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Bilan des patients qui présentent des troubles articulaires

Par Alexandra Villa-Forte, MD, MPH, Staff Physician, Center for Vasculitis Care and Research, Department of Rheumatic and Immunologic Diseases, Cleveland Clinic

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Certaines affections musculosquelettiques touchent principalement les articulations, causant des arthrites. D'autres touchent principalement les os (p. ex., fractures, maladie de Paget, tumeurs), les muscles ou d'autres tissus mous extra-articulaires (p. ex., fibromyalgie), ou les tissus mous périarticulaires (p. ex., bursite, tendinite, élongation). Une arthrite peut avoir d'innombrables causes comme une infection, des troubles auto-immuns, une inflammation induite par des cristaux ou une altération minimalement inflammatoire des ds s et cartilage (p. ex., l'arthrose). L'arthrite peut affecter une articulation unique (monoarthrite) ou plusieurs articulations (polyarthrite) et alors de façon symétrique ou asymétrique. Les articulations peuvent être le siège de fractures ou d'entorses (voir ailleurs dans LeManuel).

Anamnèse

Le médecin doit s'attacher à rechercher non seulement des symptômes articulaires mais également des symptômes généraux et extra-articulaires. Nombre de symptômes, dont fièvre, frissons, sensation de malaise, perte de poids, phénomène de Raynaud, signes cutanéomuqueux (p. ex., éruption, rougeur ou douleur oculaire, photosensibilité) et symptômes digestifs ou cardiopulmonaires peuvent être associés aux troubles articulaires.

La douleur est le symptôme le plus fréquent des affections articulaires. L'anamnèse doit se concentrer sur la topographie, l'intensité, l'horaire et le type des douleurs ainsi que les facteurs qui l'aggravent ou la soulagent (d'apparition récente ou récidivante). Le médecin doit déterminer si la douleur est plus intense dès le premier mouvement de l'articulation ou après une utilisation prolongée, si elle est présente au réveil et si elle augmente pendant la journée. Généralement, une douleur provenant de structures superficielles est mieux localisée qu'une douleur provenant de structures profondes. La douleur qui prend naissance dans les petites articulations distales a tendance à être mieux localisée qu'une douleur qui a son origine dans les grosses articulations proximales. La douleur articulaire peut provenir de structures extra-articulaires ou d'autres articulations. L'arthrite produit souvent une douleur sourde, alors qu'une neuropathie entraîne souvent une sensation de brûlure.

La raideur qui dans la bouche du patient peut signifier asthénie, fatigue ou limitation des mouvements correspond à une difficulté à bouger une articulation. Le médecin doit faire la distinction entre une incapacité de mobiliser une articulation et le refus de mobiliser une articulation du fait de la douleur. Les caractères de la raideur peuvent évoquer une cause, comme dans les exemples suivants:

  • La gêne qui survient avec le mouvement en tentant de mobiliser une articulation après une période de repos survient dans les maladies rhumatismales.

  • La raideur est plus intense et dure plus longtemps lorsque l'inflammation articulaire s'aggrave.

  • Le signe du théâtre (la raideur de courte durée en position debout qui impose de marcher lentement après avoir été assis pendant plusieurs heures) est fréquent dans l'arthrose.

  • Une raideur matinale durant > 1 h peut être le symptôme précoce et important d'inflammation articulaire, comme dans la polyarthrite rhumatoïde, l'arthrite psoriasique, ou l'arthrite virale chronique (voir Caractéristiques distinctives des arthropathies inflammatoires versus non inflammatoires).

  • Dans le bas du dos, une raideur matinale qui dure > 1 h peut traduire une spondyloarthrite.

La fatigue est un désir de repos qui reflète l'épuisement. Elle diffère de la faiblesse, de l'incapacité de bouger et du refus de bouger dus à la douleur qui accompagne le mouvement. La fatigue peut refléter l'activité d'un trouble inflammatoire systémique.

L'instabilité d'une articulation peut suggérer une faiblesse des ligaments ou d'autres structures stabilisatrices de l'articulation, qui est évaluée grâce à des tests de contrainte lors de l'examen clinique. C'est au niveau du genou que l'instabilité survient le plus souvent, résultant la plupart du temps d'un dérangement interne.

Caractéristiques distinctives des arthropathies inflammatoires versus non inflammatoires

Signe

Inflammatoires

Non inflammatoires

Symptômes systémiques

Prédominants, dont la fatigue

Inhabituels

Début

Insidieux

Habituellement, l'arthrite touche plusieurs articulations

De façon progressive

1 articulation ou quelques articulations

Raideur matinale

> 1 h

< 30 min

Pire moment de la journée

Matin

Au cours de la journée

Effet de l'activité sur les symptômes articulaires (douleur et raideur)

Diminue les symptômes

Ceux-ci s'aggravent après des périodes de repos

Possibilité également de douleur en cas d'utilisation

Aggrave les symptômes

Ceux-ci diminuent au repos

Examen clinique

Chacune des articulations impliquées doit être inspectée et palpée et l'amplitude des mouvements doit être estimée. En cas d'atteinte polyarticulaire, certains signes non articulaires (p. ex., fièvre, amaigrissement, éruption) peuvent témoigner d'une atteinte systémique.

La position de repos des articulations est notée, ainsi que tout érythème, toute tuméfaction, toute déformation, toute abrasion cutanée ou toute piqûre. Les articulations atteintes sont comparées à leurs homologues controlatérales éventuellement indemnes ou à celles de l'examinateur.

Les articulations sont palpées avec douceur, en notant la présence et l'emplacement de la douleur, de la chaleur et de l'œdème. Il est particulièrement important de déterminer si la sensation de douleur suit l'interligne articulaire ou se situe au niveau des insertions tendineuses ou des bourses synoviales. On notera s'il existe des masses dans les parties molles, des gonflements ou des comblements anormaux des concavités ou des espaces (traduisant un épanchement articulaire ou une prolifération synoviale). La palpation d'une articulation tuméfiée permet parfois de distinguer un épanchement articulaire d'un épaississement synovial ou d'une augmentation de volume de la capsule ou des structures osseuses. Les petites articulations (p. ex., acromioclaviculaire, tibiofibulaire, radiocubitale) peuvent être à l'origine d'une douleur initialement attribuée à une articulation voisine plus volumineuse. Une hypertrophie osseuse (souvent due à des ostéophytes) est notée si elle existe.

L’amplitude des mouvements actifs (amplitude maximale du mouvement que peut faire le patient) est évaluée en premier; une limitation peut refléter une faiblesse, une douleur ou une raideur ainsi que des anomalies mécaniques. Puis, l’amplitude des mouvements passifs (amplitude maximale de mobilisation de l’articulation par l’examinateur) est évaluée; une limitation passive reflète généralement des anomalies mécaniques (p. ex., cicatrices, œdème, des déformations) plutôt que de la faiblesse ou de la douleur. Les mouvements actifs et passifs d'une articulation inflammée (p. ex., par une infection ou par la goutte) peuvent être très douloureux.

Une incapacité à reproduire la douleur au mouvement ou à la palpation de l'articulation suggère la possibilité d'une douleur projetée.

La répartition des atteintes articulaires doit être notée. Une atteinte symétrique de plusieurs articulations est fréquente dans les maladies systémiques (p. ex., polyarthrite rhumatoïde); une atteinte monoarticulaire (impliquant une seule articulation) ou oligoarticulaire asymétriques (impliquant 4) est plus fréquente dans l'arthrose et l'arthrite psoriasique. Les petites articulations périphériques sont fréquemment touchées dans la polyarthrite rhumatoïde alors que les grosses articulations et la colonne vertébrale sont plus souvent touchées dans les spondylarthropathies. Cependant, le type d'atteinte complète peut ne pas être évident au début.

On notera une éventuelle crépitation, sensation palpable ou audible semblable au grincement de dents, produite par le mouvement. Cela peut être dû à une rugosité du cartilage articulaire ou aux tendons; les mouvements s’accompagnant d’une crépitation doivent être identifiés car leur connaissance peut indiquer quelles structures sont impliquées.

Les caractères spécifiques de chaque articulation doivent être recherchés.

Coude

C'est sur la face externe de l'articulation, entre la tête radiale et l'olécrane qu'apparaît le bombement révélateur d'un épanchement de synovie ou d'un épaississement synovial. La possibilité d'extension complète du coude à 180° sera testée. Bien qu'elle reste possible en cas de problèmes non arthritiques ou extra-articulaires tels que la tendinite, la limitation de l'extension est un signe précoce en faveur d'une arthrite. La région située autour de l'articulation est examinée à la recherche d'un gonflement. Les nodules rhumatoïdes sont fermes, survenant en particulier le long de la face d'extension de l'avant-bras. Les tophi sont parfois visibles sous la peau, formant des agrégats de couleur crème, caractéristiques de la goutte. Le gonflement de la bourse de l’olécrane est situé au sommet de l’olécrane, est kystique et ne limite pas les mouvements articulaires; une infection, un traumatisme, une goutte et une polyarthrite rhumatoïde sont des causes possibles. Les ganglions épitrochléens sont situés au-dessus de l’épitrochlée; ils peuvent être dus à une inflammation de la main, mais peuvent également être dus à une sarcoïdose ou à un lymphome.

Épaule

Comme la douleur peut être ressentie dans des zones voisines de l'épaule, la palpation de l'épaule doit comprendre la glénohumérale, l'acromioclaviculaire et la sternoclaviculaire, le processus coracoïde, la clavicule, l'acromion, la bourse sous-acromiale, le tendon du biceps et les apophyses inférieures de l'humérus, ainsi que le cou. Des épanchements de l'articulation glénohumérale peuvent entraîner un gonflement entre l'apophyse coracoïde et la tête humérale. Les causes possibles comprennent la polyarthrite rhumatoïde, l'arthrose, l'arthrite septique, l'épaule de Milwaukee ( Maladie par dépôt de cristaux basiques de phosphate de Ca (rhumatisme à apatite)) et d'autres arthropathies.

La limitation des mouvements, la faiblesse, la douleur et d'autres troubles de la mobilité provoquées par les altérations de la coiffe des rotateurs peuvent être rapidement identifiés en demandant aux patients d'écarter et de lever les deux bras au-dessus de la tête et puis de les abaisser lentement. Des manœuvres spécifiques contre la résistance peuvent permettre de déterminer quels tendons sont touchés. Il faut rechercher une atrophie musculaire et des signes neurologiques.

Genou

Au niveau du genou, des anomalies de forme importantes telles qu'un gonflement (p. ex., épanchement articulaire, kyste poplité), atrophie du quadriceps, et instabilité articulaire peuvent être évidentes lorsque le patient se lève et marche. Le patient en décubitus dorsal, l'examinateur doit palper le genou en identifiant la rotule, les condyles fémoraux, la tubérosité tibiale, le plateau tibial, la tête de la fibula, les interlignes articulaires médial (interne) et latéral (externe), le creux poplité et les tendons quadricipital et rotulien. Les interlignes articulaires médial et latéral correspondent à la localisation des ménisques médial et latéral et peuvent être examinés par la palpation, en fléchissant et en étendant lentement le genou. Les douleurs des bourses extra-articulaires telles que la bourse de la patte d'oie sous la ligne articulaire interne, doivent être distinguées des troubles véritablement intra-articulaires.

La détection des épanchements du genou de faible abondance est souvent difficile et repose sur le signe du flot. Le genou est en extension complète et le membre inférieur en légère rotation externe pendant que le patient est en décubitus dorsal, muscles détendus. La face interne du genou est alors comprimée par la main de l'examinateur afin d'en chasser tout liquide. Une main est placée au niveau du cul-de-sac sus-rotulien et l'autre main exerce une compression ou un choc doux sur la face latérale du genou pour déclencher en cas d'épanchement un bombement ou une onde liquidienne, visibles ou ressentis sur la face médiale. Les épanchements abondants sont identifiés visuellement ou par la recherche d'un choc rotulien. Les épanchements articulaires peuvent résulter de nombreuses affections articulaires, dont la polyarthrite rhumatoïde, l'arthrose, la goutte et les traumatismes.

L'extension complète à 180° du genou est recherchée afin de détecter un flessum. La rotule est mobilisée afin d'en vérifier la liberté de mouvement et l'absence de douleur.

Hanche

L'examen commence par l'examen de la marche. La boiterie est fréquente en cas d'arthropathie de hanche. Elle peut être due à la douleur, à un raccourcissement de la jambe, à un flessum (rétraction en flexion) ou à une faiblesse musculaire. La diminution de la rotation interne (souvent une modification précoce en cas d'arthrose ou de synovite), de la flexion, de l'extension ou de l'abduction peuvent habituellement être retrouvées. La mise en place d'une main sur la crête iliaque du patient permet de distinguer les mouvements du bassin de ceux de la hanche. Un flessum peut être mis en évidence en essayant d'obtenir l'extension du membre inférieur, la hanche du côté opposé étant fléchie au maximum pour stabiliser le bassin. La douleur provoquée par la palpation du grand trochanter évoque l'existence d'une bursite (qui est extra-articulaire) plutôt qu'une atteinte intra-articulaire. La douleur lors des mouvements passifs (rotations interne et externe, le patient en décubitus dorsal, hanche et genou fléchis à 90°) évoque un problème intra-articulaire. Cependant, les patients peuvent souffrir simultanément de troubles intra-articulaires et extra-articulaires.

Autres

L'examen clinique de la main est traité ailleurs ( Revue générale des maladies de la main et Douleurs de plusieurs articulations). L'examen du pied et de la cheville est Revue générale des maladies du pied et de la cheville. L'examen du cou et du dos est Bilan des douleurs cervicales et lombaires.

Examens complémentaires

Les examens biologiques et d'imagerie apportent souvent moins d'information que l'interrogatoire et l'examen clinique. Bien que certains examens complémentaires soient justifiés chez certains patients, une exploration tous azimuts est souvent inutile. Les examens sanguins doivent être choisis en fonction de l'anamnèse et des signes d'examen.

Analyses de sang

Certains examens tels que les suivants, bien que non spécifiques, sont utiles pour étayer le diagnostic de certaines maladies rhumatismales:

  • Ac anti-ADN double hélice (AAN) dans le lupus érythémateux disséminé

  • Facteur rhumatoïde et Ac anti-peptide citrulliné cyclique (anti-CCP) dans la polyarthrite rhumatoïde

  • HLA-B27 dans la spondylarthropathie (p. ex., avec des symptômes de douleurs dorsales inflammatoire et des rx normales)

  • Ac anticytoplasme de neutrophiles (ANCA) dans certaines vascularites (parfois utiles lorsqu'une atteinte systémique est suspectée)

Des examens biologiques tels que la numération des GB, la VS et la protéine C réactive permettent de déterminer si une arthrite inflammatoire est due à une maladie infectieuse ou à un autre trouble systémique, mais ces tests ne sont ni très spécifiques ni très sensibles. Par exemple, une augmentation de la VS ou de la protéine C réactive évoque une inflammation articulaire mais peut être liée à un grand nombre d'affections inflammatoires non articulaires (p. ex., infections, cancers). Inversement, ces marqueurs peuvent ne pas être élevés dans toutes les affections inflammatoires.

Imagerie

L'imagerie est souvent inutile. En particulier, les rx montrent principalement des anomalies osseuses, alors que la plupart des troubles articulaires n'affectent pas initialement les os. Cependant, l’imagerie permet d’effectuer l’évaluation initiale de problèmes articulaires ou rachidiens inexpliqués, relativement localisés, persistants ou sévères; les rx peuvent révéler des tumeurs primitives ou métastatiques, une ostéomyélite, des infarctus osseux, des calcifications périarticulaires (comme dans les tendinites calcifiantes) ou d’autres modifications des structures profondes qui peuvent échapper à l’examen clinique. En cas de suspicion d'une polyarthrite rhumatoïde chronique, d'une goutte ou d'une arthrose, des érosions, des kystes et un rétrécissement de l'interligne articulaire associé à des ostéophytes peuvent être visibles. Dans la pseudo-goutte, un dépôt de pyrophosphate de Ca peut être visible dans le cartilage intra-articulaire.

Concernant l'imagerie musculosquelettique, les rx sans préparation peuvent être effectuées en premier, mais elles sont souvent moins sensibles, en particulier au début de la maladie, que l'IRM, la TDM ou l'échographie. L'IRM est la technique la plus performante pour rechercher les fractures non visibles sur les rx, en particulier celles de la hanche et du bassin et pour étudier les tissus mous et les dérangements internes du genou. La TDM est utile quand l'IRM est contre-indiquée ou non disponible. L'échographie, l'arthrographie et la scintigraphie osseuse permettent de détecter certaines affections, de même qu'une biopsie osseuse, synoviale ou d'un autre tissu.

Arthrocentèse

L'arthrocentèse est la ponction à l'aiguille d'une articulation pour en retirer le liquide. En cas d'épanchement, une arthrocentèse correctement effectuée peut retirer du liquide. L'examen du liquide synovial est la façon la plus précise pour exclure une infection, diagnostiquer une arthrite microcristalline et déterminer les autres causes d'épanchement articulaire. Il est indiqué en cas d'épanchement monoarticulaire aiguë ou inexpliqué et en cas d'épanchement polyarticulaire inexpliqué.

Arthrocentèse de l'épaule.

L'articulation glénohumérale est ponctionnée le patient étant assis, le bras le long du corps et la main sur les genoux. L'aiguille est insérée par l'avant, légèrement en dessous et en dehors de l'apophyse coracoïde et dirigée en arrière vers la cavité glénoïde. Un abord postérieur est également possible.

Arthrocentèse du coude.

L'articulation humérocubitale est ponctionnée alors que le coude est fléchi à 60° et le poignet est en pronation. L'aiguille est introduite par la face externe de l'articulation, entre l'épicondyle et le cubitus.

L'arthrocentèse est pratiquée avec une asepsie très stricte. La présence d'une infection ou de toute éruption sur le site de ponction est une contre-indication. Les préparatifs pour recueillir des prélèvements de liquide doivent être faits avant la mise en œuvre de la procédure. On peut recourir à une anesthésie locale, par lidocaïne ou aérosol de difluoroéthane. De nombreuses articulations sont abordées par leur face d'extension pour éviter les nerfs, les artères et les veines, qui sont généralement situés en regard de la surface de flexion de l'articulation. Une aiguille de calibre 20 peut être utilisée pour la plupart des grandes articulations. Les petites articulations des membres supérieurs et inférieurs sont probablement plus faciles à ponctionner à l'aide d'une aiguille calibre 22 ou 23. Il faut évacuer autant de liquide que possible. On se basera sur des repères anatomiques spécifiques (voir Arthrocentèse de l'épaule., Arthrocentèse du coude., et Arthrocentèse du genou.).

Arthrocentèse du genou.

Le genou et le cul-de-sac sous-quadricipital peuvent être ponctionnés sur le patient en décubitus dorsal, genou en extension. L'aiguille, habituellement de calibre 20, peut être insérée par voie externe juste sous le bord supérieur de la rotule, dans un plan frontal. Comme alternative, l'aiguille peut être insérée médialement, sous la moitié supérieure de la rotule.

Les articulations métacarpophalangiennes, métatarsophalangiennes et interphalangiennes des mains et des pieds sont toutes ponctionnées de la même façon, en utilisant une aiguille de calibre 22 ou 23. L'aiguille est insérée par la face dorsale de l'articulation, d'un côté ou de l'autre du tendon extenseur. L'étirement de l'articulation est parfois utile pour ouvrir la cavité articulaire et permettre un accès plus facile.

Examen du liquide synovial

Au lit du patient, les caractéristiques macroscopiques du liquide sont notées, telles sa couleur et sa turbidité.

Les caractéristiques macroscopiques permettent de classer provisoirement de nombreux épanchements comme non inflammatoires, inflammatoires ou infectieux (voir Classification des épanchements synoviaux). Les épanchements peuvent également être hémorragiques. Chaque type d'épanchement oriente vers certaines affections articulaires (voir Diagnostic différentiel basé sur la classification du liquide synovial*). Les épanchements dits non inflammatoires sont en fait modérément inflammatoires, mais évoquent des pathologies telles que l'arthrose, dans laquelle l'inflammation est modérée.

Classification des épanchements synoviaux

Examen

Normal

Hémorragique

Infectieux

Inflammatoire

Non inflammatoire

Examen macroscopique

Aspect

Clair

Sanglant

Trouble ou purulent

Jaune, nuageux

Couleur paille, clair

Examens de laboratoire de routine

Culture

Négatifs

Négatifs

Souvent positifs

Négatifs

Négatifs

Polynucléaires%*

< 25

Habituellement, > 85

> 50

< 25

Numération des GB*

< 200/μL

Affectée par le volume du sang

5000–> 100 000/μL

1000–50 000/μL

200–1000/μL

*La numération des globules blancs et le% de polynucléaires du liquide synovial des arthrites septiques sont plus faibles quand le microrganisme responsable est moins virulent (p. ex., dans l'arthrite gonococcique, l'arthrite de Lyme, les arthrites tuberculeuse ou fongique) ou si l'arthrite est partiellement traitée. Parfois, la formule des épanchements dans le lupus érythémateux disséminé et d'autres maladies du tissu conjonctif n'est pas franchement inflammatoire, avec une numération des globules blancs de 500 à 2000/μL. Les épanchements non infectieux n'atteignent que rarement 100 000GB/μL.

Les examens biologiques couramment pratiqués sur le liquide articulaire comprennent la numération des cellules, la formule leucocytaire, la coloration de Gram et la culture (si une infection est suspectée, Infections des articulations et des os), et l'examen à la recherche de cellules et de cristaux sur une goutte fraîche. Cependant, les tests à pratiquer dépendent souvent des diagnostics suspectés.

Diagnostic différentiel basé sur la classification du liquide synovial*

Types d'épanchement

Causes possibles

Hémorragique

Anticoagulants

Hémangiome

Coagulopathie

Arthropathie neurogène (neuropathique)

Synovite villonodulaire pigmentée

Scorbut

Thrombopénie

Traumatisme avec ou sans fracture

Tumeur

Infectieuse

Divers microrganismes en fonction des caractéristiques des patients (voir Microrganismes habituellement responsables des arthrites septiques aiguës)

Inflammatoires

Synovite aiguë de nature cristalline (goutte et pseudo-goutte)

Spondylarthrite ankylosante

Maladie de Crohn

Maladie de Lyme

Infections bactériennes partiellement traitées ou moins virulentes

Rhumatisme psoriasique

Arthrite réactive (y compris ce qui était auparavant appelé syndrome Reiter)

Polyarthrite rhumatoïde

Rhumatisme articulaire aigu

Lupus érythémateux disséminé (légère inflammation)

Infarctus synovial (p. ex., causé une drépanocytose)

Rectocolite hémorragique

Non inflammatoire

Amylose

Syndrome d'Ehlers-Danlos

Ostéoarthropathie hypertrophiante pneumique

Maladies métaboliques causes d'arthrose

Arthropathie neurogène (neuropathique)

Arthrose

Ostéochondrite disséquante

Ostéochondromatose

Ostéonécrose (y compris ostéonécrose causée par la drépanocytose)

Sclérodermie systémique évolutive

Rhumatisme articulaire aigu

Lupus érythémateux disséminé

Inflammation en diminution ou précoce

Traumatisme

*Voir Classification des épanchements synoviaux pour la classification. Ce diagnostic différentiel n'est qu'une liste partielle.

Certaines affections peuvent correspondre à plusieurs types possibles de liquide (p. ex., le liquide d'une arthropathie neurogène peut être hémorragique ou non inflammatoire; celui d'une sclérodermie peut être inflammatoire ou non inflammatoire).

L’examen microscopique d’une goutte de liquide synovial à la recherche de cristaux (une seule goutte de liquide articulaire est nécessaire), en utilisant la lumière polarisée, est essentiel pour le diagnostic de certitude de la goutte, de la pseudo-goutte, et d’autres arthrites cristallines ( Arthropathies microcristallines). Un polariseur placé sur la source de lumière ainsi qu'un autre entre le prélèvement et l'œil de l'examinateur permettent de visualiser des cristaux blancs brillants biréfringents. Une lumière polarisée compensée est obtenue en insérant une lentille rouge de premier ordre, comme dans les microscopes disponibles dans le commerce. On peut également reproduire l'effet d'un compensateur en plaçant 2 bandes de ruban adhésif transparent sur une lame de verre et en plaçant cette lame sur le polariseur inférieur. Ce système artisanal doit être testé par comparaison à un microscope commercial à polarisation. Les cristaux les plus fréquemment observés sont ceux de la goutte (urate monosodique, cristaux négativement biréfringents en forme d'aiguilles) et de la pseudo-goutte (cristaux de pyrophosphate de Ca, cristaux rhomboïdes ou en forme de bâtonnet positivement biréfringents ou non biréfringents). Si les cristaux observés ne sont pas typiques, on pensera à certains cristaux moins fréquents (cristaux de cholestérol, cristaux lipidiques, oxalate, cryoglobulines) ou à des artefacts (p. ex., cristaux de corticostéroïdes retard).

D'autres signes présents dans le liquide synovial signent ou suggèrent parfois un diagnostic spécifique dont les suivants:

  • Microrganismes spécifiques (identifiables par coloration de Gram ou acido-résistante)

  • Spicules de moelle osseuse ou globules gras (dus à des fractures)

  • Cellules de Reiter sur des étalements traités par coloration de Wright (monocytes qui phagocytent des polynucléaires), observées le plus souvent dans les arthrites réactionnelles

  • Fragments amyloïdes (identifiables par la coloration au rouge Congo)

  • Globules rouges en faucille (falciformes) (dus à une drépanocytose)

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