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Revue générale des compléments alimentaires

Par Ara DerMarderosian, PhD, University of the Sciences in Philadelphia

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Les compléments alimentaires sont souvent utilisés dans les thérapies complémentaires et alternatives, parce qu'ils sont largement disponibles et peuvent être achetés sans avoir besoin de consulter un professionnel de santé.

La FDA réglemente les compléments alimentaires différemment des médicaments. La FDA ne supervise que le contrôle de qualité et les procédés de fabrication, mais ne garantit pas le titrage des composants actifs ou leur efficacité.

Définition

Le document établi par le Dietary Supplement Health Education Act (DSHEA) en 1994 définit un complément alimentaire comme

  • Tout produit (excepté le tabac), en pilule, capsule, comprimés ou liquide, contenant une vitamine, un minéral, un extrait végétal, un acide aminé ou d'autres substances alimentaires connues, et destinés à supplémenter un régime alimentaire normal

En outre, certaines hormones, comme la déhydroépiandrostérone (DHEA, un précurseur des androgènes et des œstrogènes) et la mélatonine, sont classées comme compléments alimentaires et non comme des médicaments de prescription.

Étiquetage

La DHSEA impose que l'étiquette du produit permette de l'identifier comme complément alimentaire et informer le consommateur que les revendications de ce supplément n'ont pas été évaluées par la FDA. L'étiquette doit également indiquer le nom, la quantité et le poids total de tous les composants et identifier leur provenance selon les parties des plantes d'où ils ont été extraits (v. la législation DSHEA à l'adresse www.fda.gov/RegulatoryInformation/Legislation/default.htm). Les fabricants ont la permission de faire des allégations concernant la structure et la fonction des produits (p. ex., bon pour la santé de l'appareil urinaire), mais ne peuvent pas faire ou faire croire des allégations en assimilant leur produit à un médicament ou à une thérapie (p. ex., traitements des infections de l'appareil urinaire).

Sécurité et efficacité

La plupart des patients qui utilisent des suppléments diététiques pensent qu'ils sont globalement bons pour la santé, qu'ils sont sûrs et/ou efficaces pour traiter certaines maladies, car ils sont naturels (c.-à-d., proviennent de plantes ou d'animaux) et parce qu'ils sont utilisés depuis des siècles par les médecines traditionnelles. Cependant, la FDA n'exige pas des fabricants de suppléments diététiques qu'ils prouvent la sécurité ou l'efficacité (bien que ces suppléments diététiques doivent avoir des prérequis de sécurité). La plupart des suppléments n'ont pas été rigoureusement évalués. Pour la plupart, les données prouvant leur innocuité ou leur efficacité sont issues de l'utilisation traditionnelle, d'études in vitro, d'études de cas cliniques et d'essais portant sur des animaux. Cependant, les fabricants et distributeurs de compléments doivent maintenant rapporter les événements indésirables graves à la FDA à travers le système MedWatch. Très peu de suppléments (p. ex., l'huile de poisson, la chondroïtine/glucosamine, le chou palmiste [palmier nain]) sont sûrs et utiles en complément de certains médicaments.

On a de plus en plus de données démontrant l'innocuité et l'efficacité des compléments alimentaires et ce au fil des études cliniques réalisées. L'information concernant ces études est disponible sur le site Web du National Institutes of Health's National Center for Complementary and Alternative Medicine (NCCAM) (nccam.nih.gov/research/clinicaltrials/).

Pureté et standardisation

L'absence de règlement et de suivi de la part de l'État signifie également que les compléments alimentaires ne sont pas contrôlés pour vérifier s'ils contiennent bien les composants ou la quantité de composants actifs que le fabricant a déclarés. Le supplément peut contenir des composants non présents sur la liste et qui peuvent être inertes ou dangereux (p. ex., des toxines naturelles, des bactéries, des pesticides, du plomb ou d’autres métaux lourds); il peut également contenir des quantités variables de composés actifs, en particulier quand des plantes entières sont broyées ou sont utilisées pour en faire des extraits. Les consommateurs courent le risque d'avoir plus ou moins (voire pas du tout) de composant actif, pour autant que celui-ci soit même identifié. La plupart des produits à base de plantes consistent en un mélange de plusieurs substances dont on ne connaît pas toujours le composant le plus actif. Le manque de standardisation ne signifie pas seulement que les produits de différents fabricants peuvent varier, mais également que les différents lots produits par le même fabricant peuvent différer. Cette variabilité des produits est une source particulière de difficultés dans la conduite rigoureuse des essais scientifiques et de comparaison des résultats des différents essais. Certains suppléments ont été cependant standardisés et leur étiquette peut inclure une dénomination de standardisation.

Aux USA, de nouvelles réglementations qui régissent la production de compléments alimentaires incluent des règles de bonnes pratiques de fabrication (Good Manufacturing Practices, GMP). Ces règles renforcent les normes pour garder des établissements de fabrication et des équipements propres et des matières premières pures et non contaminées. Les bonnes pratiques de fabrication (Good Manufacturing Practices) assurent aussi l'étiquetage approprié, l'emballage et le stockage du produit fini.

Autres préoccupations

Les autres points suivants sont également concernés

  • L'utilisation de compléments alimentaires plutôt que des médicaments conventionnels

  • La stabilité des suppléments (notamment les produits à base d'herbes médicinales) une fois fabriqués

  • La toxicité

  • Les interactions entre complément nutritionnel et médicaments

La plupart des informations sur ces sujets émanent de rapports sur des cas sporadiques (v. Certaines interactions pharmacologiques-suppléments diététiques possibles*) et de quelques études.

Malgré ces problèmes, de nombreux patients croient fermement au bénéfice des suppléments et continuent à les utiliser avec ou sans les conseils d'un médecin. Les patients peuvent ne pas penser à divulguer, ou à dissimuler l'utilisation de compléments alimentaires. C'est pour cette raison que l'anamnèse doit périodiquement comprendre des questions explicites quant à l'utilisation présente et passée des thérapies alternative et complémentaire, y compris les compléments alimentaires. Beaucoup de médecins intègrent certains compléments alimentaires dans leur pratique; parmi leurs raisons sont invoqués les avantages prouvés liés aux suppléments, le désir de s'assurer que les suppléments sont utilisés en toute sécurité par les patients qui les utiliseront de toute façon, et la croyance du médecin en leur efficacité et en leur innocuité. Très peu de données permettent de conseiller le patient sur la sécurité des compléments alimentaires. Certains experts pensent que les problèmes liés aux compléments alimentaires sont rares comparés au nombre de doses prises et que le produit, s'il a été bien fabriqué, a de grandes chances d'être sûr. Par conséquent, les experts conseillent aux patients d'acheter ces suppléments auprès d'un fabricant connu et nombre d'entre eux leur recommandent de les acheter en Allemagne, où ils sont aussi contrôlés que les médicaments, en tout cas plus strict qu'aux USA.

Les suppléments ci-dessous sont les plus couramment utilisés, les plus efficaces ou ceux qui posent des problèmes de sécurité. Des informations plus complètes sont disponibles sur le site web du centre américain de la médecine complémentaire et alternative NCCAM (www.nccam.nih.gov/).

Certaines interactions pharmacologiques-suppléments diététiques possibles*

Complément alimentaire

Médicaments visés

Interaction

Camomille

Barbituriques et autres sédatifs

Peut intensifier ou prolonger les effets de sédatifs parce que ses huiles volatiles ont des effets additifs

Suppléments en fer

Peut réduire l'absorption du fer par l'intermédiaire des tanins végétaux

Warfarine

Peut augmenter le risque de saignement parce que la camomille contient des phytocoumarines, qui peuvent avoir des effets additifs

Échinacée

Médicaments potentiellement hépatotoxiques métabolisés par les enzymes du cytochrome P-450 (p. ex., amiodarone, stéroïdes anabolisants, kétoconazole, méthotrexate)

Ils peuvent donc ralentir leur métabolisme et augmenter le risque d'hépatotoxicité notamment s'ils sont administrés pendant > 8 semaines

Immunosuppresseur (p. ex., corticostéroïdes, cyclosporine)

Peut diminuer les effets immunosuppresseurs via la stimulation des lymphocytes T

Éphédra

Médicaments stimulants (p. ex., caféine, adrénaline, phénylpropanolamine, pseudo-éphédrine)

Augmente les effets stimulants d'autres médicaments, augmentant le risque de pouls irréguliers ou rapides et d'HTA

IMAOs

Peut intensifier les effets de ces médicaments et augmenter le risque d'effets indésirables (p. ex., céphalée, tremblements, rythme cardiaque rapide ou irrégulier, HTA)

Grande camomille

Médicaments antimigraineux (p. ex., ergotamine, Principales caractéristiques des céphalées selon leur cause)

Peut augmenter la fréquence cardiaque et la PA par leur effet vasoconstricteur

Médicaments antiplaquettaires

Peut augmenter le risque de saignement parce que la grande camomille inhibe l'agrégation plaquettaire (effets additifs)

Suppléments en fer

Peut réduire l'absorption du fer par l'intermédiaire des tanins végétaux

AINS

L'efficacité de la grande camomille pour éviter et traiter les céphalées migraineuses peut être réduite par les AINS

Warfarine

Peut augmenter le risque de saignement parce que la warfarine peut avoir des effets additifs

Ail

Antihypertenseurs

Peut augmenter l'effet antihypertenseur

Médicaments antiplaquettaires

Peut augmenter le risque de saignement parce que ces médicaments annulent l'inhibition de l'agrégation plaquettaire et les effets fibrinolytiques de l'ail

Inhibiteurs des protéases (p. ex., saquinavir)

Le taux sanguin d'inhibiteurs de protéase est réduit par l'ail

Warfarine

Peut augmenter le risque de saignement en accentuant les effets anticoagulants de la warfarine

Gingembre

Médicaments antiplaquettaires

Peut augmenter le risque de saignement par augmentation de l'inhibition de l'agrégation plaquettaire

Warfarine

Peut augmenter le risque de saignement en accentuant les effets anticoagulants de la warfarine

Ginkgo

Anticonvulsivants (p. ex., phénylhydantoïne)

Peut réduire l'efficacité des anticonvulsivants parce que des contaminants des préparations de ginkgo peuvent réduire les effets anticonvulsivants

IMAOs (p. ex., tranylcypromine)

Peut intensifier les effets de ces médicaments et augmenter les effets secondaires (p. ex., céphalée, tremblements, épisodes maniaques)

AINS

Peut augmenter le risque de saignement par augmentation de l'inhibition de l'agrégation plaquettaire

Warfarine

Peut augmenter le risque de saignement en accentuant les effets anticoagulants de la warfarine

Ginseng

Médicaments hypoglycémiants (p. ex., glipizide)

Peut intensifier les effets de ces médicaments et être une cause de l'hypoglycémie

Aspirine et autres AINS

Peut augmenter le risque de saignement par augmentation de l'inhibition de l'agrégation plaquettaire

Corticostéroïdes

Peut intensifier les effets indésirables de la corticothérapie parce que le ginseng a des effets anti-inflammatoires

Digoxine

Peut augmenter les taux de digoxine

Œstrogènes

Peut intensifier les effets indésirables de l'œstrogène

IMAOs

Peut causer une céphalée, des tremblements er des épisodes maniaques

Opiacés

Peut réduire l'efficacité des opiacés

Warfarine

Peut augmenter le risque de saignement en accentuant les effets anticoagulants de la warfarine

Hydraste du Canada

Warfarine et héparine

Peut s'opposer aux effets de la warfarine et de l'héparine, risque accru de thrombo-embolie

Thé vert

Warfarine

Peut réduire l'efficacité de la warfarine, augmentant le risque de thrombo-embolie

Kava

Sédatifs (p. ex., barbituriques, benzodiazépines)

Peut intensifier ou prolonger les effets des sédatifs

Réglisse (Glycyrriza glabra)

Anti-arythmiques

Peut augmenter le risque du rythme cardiaque anormal, diminuer l'efficacité de la thérapie antiarythmique

Antihypertenseurs

Peuvent augmenter la rétention de sel et d'eau et stimuler la PA, rendant moins efficaces les antihypertenseurs

Digoxine

Peut diminuer la kaliémie, ce qui augmente le risque de toxicité de la digoxine

Diurétiques

Peut intensifier les effets de perte du K de la plupart des diurétiques et réduire l'efficacité des diurétiques épargneurs du K (p. ex., spironolactone)

IMAOs

Peut intensifier les effets de ces médicaments et augmenter le risque d'effets indésirables (p. ex., céphalée, tremblements, épisodes maniaques)

Chardon Marie

Médicaments hypoglycémiants oraux

Peut intensifier les effets de ces médicaments et être une cause de l'hypoglycémie

Inhibiteurs de protéases (p. ex., indinavir, saquinavir)

Peut perturber les enzymes métabolisantes et abaisser les niveaux sanguins d'indinavir

Chou palmiste (palmier nain)

Œstrogènes (p. ex., contraceptifs oraux)

Peut augmenter les effets de ces médicaments

Millepertuis

Cyclosporine

Peut réduire le taux sanguin de cyclosporine et augmenter le risque de rejet de greffe d'organe

Digoxine

Peut réduire le taux sanguin de digoxine, le rendant moins efficace, avec des résultats potentiellement dangereux

Suppléments en fer

Peut réduire l'absorption du fer

IMAO

Peut augmenter les effets des IMAO, et être une cause potentielle de PA très élevée nécessitant un traitement d'urgence

Inhibiteurs non nucléosidiques de la reverse transcriptase

Augmente le métabolisme de ces médicaments, réduisant leur efficacité

Contraceptifs oraux

Augmente le métabolisme de ces médicaments, réduisant leur efficacité

Médicaments photosensibilisants (p. ex., lansoprazole, oméprazole, piroxicam, antibiotiques sulfamides)

Peut augmenter la sensibilité au soleil

Inhibiteurs des protéases

Peut réduire le taux sanguin d'inhibiteurs de protéase et réduire leur efficacité

Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (p. ex., fluoxétine, paroxétine, sertraline)

Peut augmenter les effets de ces médicaments

Antidépresseurs tricycliques

Peut augmenter les effets de ces médicaments

Warfarine

Peut réduire le taux sanguin de la warfarine, augmentant risque de thrombo-embolie

Valériane

Sédatifs (p. ex., barbituriques, benzodiazépines)

Peut intensifier les effets de sédatifs

*La prudence est nécessaire quand des compléments alimentaires sont utilisés car ces produits ne sont pas standardisés et parce que l'information sur leur utilisation est continuellement changeante. Le statut théorique de nombreuses interactions publiées n'empêche pas la prudence lors de l'utilisation de ces produits. Avant de prescrire tout médicament, les professionnels de santé doivent demander aux patients s'ils prennent des compléments alimentaires et, si c'est le cas, les identifier. Les praticiens doivent identifier tout risque d'interaction indésirable entre les médicaments et les compléments alimentaires pris par le patient avant de prescrire les médicaments et les posologies appropriés.

La vente de suppléments contenant de l'éphédra est interdite aux USA.

Cette substance est de la réglisse naturelle, et non pas des bonbons de réglisse aromatisés.

IMAO = inhibiteurs de la monoamine-oxydase.

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