Introuvable
Emplacements

Trouvez des informations sur des sujets médicaux, des symptômes, des médicaments, des procédures, des nouvelles et bien plus encore, rédigées pour les professionnels de santé.

Rectocolite hémorragique

Par Aaron E. Walfish, MD, Clinical Assistant Professor, Mount Sinai Medical Center ; David B. Sachar, MD, Clinical Professor of Medicine;Director (Emeritus), Dr. Henry D. Janovitz Division of Gastroenterology, Mount Sinai School of Medicine;The Mount Sinai Hospital

Cliquez ici pour
l’éducation des patients

1 iOS Android

La rectocolite hémorragique est une maladie inflammatoire et ulcérative chronique, localisée à la muqueuse colique, caractérisée le plus souvent par une diarrhée hémorragique. Une symptomatologie extra-intestinale, notamment une arthrite, peut survenir. Le risque à long terme de cancer du côlon est élevé. Le diagnostic repose sur la coloscopie. Le traitement repose sur l'acide 5-aminosalicylique, les corticostéroïdes, les immunomodulateur, les produits biologiques, certains antibiotiques et parfois la chirurgie.

Physiopathologie

La rectocolite hémorragique débute habituellement dans le rectum. Elle peut rester localisée au rectum (rectite ulcéreuse) ou s'étendre en amont, en touchant parfois la totalité du côlon. Rarement, elle concerne la majeure partie du côlon d'emblée.

L'inflammation dans la rectocolite hémorragique touche la muqueuse et la sous-muqueuse et il existe une limite nette entre tissus normal et pathologique. La musculeuse est atteinte uniquement lors d'une atteinte sévère. Aux stades précoces, la muqueuse est érythémateuse, finement granitée et friable, avec disparition du réseau vasculaire normal et elle est souvent parsemée de taches hémorragiques. De larges ulcérations muqueuses avec un exsudat purulent abondant caractérisent une atteinte sévère. Des îlots de muqueuse relativement normale ou inflammatoire et hyperplasique (pseudo-polypes) font saillie au-dessus des zones de muqueuse ulcérée. Il n'existe pas de fistules ou d'abcès.

Colite toxique

On parle de colite fulminante ou colite toxique lorsque l'extension des ulcérations entraîne un iléus localisé et une péritonite. En quelques jours ou quelques heures, le côlon perd de son tonus musculaire et commence à se dilater.

Les termes de mégacôlon toxique et de dilatation toxique sont inappropriés parce que l'état inflammatoire et toxique et ses complications peuvent survenir sans mégacôlon franc (celui-ci étant défini par un diamètre > 6 cm au niveau du côlon transverse pendant une poussée).

Cette complication est une urgence médicale qui apparaît habituellement spontanément au cours de l'évolution d'une colite particulièrement grave, mais elle peut être favorisée par l'utilisation inadéquate de médicaments antidiarrhéiques opiacés ou anticholinergiques. Une perforation colique peut survenir et augmenter significativement la mortalité.

Symptomatologie

Une diarrhée hémorragique, variable en intensité et en durée, est séparée par des périodes asymptomatiques. Le plus souvent, la crise débute de façon insidieuse avec des besoins défécatoires de plus en plus impérieux, des coliques abdominales modérées et la présence de sang et de mucus dans les selles. Certains cas surviennent après une infection (p. ex., amibiase, dysenterie bacillaire).

Lorsque la RCH est limitée à la région rectosigmoïdienne, les selles peuvent être normales ou dures et sèches, mais des émissions rectales de mucus contenant des globules blancs et globules rouges accompagnent ou surviennent entre les selles. Les symptômes généraux sont modérés ou absents. Si l'ulcération s'étend de façon proximale, les selles sont plus liquides, et le patient peut avoir > 10 selles/jour, fréquemment accompagnées de coliques importantes et d'un ténesme rectal pénible, sans répit même pendant la nuit. Les selles peuvent être aqueuses, ou contenir du mucus et sont souvent constituées presque exclusivement de sang et de pus.

La colite fulminante ou toxique se manifeste initialement avec une diarrhée soudaine profuse, une fièvre à 40° C, des douleurs abdominales, des signes de péritonite (p. ex., une douleur à la décompression) et des signes de toxémie profonde.

La symptomatologie générale, plus fréquente dans la rectocolite hémorragique grave, comprend une asthénie, une fièvre, une anémie, une anorexie et une perte de poids. Les manifestations extra-intestinales des maladies intestinales inflammatoires (en particulier les complications articulaires et cutanées) sont plus fréquentes lorsque les symptômes généraux sont présents.

Diagnostic

  • Coproculture et examen des selles au microscope (pour éliminer les causes infectieuses)

  • Sigmoïdoscopie avec biopsies

Présentation initiale

Le diagnostic est évoqué en cas de symptomatologie typique, en particulier lorsqu'elle est accompagnée de manifestations extra-intestinales ou qu'il existe des antécédents de poussées similaires. La rectocolite hémorragique doit être distinguée de la maladie de Crohn ( Diagnostic différentiel de la maladie de Crohn et de la rectocolite hémorragique) mais, plus important des autres causes de colite aiguë (p. ex., infectieuses; chez le patient âgé, ischémiques).

Chez tous les patients, des coprocultures à la recherche d'entéropathogènes doivent être effectuées et Entamoeba histolytica doit également être exclue par l'examen de prélèvements de selles fraîches. Quand on suspecte une amibiase pour des raisons épidémiologiques ou de voyage en zone endémique, il faut faire une sérologie et des biopsies. Les antécédents de prise d'antibiotiques ou d'hospitalisation récente doivent faire rechercher la toxine de Clostridium difficile dans les selles. Les patients à risque doivent être testés pour le VIH, la gonococcie, l’herpesvirus, les Chlamydiae et l’amibiase. Les infections opportunistes (p. ex., cytomégalovirus, Mycobacterium avium-intracellulare) ou le sarcome de Kaposi doivent également être évoqués chez le patient immunodéprimé. Chez la femme qui prend des contraceptifs oraux, une colite induite par les contraceptifs est possible; elle se résout généralement spontanément après arrêt du traitement hormonal.

Une sigmoïdoscopie doit être effectuée; elle permet la confirmation visuelle de la colite et de faire des prélèvements directs pour la culture et l'examen anatomopathologique, tant au niveau des zones saines que pathologiques. Bien que l'inspection visuelle et les biopsies puissent ne pas permettre un diagnostic de certitude, en raison des chevauchements des aspects endoscopiques avec d'autres types de colites aiguës, d'évolution spontanément favorable d'origine infectieuse, une colite infectieuse peut habituellement être distinguée histologiquement d'une colite chronique idiopathique en rapport avec une rectocolite hémorragique ou une maladie de Crohn. Des lésions péri anales sévères, le respect du rectum, l'absence de saignement et l'atteinte asymétrique ou segmentaire du côlon sont en faveur d'une maladie de Crohn plutôt que d'une rectocolite hémorragique. La coloscopie est habituellement inutile initialement mais doit être pratiquée en dehors du contexte de l'urgence si l'inflammation a une extension plus proximale que le niveau atteint par le sigmoïdoscope.

Des examens biologiques doivent être effectués pour dépister une anémie, une hypoalbuminémie et des troubles hydro-électrolytiques. Un bilan hépatique doit être pratiqué; une élévation des phosphatases alcalines et du taux de γ-glutamyl transpeptidase suggèrent la possibilité d'une cholangite sclérosante primitive. Les Ac anticytoplasme de neutrophiles sont relativement spécifiques (60 à 70%) de la rectocolite hémorragique. Les Ac anti–Saccharomyces cerevisiae sont relativement spécifiques de la maladie de Crohn. Cependant, ces examens ne permettent pas de différencier de façon fiable les 2 maladies et ne sont pas recommandés pour le diagnostic de routine. D'autres anomalies de laboratoire sont possibles comme une hyperleucocytose, une thrombocytose et des marqueurs inflammatoires de phase aiguë élevés (p. ex., VS, protéine C réactive).

Les rx n'ont pas de valeur diagnostique mais montrent parfois des anomalies. Les rx d'abdomen sans préparation peuvent montrer un œdème muqueux, une disparition des haustrations et l'absence de selles moulées dans les segments intestinaux atteints. Le lavement baryté montre des modifications similaires de façon plus claire et peut également montrer des ulcérations, mais le lavement ne doit pas être fait en cas de tableau clinique aigu. Un côlon rigide et raccourci avec une muqueuse atrophique ou pseudo-polypoïde est souvent vu après une évolution de plusieurs années. La mise en évidence d'aspects rx en empreintes de pouce et des lésions segmentaires sont plus évocatrices d'ischémie intestinale ou, éventuellement, de colite de Crohn, que de rectocolite hémorragique.

Symptômes récidivants

Le patient qui présente une RCH connue et une récidive de symptômes typiques doit faire l'objet d'un examen clinique, mais des examens complémentaires ne sont pas toujours nécessaires. En fonction de la durée et la gravité des symptômes, une sigmoïdoscopie ou une coloscopie ainsi qu'une NFS peuvent être effectuées. Une coproculture et la recherche de parasites dans les selles ainsi que la recherche de la toxine de C. difficile doivent être pratiquées en cas de symptômes atypiques lors de la rechute ou en cas d'aggravation survenant après une rémission prolongée, pendant une épidémie, après un traitement antibiotique ou si le médecin a un doute diagnostique.

Crises sévères aiguës

Une hospitalisation rapide est nécessaire en cas de poussées sévères. Les rx d'abdomen sans préparation en position couché et debout doivent être effectuées; elles peuvent montrer un mégacôlon ou une accumulation de gaz au niveau d'un long segment colique continu paralysé, en raison d'une perte du tonus musculaire. La coloscopie et le lavement baryté doivent être évités du fait du risque de perforation, mais une sigmoïdoscopie minutieuse est typiquement recommandée afin de vérifier la gravité et exclure l'infection. NFS, numération plaquettaire, VS, protéine C-réactive, électrolytes, et albumine doivent être effectués; PT, TCA, et le groupage sanguin et compatibilité croisée sont également indiqués en cas d'hémorragie sévère.

Le patient doit être étroitement surveillé à la recherche d'une péritonite ou d'une perforation. La percussion hépatique est importante car la disparition de la matité caractéristique peut être le premier signe d'une perforation en péritoine libre, en particulier chez le patient dont les signes de souffrance péritonéale peuvent être masqués par des posologies massives de corticostéroïdes. Des rx de l'abdomen sont pratiquées q 1 ou 2 jours afin de suivre l'évolution de la distension colique et de dépister un pneumopéritoine ou un liseré d'air intramural; une TDM est plus sensible pour détecter l'air extraluminal ou l'abcès péricolique.

Pronostic

Habituellement, la rectocolite hémorragique est une affection chronique dont l'évolution est émaillée de poussées et de rémissions. Chez près de 10% des patients, la poussée initiale devient fulminante avec risque d’hémorragie massive, de perforation ou de sepsis et de toxémie. La guérison complète après une poussée unique est possible dans 10 autres pourcents des cas.

Les patients présentant une rectite hémorragique isolée ont un meilleur pronostic. Les manifestations systémiques graves, les complications toxiques ou la dégénérescence néoplasique sont rares et une extension ultérieure de la maladie ne se produit que dans environ 20 à 30% des cas. Le recours à la chirurgie est rarement nécessaire et l'espérance de vie est normale. Cependant, les symptômes peuvent se montrer rebelles et réfractaires. En outre, parce que la rectocolite hémorragique peut débuter au niveau du rectum et s'étendre ensuite en amont, on doit considérer une rectite comme limitée uniquement après 6 mois d'évolution. Une maladie localisée qui s'étend ultérieurement est souvent plus sévère et plus résistante au traitement.

Cancer du côlon

Le risque de cancer du côlon est proportionnel à la durée de la maladie et à la longueur de côlon atteint, mais pas nécessairement à l'activité de la maladie. Certaines études suggèrent que l'inflammation microscopique persistante est un facteur de risque, et que l'utilisation de 5-ASA pour contrôler l'inflammation joue un rôle protecteur.

En cas de colite étendue, le cancer commence à apparaître 7 ans après le début de la maladie, puis il se développe chez environ 0,5 à 1% des patients chaque année suivante. Ainsi, après avoir présenté la maladie pendant 20 ans, 7% à 10% environ des patients ont développé un cancer et environ 30% après 35 ans. Cependant, les patients qui ont une maladie intestinale inflammatoire et une cholangite sclérosante primitive présentent un risque majoré de cancer dès le diagnostic de la colite.

La surveillance endoscopique régulière, de préférence pendant les périodes de rémission, est préconisée chez les patients chez qui l'ancienneté de la maladie est > 8 à 10 ans (sauf en ce qui concerne la rectite isolée) ou en cas de cholangite sclérosante primitive et dans ce cas une coloscopie de surveillance doit être faite dès le diagnostic. Les lignes directrices les plus récentes suggèrent d'effectuer des biopsies aléatoires (prises tous les 10 cm sur toute la longueur du côlon) en coloscopie en lumière blanche à haute définition et de ne faire des biopsies ciblées des lésions visibles qu'en chromoendoscopie pour détecter les dysplasies. La dysplasie de tout grade dans une zone affectée par la colite est susceptible d'évoluer vers une néoplasie plus avancée et même un cancer. Après élimination complète du polypoïde résécable par endoscopie ou des lésions dysplasiques non polypoïdes, la surveillance par coloscopie est suggérée plutôt que la colectomie. Les patients présentant une dysplasie qui n'est pas visible endoscopiquement doivent probablement être adressé à un gastro-entérologue expert en matière de surveillance des maladies inflammatoires en utilisant la chromoendoscopie et/ou la coloscopie à haute définition pour décider si la colectomie ou la surveillance de la coloscopie continue doivent être effectuées.

La fréquence optimale des coloscopies de surveillance n’a pas été établie, mais certains experts la recommandent q 2 ans au cours de la 2e décennie de la maladie et tous les ans par la suite.

La survie à long terme est de près de 50% dans les cas de cancer sur colite, un chiffre comparable à celui observé dans le cancer colorectal dans la population générale.

Traitement

  • Prise en charge diététique et lopéramide (sauf dans les attaques aiguës graves) pour soulager les symptômes

  • Acide 5-aminosalicylique (5-ASA)

  • Corticostéroïdes et autres médicaments en fonction des symptômes et de la sévérité

  • Antimétabolites et agents biologiques

  • Parfois, intervention chirurgicale

Les détails du choix et de la posologie des médicaments sont décrits dans Médicaments des maladies inflammatoires intestinales.

Mesures de prise en charge générale

La suppression dans l'alimentation des fruits et légumes crus évite les traumatismes de la muqueuse colique inflammée et peut amener une amélioration symptomatique. Un régime alimentaire sans lait permet d'obtenir une amélioration, mais ne doit pas être maintenu si aucune amélioration n'est constatée. Le lopéramide 2 mg po bid à qid est indiqué en cas de diarrhée relativement légère; des posologies orales plus importantes (4 mg le matin et 2 mg après chaque défécation) peuvent être nécessaires en cas de diarrhée plus importante. Les médicaments antidiarrhéiques doivent être utilisés avec une extrême prudence dans les cas plus sévères, car ils peuvent favoriser la survenue d'un mégacôlon toxique. On doit conseiller à tous les patients atteints de maladie inflammatoire de l'intestin de prendre des quantités appropriées de Ca et de vitamine D.

Maladie modérée du côté gauche

Les patients qui présentent une proctite ou une colite qui ne s'étend pas en amont de l'angle gauche, sont traités par lavements de 5‑ASA (mésalamine) 1 fois/jour ou bid selon la sévérité. Les suppositoires sont efficaces dans les maladies plus distales et sont habituellement préférés par les patients. Les lavements de corticostéroïdes et au budésonide sont un peu moins efficaces, mais doivent être utilisés si le 5‑ASA est inefficace ou n'est pas toléré. Quand la rémission est obtenue, la posologie est lentement réduite à des posologies d'entretien. Les médicaments 5-ASA oraux ont théoriquement un intérêt pour diminuer la probabilité d'extension proximale de la maladie.

Maladie modérée ou étendue

Les patients qui présentent une inflammation proximale jusqu'à l'angle gauche ou une maladie du côlon gauche rebelle à des agents locaux doivent recevoir un traitement oral par 5‑ASA associé à des lavements de 5‑ASA. Une corticothérapie à forte dose est ajoutée en cas de symptômes plus sévères; après 1 à 2 semaines, la dose quotidienne est réduite d'environ 5 à 10 mg chaque semaine. Une thérapie immunomodulatrice par azathioprine ou 6-mercaptopurine peut être utilisée chez les patients réfractaires aux doses maximales de 5-ASA et qui nécessiteraient autrement une corticothérapie au long cours. De plus, l'infliximab, l'adalimumab et le golimumab sont efficaces chez certains patients et leur utilisation peut être envisagée chez les patients réfractaires à la corticothérapie ou aux immunomodulateurs (échec de la thiopurine), ainsi qu'aux patients corticodépendants. En outre, l'association d'un immunomodulateur et d'un traitement anti-TNF est parfois utile. Enfin, chez certains patients qui ne répondent pas aux corticoïdes, aux immunosuppresseurs ou aux anti-TNF, un essai de védolizumab peut être envisagé.

Maladie grave

Les patients qui ont > 10 défécations hémorragiques par jour, une tachycardie, une fièvre élevée ou des douleurs abdominales importantes doivent être hospitalisés pour recevoir une corticothérapie à forte dose IV. Le 5‑ASA peut être poursuivi. Un apport hydroélectrolytique IV est administré et des transfusions sanguines sont administrées en cas de déshydratation et d'anémie. Le patient doit être suivi attentivement à la recherche du développement d'une colite toxique. L’hyperalimentation parentérale est parfois utilisée comme support nutritionnel, mais n’a pas d’intérêt en tant que traitement principal; les patients qui peuvent absorber de la nourriture doivent manger.

En l'absence de réponse en 3 à 7 jours, on doit envisager la cyclosporine ou l'infliximab IV ou une intervention chirurgicale. Le patient répondeur aux corticostéroïdes est traité après une semaine environ par prednisone 60 mg po 1 fois/jour, posologie réduite progressivement à domicile en fonction de la réponse clinique. Les patients qui ont reçu la cyclosporine IV et qui ont répondu au traitement sont traités ensuite par cyclosporine po et azathioprine ou 6-mercaptopurine. La cyclosporine po est poursuivi pendant environ 3 à 4 mois, période pendant laquelle la corticothérapie est progressivement arrêtée et que la cyclosporinémie est régulièrement contrôlée. Certains recommandent une prévention contre Pneumocystis jirovecii pendant la période de traitement concomitant par corticostéroïdes, cyclosporine et antimétabolite.

Colite fulminante

En cas de suspicion de colite fulminante ou toxique, le patient doit

  • Arrêter tous les médicaments antidiarrhéiques

  • Ne rien prendre par la bouche et poser un long tube intestinal mis en aspiration intermittente

  • Reçoivent une réanimation agressive par liquides et électrolytes IV avec du NaCl à 0,9%, et du chlorure de potassium et du sang au besoin

  • Reçoit de fortes doses de corticostéroïdes ou de cyclosporine IV

  • Recevoir des antibiotiques (p. ex., 500 mg de métronidazole IV q 8 h et de la ciprofloxacine 500 mg IV q 12 h)

Faire passer le patient dans son lit q 2 ou 3 h du décubitus au décubitus ventral permet de redistribuer les gaz coliques et d'éviter la distension progressive du colon. L'insertion d'une sonde rectale souple peut également être utile, mais il faut procéder avec précaution afin de ne pas perforer l'intestin. Même si la décompression d'un côlon dilaté est obtenue, le patient n'est pas hors de danger à moins que le processus inflammatoire sous-jacent soit contrôlé; autrement, une colectomie restera nécessaire.

Si les mesures médicales intensives n'entraînent pas d'amélioration nette dans les 24 à 48 h, le recours immédiat à la chirurgie s'impose, sous peine de voir le patient décéder d'un sepsis causé par la translocation bactérienne ou d'une perforation colique.

Traitement d'entretien

Après traitement efficace d'une poussée, les corticostéroïdes sont réduits en fonction de la réponse clinique et doivent être arrêtés car ils sont inefficaces en traitement d'entretien. Suivant la localisation de la maladie, le patient doit rester sous 5‑ASA po ou rectale de façon définitive car l'arrêt du traitement d'entretien entraîne souvent une rechute. Les intervalles de mise en place des préparations rectales peuvent être progressivement allongés à 1 jour/2 ou 1 jour/3. Il est amplement démontré que l'association de la thérapie orale et rectale est significativement plus efficace que chacune des thérapies prise isolément.

Les patients chez qui on ne peut supprimer les corticostéroïdes doivent prendre des thiopurines (azathioprine ou 6-mercaptopurine), des médicaments anti-TNF ou une association. Dans les cas plus réfractaires, l'anti-intégrine védolizumab peut être utilisé dans la rectocolite hémorragique et dans la maladie de Crohn. Enfin, l'infliximab, l'adalimumab ou le golimumab sont de plus en plus largement utilisés comme traitement d'entretien de la rectocolite hémorragique.

Chirurgie

Il est nécessaire, dans près d'1/3 des cas de rectocolite hémorragique étendue, de recourir finalement à la chirurgie. La proctocolectomie totale assure la guérison: l’espérance de vie revient à la normale, la maladie ne récidive pas (contrairement à la maladie de Crohn) et le risque de cancer du côlon est supprimé de façon importante. Après une coloproctectomie totale avec réservoir iléal et anastomose iléo-anale, il subsiste un petit risque de dysplasie ou de cancer dans la zone rectale de transition anale et même dans la poche iléale. Après une coloproctectomie avec iléostomie ou coloproctectomie totale avec réservoir iléal et anastomose iléo-anale, la qualité de vie est améliorée; cependant, de nouveaux défis au niveau de la qualité de vie apparaissent.

La colectomie d'urgence est indiquée en cas d'hémorragie massive, de colite toxique fulminante ou de perforation. La colectomie subtotale avec iléostomie et stomie rectosigmoïdienne ou fistule muqueuse (procédure de Hartmann) est habituellement la méthode de choix, car la plupart des patients en phase critique ne peuvent supporter une chirurgie plus lourde. Le moignon rectosigmoïdien peut être enlevé ultérieurement ou être utilisé pour une anastomose iléo-anale avec poche iléale. Le moignon rectal intact ne doit pas rester indéfiniment en place du fait du risque de poussée ou de transformation maligne.

Une intervention chirurgicale programmée est indiquée en cas de cancer, de sténose symptomatique, de retard de croissance chez l'enfant ou le plus souvent, en cas de pathologie chronique incurable entraînant une infirmité ou une dépendance aux corticostéroïdes. Les manifestations extra-intestinales sévères (p. ex., pyoderma gangrenosum), sont actuellement mieux contrôlées par les traitements médicaux intensifs, et ne sont plus que rarement des indications chirurgicales.

La procédure de choix en dehors du contexte de l'urgence si la fonction sphinctérienne est normale est la proctocolectomie avec anastomose iléo-anale avec réservoir iléal. Cette intervention crée un réservoir pelvien ou poche à partir de l'iléon distal, qui est anastomosé à l'anus. Le sphincter intact permet une continence, avec généralement 4 à 9 selles/jour (notamment 1 ou 2 la nuit).

La pochite est une réaction inflammatoire qui se produit après une coloproctectomie totale avec coloproctectomie totale avec réservoir iléal et anastomose iléo-anale chez près de 50% des patients. Le risque de pochite semble plus élevé chez les patients atteints de cholangite sclérosante primitive, chez les patients présentant des manifestations extra-intestinales pré-opératoires et peut-être chez les patients présentant une sérologie pré-opératoire élevée d'anticorps anti-neutrophiliques périnucléaires et d'autres biomarqueurs de maladies inflammatoires de l'intestin. La pochite est supposée être en relation avec une pullulation bactérienne et elle est traitée par antibiotiques (p. ex., quinolones). Les probiotiques peuvent être protecteurs. La plupart des cas de pochites sont facilement contrôlés, mais 5 à 10% peuvent se montrer réfractaires à tout traitement médical Iléostomie selon Brooke. Chez une minorité de patients plus âgés, bien insérés familialement et socialement, ayant un tonus sphinctérien faible et ne tolérant pas des selles fréquentes ou simplement incapables ou peu disposés à faire face aux conséquences d'une pochite fréquente ou chronique, l'iléostomie de Brooke reste la procédure de choix.

Dans tous les cas, les problèmes physiques et affectifs résultant de toute forme d'exérèse colique doivent être identifiés et il faut s'assurer que le patient reçoit tous les conseils pratiques et le soutien médical et psychologique dont il a besoin avant et après l'intervention.

Points clés

  • La rectocolite hémorragique commence dans le rectum et peut s'étendre proximalement de façon contiguë sans zones de normalité intestinale.

  • Les symptômes sont des épisodes intermittents de crampes abdominales et de diarrhée sanglante.

  • Les complications comprennent la colite fulminante, qui peut mener à la perforation; à long terme, le risque de cancer du côlon est augmenté.

  • Traiter une maladie légère à modérée par 5ASA rectal et, la maladie proximale, par la voie orale.

  • Traiter la maladie extensive par des corticostéroïdes à haute dose ou une thérapie immunomodulatrice par azathioprine ou 6-mercaptopurine.

  • Traiter la maladie fulminante par de hautes doses de corticostéroïdes IV ou de la ciclosporine et des antibiotiques (p. ex., métronidazole, ciprofloxacine); une colectomie peut être nécessaire.

  • Il est nécessaire, dans près d'1/3 des cas de rectocolite hémorragique étendue, de recourir finalement à la chirurgie.

Ressources dans cet article