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Arthrite septique aiguë

Par Steven Schmitt, MD, Associate Professor of Medicine;Head, Section of Bone and Joint Infections, Department of Infectious Disease, Cleveland Clinic Lerner College of Medicine at Case Western Reserve University;Cleveland Clinic

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L'arthrite septique aiguë est une infection articulaire qui évolue en quelques heures ou quelques jours. L'infection se développe dans les tissus synoviaux ou périarticulaires et est généralement d'origine bactérienne, chez l'adulte jeune il s'agit souvent de Neisseria gonorrhoeae. Cependant, des infections bactériennes non gonococciques peuvent également être en cause, détruisant rapidement les structures articulaires. Les symptômes sont une douleur d'installation rapide, un épanchement intra-articulaire et une diminution de la mobilité active et passive, touchant habituellement une seule articulation. Le diagnostic nécessite une analyse du liquide synovial avec mise en culture. Le traitement consiste dans des antibiotiques IV et le drainage du pus des articulations.

L'arthrite septique aiguë peut survenir chez l'enfant. Environ 50% des enfants atteints d’infection articulaire ont < 3 ans. Cependant, la vaccination systématique de l'enfant contre Haemophilus influenzae et Streptococcus pneumoniae diminue l'incidence des infections des articulations dans cette classe d'âge.

Les facteurs de risque sont listés dans le Facteurs de risque d'arthrite septique.

Le risque est notablement augmenté en cas de polyarthrite rhumatoïde ou de troubles générateurs de lésions chroniques, d'antécédents d'arthrite septique, d'addiction aux drogues injectées ou de prothèse articulaire ( Arthrite septique sur prothèse articulaire). Les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde ont un risque important d’arthrite bactérienne (prévalence de 0,3 à 3,0%; incidence annuelle 0,5%). La plupart des enfants chez qui surviennent des arthrites septiques n'ont pas de facteurs de risque identifiés.

Facteurs de risque d'arthrite septique

Âge élevé (50% des adultes ont > 60 ans)

Alcoolisme

Arthrocentèse ou chirurgie articulaire

Bactériémie

Cancer

Maladie chronique (p. ex., pneumopathie ou hépatopathie)

Diabète

Hémodialyse

Hémophilie

Antécédent d'arthrite septique

Déficit immunitaire, dont le VIH

Traitement immunosuppresseur, dont les corticostéroïdes

Consommation de drogues par injection

Prothèse articulaire

Polyarthrite rhumatoïde

Facteurs de risque de maladies sexuellement transmissibles (p. ex., partenaires sexuels multiples, absence de protection lors des rapports)

Drépanocytose

Infections cutanées

Lupus érythémateux disséminé

Étiologie

Les microrganismes infectieux atteignent les articulations soit par pénétration directe (p. ex., lors d'un traumatisme, d'un geste chirurgical, d'une arthrocentèse, d'une morsure), soit par propagation d'une infection de voisinage (p. ex., ostéomyélite, abcès des tissus mous, plaie infectée), soit par dissémination hématogène d'un site à distance de l'articulation infectée.

Les microrganismes fréquemment en cause sont listés dans le Microrganismes habituellement responsables des arthrites septiques aiguës.

Chez l’adulte, la plupart des cas sont d’origine bactérienne et sont classés en " gonococciques " ou " non gonococciques ". Cette distinction est importante car les infections gonococciques détruisent beaucoup moins l'articulation. Chez l'adulte, Staphylococcus aureus tend à être la cause la plus fréquente d'arthrite sceptique. La résistance à la méthicilline est devenue plus fréquente parmi les isolats communautaires de S. aureus.

Chez les jeunes adultes et les adolescents, Neisseria gonorrhoeae est le germe le plus fréquent, N. gonorrhoeae se propageant par voie sanguine à partir des muqueuses infectées (col, urètre, rectum, pharynx). Les patients ont souvent des infections génitales concomitantes à Chlamydia trachomatis ( Infections muqueuses à Chlamydia, mycoplasme et uréoplasme). Diverses espèces de Streptococcus sont également fréquemment en cause, en particulier en cas d'infections polyarticulaires. En cas de traitement immunosuppresseur (p. ex., par des inhibiteurs du TNF ou des corticostéroïdes), l'arthrite septique peut être due à des agents pathogènes moins courants (mycobactéries, champignons).

Physiopathologie

Les microrganismes infectieux se multiplient dans la membrane synoviale et le liquide synovial. Certaines bactéries (p. ex., S. aureus) produisent des facteurs de virulence (adhésines), qui leur permettent de pénétrer dans les tissus articulaires, d'y demeurer et de les infecter   . D'autres produits bactériens (p. ex., endotoxine des bactéries Gram négatives, fragments de paroi cellulaire, exotoxines des bactéries Gram positives, complexes immuns formés d'Ag bactériens et d'Ac spécifiques) augmentent la réaction inflammatoire.

Les polynucléaires migrent dans l'articulation et phagocytent les microrganismes infectieux. La phagocytose des bactéries entraîne la destruction des polynucléaires, qui libèrent des enzymes lysosomales dans l'articulation, causant à leur tour des lésions de la synoviale, des ligaments et du cartilage. Cela explique comment les polynucléaires, qui sont le principal système de défense contre l'infection, peuvent également être à l'origine de lésions articulaires. Le cartilage articulaire peut être détruit en quelques heures ou quelques jours.

La synovite inflammatoire peut parfois persister même après que l'infection a été éradiquée par des antibiotiques. En particulier dans les infections gonococciques, l’infection elle-même ou les débris bactériens peuvent léser le cartilage en le rendant antigénique et, en association avec les effets adjuvants des composants bactériens et des complexes immuns, une synovite chronique inflammatoire "stérile", à médiation immunitaire peut se développer.

Microrganismes habituellement responsables des arthrites septiques aiguës

Groupe de patients

Microrganisme

Sources typiques

Adultes et adolescents

Gonocoques (chez les jeunes adultes en âge de procréer), bactéries non gonococciques (Staphylococcus aureus, streptocoques), Neisseria meningitidis rarement

Infection du col utérin, de l'urètre, du rectum ou du pharynx par dissémination bactériémique (pour les gonocoques); bactériémie (pour les staphylocoques et les streptocoques)

Nouveau-nés

Streptocoques du groupe B, Escherichia coli (et autres bactéries Gram négatives d'origine digestive) S. aureus

Transmission materno-fœtale; ponctions ou cathéters IV avec dissémination bactériémique

Enfants de 3 ans

Streptococcus pyogenes,Streptococcus pneumoniae,S. aureus

Bactériémie (p. ex., otite moyenne, infection des voies respiratoires supérieures, infections cutanées, méningite)

De l'âge de 3 ans à l'adolescence

S. aureus, streptocoques, Neisseria gonorrhoeae,Pseudomonas aeruginosa,Kingella kingae

Bactériémie ou diffusion par contiguïté

Les enfants atteints de méningite, bactériémie ou purpura palpable (vasculaire)

N. meningitidis (rares)

Bactériémie

Tous âges

Virus (p. ex., parvovirus B19; virus des hépatites B ou C; virus de la rubéole [infection active et après vaccination]; togavirus; virus du chikungunya; virus de la varicelle; virus des oreillons [chez l'adulte]; adénovirus; virus coxsackie A9, B2, B3, B4 et B6; rétrovirus, notamment le VIH; virus Epstein-Barr)

Virémie ou dépôts d'immuns-complexes

Les patients qui présentent de possibles expositions aux tiques;

Borrelia burgdorferi (cause de la maladie de Lyme)

Bactériémie

Patients présentant des morsures (homme, chien ou chat, rat)

Souvent polymicrobiennes

Humain: Eikenella corrodens, groupe de streptocoques B, S. aureus, anaérobies oraux (p. ex., Fusobacterium sp, peptostreptocoques, Bacteroides sp)

Chiens et chats: S. aureus,Pasteurella multocida,Pseudomonas sp, Moraxella sp, Haemophilus sp

Rat: S. aureus,Streptobacillus moniliformis,Spirillum minus

Pénétration directe dans l'articulation, habituellement les petites articulations des mains

Personnes âgées

Les patients présentant un traumatisme articulaire sévère ou gravement malades (p. ex., immunosuppression, hémodialyse, lupus érythémateux disséminé, polyarthrite rhumatoïde, diabète, cancer)

Les staphylocoques (en particulier dans la polyarthrite rhumatoïde), les bactéries Gram négatives (p. ex., Enterobacter,P. aeruginosa,Serratia marcescens), Salmonella sp (en particulier dans le lupus érythémateux disséminé*)

Voies urinaires, peau

Les patients qui présentent des infections polyarticulaires

Les patients qui présentent une pénétration articulaire (par blessure, arthrocentèse ou arthrotomie), infection contiguë, diabète ou cancer

Streptocoques

Anaérobies (p. ex., Propionibacterium acnes,Peptostreptococcus magnus,Fusobacterium sp, Clostridium sp Bacteroides sp); souvent dans le cadre d'une poly-infection par des bactéries aérobies strictes ou facultatives comme S. aureus,Staphylococcus epidermidis,E. coli

Pharyngite, cellulite, infections digestives et génito-urinaires

Infections abdominales, des organes génitaux, dentaires, des sinus, des membres ischémiques, ulcères de décubitus

Patients infectés par le VIH

S. aureus, streptocoques, Salmonella sp, mycobactéries

Peau, muqueuses, cathéters

Prise de drogues injectables, cathéters vasculaires (p. ex., pour l'hémodialyse, aphérèse, ou nutrition parentérale)

Bactéries Gram négatives, S. aureus, streptocoques

Bactériémie

*Les signes d'inflammation peuvent être émoussés, les médecins ont besoin d'un seuil inférieur pour l'aspiration et la culture; des pathologies graves (p. ex., immunosuppression, hémodialyse, lupus érythémateux disséminé, polyarthrite rhumatoïde, diabète, cancer) peuvent augmenter le risque d'infections inhabituelles (p. ex., fongiques, mycobactériennes).

Symptomatologie

En quelques heures à quelques jours, les patients voient s'installer des douleurs articulaires modérées à sévères, avec chaleur, sensibilité, épanchement, limitation des mouvements actifs et passifs, et parfois rougeur locale. Les symptômes généraux associés peuvent être minimes ou absents.

Chez les nourrissons et les enfants, l'arthrite septique peut être révélée par une gêne ou une inhibition de l'utilisation d'un membre (pseudo-paralysie), une irritabilité, des troubles alimentaires, et une fièvre élevée, ou modérée voire absente.

Arthrite gonococcique

L'arthrite gonococcique peut s'intégrer dans un syndrome caractéristique dermatite-polyarthrite-ténosynovite.

Les manifestations classiques sont la fièvre (pendant 5 à 7 jours); des lésions cutanées multiples (pétéchies, papules, pustules, vésicules hémorragiques ou bulles, lésions nécrotiques) sur les surfaces muqueuses et sur la peau du tronc, des mains, ou des membres inférieurs; et des arthralgies migratrices, des arthrites et des ténosynovites, le tout évoluant vers une arthrite inflammatoire persistante unique ou multiple, touchant le plus souvent les petites articulations des mains, les poignets, les coudes, les genoux et les chevilles et plus rarement le squelette axial.

Les symptômes de l'infection muqueuse causale (p. ex., urétrite, cervicite) peuvent être absents.

Arthrites bactériennes non gonococciques

L'arthrite bactérienne non gonococcique provoque des douleurs articulaires progressives, modérées à sévères qui sont nettement aggravées par le mouvement ou la palpation. La plupart des articulations infectées sont gonflées, rouges et chaudes. La fièvre est absente ou modérée dans une proportion allant jusqu’à 50% des patients; des frissons sont signalés par seulement 20% des patients. Les microrganismes virulents (p. ex., S. aureus,Pseudomonas aeruginosa) sont généralement responsables d'une arthrite d'évolution très rapide, tandis que les microrganismes moins virulents (p. ex., staphylocoques coagulase négatifs, Propionibacterium acnes) provoquent une arthrite moins explosive.

Chez 80% des adultes, l’arthrite bactérienne non gonococcique est monarticulaire et touche habituellement une articulation périphérique: genou, hanche, épaule, poignet, cheville ou coude. Chez l'enfant, l'arthrite est monoarticulaire dans 90% des cas, touchant généralement: le genou (39%), la hanche (26%) ou la cheville (13%).

L'atteinte polyarticulaire est légèrement plus fréquente chez le patient immunodéprimé ou ayant une arthropathie chronique sous-jacente (p. ex., polyarthrite rhumatoïde, ostéoarthropathie), ou chez le patient présentant une infection à streptocoques. Chez les toxicomanes par injection et les patients porteurs d'un cathéter vasculaire à demeure, les articulations axiales sont souvent atteintes (p. ex., les sternoclaviculaires, les costochondrales, la hanche, l'épaule, les vertèbres, la symphyse pubienne, ou les articulations sacro-iliaques). H. influenza peut provoquer un syndrome dermatite-arthrite similaire à l'infection gonococcique.

Arthrites septiques secondaires à des morsures

Les infections dues à des morsures humaines, canines ou félines surviennent habituellement dans les 48 h.

Les morsures de rat déclenchent des symptômes généraux tels que fièvre, éruption cutanée et des arthralgies ou arthrites avec adénopathie régionale après 2 à 10 jours d'incubation.

Arthrites infectieuses virales

L’arthrite virale provoque parfois des symptômes similaires à ceux de l’arthrite aiguë bactérienne non gonococcique; elle est plus volontiers polyarticulaire que l’arthrite bactérienne.

Arthrite à Borrelia burgdorferi

Les patients qui ont une arthrite à B. burgdorferi peuvent avoir d'autres symptômes de la maladie de Lyme ( Maladie de Lyme : Symptomatologie) ou n'avoir qu'une monoarthrite ou une oligoarthrite aiguë.

Un syndrome polyarticulaire semblable à la polyarthrite rhumatoïde est très inhabituel et plus susceptible d'être dû à un autre diagnostic.

Diagnostic

  • Arthrocentèse avec examen cytobactériologique et mise en culture du liquide synovial

  • Hémocultures

  • Parfois, imagerie

  • Habituellement, NFS et VS (ou protéine C réactive)

L’arthrite septique est suspectée en cas de monoarthrite aiguë et éventuellement de plusieurs autres symptômes caractérisant des syndromes particuliers d’arthrite septique, (p. ex., polyarthrite migratrice, ténosynovite et lésions cutanées typiques de l’infection gonococcique disséminée; érythème migrant ou autre symptomatologie de la maladie de Lyme, Maladie de Lyme : Symptomatologie).

Des symptômes monoarticulaires même discrets doivent faire suspecter le diagnostic chez les patients qui prennent des immunosuppresseurs (p. ex., corticostéroïdes, inhibiteurs de TNF) qui ont des facteurs de risque (p. ex., polyarthrite rhumatoïde), une prothèse articulaire ou une infection extra-articulaire susceptible de toucher une articulation (p. ex., une bactériémie, une gonococcie, une pneumonie, ou une infection anaérobie).

Pièges à éviter

  • Effectuer une arthrocentèse avec culture du liquide synovial pour exclure une infection articulaire chez les patients qui ont un épanchement articulaire et des signes compatibles avec une arthrite infectieuse bactérienne, même si un trouble connu de l'articulation (p. ex., polyarthrite rhumatoïde) semble être plus probablement en cause.

Généralités sur les arthrites

L'examen du liquide synovial est la pierre angulaire du diagnostic. Le liquide est examiné macroscopiquement puis envoyé au laboratoire pour numération formule, coloration de Gram, culture en milieux aérobie et anaérobie et recherche de cristaux. Une mauvaise odeur du liquide synovial évoque une infection à anaérobie. Le liquide d'une infection articulaire active révèle habituellement une numération des globules blancs > 20 000/μL (parfois > 100 000/μL) constitués de > 95% de polynucléaires. La numération des globules blancs tend à être plus élevée dans l'arthrite septique bactérienne non gonococcique que dans l'arthrite gonococcique. La numération des globules blancs peut être plus faible dans les infections traitées tôt ou incomplètement. La coloration de Gram ne révèle des microrganismes que dans 50 à 75% des cas d’arthrites bactériennes aiguës; il s’agit alors généralement de staphylocoques. Si elle est positive, la coloration de Gram est évocatrice, mais les cultures sont diagnostiques. La présence de cristaux ne permet pas d'exclure une arthrite septique coexistante. Parfois, l'analyse du liquide synovial ne permet pas de faire la différence entre une infection articulaire et une inflammation d'une autre origine. Dans le cas où il n'est pas possible de poser un diagnostic par l'examen clinique et l'analyse du liquide synovial, on doit suspecter une arthrite septique, en attendant les résultats des cultures.

Des examens sanguins, telles qu'hémocultures, NFS et VS (ou protéine C réactive), sont habituellement pratiquées. Cependant, un bilan biologique normal, ne permet pas d'exclure une infection articulaire. De la même, façon, la numération des GB, la VS, ou la protéine C réactive peuvent être augmentées dans les inflammations articulaires (dont la goutte) aussi bien dans les arthrites non infectieuses que dans les arthrites septiques. Le taux d'urate sérique ne doit pas être utilisé pour diagnostiquer ou exclure la goutte comme cause de l'arthrite car le taux peut être normal ou même bas.

Les rx standard de l'articulation atteinte ne permettent pas de porter le diagnostic d'infection aiguë mais peuvent exclure d'autres pathologies évoquées (p. ex., fractures). Les anomalies dans une arthrite bactérienne débutante sont limitées au gonflement des tissus mous et aux signes d'épanchement intra-articulaire. Après 10 à 14 jours d'infection bactérienne non traitée, les signes de destruction peuvent apparaître sous la forme de pincement de l'interligne articulaire (qui reflète la destruction cartilagineuse) et d'érosions ou de géodes osseuses par ostéomyélite sous-chondrale. La présence de gaz à l'intérieur des articulations évoque une infection à Escherichia coli ou à anaérobies.

L'IRM est programmée si l'articulation n'est pas facilement accessible pour l'examen et la ponction exploratrice (p. ex., une articulation axiale). L'IRM ou l'échographie peuvent localiser des épanchements ou des abcès qui peuvent être ponctionnés ou drainés à des fins diagnostiques et/ou thérapeutiques. L'IRM permet de visualiser précocement des signes d'ostéomyélite associée. La scintigraphie osseuse au technétium-99m peut être faussement négative en cas d'arthrite septique. En outre, la scintigraphie peut être faussement positive en cas d'arthrite inflammatoire non infectieuse comme la goutte, puisqu'elle montre alors une hyperfixation avec augmentation du flux sanguin dans la membrane synoviale inflammée et dans l'os au métabolisme actif. La scintigraphie et l'IRM ne permettent pas de distinguer une arthrite septique d'une arthrite microcristalline.

Arthrite gonococcique

Si une arthrite gonococcique est suspectée, des prélèvements de sang et de liquide synovial doivent être immédiatement étalés sur gélose chocolatée non sélective et des prélèvements provenant de l'urètre, de l'endocol, du rectum et du pharynx doivent être étalés sur milieu sélectif de Thayer-Martin. Les tests à base d'acide nucléique souvent utilisés pour diagnostiquer l'infection gonococcique génitale sont effectués sur le liquide synovial uniquement dans des laboratoires spécialisés. Une culture des prélèvements génitaux et un test ADN sont également effectués. Les hémocultures peuvent être positives au cours de la première semaine et peuvent aider au diagnostic microbiologique.

Cependant, les cultures de liquide synovial franchement purulent sont habituellement positives et celles de l'exsudat des lésions cutanées peuvent être positives. Si une infection gonococcique disséminée est suspectée sur des critères cliniques, elle sera supposée être présente même si toutes les cultures de gonocoques sont négatives. La réponse clinique aux antibiotiques (habituelle dans les 5 à 7 jours) peut confirmer le diagnostic.

Pronostic

Les arthrites aiguës bactériennes non gonococciques peuvent détruire le cartilage articulaire, endommager définitivement l'articulation en quelques heures ou quelques jours.

L'arthrite gonococcique n'abîme habituellement pas les articulations de façon définitive. Les facteurs de risque d'arthrite septique sont également des facteurs de gravité de l'infection. En cas de polyarthrite rhumatoïde, le pronostic fonctionnel des arthrites septiques est particulièrement mauvais et la mortalité est plus élevée.

Traitement

  • Antibiotiques IV

  • Évacuation du pus des articulations infectées (arthrite aiguë bactérienne non gonococcique ou toute arthrite septique avec épanchement persistant)

Traitement antibiotique

Les antibiotiques prescrits en première intention sont dirigés contre les bactéries les plus probablement en cause. L'antibiothérapie doit ensuite être adaptée aux résultats des cultures et de l'antibiogramme.

L’arthrite gonococcique est traitée par ceftriaxone 1 g IV 1 fois/jour, au moins jusqu’à 24 h après que la symptomatologie ait disparu, puis par céfixime 400 mg po bid pendant 7 jours. Les fluoroquinolones, telles que la ciprofloxacine orale 750 mg po bid, peuvent être utilisées chez les patients allergiques aux bêta-lactamines si le microrganisme isolé est prouvé être sensible. Le drainage et le débridement articulaires peuvent ne pas être indispensables. Une co-infection génitale par C. trachomatis doit également être traitée, souvent par doxycycline 100 mg po bid pendant 7 jours ou azithromycine 1 g po 1 fois et les partenaires sexuels du patient sont traités selon les besoins ( Blennorragie : Partenaires sexuels).

Si infection non gonococcique à Gram positif est suspectée à la coloration de Gram chez un adulte, un choix empirique est l'un des suivants:

  • Un pénicilline semisynthétique (p. ex., la nafcilline 2 g IV q 4 h)

  • Une céphalosporine (p. ex., céfazoline 2 g IV q 8 h)

  • La vancomycine 1 g IV q 12 h (si la résistance à la méthicilline est fréquente parmi les isolats locaux en ville de S. aureus)

En cas de suspicion d’infection à Gram négatif (p. ex., chez les patients présentant une immunodépression ou des troubles concomitants graves, toxicomanie par injection, une infection récente avec traitement antibiotique, ou un cathéter vasculaire à demeure), le traitement initial empirique comprend une céphalosporine parentérale de 3e génération dotée d’une activité anti-pseudomonas (p. ex., ceftazidime 2 g IV q 8 h) associée, si l’infection est grave, à un aminoside.

Les nouveau-nés doivent être traités initialement par un antibiotique qui recouvre les Gram positifs (p. ex., nafcilline, vancomycine) plus un antibiotique qui couvre les infections à Gram négatif (p. ex., gentamicine ou céphalosporine de troisième génération telle que le céfotaxime).

Les enfants > 3 mois d'âge doivent être traités initialement comme les adultes.

L'antibiothérapie parentérale est poursuivie jusqu'à la survenue d'une amélioration clinique évidente (habituellement 2 à 4 semaines), et des antibiotiques po doivent ensuite être administrés à des doses élevées pendant 2 à 6 semaines supplémentaires en fonction de la réponse clinique.

Les infections à streptocoques et à Haemophilus sont habituellement éradiquées après 2 semaines d'antibiotiques oraux après le traitement IV.

Les infections staphylococciques sont traitées par antibiotiques pendant au moins 3 semaines et souvent 6 semaines ou plus, en particulier en cas d'antécédent d'arthrite ou de diagnostic retardé.

Autres traitements

Outre les antibiotiques, les arthrites aiguës bactériennes non gonococciques nécessitent l'aspiration à l'aiguille de gros calibre du pus intra-articulaire au moins 1 fois/jour, suivie de lavage articulaire à la seringue, ou par perfusion, ou par arthroscopie et éventuellement une arthrotomie pour débridement. Les articulations infectées des patients qui ont une polyarthrite rhumatoïde doivent généralement être débridées chirurgicalement et drainées, activement.

Dans l'arthrite gonococcique avec épanchement persistant, le pus est aspiré et le drainage peut devoir être répété autant que nécessaire. L'arthrite bactérienne aiguë nécessite l'immobilisation de l'articulation lors des premiers jours afin de réduire la douleur, puis le patient doit effectuer dès que possible des exercices de mobilisation passive et active en décharge pour limiter les rétractions, avec renforcement musculaire. Les AINS peuvent être utiles pour lutter contre la douleur et l'inflammation. Les corticostéroïdes intra-articulaires doivent être évités pendant l'infection aiguë.

Arthrites virales et arthrites secondaires à des morsures

L'arthrite virale nécessite un traitement symptomatique.

Les morsures sont traitées par des antibiotiques et un drainage chirurgical selon les besoins ( Morsures humaines et de mammifères : Traitement).

Points clés

  • L'arthrite gonococcique se manifeste par une inflammation aiguë moins sévère que l'arthrite bactérienne non gonococcique aiguë.

  • Suspecter une arthrite infectieuse en cas d'arthrite aiguë monoarticulaire, en particulier chez les patients à risque, ou de signes évoquant d'autres syndromes d'arthrite infectieuse particuliers.

  • Examiner et cultiver du liquide synovial pour confirmer ou exclure le diagnostic; les rx et examens de laboratoire de routine sont généralement peu utiles.

  • Diagnostiquer et traiter dès que possible l'arthrite infectieuse, en particulier l'arthrite bactérienne non gonococcique.

  • Antibiothérapie initiale dirigées contre les agents pathogènes suspectés en fonction des signes cliniques et de la coloration de Gram.

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