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Éosinophilie

Par Jane Liesveld, MD, Professor, Department of Medicine, James P. Wilmot Cancer Institute, University of Rochester Medical Center ; Patrick Reagan, MD, Fellow in Hematology and Medical Oncology, University of Rochester Medical Center

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L'éosinophilie est définie comme un nombre élevé d'éosinophiles de sang périphérique > 500/μL. Les causes sont multiples, mais il s'agit le plus souvent de réactions allergiques ou d'infections parasitaires. Le diagnostic nécessite des tests spécifiques orientés par la clinique. Le traitement est dirigé contre la cause.

L'éosinophilie a les caractéristiques d'une réponse immunitaire: un agent tel que Trichinella spiralis entraîne une réponse primitive avec un taux faible d'éosinophiles, alors que des expositions répétées induisent une élévation importante ou réponse secondaire. Différentes molécules libérées par les mastocytes et les basophiles entraînent une production d'éosinophiles médiée par les IgE. Ces substances comprennent le facteur chimiotactique éosinophile de l'anaphylaxie, le leucotriène B4, le complexe du complément (C5-C6-C7) et l'histamine (dans un faible intervalle de concentration).

Une éosinophilie peu importante en elle-même ne déclenche pas de symptômes, mais des taux ≥ 1500/μL peuvent provouer des lésions d'organe. Bien que tous les organes puissent être atteints, le cœur, les poumons, la rate, la peau et le système nerveux sont les plus fréquemment affectés. Des lésions d'organes se produisent généralement à cause de l'inflammation des tissus et de la réaction aux cytokines et aux chimiokines par les cellules eosinophiles libérées, ainsi que par les cellules immunitaires qui sont recrutées vers les tissus. Les patients qui présentent parfois de très sévères éosinophilies (p. ex., éosinophiles > 100 000/μL), habituellement en cas de leucémie chronique à éosinophiles, développent des complications liées à l'hyperleucocytose ( Syndrome hyperéosinophilique).

Étiologie

L'éosinophilie peut être primitive (c'est-à-dire, prolifération clonale des éosinophiles associée à des troubles hématologiques tel que leucémies et syndromes myéloprolifératifs), secondaires à (ou associés à) de nombreux troubles non hématologiques ( Troubles et traitements importants associés à l'éosinophilie) ou idiopathique (si d’autres causes ne peuvent pas être identifiées).

La cause la plus fréquente aux États-Unis est

  • L'allergie ou l'atopie (généralement respiratoire ou dermatologique)

D'autres causes fréquentes sont

  • Les infections (typiquement parasitaires)

  • Certaines tumeurs (hématologiques ou solides, bénignes ou malignes)

Presque toutes les parasitoses avec invasion tissulaire peuvent entraîner une éosinophilie, sauf les infections à protozoaires et métazoaires non invasifs, le plus souvent.

Parmi les tumeurs hématologiques, le lymphome d'Hodgkin peut être associé à une éosinophilie importante, alors que celle-ci est moins fréquente dans les lymphomes non hodgkiniens, la leucémie myéloïde chronique et la leucémie lymphoblastique aiguë.

Le syndrome d'infiltrat pulmonaire associé à une éosinophilie regroupe des manifestations cliniques caractérisées par une éosinophilie périphérique et des infiltrats pulmonaires à éosinophiles ( Revue générale des pneumopathies à éosinophiles) mais reste habituellement d'étiologie inconnue.

Le patient qui a une réaction éosinophilique iatrogène peut être asymptomatique ou présenter différents syndromes tels qu'une néphrite interstitielle, une maladie sérique, un ictère cholestatique, une vascularite d'hypersensibilité ou une lymphadénopathie immunoblastique. Quelques centaines de patients ont développé un syndrome de myalgies-éosinophilie après la prise de l-tryptophane utilisé à but sédatif ou de soutien psychologique. Ce syndrome est probablement provoqué par un contaminant plutôt que par le l-tryptophane. Les symptômes (douleur musculaire intense, ténosynovite, œdème musculaire, éruption cutanée) ont duré de quelques semaines à quelques mois et plusieurs décès sont survenus. La réaction avec éosinophilie et symptômes systémiques (Drug reaction with eosinophilia and systemic symptoms [DRESS]) est un syndrome rare caractérisé par de la fièvre, une éruption cutanée, une éosinophilie, une lymphocytose atypique, une lymphadénopathie et des signes et des symptômes liés l'atteinte de l'organe terminal (généralement, le cœur, les poumons, la rate, la peau, le système nerveux).

Troubles et traitements importants associés à l'éosinophilie

Cause ou trouble associé

Exemples

Troubles allergiques ou atopiques

Asthme

Aspergillose bronchopulmonaire allergique

Rhinite allergique

Dermatite atopique

Réactions médicamenteuses (p. ex., aux antibiotiques ou aux AINS)

Eczéma

Œdème de Quincke épisodique avec éosinophilie

Allergie aux protéines du lait

Pneumopathies professionnelles

Urticaire

Tissu conjonctif, troubles vasculitiques ou granulomateux (en particulier impliquant les poumons)

Syndrome de Dressler

Fasciite à éosinophiles

Synovite idiopathique à éosinophiles

Maladie intestinale inflammatoire

Polyartérite noueuse

Sclérose systémique évolutive (sclérodermie)

Polyarthrite rhumatoïde

Sarcoïdose

Syndrome de Sjögren

Lupus érythémateux disséminé

Troubles endocriniens

Hypofonctionnement surrénalien

Troubles immunitaires (souvent avec l'eczéma)

Syndrome d'immunodéficience congénitale (p. ex., déficits en IgA, syndrome hyper-IgE, syndrome de Wiskott-Aldrich)

Maladie du greffon contre l'hôte

Troubles myéloprolifératifs

Leucémie à éosinophiles aiguë ou chronique

Leucémie lymphoblastique aiguë (certains types)

Leucémie myéloïde chronique

Syndrome hyperéosinophilique

Infections non parasitaires

Aspergillose

Brucellose

Maladie des griffes du chat

Pneumonie à chlamydia de la petite enfance

Coccidioïdomycose (aigu)

Lymphocytose infectieuse

Mononucléose infectieuse

Maladie mycobactérienne

Scarlatine

Infections parasitaires (en particulier due à des invasions tissulaires à métazoaires)

Ascaridiase

Clonorchiase

Cysticercose (provoquée par Taenia solium)

Échinococcose

Fasciolase (douve du foie)

Filariose

Ankylostomiase

Paragonimose

Infection à Pneumocystis jirovecii

Schistosomiase (bilharziose)

Strongyloïdose

Trichinose

Trichuriase

Larva migrans viscérale

Dermatoses

Dermatite herpétiforme

Dermatite exfoliative

Pemphigus

Psoriasis

Syndromes d'infiltration pulmonaire avec éosinophilie

Aspergillose bronchopulmonaire allergique

Pneumonie chronique à éosinophiles

Granulomatose éosinophile avec polyangéite (syndrome de Churg-Strauss)

Éosinophilie pulmonaire simple (syndrome de Löffler)

Éosinophilie pulmonaire tropicale

Tumeurs

Carcinomes et sarcomes du poumon, pancréas, côlon, col de l'utérus ou ovaire

Lymphome d'Hodgkin

Lymphadénopathies immunoblastiques

Lymphomes non hodgkiniens

Divers

Cirrhose

Éosinophilie familiale

Dialyse péritonéale

Radiothérapie

Bilan

Le nombre de causes possibles et les troubles associés sont très importants. Les causes fréquentes (p. ex., allergiques, infectieuses ou affections néoplasiques) doivent être évoquées initialement même si elles sont difficiles à mettre en évidence; une anamnèse et un examen clinique sont donc toujours nécessaires.

Anamnèse

Les questions les plus susceptibles d'être utiles concernent les points suivants:

  • Voyage (suggérant une possible exposition à un parasite)

  • Allergies

  • Toxicomanie

  • L'utilisation de produits à base d'herbes et de compléments alimentaires, y compris le l-tryptophane

  • Des symptômes généraux (p. ex., fièvre, perte de poids, myalgies, arthralgies, éruptions, adénopathie)

Des symptômes systémiques suggèrent qu'une cause mineure allergique ou liée à un médicament est moins probable et une évaluation détaillée à la recherche d'une cause infectieuse, néoplasique, ou d'autres troubles systémiques doivent être effectués. D'autres parties importantes de l'histoire de la maladie comprennent des antécédents familiaux de dyscrasie (p. ex., troubles plasmocytaires) et une revue des systèmes, y compris les symptômes allergiques, pulmonaires, cardiaque gastro-intestinaux, et des dysfonctionnements neurologiques.

Examen clinique

Un examen clinique général doit se concentrer sur le cœur, la peau et les systèmes neurologiques et pulmonaires. Certains signes cliniques peuvent suggérer des causes ou des troubles associés. Les exemples comprennent une éruption (allergique, dermatologique ou des troubles de vascularite), des anomalies pulmonaires (asthme, infections pulmonaires ou syndromes d'infiltration pulmonaire avec éosinophilie), et des adénopathies généralisées ou une splénomégalie (troubles myéloprolifératifs ou cancer).

Examens complémentaires

L'éosinophilie est typiquement retrouvée alors que la NFS est effectuée pour d'autres raisons. Les examens biologiques complémentaires doivent dans la plupart des cas porter sur les points suivants:

  • Analyse des selles à la recherche de parasite

  • D'autres tests pour détecter des lésions touchant différents organes ou pour des causes spécifiques basées sur les signes cliniques

En général, si aucune cause médicamenteuse ou allergique n’est suspectée cliniquement, 3 prélèvements de selles doivent être examinés à la recherche d’œufs et de parasites; cependant, un résultat négatif n’exclut pas une cause parasitaire (p. ex., trichinose nécessite une biopsie musculaire; les larva migrans viscérales et les filarioses nécessitent d’autres biopsies de tissus; des aspirations duodénales peuvent être nécessaires pour exclure des parasites spécifiques, p. ex., Strongyloides sp, Strongyloïdose).

Les autres tests diagnostiques spécifiques sont orientés par les signes cliniques (en particulier l'anamnèse de voyages) et comprennent une rx thorax, une analyse d'urines, un bilan enzymatique hépatique, l'étude de la fonction rénale et des sérologies, pour rechercher des parasitoses ou une connectivite. En cas de lymphadénopathie généralisée, de splénomégalie, ou de symptômes systémiques, des examens sanguins sont effectués. Un taux sérique élevé de vitamine B12 ou des anomalies de frottis sanguin périphérique évoquent un trouble myéloprolifératif sous-jacent. Dans ce cas, un myélogramme et une biopsie ostéomédullaire avec caryotype peuvent être utiles. De plus, si le bilan ne révèle pas de cause, des examens complémentaires sont effectués pour détecter des lésions aux organes. Les examens complémentaires peuvent comprendre certains des tests mentionnés précédemment ainsi que le dosage de la LDH et le bilan hépatique (suggérant une atteinte hépatique ou peut-être un trouble myéloprolifératif), un échocardiogramme et des épreuves fonctionnelles respiratoires. Une fois une cause spécifique déterminée, des examens complémentaires peuvent être nécessaires.

Traitement

  • Parfois, des corticostéroïdes

Pour le traitement corticostéroïdien du syndrome hyperéosinophilique, Syndrome hyperéosinophilique : Traitement immédiat.

Les médicaments connus pour être associés à une éosinophilie sont arrêtés. Les autres causes identifiées sont traitées.

Si aucune cause n'est détectée, on surveillera l'évolution à la recherche de complications. Un bref traitement corticostéroïde à faible dose peut réduire le taux d'éosinophiles si l'éosinophilie est secondaire, plutôt que si elle est primitive (p. ex., secondaire à une allergie, à un trouble du tissu conjonctif ou à une infestation parasitaire). Ce test thérapeutique est indiqué si l'éosinophilie est persistante et évolutive à défaut de cause curable.

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