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Engourdissement

Par Michael C. Levin, MD, University of Tennessee Health Science Center

L’engourdissement se réfère à une perte de sensation complète ou partielle. Les personnes présentant un engourdissement sont incapables de ressentir le toucher, la douleur, la température ou les vibrations ou de savoir où sont les parties de leur corps (sens de position). Lorsque les personnes ne savent pas où sont les parties de son corps, elles ont des problèmes d’équilibre, de coordination et de marche.

De nombreuses personnes utilisent par erreur le terme d’engourdissement lorsqu’elles ont une sensation anormale de picotements, de fourmillements ou lorsqu’un membre s’affaiblit ou est paralysé – peut-être en partie car les personnes présentant un engourdissement ont souvent également ces symptômes et sensations anormales. La présence d’autres symptômes dépend de la cause de l’engourdissement.

Si l’engourdissement dure longtemps, particulièrement dans les pieds, il peut conduire à d’autres problèmes. Les personnes peuvent avoir des difficultés à marcher et à conduire et peuvent être plus susceptibles de tomber. Elles peuvent ne pas remarquer des infections, des lésions aux pieds (ulcères) et des blessures, car elles ne ressentent pas la douleur. Dans ces cas, le traitement peut être retardé.

Voie de la sensation

Pour qu’une personne ressente normalement des sensations, les récepteurs sensoriels (terminaisons des fibres nerveuses sensorielles spécialisées dans la peau) doivent détecter des informations dans et autour de l’organisme. Ces récepteurs doivent alors envoyer un signal le long de la voie suivante :

  • Par les nerfs sensoriels (nerfs de la peau à la moelle épinière)

  • Par les racines des nerfs rachidiens, formées par des nerfs sensoriels dans des ramifications courtes et épaisses qui passent dans les os du dos (vertèbres) pour se connecter à la moelle épinière ( Structure du rachis).

  • Jusqu’à la moelle épinière

  • Par le tronc cérébral

  • À la partie du cerveau qui perçoit et interprète ces signaux (dans le cerveau)

Pour certaines parties de l’organisme, la voie comprend un plexus ou la queue de cheval.

Les plexus sont des réseaux de fibres nerveuses sensorielles et des fibres des nerfs moteurs (qui transportent les signaux du cerveau et de la moelle épinière jusqu’aux muscles et d’autres parties de l’organisme, Troubles du plexus). Dans les plexus, ces fibres nerveuses sont combinées et triées pour servir une zone particulière de l’organisme. Les fibres se ramifient à partir du plexus pour devenir des nerfs périphériques. Il y a quatre plexus dans le torse.

La queue de cheval est un faisceau de fibres de racines nerveuses rachidiennes en bas de la moelle épinière. Cette structure ressemble à une queue de cheval, qui est son nom latin. Elle apporte la sensation aux cuisses, aux fesses et à la région génitale et la zone entre elles, qui est appelée la zone de selle, car elles représentent la zone du corps qui toucherait une selle.

Causes

L’engourdissement survient lorsqu’une partie de la voie de sensation fonctionne mal, en général en raison d’un trouble ou d’un médicament. De nombreuses conditions peuvent provoquer un engourdissement dans diverses voies. Par exemple, elles peuvent

  • Réduire ou bloquer l’alimentation en sang des nerfs dans l’organisme, comme cela se produit dans une vascularite, ou dans le cerveau, comme cela se produit lors d’un AVC.

  • Léser une partie de la voie des sensations, comme dans le cadre de blessures ou de troubles héréditaires qui affectent les nerfs (neuropathies) comme l’ataxie de Friedreich

  • Comprimer une partie de la voie

  • Infecter un nerf, comme cela se produit dans la lèpre, l’infection par le VIH ou la maladie de Lyme

  • Provoquer une inflammation des nerfs dans une partie de la voie ou faire perdre leur membrane extérieure (appelé démyélinisation), comme cela se produit dans la sclérose en plaques ou le syndrome de Guillain-Barré

  • Provoquer des troubles métaboliques, comme cela se produit dans le diabète, une déficience en vitamine B12, ou un empoisonnement par l’arsenic ou l’utilisation de médicaments de chimiothérapie

Une pression sur différentes parties de la voie a diverses causes ( Certaines causes et caractéristiques de l’engourdissement), comme dans ce qui suit :

  • Sur les nerfs : Répéter sans cesse des mouvements spécifiques, entraînant un gonflement, comme cela se produit dans le syndrome du canal carpien ( Compression de la moelle épinière), ou rester trop longtemps dans une position, comme lorsque les personnes s’assoient avec les jambes croisées pendant longtemps

  • Sur les racines des nerfs rachidiens : Fracture du disque ou hernie discale dans la colonne vertébrale, ostéoarthrite ou rétrécissement de la moelle épinière (sténose rachidienne)

  • Sur la moelle épinière : Une tumeur, une lésion ou une poche de sang (hématome) ou pus (abcès) près de la moelle épinière ( Compression de la moelle épinière)

Évaluation

Étant donné que de nombreux troubles peuvent provoquer un engourdissement, les médecins posent systématiquement des questions, se concentrant sur les causes les plus probables.

Signes avant-coureurs

Chez les personnes présentant un engourdissement, les symptômes suivants sont sujets de préoccupation :

  • Engourdissement qui commence soudainement (en quelques minutes ou heures)

  • Faiblesse qui commence soudainement ou rapidement (en quelques heures ou jours)

  • L’engourdissement ou la faiblesse se propage rapidement vers le haut ou le bas du corps, impliquant de plus en plus de parties de l’organisme.

  • Gêne respiratoire

  • Engourdissement des cuisses, des fesses et de la région génitale et les zones entre elles (zone de la selle) et la perte du contrôle de la vessie et des intestins (incontinence)

  • Engourdissement des deux côtés au-dessous d’un niveau spécifique de l’organisme (comme en dessous de la moitié de la poitrine)

  • Engourdissement d’une jambe ou d’un bras

  • Perte de sensation dans le visage ou le torse

Quand consulter un médecin

Les personnes qui ont des signes avant-coureurs doivent se rendre immédiatement à l’hôpital. Les personnes ne présentant pas de signes de mise en garde devront consulter leur médecin. Le médecin peut décider de la rapidité de la consultation selon leurs symptômes.

Que fait le médecin

Les médecins commencent par demander quelles parties de l’organisme sont touchées. Les parties de l’organisme touchées par l’engourdissement indiquent souvent quelle partie de la voie nerveuse fonctionne mal :

  • Partie d’un membre : Dysfonctionnement d’un nerf périphérique ou parfois d’une racine d’un nerf rachidien

  • Bras ou jambe du même côté de l’organisme : Dysfonctionnement cérébral

  • Les deux côtés du corps en dessous d’un niveau spécifique de l’organisme : Dysfonctionnement de la moelle épinière

  • Les deux côtés, principalement dans les mains et les pieds : Lésion simultanée d’une grande quantité de fibres nerveuses périphériques dans tout l’organisme (polyneuropathie)

Les médecins posent des questions sur les autres symptômes et les antécédents médicaux de la personne. Les médecins pratiquent un examen clinique. Ce qu’il trouve au cours de l’examen des antécédents et de l’examen clinique suggère souvent une étiologie et les analyses qui doivent être effectuées ( Certaines causes et caractéristiques de l’engourdissement).

Les médecins demandent en premier lieu à la personne de décrire l’engourdissement. Les médecins peuvent poser des questions spécifiques :

  • Quand a commencé l’engourdissement

  • La rapidité d’apparition de l’engourdissement

  • Si la personne présente également d’autres symptômes comme des sensations anormales, une faiblesse ou une paralysie, une perte du contrôle de la vessie ou des intestins, une rétention de l’urine, des problèmes de vision, des difficultés à avaler ou une détérioration de la fonction cognitive

  • Si un événement comme une pression sur une jambe, une blessure, dormir dans une position délicate ou une infection ont déclenché les symptômes

Connaître la rapidité d’apparition de l’engourdissement et d’autres symptômes aide les médecins à déterminer le type de trouble.

Les médecins posent des questions à la personne sur les symptômes qui peuvent suggérer une cause. Par exemple, une douleur dans le dos et/ou le cou évoque une ostéoarthrite, une fracture d’un disque ou un autre trouble qui induit une pression sur la moelle épinière. Les médecins demandent également si la personne a présenté un trouble qui peut provoquer un engourdissement, particulièrement le diabète, une maladie rénale chronique, des infections (comme une infection par le VIH ou la maladie de Lyme), un AVC ou de l’arthrite. Les médecins peuvent également demander si un membre de la famille a eu des symptômes similaires ou présente un trouble héréditaire qui touche le système nerveux. Ils demandent également à la personne si elle prend des drogues, y compris les drogues à usage récréatif et son éventuelle exposition à des toxines.

L’examen clinique comprend une évaluation complète du système nerveux (examen neurologique, Examen clinique), en se concentrant sur le test de la sensation (si la personne peut ressentir normalement des stimuli, comme le toucher, la température) ainsi que les réflexes et la fonction musculaire.

Certaines causes et caractéristiques de l’engourdissement

Cause

Caractéristiques fréquentes*

Examens

Engourdissement dans les deux membres (bras et jambe) d’un seul côté de l’organisme

Troubles qui touchent la partie du cerveau en dessus du tronc cérébral comme

  • Accident vasculaire cérébral

  • Tumeur

  • Sclérose en plaques

  • Maladies cérébrales dégénératives

La perte de sensation sur le même côté du visage et du corps et perte de la capacité à reconnaître des objets en les touchant

En général une faiblesse, une perte de coordination, et d’autres symptômes indiquant un dysfonctionnement du système nerveux

IRM ou TDM cérébrale

Troubles qui touchent la partie supérieure du tronc cérébral comme

  • Accident vasculaire cérébral

  • Tumeurs

Perte de la sensation sur le même côté du visage et de l’organisme

Souvent vision double

IRM ou TDM cérébrale

Troubles qui touchent la partie inférieure du tronc cérébral, comme

  • Accident vasculaire cérébral

  • Tumeurs

  • Maladies cérébrales dégénératives

Perte de la sensation sur un côté du visage et sur le côté opposé de l’organisme

Souvent des troubles de la vision et des difficultés à mâcher, avaler et parler

IRM du cerveau

Engourdissement dans les membres ou le torse des deux côtés

Troublent qui touchent la largeur de la moelle épinière comme

  • Compression de la moelle épinière par des lésions, des tumeurs, un disque fracturé ou une hernie discale, des hématomes (poches de sang), ou des abcès (poches de pus)

  • Myélite transverse aiguë (inflammation soudaine de la moelle épinière)

Perte de la sensation et en général faiblesse en dessous d’un certain niveau de l’organisme

Aucune perte de sensation sur le visage

En général, rétention de l’urine, perte du contrôle de la vessie et des intestins (incontinence) et/ou réponse sexuelle réduite, dont dysfonctionnement de l’érection chez les hommes

IRM de la moelle épinière

Syndrome de la queue de cheval, provoqué par une pression qui provient

  • des hernies ou ruptures discales

  • Propagation d’une tumeur à la colonne vertébrale

Engourdissement principalement aux cuisses, fesses, vessie, région génitale et la zone entre celles-ci (zone de la selle)

En général, douleur dans le bas du dos

Souvent rétention d’urine, perte du contrôle de la vessie et des intestins et/ou réponse sexuelle réduite, dont dysfonctionnement de l’érection chez les hommes

IRM de la moelle épinière

Polyneuropathies (dysfonctionnement simultané de nombreux nerfs périphériques dans tout l’organisme) qui peut provenir de

  • Prise de certains médicaments

  • Diabète

  • Insuffisance rénale chronique

  • Troubles métaboliques comme le diabète, l’urémie (accumulation de substances toxiques dans le sang due à une insuffisance rénale), et déficience en vitamine B12

  • Infections, comme une infection par le VIH ou la maladie de Lyme

Engourdissement et sensations anormales dans les mêmes régions des deux côtés de l’organisme, principalement les pieds et les mains

Parfois faiblesse et perte des réflexes

Études de conduction nerveuse (mesurant à quelle vitesse les nerfs transmettent les signaux) et électromyographies (stimulant les muscles et enregistrant leur activité électrique)

D’autres tests selon le trouble suspecté

Troubles qui provoquent une inflammation des nerfs et la perte de la membrane externe (gaine de myéline) comme

  • Sclérose en plaques

Souvent faiblesse et maladresse

Parfois des changements de la vision et de la parole

IRM du cerveau et de la moelle épinière

Ponction lombaire (rachicentèse) pour examiner un échantillon du liquide céphalorachidien

Engourdissement dans une partie d’un membre

Troubles qui touchent une racine d’un nerf rachidien comme

  • les hernies ou ruptures discales

  • Effondrement des vertèbres dû à une arthrite ou ostéoporose

Douleur qui

  • Parfois touche un bras ou une jambe

  • Peut être ressentie comme un choc électrique

  • Peut s’aggraver en bougeant la colonne vertébrale ou en faisant une manœuvre de Valsalva (en essayant d’exhaler avec force sans laisser l’air s’échapper par le nez ou la bouche)

Souvent une faiblesse et/ou une réduction ou absence des réflexes dans la zone desservie par la racine nerveuse

Un examen médical

Parfois une IRM ou TDM de la moelle épinière

Parfois des études de conduction nerveuse et une électromyographie

Troubles qui touchent un plexus (un réseau de fibres nerveuses), comme

  • Syndrome de compression du défilé thoracique

  • Une blessure comme un coup de couteau

  • Tumeur qui se propage aux organes près d’un plexus

  • Névrite du plexus brachial (malformation soudaine du plexus dans le cou et l’épaule)

Engourdissement, douleur et/ou faiblesse dans une zone relativement grande d’un membre

Étude de conduction nerveuse et électromyographie

IRM sauf si la cause est une blessure ou une névrite du plexus brachial

Mononeuropathie (malformation d’un nerf périphérique) comme cela survient dans

  • Syndrome du canal carpien

  • Paralysie du nerf péronier (touchant un nerf près du genou)

Engourdissement avec ou sans douleur

Souvent une faiblesse et une réduction ou absence de réflexes dans une zone desservie par un nerf

Un examen médical

Parfois des études de conduction nerveuse et une électromyographie

*Les caractéristiques sont les symptômes et les résultats de l’examen clinique. Les caractéristiques mentionnées sont typiques, mais ne sont pas toujours présentes.

TDM = Tomodensitométrie ; IRM = imagerie par résonance magnétique.

Tests

Des examens sont réalisés selon l’endroit où les médecins suspectent le problème :

  • Pour des nerfs sensoriels, plexus ou racines du nerf rachidien Étude de conduction nerveuse et électromyographie

  • Pour des plexus : Parfois une imagerie par résonance magnétique (IRM) après injection dans une veine d’un agent de contraste

  • Pour le cerveau ou la moelle épinière : IRM

Des études de conduction nerveuse et une électromyographie sont souvent réalisées en même temps. Les études de la conduction nerveuse utilisent des électrodes ou de petites aiguilles pour stimuler un nerf. Les médecins mesurent alors la rapidité de transmission des signaux par les nerfs ( Tests à la recherche de troubles du cerveau, de la moelle épinière et du système nerveux : Électromyographie et études de conduction nerveuse). Dans l’électromyographie, de petites aiguilles sont introduites dans un muscle pour en enregistrer l’activité électrique, au repos ou en cours de contraction.

D’autres tests sont alors réalisés pour identifier le trouble spécifique. Par exemple, si les résultats suggèrent une polyneuropathie, les médecins réalisent des examens sanguins pour rechercher les diverses causes (comme le diabète ou des troubles rénaux).

Traitement

La condition provoquant l’engourdissement est alors corrigée et traitée lorsque cela est possible.

Des mesures générales peuvent également soulager les symptômes et prévenir d’autres problèmes. Des précautions pour prévenir les blessures sont nécessaires, car les personnes présentant un engourdissement sont moins susceptibles de ressentir une gêne. Si leurs pieds sont engourdis, particulièrement si la circulation est altérée, elles doivent porter des chaussettes et des chaussures adaptées et doivent vérifier leurs chaussures à la recherche de cailloux ou d’autres objets étrangers avant de mettre leurs chaussures. Les personnes doivent inspecter leurs pieds fréquemment pour vérifier les plaies et les signes d’infection, comme des rougeurs. Si les mains ou les doigts sont engourdis, les personnes doivent faire attention lorsqu’elles portent des objets qui peuvent être chauds ou pointus.

Si les personnes ont des difficultés à marcher ou ont perdu leur sens de position (où se situent les parties du corps), des séances de physiothérapies peuvent les aider à apprendre à marcher de façon plus sûre et prévenir les chutes ( Les chutes chez les personnes âgées : Prévention). Les personnes doivent savoir qu’elles peuvent avoir des problèmes pour conduire, et si elles en ont, elles doivent en parler à leur médecin.

Points-clés

  • L’engourdissement désigne une perte de sensation complète ou partielle et s’accompagne souvent de sensations anormales, comme des picotements.

  • L’engourdissement, qui peut avoir de nombreuses causes, survient lorsqu’une partie de la voie des récepteurs sensoriels de la peau vers le cerveau fonctionne mal.

  • Si les personnes présentent des signes avant-coureurs, elles doivent immédiatement consulter un médecin.

  • Afin d’aider les médecins à identifier la localisation et la cause du mauvais fonctionnement, elles doivent leur dire quelles parties de l’organisme est touché et la rapidité de développement des symptômes.

  • Le test commence habituellement par des études de conduction nerveuse et une électromyographie si on pense que les nerfs sensitifs, les plexus, ou les racines des nerfs rachidiens sont affectés ou par une IRM si on pense que le cerveau ou la moelle épinière est affecté.

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