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Comportement suicidaire

Par Paula J. Clayton, MD, Professor Emeritus;, University of Minnesota School of Medicine;American Foundation for Suicide Prevention

Les comportements suicidaires font référence aux suicides effectifs et aux tentatives de suicide. Les pensées et projets suicidaires sont désignés sous le nom d’idées suicidaires.

  • Un suicide résulte généralement de l’interaction de nombreux facteurs, dont, le plus souvent, la dépression.

  • Certaines méthodes, telles que les armes à feu, ont plus de chances d’entraîner la mort, mais le choix d’une méthode moins létale ne signifie pas forcément que l’intention ait été moins grave.

  • Toute menace ou tentative de suicide doit être prise au sérieux et il convient d’apporter de l’aide ainsi que du soutien.

  • Un numéro d’assistance téléphonique est à disposition pour les personnes qui envisagent de se suicider.

Un comportement suicidaire implique les éléments suivants :

  • Suicide effectif : acte intentionnel d’autodestruction entraînant la mort.

  • Tentative de suicide : acte d’autodestruction destiné à entraîner la mort mais qui ne l’entraîne pas. Une tentative de suicide peut, ou non, entraîner une blessure.

L’automutilation non suicidaire est un acte d’autodestruction sans intention de causer la mort. Il peut s’agir de s’infliger des égratignures sur les bras, de se brûler à l’aide d’une cigarette ou de prendre une surdose de vitamines. L’automutilation non suicidaire peut constituer un moyen de réduire une tension ou peut représenter un appel à l’aide de personnes qui veulent encore vivre. Ces actes ne doivent pas être pris à la légère.

Les données relatives à la fréquence des suicides proviennent principalement des certificats de décès ainsi que de rapports d’enquêtes et en sous-estiment probablement le véritable taux. Néanmoins, le comportement suicidaire représente un problème de santé bien trop courant. Il existe à tout âge et dans les deux sexes.

En 2014, 42 773 cas de suicides effectifs ont été signalés aux États-Unis, où l’on compte un décès par suicide toutes les 12,3 minutes. En tant que cause principale du décès, le suicide se classe comme suit :

  • 3e chez les jeunes âgés de 10 à 24 ans

  • 2e chez les personnes âgées de 25 à 34 ans

  • 4e parmi celles âgées de 35 à 64 ans

  • 10e au total

Le taux de suicide est le plus élevé chez les personnes âgées de 45 à 64 ans.

Dans tous les groupes d’âge, les hommes qui se suicident sont 4 fois plus nombreux que les femmes. Cet écart n’est pas clairement expliqué, mais il pourrait découler des facteurs suivants :

  • Lorsque les hommes ont des problèmes, ils sont moins susceptibles de demander de l’aide auprès d’amis et/ou de professionnels de la santé.

  • L’alcoolisme et la toxicomanie, qui semblent contribuer au comportement suicidaire, sont plus fréquents chez les hommes.

  • Les hommes sont plus agressifs et ont recours à des méthodes plus létales lorsqu’ils tentent de se suicider.

Chaque année, environ 1 million de personnes tentent de se suicider. Le nombre de tentatives est environ 15 à 20 fois plus élevé que le nombre de suicides effectifs. De nombreuses personnes font des tentatives répétées. Toutefois, seulement 5 à 10 % des personnes qui tentent de se suicider finissent par en mourir. La tentative de suicide est particulièrement fréquente chez les adolescentes. Les jeunes filles âgées de 15 à 19 ans tentent de se suicider 100 fois plus souvent que les garçons du même groupe d’âge. En considérant tous les groupes d’âge, les femmes font deux à trois fois plus de tentatives de suicide que les hommes, mais les hommes ont quatre fois plus de chances de mourir lors de ces tentatives. Les personnes âgées font 4 tentatives pour 1 suicide effectif.

Le comportement suicidaire chez les enfants et les adolescents est traité dans une autre section ( Comportement suicidaire chez les enfants et les adolescents).

Les personnes séparées, divorcées ou veuves sont plus susceptibles de se suicider effectivement. Les taux de tentatives et de suicides effectifs sont supérieurs chez les personnes qui vivent seules. La tentative de suicide ou le suicide d’un membre de la famille peut également augmenter le risque.

Le taux de suicide effectif est plus élevé chez les blancs qu’au sein des autres groupes ethniques. Les femmes noires tentent de se suicider presque aussi souvent que les femmes blanches, mais meurent moins suite à ces tentatives.

Le suicide est moins fréquent chez les personnes qui vivent des relations stables que chez les personnes seules, ainsi que chez les membres pratiquants de la plupart des groupes religieux. Des personnes de toutes origines ethniques, croyances, revenus et niveaux d’instruction meurent cependant par suicide. Il n’existe pas de profil type pour le suicide.

Le saviez-vous ?

  • Le suicide représente la troisième cause de décès chez les jeunes, mais c’est chez les personnes âgées de 45 à 64 ans que le taux de suicide effectif est le plus élevé.

  • Les personnes qui vivent seules sont plus susceptibles de se suicider ou de tenter de le faire.

Causes

Environ une personne qui se tue sur six laisse une lettre d’adieu, qui fournit parfois quelques éléments d’explication.

Les comportements suicidaires résultent généralement de l’interaction de plusieurs facteurs. Les plus courants sont :

La dépression joue un rôle dans plus de 50 % des tentatives de suicide. Des problèmes conjugaux, une arrestation récente ou des problèmes avec la loi, des histoires d’amour malheureuses ou terminées, des disputes avec les parents (dans le cas des adolescents) ou la perte récente d’une personne aimée (en particulier chez les personnes âgées), peuvent déclencher une dépression. Il est fréquent qu’un facteur, tel que l’arrêt d’une relation importante, soit le dernier élément d’une série de circonstances bouleversantes. La dépression peut toutefois « surgir de nulle part », surtout s’il y a des antécédents familiaux de trouble de l’humeur ou de suicide. Le risque de suicide est plus élevé si la dépression est accompagnée d’une anxiété importante.

Une personne qui présente certains troubles médicaux d’ordre général peut devenir dépressive et se suicider ou tenter de le faire. La plupart des troubles associés à une augmentation du risque de suicide soit affectent directement le système nerveux et le cerveau (telles que le SIDA, la sclérose en plaques ou l’épilepsie du lobe temporal), soit nécessitent des traitements qui induisent la dépression (tels que certains médicaments utilisés pour traiter l’hypertension artérielle).

Chez les personnes âgées, environ 20 % des suicides peuvent au moins en partie constituer une réponse à de graves troubles physiques chroniques et douloureux.

Les personnes qui ont vécu des expériences traumatisantes au cours de leur enfance, notamment des abus, sont plus susceptibles de tenter de se suicider, peut-être parce qu’elles présentent un risque de dépression accru.

La dépression peut être aggravée par la consommation d’alcool qui, à son tour, rend plus probable un comportement suicidaire. L’alcool réduit également la maîtrise de soi. Environ 30 % des personnes qui font une tentative de suicide s’alcoolisent avant ce geste. Étant donné que l’alcoolisme, en particulier l’alcoolisation massive festive, entraîne souvent un profond sentiment de remords en dehors des périodes d’ivresse, le risque de suicide persiste chez les alcooliques même lorsqu’ils sont sobres.

En plus de la dépression, d’autres troubles mentaux peuvent exposer au risque de suicide. Les personnes atteintes de schizophrénie ou d’un autre trouble psychotique peuvent avoir des délires (idées fixes erronées) qu’elles ne parviennent pas à gérer, ou elles peuvent entendre des voix (hallucinations auditives) qui leur ordonnent de se tuer. Les personnes qui présentent un trouble de personnalité borderline ou un trouble de personnalité antisociale, notamment en cas d’antécédents de comportement violent, présentent également un risque de suicide plus élevé.

Antidépresseurs et risque de suicide

Le risque de tentative de suicide est supérieur durant le mois qui précède l’instauration d’un traitement antidépresseur et le risque de décès par suicide n’est pas supérieur après le démarrage des antidépresseurs. Les antidépresseurs augmentent cependant légèrement la fréquence des pensées et des comportements suicidaires (mais non des suicides effectifs) chez les enfants, les adolescents et les jeunes. Les parents des enfants et des adolescents concernés doivent donc être avertis et il convient de surveiller attentivement s’ils ne présentent pas d’effets secondaires tels qu’une anxiété accrue, une agitation, une irritabilité, un énervement ou un passage à l’hypomanie (lorsqu’une personne se sent pleine d’énergie et joyeuse, mais qu’elle est aussi souvent facilement irritée, distraite et agitée), en particulier durant les premières semaines suivant l’instauration du médicament.

En raison d’avertissements émis par les autorités de santé publique concernant une possible association entre la prise d’antidépresseurs et l’augmentation du risque de suicide, les médecins ont commencé à réduire d’environ 30 % la prescription des antidépresseurs chez les enfants et les jeunes. Dans le même temps, toutefois, le taux de suicide des jeunes a temporairement augmenté de 14 %. Il est donc possible qu’en décourageant le traitement médicamenteux de la dépression, ces avertissements aient finalement augmenté, et non réduit, le nombre de décès par suicide.

Lorsque les personnes atteintes de dépression reçoivent des antidépresseurs, les médecins prennent certaines précautions pour réduire le risque de comportement suicidaire :

  • La quantité d’antidépresseurs prescrite n’est pas susceptible de causer la mort

  • Les consultations sont plus fréquentes au démarrage du traitement

  • Les personnes, les membres de leur famille et leurs proches sont avertis de la possibilité d’une aggravation des symptômes ou d’idées suicidaires

  • Les personnes, les membres de leur famille et leurs proches doivent appeler immédiatement le médecin qui a prescrit l’antidépresseur ou consulter un autre médecin si les symptômes s’aggravent ou si des pensées suicidaires surviennent

Le saviez-vous ?

  • On a associé la prise d’antidépresseurs à une augmentation du risque de pensées suicidaires et de tentatives de suicide, mais le fait de ne pas en prendre peut bien plus augmenter le risque de suicide.

  • Si la plupart des hommes et des femmes qui se tuent se servent d’armes à feu, les hommes sont deux fois plus nombreux à se suicider effectivement de cette manière.

Méthodes de suicide

Le choix de la méthode est souvent influencé par des facteurs culturels ainsi que des questions de disponibilité. Il peut, sans que cela soit toujours le cas, refléter la gravité de l’intention. Certaines méthodes (telles que se jeter du sommet d’un immeuble) rendent pratiquement impossible la survie, tandis que d’autres (telles que le surdosage médicamenteux) permettent un sauvetage. Cependant, même si une personne emploie un moyen qui ne s’avère pas mortel, l’intention peut avoir été aussi grave que celle de la personne dont la méthode a conduit à la mort.

Les tentatives de suicide impliquent le plus souvent une surdose médicamenteuse et un auto-empoisonnement. Dans les tentatives de suicide, les méthodes violentes, telles que l’utilisation d’armes à feu et la pendaison, sont rares puisqu’elles sont en général mortelles.

Concernant les suicides effectifs, les hommes se servent le plus souvent d’armes à feu (56 %), méthode suivie par la pendaison, l’empoisonnement, le saut dans le vide ou encore des coupures. Les femmes choisissent le plus souvent l’empoisonnement (37 %), puis les armes à feu, la pendaison, le saut dans le vide et la noyade.

Prévention du comportement suicidaire

Bien que certaines tentatives de suicide ou suicides effectifs fassent l’effet d’un choc, même pour les membres de la famille et les amis, nombre de personnes donnent des signaux d’alerte clairs. Toute menace ou tentative de suicide doit être prise au sérieux. Si elle est ignorée, une vie peut être perdue.

Si une personne menace de se suicider de façon imminente ou a déjà tenté de le faire, il faut immédiatement appeler la police, afin que les services d’urgence parviennent sur les lieux le plus vite possible. Jusqu’à l’arrivée des secours, il convient de parler à la personne de façon calme et rassurante.

Le médecin peut hospitaliser la personne qui a menacé de se suicider ou tenté de le faire. Même si elle ne l’accepte pas, la plupart des États permettent à un médecin d’hospitaliser une personne contre sa volonté s’il estime qu’elle présente un risque élevé d’autodestruction ou un danger pour les autres.

Prise en charge du comportement suicidaire

Les médecins prennent au sérieux tout acte suicidaire, qu’il s’agisse d’un geste ou d’une tentative.

Si la personne s’est gravement blessée, les médecins évaluent et traitent les blessures. En cas de surdosage d’un médicament potentiellement létal, les médecins prennent immédiatement des mesures pour prévenir l’absorption du médicament et accélérer son élimination par l’organisme. La personne reçoit également un antidote, le cas échéant, et des soins de soutien, tels qu’une sonde d’intubation.

Après l’évaluation initiale, les personnes qui ont tenté de se suicider sont orientées vers un psychiatre, qui tente d’identifier les problèmes qui ont contribué à la tentative, et met en place un traitement adapté.

Comme la dépression augmente le risque de comportement suicidaire, les médecins surveillent attentivement les personnes atteintes de dépression pour déceler les pensées et comportements suicidaires.

Impact du suicide

Un décès par suicide entraîne un effet émotionnel important sur toutes les personnes impliquées. La famille, les amis et les médecins peuvent ressentir de la culpabilité, de la honte et des remords pour ne pas avoir empêché le suicide. Ils peuvent également ressentir de la colère envers la personne. Ils peuvent finalement réaliser qu’ils ne pouvaient pas éviter le suicide.

Il arrive qu’un conseiller en matière de deuil ou qu’un groupe d’entraide puisse aider la famille et les amis à gérer leurs sentiments de culpabilité et de peine. Le médecin généraliste ou les services psychiatriques locaux (par exemple, au niveau du comté ou de l’État) peuvent souvent aider à localiser ces ressources. De plus, des organismes nationaux, tels que l’American Foundation for Suicide Prevention (Fondation américaine pour la prévention du suicide), établissent des listes de groupes de soutien locaux. Des ressources sont également à disposition sur Internet.

L’effet de la tentative de suicide est similaire. Cependant, les membres de la famille et les amis ont la possibilité d’atténuer leurs sentiments en apportant une réponse appropriée aux appels à l’aide de la personne.

Aide médicale à la mort (anciennement dénommée suicide assisté)

L’aide médicale à la mort renvoie à l’assistance apportée par un médecin à une personne qui souhaite mettre fin à ses jours. Elle est très controversée car elle inverse l’objectif habituel de l’activité médicale qui consiste à préserver la vie. L’aide médicale à la mort est illégale dans l’ensemble des États, hormis l’Oregon, Washington, le Montana, le Vermont, et la Californie. Dans le reste des États-Unis, les médecins peuvent prescrire un traitement visant à minimiser les souffrances physiques et émotionnelles, mais ne peuvent pas précipiter intentionnellement la mort.

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