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Douleurs de plusieurs articulations

Par Alexandra Villa-Forte, MD, MPH, Staff Physician, Center for Vasculitis Care and Research, Department of Rheumatic and Immunologic Diseases, Cleveland Clinic

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Les articulations peuvent être simplement douloureuses (arthralgies) ou encore inflammées (arthrites). L'inflammation des articulations est généralement accompagnée d'une chaleur, d'un gonflement (dû l'épanchement intra-articulaire) et plus rarement d'un érythème. La douleur peut ne survenir que lors de l'utilisation ou même au repos. Parfois, ce qui est décrit par les patients comme des douleurs articulaires peut être d'origine extra-articulaire (p. ex., une structure périarticulaire ou osseuse).

La douleur polyarticulaire (polyarthralgie) implique plusieurs articulations (la douleur d'une seule articulation est évoquée ailleurs, Douleur dans et autour d'une articulation unique). Les troubles polyarticulaires peuvent affecter différentes articulations à différents moments. Lorsque plusieurs articulations sont touchées, la distinction suivante peut être utile dans la différenciation entre les différents troubles, notamment les arthrites:

  • Oligoarticulaire: atteinte de ≤ 4 articulations

  • Polyarticulaire implique ≥ 5 articulations

Physiopathologie

Les sources de douleurs articulaires proviennent de l'intérieur de l'articulation. Les causes de douleurs périarticulaires proviennent des structures qui entourent l'articulation (p. ex., tendons, ligaments, bourses, muscles).

Une douleur polyarticulaire provoquée par des sources articulaires peut résulter de:

  • Inflammation (p. ex., infection, arthrite induite par des cristaux, troubles inflammatoires systémiques comme la polyarthrite rhumatoïde et l'arthrite psoriasique)

  • Affections non inflammatoires mécaniques ou autres (p. ex., arthrose, syndromes d'hypermobilité)

La membrane synoviale et la capsule articulaire sont les principales sources de douleur d'une articulation. La membrane synoviale est le principal site touché par l'inflammation (synovite). Des douleurs affectant plusieurs articulations en l'absence d'inflammation peuvent être dues à une augmentation de la laxité articulaire et à des traumatismes excessifs, comme dans le syndrome d'hypermobilité bénigne.

La polyarthrite peut impliquer des articulations périphériques et/ou axiales (p. ex., sacro-iliaques, interapophysaires postérieures, discovertébrales, costovertébrales).

Étiologie

L'arthrite oligoarticulaire périphérique et l'arthrite polyarticulaire sont plus souvent associées à une infection systémique (p. ex., virale) ou à un trouble inflammatoire systémique (p. ex., polyarthrite rhumatoïde) que ne le sont les mono-arthrites. Une cause spécifique peut généralement être identifiée ( Quelques causes de douleurs dans ≥ 5 articulations* et Certaines causes de douleurs dans ≤ 4 articulations); cependant, parfois, l'arthrite est transitoire et disparaît avant que le diagnostic ne puisse être clairement établi. Une atteinte axiale suggère une spondylarthropathie séronégative (également appelée spondyloarthritis, Revue générale des spondylarthropathies séronégatives), mais peut également se produire dans la polyarthrite rhumatoïde (affectant le rachis cervical, mais pas la colonne lombaire).

Une polyarthrite aiguë est le plus souvent secondaire aux causes suivantes:

  • Une infection (habituellement virale)

  • Acutisation d'un trouble inflammatoire systémique

  • Goutte, ou pseudo-goutte

Les polyarthrites chroniques de l'adulte sont le plus souvent dues aux causes suivantes:

  • RA

  • La spondylarthrite séronégative (en général spondylite ankylosante, arthrite réactionnelle, rhumatisme psoriasique ou arthrite entéropathique)

La douleur polyarticulaire non inflammatoire de l'adulte est le plus souvent dues aux causes suivantes:

  • Arthrose

La polyarthralgie chronique chez l'adulte est le plus souvent causée par la polyarthrite rhumatoïde et l'arthrose.

Les polyarthralgies de l'enfant sont le plus souvent dues à la cause suivante:

  • Arthrite juvénile idiopathique

Quelques causes de douleurs dans ≥ 5 articulations*

Cause

Signes évocateurs

Procédure diagnostique

Rhumatisme articulaire aigu

Douleur migratoire qui touche principalement les grosses articulations des jambes, les coudes et les poignets

douleur plus sévère que l'œdème

Manifestations extra-articulaires, telles que la fièvre, la symptomatologie de dysfonction cardiaque, la chorée, les nodules sous-cutanés et l'éruption cutanée

Antécédent d'angine streptococcique

Critères cliniques spécifiques (de Jones)

Tests pour le streptocoque du groupe A (culture, test streptococcique rapide, titres d'antistreptolysine O et d'anti-DNase B)

ECG et parfois échocardiogramme

Hémoglobinopathies (p. ex., drépanocytose homozygote ou hétérozygote, thalassémies)

Douleur habituellement proche, mais parfois interne, aux articulations, parfois symétrique

Généralement les patients enfants ou jeunes d'origine africaine ou méditerranéenne, avec un diagnostic souvent déjà connu

Électrophorèse de l'Hb

Syndromes d'hypermobilité (p. ex., d'Ehlers-Danlos, Marfan, hypermobilité bénigne)

Polyarthralgie, rarement avec arthrite

Subluxation récurrente de l'articulation

Parfois, laxité cutanée augmentée

Généralement antécédents familiaux d'hypermobilité articulaire

Pour les syndromes de Marfan et d'Ehlers-Danlos, peut-être des antécédents familiaux d'anévrisme ou de dissection aortique à un jeune âge ou à un âge moyen

Bilan clinique

L'arthrite bactérienne infectieuse (septique) (plus fréquemment monoarticulaire)

Arthrite aiguë avec douleur intense et épanchements articulaires

Parfois, immunosuppression ou facteurs de risques pour les infections sexuellement transmissibles

Arthrocentèse

Arthrite infectieuse virale (parvovirus B19, hépatite B, hépatite C, entérovirus, rubéole, oreillons et VIH)

Arthrite aiguë

Douleur et augmentation de volume articulaires généralement moins sévères que dans l'arthrite infectieuse bactérienne

D'autres symptômes systémiques fonction du virus (p. ex., ictère dans l'hépatite B, souvent lymphadénopathie généralisée avec le VIH)

Arthrocentèse

Sérologie virale selon les indications cliniques (p. ex., antigène de surface de l'hépatite B et anticorps IgM contre l'Ag core de l'hépatite B en cas de suspicion d'hépatite B)

Arthrite juvénile idiopathique

Apparition au cours de l'enfance de symptômes articulaires

Manifestation d'oligoarthrite plus uvéite, ou de symptômes systémiques (maladie de Still, fièvre, éruption cutanée, adénopathie, splénomégalie, et/ou épanchements pleuraux et péricardiques)

Bilan clinique

ANA, facteur rhumatoïde et tests HLA-B27

D'autres maladies rhumatismales (p. ex., syndrome de Sjögren, polymyosite/dermatomyosite, pseudopolyarthrite rhizomélique, sclérose systémique [sclérodermie])

Manifestations spécifiques de la maladie, y compris les manifestations dermatologiques (dermatomyosite), la dysphagie (sclérodermie), les douleurs musculaires (pseudo-polyarthrite rhizomélique), ou les yeux et bouche secs (syndrome de Sjögren)

Bilan clinique

Parfois, rx et/ou examens sérologiques (p. ex., anti-SSA et anti-SSB dans le syndrome de Sjögren, anti-Scl-70 dans la sclérodermie)

Parfois, biopsie cutanée ou biopsie musculaire

Rhumatisme psoriasique

L'un des cinq modes d'atteinte articulaire, qui comprend une polyarthrite similaire à la polyarthrite rhumatoïde et l'oligoarthrite

Manifestations extra-articulaires, tels que psoriasis, onychodystrophie, uvéite, tendinites, et dactylite (doigt "en saucisse")

Bilan clinique

Parfois, rx

polyarthrite rhumatoïde

Arthrite symétrique des petites et grandes articulations

Parfois initialement monoarticulaire ou oligoarticulaire

Elle est plus fréquente chez les jeunes adultes, mais peut survenir à tout âge

Parfois, des déformations articulaires à des stades tardifs

Bilan clinique

facteur rhumatoïde et tests anti-CCP

Rx

Maladie sérique

Arthralgie plus souvent qu'arthrite

Fièvre, lymphadénopathie et éruption cutanée

Exposition à des produits sanguins dans les 21 j de l'apparition des symptômes

Bilan clinique

lupus érythémateux disséminé

Arthralgie plus souvent qu'arthrite

Manifestations systémiques, comme une éruption cutanée (p. ex., éruption malaire), lésions muqueuses (p. ex., ulcères buccaux), sérite (p. ex., pleurésie, péricardite), manifestations de glomérulonéphrite

Plus fréquente chez la femme

Bilan clinique

ANA, anti-ADN double brin (anti-dsDNA), NFS, analyse d'urine, profil biochimique avec des enzymes hépatiques et rénales

Vascularites systémiques (p. ex., vascularite à immunoglobulines A [anciennement appelée purpura rhumatoïde], périartérite noueuse, granulomatose avec polyangéïte [anciennement appelée granulomatose de Wegener])

Arthralgies, en particulier dans la vascularite à immunoglobulines A

Les symptômes extra-articulaires, impliquant souvent plusieurs systèmes d'organes (p. ex., des douleurs abdominales, une insuffisance rénale, les manifestations d'une pneumonie, des symptômes nasosinusiens, des lésions cutanées qui peuvent comprendre des éruptions cutanées, un purpura, des nodules, et des ulcères)

Les tests sérologiques indiqué comme cliniquement (p. ex., les tests ANCA avec une suspicion de granulomatose avec polyangéïte [anciennement appelée granulomatose de Wegener])

Biopsie selon les indications (p. ex., des reins, de la peau ou du poumon)

Ces pathologies peuvent également se manifester sous une forme oligoarticulaire (impliquant ≤ 4 articulations).

Les patients qui présentent des épanchements ou une inflammation articulaire doivent subir une ponction articulaire (avec numération cellulaire, coloration de Gram, cultures et recherche de cristaux) et habituellement VS et la C-reactive protein. Les rx sont souvent inutiles.

ANA = antinuclear antibodies; ANCA = antineutrophil cytoplasmic antibodies; anti-CCP = anti-cyclic citrullinated peptide; dsDNA = double-stranded DNA; RF = rheumatoid factor; STD = sexually transmitted disease.

Certaines causes de douleurs dans ≤ 4 articulations

Cause

Signes évocateurs

Procédure diagnostique*

Spondylarthrite ankylosante

Habituellement douleur et raideur axiales, plus importantes le matin et soulagées par une activité

Parfois épanchements dans les grandes articulations périphériques

Parfois manifestations extra-articulaires (p. ex., uvéite, enthésopathie, insuffisance aortique)

Plus fréquente chez les jeunes hommes adultes

Rx colonne lombo-sacrée

Parfois IRM ou TDM, examens sanguins (VS, protéine C réactive et NFS) et/ou des critères cliniques spécifiques (critères modifiés de New York)

Syndrome de Behçet

Arthralgie ou arthrite

Manifestations extra-articulaires telles que les lésions buccales et/ou génitales récurrentes, ou uvéite

Débute habituellement entre 20 et 30 ans

Critères cliniques spécifiques (internationaux)

L'arthrite microcristalline, généralement causée par des cristaux d'acide urique (goutte), par des cristaux de pyrophosphate de Ca dihydraté (pseudo-goutte) ou d'hydroxyapatite de Ca

Apparition soudaine d'une arthrite avec chaleur et gonflements articulaires

Peut être cliniquement indiscernable d'une arthrite infectieuse bactérienne (septique)

Parfois, de la fièvre

Arthrocentèse

Endocardite infectieuse

Arthralgie ou arthrite

Symptômes systémiques, tels que fièvre, sueurs nocturnes, éruption cutanée, perte de poids, souffle cardiaque

Hémocultures

Échocardiographie

Arthrose

La douleur chronique affecte le plus souvent la base des pouces, les articulations interphalangiennes proximales et distales, les genoux et les hanches

Parfois nodosités d'Heberden

Rx

Arthrites réactives et entéropathiques

Arthrite asymétrique et plus fréquente au niveau des grandes articulations des membres inférieurs

Arthrite réactive: infection digetive ou génito-urinaire 1-3 semaines avant l'apparition de l'arthrite aiguë

Arthrite entéropathique: coexistence d'une pathologie digestive (p. ex., maladie inflammatoire de l'intestin, chirurgie de dérivation intestinale) et d'une arthrite chronique

Bilan clinique

Recherche d'infections sexuellement transmissibles selon les indications cliniques

*Les patients qui présentent des épanchements ou une inflammation articulaire doivent subir une ponction articulaire (avec numération cellulaire, coloration de Gram, cultures et recherche de cristaux) et habituellement VS et C-réactive protein. Les rx souvent ne sont pas utiles au début de l'évolution de la maladie.

Ces pathologies peuvent se manifester par une atteinte axiale.

L'arthrite microcristalline est le plus souvent monoarticulaire mais peut parfois être oligoarticulaire.

Bilan

Le bilan doit déterminer si les articulations et/ou les structures périarticulaires sont la cause des symptômes et s'il existe une inflammation. Les symptômes et signes extra-articulaires qui peuvent suggérer des troubles inflammatoires systémiques spécifiques, doivent également être recherchés et évalués, en particulier en cas d'inflammation des articulations.

Anamnèse

L'anamnèse de la maladie actuelle doit identifier les caractéristiques d'une douleur articulaire, associée à des symptômes articulaires et des symptômes systémiques. Parmi les caractéristiques importantes des symptômes articulaires, sont importants le caractère aigu de l'apparition de la maladie (p. ex., brutalement, progressivement), l'évolution temporelle (p. ex., variation diurne, persistance versus intermittence), la durée (p. ex., aiguë versus chronique) et les facteurs aggravants et d'amélioration (p. ex., repos, activité) Les patients doivent être interrogés spécifiquement sur leurs relations sexuelles non protégées (indiquant un risque d'arthrite bactérienne infectieuse avec infection gonococcique disséminée) et sur des morsures de tique ou de séjours dans une région où la maladie de Lyme est endémique.

La revue des systèmes doit être complète afin d'identifier les symptômes extra-articulaires qui peuvent faire évoquer des troubles spécifiques ( Quelques causes de douleurs dans ≥ 5 articulations*, Certaines causes de douleurs dans ≤ 4 articulations, et Signes évocateurs dans les polyarthralgies).

La recherche des antécédents médicaux et familiaux doit porter sur les maladies systémiques inflammatoires connues et autres pathologies causes de troubles articulaires ( Quelques causes de douleurs dans ≥ 5 articulations* et Certaines causes de douleurs dans ≤ 4 articulations). Certains troubles inflammatoires systémiques sont plus prévalents dans les familles qui ont des profils génétiques spécifiques.

Examen clinique

L'examen clinique doit être raisonnablement complet, et évaluer tous les principaux systèmes d'organes (p. ex., peau et ongles, yeux, organes génitaux, muqueuses, cœur, poumons, abdomen, nez, cou, ganglions lymphatiques et système neurologique) ainsi que le système musculo-squelettique. Les signes vitaux sont recherchés, notamment la fièvre.

L'examen de la tête doit rechercher des signes d'inflammation oculaires (p. ex., uvéite, conjonctivite) et des lésions nasales ou orales. La peau doit être inspectée à la recherche d'éruptions et de lésions (p. ex., ecchymoses, ulcères, plaques psoriasiques, purpura, éruption malaire). Le patient est également évalué à la recherche d'une lymphadénopathie et d'une splénomégalie.

L'examen cardio-pulmonaire doit noter tous les signes de pleurite, de péricardite ou d'anomalies des valvules (p. ex., souffle, frottement péricardique, bruits cardiaques étouffés, matité des bases compatibles avec un épanchement pleural bilatéral).

L'examen génital doit rechercher tout écoulement, ulcère ou autres signes compatibles avec une maladie sexuellement transmissible.

L'examen de l'appareil musculosquelettique doit commencer par distinguer le tissu articulaire du tissu péri-articulaire ou d'un autre tissu conjonctif ou de la douleur musculaire. L'examen articulaire commence par une inspection à la recherche de déformations, d'un érythème, de gonflements ou d'épanchement, et se poursuit avec la palpation et la recherche d'épanchements, de chaleur et de points douloureux au niveau des articulations. La mobilité active et passive doit être évaluée. Des crépitements peuvent être ressentis lors de la flexion et/ou de l'extension de l'articulation. La comparaison avec l'articulation controlatérale non pathologique est souvent utile pour détecter des signes plus discrets. L'examen doit noter si la distribution des atteintes articulaires est symétrique ou asymétrique. Les articulations douloureuses peuvent également être compressées sans les fléchir ou les étendre.

Les structures périarticulaires doivent également être examinées pour savoir si les tendons, les bourses ou les ligaments sont atteints, à la recherche d'œdèmes mous au niveau d'une bourse séreuse (bursite) ou d'une douleur au niveau de l'insertion d'un tendon (tendinite).

Signes d'alarme

Les signes suivants doivent alerter:

  • Chaleur, augmentation de volume et érythème

  • Tout symptôme extra-articulaire (p. ex., fièvre, exanthème, frissons, placards cutanés, ulcères muqueux, conjonctivite, uvéite, souffle cardiaque, purpura)

Interprétation des signes

Un élément important initial à déterminer en se basant principalement sur un examen clinique attentif est de savoir si les douleurs proviennent des articulations, d'autres structures adjacentes (p. ex., os, tendons, bourses séreuses, muscles), ou des deux (p. ex., comme dans la goutte) ou d'autres structures. Une douleur ou une tuméfaction d'un seul côté d'une articulation ou à distance de l'interligne articulaire suggèrent une origine extra-articulaire (p. ex., tendons ou bourses); une douleur localisée sur l'interligne articulaire ou une atteinte de l'articulation plus diffuse évoquent une cause intra-articulaire. Comprimer l'articulation sans flexion ni extension, n'est pas particulièrement douloureux en cas de tendinite ou de bursite, mais est très douloureux en cas d'arthrite. Une douleur qui s’aggrave lors de la mobilisation active et non passive des articulations peut être révélatrice d’une tendinite ou d’une bursite (extra-articulaire); l'inflammation intra-articulaire limite généralement les mouvements actifs et passifs de façon très importante.

Une autre décision importante est de savoir si les articulations sont enflammées. Une douleur au repos et au début d'une activité suggère une inflammation articulaire, alors qu'une douleur exacerbée par le mouvement et soulagée par le repos suggère des troubles d'origine mécanique ou non inflammatoires (p. ex., une arthrose). L'augmentation de la chaleur et un érythème suggèrent également une inflammation, mais ces signes sont souvent peu sensibles, et leur absence n'exclut donc pas une inflammation.

Une raideur matinale prolongée, une raideur après une inactivité prolongée (phénomène de gel) un gonflement articulaire non traumatique d'une articulation et une fièvre ou une perte de poids sont évocateurs d'une affection inflammatoire touchant les articulations. Une douleur qui est diffuse, décrite vaguement et qui affecte les structures myofasciales sans signe d'inflammation suggère une fibromyalgie.

La symétrie des atteintes articulaires peut être un indice. L'atteinte tend à être symétrique dans la polyarthrite rhumatoïde, alors qu'une atteinte asymétrique est plus évocatrice d'une arthrite psoriasique, d'une goutte et d'une arthrite réactive ou entéropathique.

L'examen des articulations de la main peut apporter d'autres indications ( Signes évocateurs dans les polyarthralgies) qui permettent de différencier l'arthrose de la polyarthrite rhumatoïde ( Caractéristiques différentielles de la main dans la polyarthrite rhumatoïde et l'arthrose) ou d'évoquer d'autres troubles.

Une douleur rachidienne en présence d'une arthrite périphérique évoque une spondylarthropathie séronégative (spondylarthrite ankylosante, arthrite réactive, arthrite psoriasique, ou arthrite entéropathique), mais elle peut se produire dans la polyarthrite rhumatoïde (généralement avec une douleur cervicale). L'apparition d'une oligoarthrite, avec une douleur rachidienne est particulièrement susceptible de correspondre à une spondylarthropathie séronégative si le patient a des antécédents familiaux de cette maladie. Une rougeur des yeux et des lombalgies évoquent une spondylarthrite ankylosante. Un antécédent de psoriasis en plaques chez un patient chez qui apparaît une nouvelle oligoarthrite est fortement en faveur d'une arthrite psoriasique.

Signes évocateurs dans les polyarthralgies

Signe

Cause possible

Signes généraux

Tendinite coexistante

Polyarthrite rhumatoïde, infection gonococcique disséminée, rhumatisme psoriasique, goutte, arthrite juvénile idiopathique (lorsqu'elle débute ≤ 16 ans)

Conjonctivite, diarrhées, lésions cutanées et génitales

Arthrite réactionnelle

Fièvre

Arthrite infectieuse, goutte, troubles inflammatoires systémiques (p. ex., lupus érythémateux disséminé, polyarthrite rhumatoïde)

Malaise, perte de poids et adénopathie

Infection aiguë par le VIH, arthrite juvénile idiopathique (maladie de Still)

Lésions orales et génitales

Maladie de Behçet, arthrites réactionnelles

Plaques argentées surélevées

Rhumatisme psoriasique

Pharyngite récente et arthralgies migratrices

Rhumatisme articulaire aigu

Vaccination récente ou utilisation d'un produit sanguin

Maladie sérique

Lésions cutanées, douleurs abdominales, symptômes respiratoires et lésions muqueuses

Vascularite systémique

Urétrite

Arthrite réactive ou infection gonococcique disséminée

Atteinte asymétrique des articulations interphalangiennes distales et proximales avec gonflement diffus des doigts (dactylite) et/ou ongle de la couturière

Rhumatisme psoriasique

Tophi, plus atteinte asymétrique de toutes les articulations de la main

Goutte chronique

augmentation du volume osseux des articulations interphalangiennes distales (nodosités de Bouchard) ou proximales (nodosités d'Heberden)

Atteinte du premier carpométacarpien

Arthrose

Phénomène de Raynaud

Sclérodermie, lupus érythémateux disséminé ou connectivite mixte

Desquamation et éruption cutanée, souvent avec formation de plaques, sur les surfaces d'extension des articulations métacarpophalangiennes et des articulations interphalangiennes proximales (papules de Gottron)

Dermatomyosite

Laxité de plusieurs tendons des doigts pouvant entraîner des déformations des doigts réductibles (arthropathie de Jaccoud)

lupus érythémateux disséminé

Atteinte symétrique des articulations interphalangiennes proximales et des articulations métacarpophalangiennes, en particulier avec déformations en col-de-cygne ou en boutonnière

polyarthrite rhumatoïde

Épaississement de la peau au-dessus des doigts (sclérodactylie) et rétractions en flexion

Sclérodermie

Caractéristiques différentielles de la main dans la polyarthrite rhumatoïde et l'arthrose

Critères

polyarthrite rhumatoïde

Arthrose

Gonflement des articulations

Fréquent

Tissus mous synoviaux, capsulaires

Rare

Peut-être un léger gonflement avec des poussées

Hypertrophie osseuse

Seulement aux stades tardifs

Fréquent, souvent avec des épines irrégulières

Implication des interphalangiennes distales

Rare

Fréquent

Atteinte des articulations métacarpophalangiennes

Fréquent

Inhabituelle

Peut-être atteinte significative de l'articulation métacarpophalangienne dans l'hémochromatose

Atteinte des interphalangiennes proximales

Fréquent

Fréquente

Atteinte du poignet

Fréquent

Rare, mais l'atteinte de la première articulation carpométacarpienne (fréquente) est parfois perçue comme une douleur du poignet

Adapté d'après Bilka PJ: Physical examination of the arthritic patient. Bulletin on the Rheumatic Diseases 20:596–599, 1970.

Examens complémentaires

Les examens suivants sont d'une importance particulière:

  • Arthrocentèse

  • Habituellement VS ou protéine C réactive

  • Tests sérologiques

  • Dans l'arthrite chronique, rx

L'arthrocentèse est indispensable chez la plupart des patients en cas de nouvel épanchement pour éliminer une infection et identifier les cristaux. Il peut également permettre de distinguer entre un processus inflammatoire et non inflammatoire. L'examen du liquide synovial comprend une numération leucocytaire avec formule, une coloration de Gram et des cultures, et l'examen microscopique à la recherche de cristaux en lumière polarisée. Trouver des cristaux dans le liquide synovial confirme l'origine microcristalline de l'arthrite mais n'exclut pas la coexistence d'une infection. Un liquide synovial non inflammatoire (p. ex., numération leucocytaire < 1000/μL) est plus évocateur d'une arthrose ou d'un traumatisme. Un liquide hémorragique est compatible avec une hémarthrose. La numération leucocytaire du liquide synovial peut être très élevée (p. ex., > 50 000/μL) dans l'arthrite infectieuse et dans celle induite par des cristaux. La numération leucocytaire du liquide synovial dans les troubles inflammatoires systémiques causes de polyarthrite se situe le plus souvent entre environ 1000 et 50 000/μL.

Si le diagnostic spécifique ne peut être établi par l'anamnèse et l'examen, des examens complémentaires peuvent être nécessaires. La VS et la protéine C réactive peuvent être mesurées pour déterminer si l'arthrite est inflammatoire. Des valeurs élevées de protéine C réactive et une VS élevée sont en faveur d'une inflammation mais ne sont pas spécifiques, en particulier chez l'adulte plus âgé. Les signes sont plus spécifiques si les valeurs sont élevées lors des poussées inflammatoires et normales entre les poussées.

Lorsque le diagnostic de trouble inflammatoire systémique est cliniquement suspecté, des tests sérologiques de confirmation comprenant le dosage des Ac antinucléaires, de l'ADN double brin, du facteur rhumatoïde, de l'Ac des peptides anticycliques citrullinés et des Ac anti-cytoplasme de neutrophiles peuvent permettre de poser le diagnostic. Des tests spécifiques ne doivent être demandés qu'en soutien d'un diagnostic spécifique, comme le lupus érythémateux disséminé, la vascularite associée aux ANCA ou la polyarthrite rhumatoïde.

Si l'arthrite est une maladie chronique, des rx sont généralement effectuées pour rechercher des signes de lésions articulaires.

D'autres examens peuvent être nécessaires pour identifier des troubles spécifiques ( Quelques causes de douleurs dans ≥ 5 articulations* et Certaines causes de douleurs dans ≤ 4 articulations).

Traitement

Le trouble sous-jacent est traité chaque fois que possible. Les maladies systémiques inflammatoires peuvent nécessiter soit une immunodépression soit des antibiotiques selon le diagnostic. L'inflammation articulaire est habituellement traitée symptomatiquement par des AINS. La douleur non inflammatoire est habituellement traitée de façon plus sûre par du paracétamol. Immobiliser l'articulation avec une attelle ou une écharpe peut parfois soulager la douleur. Le traitement par la chaleur ou la cryothérapie peuvent avoir un effet antalgique sur les inflammations articulaires. Comme la polyarthrite chronique peut conduire à l'inactivité et à une atrophie musculaire secondaire, une activité physique continue doit être encouragée.

Bases de gériatrie

L'arthrose est de loin la cause la plus fréquente d'arthrite chez les sujets âgés. La polyarthrite rhumatoïde débute le plus souvent entre les âges de 30 et 40 ans, mais chez près d'1/3 des patients, elle se développe après l'âge de 60 ans. Les cancers pouvant causer des polyarthrites paranéoplasiques, le cancer doit être évoqué chez les sujets âgés chez lesquels une polyarthrite rhumatoïde d'apparition récente est suspectée, en particulier si le début est aigu, si les membres inférieurs sont principalement touchés, ou en cas de douleurs osseuses. Une pseudopolyarthrite rhizomélique doit également être évoquée chez les patients de > 50 ans qui ont une rigidité et une douleur de la hanche et de la ceinture scapulaire, même si les patients ont une arthrite des articulations périphériques (le plus souvent des mains).

Points clés

  • Le diagnostic différentiel des polyarthralgies peut être précisé en recherchant combien d'articulations sont atteintes et combien sont atteintes, si l'inflammation est symétrique et si des symptômes ou des signes extra-articulaires sont présents.

  • La polyarthrite chronique est le plus souvent causée par l'arthrite juvénile idiopathique chez l'enfant, et la polyarthralgie chronique est le plus souvent causée par l'arthrose et la polyarthrite rhumatoïde chez l'adulte.

  • L'arthrite polyarticulaire aiguë est le plus souvent due à une infection, à une goutte ou à une maladie systémique inflammatoire rare.

  • L'arthrocentèse est impérative dans la plupart des cas d'épanchement d'apparition récente pour éliminer une infection, diagnostiquer une arthropathie induite par les cristaux, et elle peut permettre de faire la distinction entre un processus inflammatoire et un processus non inflammatoire.

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