bilan urgent dans un service des urgences. Toute tentative de suicide doit être prise au sérieux, car un tiers des suicides « réussis » est précédé d’une tentative de suicide, parfois banale en apparence, comme des coupures superficielles aux poignets ou l’ingestion d’une petite quantité de médicaments. Quand les parents ou les soignants minimisent une tentative de suicide, les enfants peuvent vivre cette attitude comme une provocation et le risque d’une nouvelle tentative augmente.

Une fois que l’enfant n’est plus en danger immédiat, le médecin juge de la nécessité de son hospitalisation. La décision dépend du risque à demeurer au domicile et de la capacité de la famille à veiller à la sécurité de l’enfant et à l’aider. L’hospitalisation est la manière la plus sûre de protéger l’enfant et est généralement indiquée si les médecins pensent que l’enfant souffre d’un trouble mental grave comme la dépression.

La gravité d’une tentative de suicide peut être mesurée par un certain nombre de facteurs, dont les suivants :

  • Si la tentative a été soigneusement planifiée plutôt que spontanée, par exemple le fait de laisser une lettre d’adieu indique une tentative planifiée

  • Si des mesures ont été prises pour éviter d’être découvert(e)

  • Le type de méthode utilisée, par exemple l’utilisation d’un revolver a plus de chance d’entraîner la mort que la prise de pilules

  • Si une blessure quelconque a effectivement été infligée

  • L’état mental de l’enfant lors de la tentative de suicide

Il est essentiel de distinguer les tentatives graves des conséquences. Par exemple, les adolescents qui prennent des pilules inoffensives qu’ils croient létales doivent être considérés comme à haut risque.

Si l’hospitalisation n’est pas nécessaire, les enfants sont renvoyés à domicile et la famille doit s’assurer qu’il n’y a pas d’armes à feu, et que les médicaments (y compris les médicaments en vente libre) et les objets tranchants sont enlevés ou mis sous clé. Même avec ces précautions, empêcher un suicide peut être extrêmement difficile et il n’existe aucune mesure éprouvée permettant de l’empêcher.

Si l’enfant présente un trouble pouvant contribuer au risque (comme la dépression ou le trouble bipolaire), les médecins le traitent. Mais ce traitement ne peut éliminer le risque de suicide. Bien qu’il y ait des préoccupations sur le fait que la prise d’un antidépresseur peut augmenter le risque de suicide chez certains adolescents ( Antidépresseurs et suicide), le fait de ne pas traiter la dépression est probablement tout aussi dangereux, voire plus. Les médecins surveillent attentivement les enfants sous antidépresseurs et prescrivent seulement des petites quantités qui ne seraient pas mortelles si elles étaient prises ensemble.

Les médecins envoient généralement les enfants chez un psychiatre, qui peut administrer un traitement médicamenteux approprié, et chez un thérapeute, qui peut proposer une psychothérapie, comme la thérapie cognitivo-comportementale. Le traitement est le plus efficace si le médecin généraliste continue à être impliqué.

Si le suicide se produit

Les membres de la famille des enfants et des adolescents qui commettent un suicide ont des réactions compliquées face au suicide, dont le chagrin, la culpabilité et la dépression. Ils peuvent se sentir impuissants, détachés des activités quotidiennes, et amers. Il peut leur être difficile de poursuivre leur vie. Une assistance psychologique peut les aider à comprendre le contexte psychiatrique du suicide, à y réfléchir et à prendre connaissance des difficultés de l’enfant avant le suicide. Ils peuvent même comprendre que le suicide n’est pas de leur faute.

Après un suicide, le risque de suicide peut augmenter chez d’autres personnes de la communauté, tout spécialement les amis et les camarades de la personne qui s’est suicidée. Il existe des ressources (telles qu’un guide pour les écoles) pour aider les écoles et les communautés après un suicide. Les agents des écoles et des communautés peuvent faire venir des professionnels de la santé mentale pour fournir des informations et des consultations.

Informations supplémentaires

Automutilation non suicidaire

L’automutilation non suicidaire fait référence à l’automutilation intentionnelle non destinée à causer le décès. Exemples : égratignures superficielles, coupures ou brûlures cutanées (avec des cigarettes ou des fers à friser), ainsi que coups de couteau, coups et frottements répétés de la peau avec une gomme.

Les adolescents qui consomment de manière abusive des drogues ou d’autres substances sont plus à même de s’automutiler.

Dans certaines communautés, l’automutilation devient soudain à la mode dans un lycée, et de nombreux adolescents la pratiquent. Dans ce cas, ils s’arrêtent progressivement dans le temps.

L’automutilation suggère qu’un adolescent est en grande détresse. Cependant, chez de nombreux adolescents, l’automutilation n’indique pas que le suicide est un risque. À la place, il peut s’agir d’une autopunition qu’ils méritent selon eux. L’automutilation peut également être utilisée pour attirer l’attention des parents et/ou d’autres personnes importantes sur eux, pour exprimer de la colère ou s’identifier à un groupe. Chez d’autres adolescents, le risque de suicide est accru, tout particulièrement s’ils ont utilisé plusieurs méthodes pour s’automutiler.

Tous les adolescents qui s’automutilent délibérément doivent être évalués par un médecin qui a des compétences pour travailler avec des adolescents en difficulté. Le médecin essaie de déterminer si le suicide est un risque et d’identifier la détresse sous-jacente ayant conduit à l’automutilation.

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