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Revue générale des médecines complémentaires et alternatives

Par Steven Rosenzweig, MD, Clinical Associate Professor, Drexel University College of Medicine

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Les médecines complémentaires et alternatives correspondent à un mélange éclectique d'approches et de thérapies qui, historiquement, n'ont jamais fait partie de la médecine traditionnelle occidentale.

Les médecines complémentaires et alternatives sont souvent considérées comme des médecines qui ne reposent pas sur les principes de la médecine traditionnelle occidentale. Cependant, cette caractérisation n'est pas strictement exacte.

Les principales différences entre les médecines complémentaires et alternatives et la médecine traditionnelle concernent

  • La validation scientifique (si elles sont validées scientifiquement, les pratiques sont considérées comme conventionnelles)

  • La base de leurs pratiques (une question connexe)

La plupart des thérapies de médecines complémentaires et alternatives n'ont pas été scientifiquement validées ce qui a été utilisé pour distinguer les 2 types de médecine. Cependant, l'utilisation de certains suppléments nutritionnels, qui sont souvent inclus dans les médecines complémentaires et alternatives, a été scientifiquement validée et peut être considérée comme acceptée par la médecine occidentale. Aux États-Unis, certaines médecines complémentaires et alternatives sont à présent proposées dans les hôpitaux et parfois remboursées par les compagnies d'assurances, ce qui rend encore plus flous les frontières entre ces traitements. Certaines écoles de médecine traditionnelle, dont les 45 écoles de médecine Nord-américaines du " Consortium of Academic Health Centers for integrative Medicine ", délivrent un enseignement des médecines complémentaires et alternatives et de médecine intégrative.

La médecine traditionnelle vise à fonder ses pratiques uniquement sur les meilleures preuves scientifiques disponibles. En revanche, les médecines complémentaires et alternatives tendent à baser leurs pratiques sur la philosophie, parfois sur des philosophies contradictoires et même mutuellement exclusives et elles ne reposent pas sur des normes fondées sur des données strictement probantes.

Jusqu'à 38% des adultes et 12% des enfants ont utilisé des médecines complémentaires et alternatives à un moment donné, en fonction de la définition des médecines complémentaires et alternatives. La plus récente National Health Interview survey (2007) indique que les thérapies de médecines complémentaires et alternatives les plus couramment utilisées sont

  • La thérapie manuelle pour les douleurs dorsales (22%)

  • Le massage (16%)

  • Les régimes d'exercice comme le yoga (6,5%), qui sont utilisés dans divers types de médecines complémentaires et alternatives

  • L'acupuncture (6,5%)

L'utilisation d'autres thérapies de médecines complémentaires et alternatives reste faible: homéopathie (3,6%), naturopathie (1,5%) et énergie de guérison (1,7%). Une "revue de 2006 " a rapporté que, aux États-Unis, 53% des adultes ont utilisé au moins un complément alimentaire.

Par peur d'être critiqués, les patients n'informent pas toujours les médecins de leur recours aux médecines complémentaires et alternatives. Il est donc très important que les médecins interrogent leurs patients sur leur recours aux médecines complémentaires et alternatives (dont l'utilisation de plantes médicinales et les compléments alimentaires), ceci avec ouverture d'esprit et sans préjugé. Savoir comment les patients utilisent les médecines complémentaires et alternatives permet de:

  • Renforcer les relations et instaurer la confiance

  • Fournir une occasion de discuter des données probantes au regard des médecines complémentaires et alternatives et de la plausibilité et des risques qu'elles impliquent.

  • Parfois permet d'identifier et d'éviter les interactions potentiellement dangereuses entre les médicaments et les médecines complémentaires et alternatives ou les compléments alimentaires

  • Surveiller les progrès des patients

  • Aider les patients à déterminer s'ils doivent consulter des praticiens spécifiques certifiés ou autorisés à pratiquer les médecines complémentaires et alternatives

  • Apprendre de l'expérience des patients au regard des médecines complémentaires et alternatives

Différences entre médecine conventionnelle et alternative

Facteur

Médecine conventionnelle

Médecine alternative

Définition de la santé

Une condition de bien-être physique, mental et social et l'absence de maladie et d'autres anomalies

Équilibre optimal, résilience et intégrité du corps, de la pensée, de l'esprit et de leurs interrelations

Définition de la maladie

Dysfonctionnement d'organes, processus biochimiques pathologiques ou symptômes indésirables

Fondée sur les symptômes et l'individu: déséquilibre du corps, de la pensée et de l'esprit

Concept de force vitale

Les processus vitaux fondés sur des lois physiques connues et qui concernent des événements physiques et biochimiques

Une force vitale non physique et scientifiquement inaccessible unit la pensée et le corps, interconnecte tous les êtres vivants et est le fondement de la santé (souvent appelée vitalisme)

Compréhension de la conscience

Résulte uniquement des processus physiques du cerveau

N'est pas localisée dans le cerveau; peut exercer des effets de guérison sur le corps

Méthode de traitement

Toute intervention fondée sur des preuves, incluant les médicaments, la chirurgie, la radiothérapie, les traitements électriques, les dispositifs médicaux, la kinésithérapie, l'activité physique, les interventions nutritionnelles et les interventions sur le style de vie

Soutien et renforcement des capacités d'auto-guérison inhérentes au patient

Le recours à des preuves scientifiques

La dépendance stricte à des principes établis de preuves scientifiques

La souplesse d'utilisation de preuves scientifiques; les traitements sont souvent basés sur la tradition et/ou des soutiens anecdotiques

Efficacité

En 1992, aux États-Unis, " l’Office of Alternative Medicine in the National Institutes of Health " (NIH) a été formé pour étudier l’efficacité et l’innocuité des thérapies alternatives. En 1998, ce département est devenu le National Center for Complementary and Alternative Medicine (NCCAM) et en 2015 il est devenu le National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH). D'autres départements du NIH (p. ex., le " National Cancer Institute ") financent également des recherches de médecines complémentaires et alternatives. En 2009, une analyse de la recherche financée par le NCCAM a constaté qu'au cours de leur 10 premières années, le NCCAM avait dépensé 2,5 milliards de dollars pour des études sur les traitements des médecines complémentaires et alternatives sans fournir des preuves claires de leur efficacité.

Il y a 3 types d'arguments pour les médecines complémentaires et alternatives:

  • Efficacité au niveau des résultats cliniques, comme montré dans les essais cliniques contrôlés (considérés comme la preuve la plus forte pour les usages cliniques)

  • Preuve de leurs mécanismes d'action physiologiques (p. ex., modification de l'activité de l'acide γ-aminobutyrique [GABA] dans le cerveau par la valériane), bien que les preuves d'un mécanisme d'action physiologique validé n'indiquent pas nécessairement d'efficacité sur les résultats cliniques

  • Utilisation pendant des décennies voire des siècles (considérée comme une forme de preuve anecdotique et non fiable)

Une quantité substantielle d’informations sur les médecines complémentaires et alternatives est disponible dans des publications revues par des pairs, des revues fondées sur des preuves, des rapports de consensus d’experts et des manuels de référence; beaucoup ont été publiées dans d’autres langues que l’anglais (p. ex., Allemand, le Chinois). De nombreuses thérapies de médecines complémentaires et alternatives ont été étudiées et jugées inefficaces ou, au mieux, les études ont donné des résultats contradictoires et incohérents. Certaines médecines complémentaires et alternatives n'ont pas été testées dans des essais cliniques qui font autorité. Les facteurs qui limitent de telles recherches comprennent les facteurs suivants:

  • L'industrie n'a pas d'intérêt économique à financer ces recherches.

  • Souvent, les médecines complémentaires et alternatives ne sont pas pratiquées dans une culture de la médecine fondée sur des preuves.

  • Les fabricants de produits destinés aux médecines complémentaires et alternatives n'ont pas à en prouver l'efficacité spécifique sur une maladie.

La FDA, dans le cadre du Dietary Supplement Health and Education Act de 1994, autorise la commercialisation de compléments alimentaires et l'utilisation des dispositifs de médecines complémentaires et alternatives mais restreint les revendications concernant leur efficacité. Généralement, les fabricants de compléments alimentaires peuvent revendiquer, sans besoin d'apporter de preuves de sécurité ou d'efficacité à la FDA, des bénéfices pour la structure ou les fonctions corporelles (p. ex., améliorer les fonctions cardiovasculaires) mais ils ne peuvent revendiquer de bénéfice pour le traitement de maladies (p. ex., traiter l'HTA).

Recherche

La conception d'études des médecines complémentaires et alternatives pose des défis dépassant ceux rencontrés par les chercheurs des thérapies conventionnelles:

  • Les thérapies peuvent ne pas être standardisées. Par exemple, il existe différents systèmes d'acupuncture, le contenu et l'activité biologique d'extraits fabriqués à partir de la même espèce végétale sont très variables (l'identification chimique et la normalisation des principes actifs ne fait pas partie des médecines complémentaires et alternatives).

  • Les diagnostics peuvent ne pas être standardisés; l’utilisation de nombreuses médecines complémentaires et alternatives (p. ex., herboristerie traditionnelle, homéopathie, acupuncture) repose sur les caractéristiques spécifiques du patient plutôt que sur une maladie ou un trouble particulier.

  • Les études en simple ou double aveugle sont souvent difficiles ou impossibles. Par exemple, la répartition en simple ou en double aveugle de patients pratiquant la méditation n'est pas possible. Les praticiens de Reiki ne peuvent ignorer s'ils utilisent ou non l'énergie de guérison.

  • Les résultats sont difficiles à standardiser parce qu'ils sont souvent spécifiques à l'individu plutôt qu'impartiaux et constants (comme le sont la PA moyenne, le taux d'HbA1c et la mortalité).

  • Les placebos peuvent être difficiles à concevoir parce que l'identification du principe actif des médecines complémentaires et alternatives peut être difficile. Par exemple, lors des massages, le principe actif pourrait être le toucher, la zone corporelle spécifiquement massée, la technique de massages utilisée ou le temps passé avec le patient.

Dans une perspective de recherche conventionnelle, le recours à un contrôle placebo est particulièrement important lorsque les résultats utilisés sont subjectifs (p. ex., douleur, nausées, indigestion) et lorsque les troubles étudiés sont intermittents et/ou spontanément résolutifs (p. ex., céphalées); de tels aboutissements et de tels troubles sont souvent la cible des médecines complémentaires et alternatives. Cependant, les médecines complémentaires et alternatives considèrent les effets placebo comme des effets de guérison non spécifiques émanant de l'interaction thérapeutique et comme indissociables des traitements spécifiques. En pratique, les traitements alternatifs sont destinés à améliorer la qualité du cadre de guérison et de la relation thérapeutique et donc à optimiser la capacité d'auto-guérison du patient (réponse placebo), ainsi que les effets spécifiques du traitement; il est donc difficile de séparer les effets du traitement lui-même de ceux d'un placebo. Ainsi, l'étude des composantes efficaces d'une thérapie par médecines complémentaires et alternatives sans nuire à l'intégrité de cette thérapie dans un contexte de recherche reste un défi méthodologique.

Cette interprétation du placebo est controversée. De nombreuses études suggèrent que les effets placebo (p. ex., la régression à la moyenne) sont essentiellement subjectifs et statistiques et ne représentent aucune auto-guérison significative. Les chercheurs peuvent raisonnablement isoler les variables spécifiques de traitements individuels et déterminer si ces variables ajoutent à l'efficacité globale.

En dépit de ces difficultés, de nombreuses études de haute qualité des thérapies de médecine complémentaire et alternative (p. ex., l'acupuncture, l'homéopathie) ont été conçues et effectuées. Par exemple, une étude1 a déterminé que le double insu était possible pour l'acupuncture quand une gaine opaque contenant une aiguille pénétrante ou une non perforante était utilisée. Une autre étude2 a comparé les effets de l'acupuncture (individualisée ou standardisée) à ceux de l'acupuncture simulée à l'aide d'un cure-dents dans un tube guide-aiguille (et les soins habituels). Ainsi, en utilisant des placebos soigneusement conçus, les chercheurs peuvent isoler les effets de certaines thérapies de médecines complémentaires et alternatives sur la réponse clinique globale. Pour que les thérapies de médecines complémentaires et alternatives soient considérées comme efficaces, les preuves doivent démontrer qu'elles sont plus efficaces que le placebo.

  • 1Takakura N, Yajima H: A placebo acupuncture needle with potential for double blinding—a validation study. Acupunct Med 26(4):224–230, 2008.

  • 2Cherkin DC, Sherman KJ, Avins AL, et al: A randomized trial comparing acupuncture, simulated acupuncture, and usual care for chronic low back pain. Arch Intern Med169(9):858–66, 2009.

Sécurité

Bien que la sécurité de la plupart des médecines complémentaires et alternatives n'ait pas été étudiée dans des essais cliniques, beaucoup de ces thérapies sont considérées comme sûres. De nombreuses médecines complémentaires et alternatives (p. ex., plantes non toxiques, techniques corps-esprit telles que la méditation et le yoga, pratiques fondées sur le corps telles que les massages) ont été utilisées durant des millénaires sans preuve de dangerosité et beaucoup semblent ne pas présenter de risque. Cependant, il existe des précautions d'utilisation, dont les suivantes:

  • Le plus grand risque des médecines complémentaires et alternatives est probablement le recours à cette approche alternative pour traiter un trouble potentiellement létal qui pourrait être efficacement traité de façon conventionnelle (p. ex., méningite, acidocétose diabétique, leucémie aiguë), peut-être le risque de nuisance le plus important lié aux médecines complémentaires et alternatives

  • La toxicité de certaines préparations végétales (p. ex., hépatotoxicité des alcaloïdes de la pyrrolizidine, de l'Atractylis gummifera, du chaparral, de la germandrée, de la chélidoine, du Jin Bu Huan, du kava, du pouliot ou d'autres; néphrotoxicité de l'Aristolochia; stimulation adrénergique par l'éphèdre)

  • La contamination (p. ex., contamination de certaines préparations chinoises et ayurvédiques à base de plantes par des métaux lourds; contamination d’autres produits, tels que le PC-SPES et certaines plantes chinoises par d'autres drogues)

  • Les interactions entre les médecines complémentaires et alternatives (p. ex., plantes, micronutriments ou compléments alimentaires) et d'autres médicaments (p. ex., induction des enzymes cytochromes P-450 [CYP3A4]. Par le millepertuis, entraînant une réduction de l'activité des antirétroviraux, des immunosuppresseurs et d'autres médicaments), en particulier si les médicaments ont un index thérapeutique étroit

  • Les lésions comme avec toute manipulation physique du corps (dont les techniques conventionnelles telles que la kinésithérapie), (p. ex., des nerfs ou de la moelle épinière par des manipulations vertébrales chez des patients à risque, ecchymoses chez des patients présentant des troubles hémorragiques)

Les alertes actuelles concernant des compléments alimentaires nocifs sont disponibles sur le site Web de la FDA (Safety Alerts and Advisories). La FDA n'a jamais contrôlé de façon étroite la production de compléments alimentaires. Cependant, les nouvelles réglementations de la FDA exigent à présent la conformité des processus de fabrication pour garantir qualité et sécurité des compléments.

Pour éviter les blessures résultant de manipulations physiques, les patients doivent s'adresser à des praticiens formés aux médecines complémentaires et alternatives par des écoles accréditées et qui sont des professionnels diplômés. Le taux de complications est très faible quand la thérapie chiropratique ou l'acupuncture sont effectuées par des praticiens pleinement compétents.

Ressources dans cet article