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Présentation de la douleur

Par Russell K. Portenoy, MD, Albert Einstein College of Medicine;Beth Israel Medical Center

La douleur est une sensation désagréable indiquant une blessure réelle ou potentielle.

La douleur est la raison la plus fréquente pour laquelle les patients consultent leur médecin. La douleur peut être aiguë ou sourde, intermittente ou constante, ou stable ou palpitante. Parfois, la douleur est un symptôme très difficile à décrire. Elle peut être ressentie dans une zone précise ou bien être plus diffuse. L’intensité de la douleur peut aller de légère à intolérable.

Les individus réagissent très différemment à la douleur. Une personne peut trouver intolérable la douleur provoquée par une petite coupure ou une ecchymose, tandis qu’une autre supportera sans plainte celle causée par un accident grave ou une plaie ouverte. La tolérance à la douleur varie avec l’humeur, la personnalité et les circonstances. Au cours d’une compétition sportive, l’athlète peut ne pas remarquer une ecchymose sévère, mais il en prendra rapidement conscience dès la fin du match, surtout si son équipe a perdu.

Douleur aiguë contre douleur chronique

La douleur peut être aiguë ou chronique. La douleur aiguë apparaît soudainement et ne dure généralement pas longtemps. Une douleur chronique dure des semaines ou des mois. En général, la douleur est considérée comme chronique dans les cas suivants :

  • Elle dure plus de 1 mois, plus longtemps que prévu selon la maladie ou la blessure

  • Elle disparaît et réapparaît pendant des mois ou des années

  • Elle est associée à un trouble chronique (cancer, arthrite, diabète ou fibromyalgie, par ex.) ou à une blessure qui ne guérit pas

Quand elle est intense, elle peut provoquer anxiété, tachycardie, accélération de la fréquence respiratoire, hypertension artérielle, sueurs et mydriase (dilatation des pupilles). En général, une douleur chronique n’a pas ces effets, mais elle peut induire d’autres problèmes, tels que dépression, trouble du sommeil, perte d’énergie, faible appétit, perte de poids, diminution du désir sexuel et perte d’intérêt pour les activités.

De nombreuses personnes traitées pour des douleurs chroniques ressentent par moments une poussée de la douleur, de durée brève, mais sévère. Cette douleur est qualifiée de fulgurante, car elle apparaît brusquement malgré un traitement analgésique régulier. En général, la douleur paroxystique commence soudainement, dure jusqu’à une heure et ressemble plus à une douleur chronique initiale, bien qu’elle soit plus sévère. Cette douleur varie d’une personne à l’autre et est souvent imprévisible.

La douleur chronique peut rendre le système nerveux plus sensible à la douleur. Par exemple, la douleur chronique stimule de façon répétée les fibres et cellules nerveuses qui détectent, envoient et reçoivent les signaux de douleur. La stimulation répétée peut changer la structure des fibres et cellules nerveuses ou les rendre plus actives, et donc augmenter la transmission de la douleur vers la moelle épinière et le cerveau. Par conséquent, la douleur peut provenir d’une stimulation qui n’est normalement pas douloureuse, ou les stimuli douloureux peuvent être ressentis comme plus intenses.

Lorsque la douleur survient de façon répétée, les personnes peuvent l’anticiper en devenant craintives et anxieuses. Ces émotions peuvent stimuler l’organisme qui produit alors des substances qui font ressentir la douleur de façon plus intense. Par exemple, les prostaglandines, qui prédisposent les cellules nerveuses à répondre aux signaux douloureux. La crainte et l’anxiété peuvent également réduire la production de substances, substances qui réduisent la sensibilité des cellules nerveuses à la douleur. L’endorphine, un antalgique naturel de l’organisme, en est un exemple. La fatigue peut avoir les mêmes effets sur la douleur que la crainte et l’anxiété.

Ces modifications de la sensibilité à la douleur peuvent expliquer en partie que la douleur persiste après que ses causes ont été résolues et que la douleur soit ressentie de façon plus sévère qu’il était prévu.

Le saviez-vous ?

  • La douleur chronique peut physiquement modifier le système nerveux et rendre la douleur plus intense et durable.

Voies de la douleur

La douleur due à une lésion prend naissance au niveau de récepteurs de la douleur spécifiques disséminés dans l’organisme. Ces derniers transmettent des signaux sous forme d’impulsions électriques, le long des fibres nerveuses jusqu’à la moelle épinière puis jusqu’au cerveau. Parfois, le signal évoque une réponse réflexe ( Arc réflexe : Sans effort). Lorsque le signal atteint la moelle épinière, un autre est immédiatement renvoyé en sens inverse le long des nerfs moteurs jusqu’au site d’origine de la douleur, stimulant les muscles qui se contractent sans que le cerveau ait besoin d’intervenir. Par exemple, lorsqu’une personne touche un objet très chaud, elle retire aussitôt sa main. Cette réaction réflexe est protectrice puisqu’elle évite les lésions corporelles. Le signal douloureux est simultanément envoyé au cerveau. Ce n’est que quand ce dernier le reçoit et le traite que la personne prend conscience de la douleur.

Les récepteurs de la douleur et leurs voies nerveuses diffèrent selon les régions de l’organisme. Cela explique que la sensation douloureuse varie avec le type et la localisation de la lésion. Par exemple, les récepteurs de la douleur, très nombreux dans la peau, peuvent transmettre une information très précise, notamment sur le site et le type de la lésion, une douleur aiguë indiquant plutôt une lésion par plaie, alors qu’une douleur sourde évoquera plutôt une douleur en rapport avec la pression, la chaleur ou le froid. En revanche, les récepteurs de la douleur dans les organes internes situés au niveau intestinal sont limités et imprécis. L’intestin peut être comprimé, perforé, ou brûlé sans produire de signal douloureux. Parfois, la traction et la pression peuvent provoquer des douleurs intestinales, même en rapport avec des causes banales telles qu’un gaz intestinal bloqué. Mais le cerveau ne peut pas identifier la source précise de la douleur intestinale ; la localisation est difficile et la douleur souvent diffuse.

Qu’est-ce qu’une douleur projetée ?

La douleur perçue dans une région donnée de l’organisme ne correspond pas toujours au siège du trouble, car la douleur peut être projetée dans ce point, mais provenir d’une autre région. Une douleur déclenchée par un infarctus du myocarde, par exemple, peut être perçue au niveau du bras, car les informations issues du cœur et du bras convergent par les mêmes voies dans la moelle épinière.

Parfois, la douleur perçue dans une région donnée de l’organisme ne correspond pas précisément au siège du trouble, car la douleur est projetée dans ce point, mais provient d’une autre région. La douleur peut être projetée parce que les signaux provenant de plusieurs régions de l’organisme voyagent par les mêmes voies nerveuses vers la moelle épinière puis vers le cerveau. Par exemple, la douleur d’un infarctus du myocarde peut être perçue dans le cou, les mâchoires, les bras ou l’abdomen. La douleur de la cholécystite peut être ressentie derrière l’épaule.

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