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Maladie de Behçet

Par Carmen E. Gota, MD, Cleveland Clinic Foundation

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La maladie de Behçet est une vascularite chronique multisystémique, évoluant par poussées, caractérisée par des atteintes inflammatoires des muqueuses. Les manifestations les plus fréquentes comprennent des ulcérations buccales récidivantes, une inflammation oculaire, des ulcérations génitales et des lésions cutanées. Les manifestations les plus graves sont les atteintes neurologiques ou digestives, les thromboses veineuses et les anévrismes artériels, et certaines atteintes ophtalmologiques qui peuvent causer une cécité. Le diagnostic est clinique, et peut se baser sur l'utilisation des critères diagnostiques internationaux. Le traitement est principalement symptomatique mais peut comporter des corticostéroïdes avec ou sans immunosuppresseurs pour les manifestations les plus sérieuses.

La maladie de Behçet peut comprendre une vascularite des petites comme des artères et/ou veines de gros calibre. Des thromboses artérielles et veineuses peuvent se produire aussi.

La maladie concerne autant les hommes que les femmes mais a tendance à être plus aiguë chez l'homme, et elle débute typiquement entre 20 et 30 ans. Occasionnellement, la maladie est observée chez l'enfant. L'incidence varie selon la localisation géographique. Le syndrome de Behçet est plus fréquent le long du chemin de la soie, voie empruntée autrefois pour le transport de la soie entre les pays de la Méditerranée et la Chine; il est rare aux USA.

La cause en est inconnue. Des causes immunologiques (dont des causes auto-immunes), des agents viraux ou bactériens ont été évoquées comme pouvant être à l'origine de cette maladie et l'allèle HLA-B51 est observé chez des cas observés en Turquie, en Iran, en Chine, Corée et au Japon.

Il existe une infiltration de neutrophiles dans les tissus de biopsie faites sur des aphtes buccaux, des lésions d'érythème noueux et des lésions pathergiques, mais aucune anomalie histologique n'est pathognomonique.

Symptomatologie

Signes cutanéomuqueux

Presque tous les patients présentent des ulcères buccaux douloureux récurrents rappelant ceux de la stomatite aphteuse; chez la plupart, ces ulcères sont les premières manifestations. Les ulcères sont ronds ou ovales, mesurant 2 à 10 mm de diamètre et en général peu profonds, avec un centre nécrotique jaunâtre central; ils peuvent être observés n’importe où dans la cavité buccale, souvent multiples et regroupés. Les ulcères durent de 1 à 2 semaines. Ces ulcérations peuvent être observées sur le pénis et le scrotum, la vulve, où elles sont douloureuses, ou dans le vagin, où elles peuvent être peu ou non douloureuses.

Les lésions cutanées sont fréquentes et comprennent des lésions acnéiformes (pseudo-folliculite), des nodules, des lésions d'érythème noueux, des thrombophlébites superficielles, des lésions de type pyoderma gangrenosum, et des lésions de purpura palpable.

Le signe pathergique (développement d'une papule ou pustule érythémateuse en réponse à un microtraumatisme cutané local ou sur un point d'injection) est défini par l'apparition d'une papule mesurant > 2 mm 24 à 48 h après une ponction cutanée par insertion oblique d'une aiguille de calibre 20 à 25 dans la peau. Le phénomène de pathergie a été moins souvent observé chez les patients de certaines Nord-américains et Nord-européens que chez ceux du Moyen-Orient et d'Asie.

Troubles oculaires

Les manifestions ophtalmologiques sont présentes chez 25 à 75%. Les manifestations oculaires peuvent être associées à des manifestations neurologiques. Les atteintes suivantes peuvent survenir:

  • L'uvéite récidivante ou iridocyclite (la plus courante) se manifeste souvent par la douleur, la photophobie et des yeux rouges.

  • Un hypopyon (présence de liquide blanchâtre dans la chambre antérieure de l'œil) est caractéristique mais assez peu fréquent.

  • L'uvéite est généralement bilatérale et épisodique, implique souvent l'ensemble du tractus uvéal (panuvéite), et ne peut pas se résoudre complètement entre les épisodes.

  • La choroïdite, les atteintes rétiniennes (vascularite ou occlusion vasculaire) et les névrites optiques peuvent altérer de façon irréversible la vision et même provoquer la cécité.

Musculosquelettiques

Des arthralgies relativement modérées, spontanément résolutives et non érosives, ou une arthrite franche, en particulier touchant les genoux et les autres grosses articulations, est observée chez 50% des patients. Une inflammation sacro-iliaque peut exister.

Troubles vasculaires

L'inflammation périvasculaire et endovasculaire peut se développer dans les artères et veines. Dans les artères, une thrombose, un anévrisme, un pseudo-anévrisme, une hémorragie et une sténose peuvent se développer. L'atteinte artérielle des gros vaisseaux est reconnue au cours de la vie chez 3 à 5% des patients; cependant, à l'autopsie, un tiers des patients ont des signes d'atteinte asymptomatique des gros vaisseaux. Les anévrismes aortiques et pulmonaires peuvent se rompre. Une thrombose in situ peut provoquer une occlusion de l'artère pulmonaire. Une hémoptysie peut survenir si des fistules entre l'artère pulmonaire et les bronches se développent.

L'atteinte veineuse peut provoquer des thromboses veineuses superficielles ou profondes. Plus d'une veine peut être affectée, y compris les veines caves inférieure et supérieure, les veines hépatiques (provoquant le syndrome de Budd-Chiari), et les sinus veineux duraux.

Dans les thromboses artérielles ou veineuses in situ, les anévrismes et les pseudo-anévrismes sont plus fréquents que les sténoses et les occlusions.

Manifestations neurologiques et psychiatriques

L'atteinte du SNC est moins fréquente mais grave. Le début peut être brusque, ou plus progressif. Les premières manifestations peuvent être en rapport avec une atteinte parenchymateuse avec des signes pyramidaux, une maladie des petits vaisseaux, un syndrome de type sclérose en plaques, ou non parenchymateuse avec une méningite aseptique ou une méningo-encéphalite, ou une thrombose du sinus dural.

Des troubles psychiatriques, y compris des modifications de la personnalité et tableaux de démence, peuvent se développer plus tard. Les atteintes de neuropathie périphérique, fréquentes au cours des autres vascularites systémiques, sont rares au cours du maladie de Behçet.

Gastro-intestinaux

La gêne abdominale, des douleurs abdominales et de la diarrhée avec des ulcères intestinaux, survenant principalement dans l'iléon et le côlon et rappelant étroitement la maladie de Crohn, peuvent survenir.

Constitutionnel

Une fièvre et un malaise peuvent survenir.

Diagnostic

  • Critères cliniques

Le syndrome de Behçet doit être suspecté chez les jeunes adultes avec des aphtes buccaux récurrents, des anomalies oculaires inexpliqués ou des ulcères génitaux. Le diagnostic est clinique et est souvent retardé car de nombreuses manifestations sont non spécifiques et peuvent être insidieuses.

Les critères internationaux du diagnostic comprennent les ulcères oraux récidivants (3 fois en 1 an) et 2 des manifestations suivantes:

  • Ulcérations génitales récidivantes

  • Lésions oculaires

  • Lésions cutanées

  • Test pathergique positif (sans autre explication)

Examens complémentaires (p. ex., une NFS, VS et une protéine C réactive, ainsi qu’une mesure des taux de protéines totales et d’albumine) font partie du bilan usuel. Les anomalies biologiques ne sont pas spécifiques, mais simplement caractéristiques d'une maladie inflammatoire (VS, protéine C réactive et α2 et γ-globulines élevées; hyperleucocytose modérée).

Le diagnostic différentiel comprend les arthrites réactionnelles, le lupus érythémateux disséminé, la maladie de Crohn, la rectocolite hémorragique, la spondylarthrite ankylosante, syndromes de fièvre périodique et l'infection par le virus herpes simplex. Il n'existe pas de signe pathognomonique du syndrome de Behçet mais il peut être évoqué par l'association de symptômes récurrents, en particulier les ulcérations récurrentes profondes des muqueuses, avec des rémissions spontanées et l'atteinte de plusieurs organes.

Pronostic

Le syndrome de Behçet évolue par poussées, entrecoupées de périodes de rémission. Les lésions cutanéomuqueuses, oculaires et les arthralgies sont souvent pires au début de la maladie. Les atteintes du SNC et des gros vaisseaux surviennent généralement plus tardivement. Le syndrome peut parfois être mortel, habituellement par complications neurologiques, vasculaires (p. ex., rupture d'anévrismes) ou troubles gastro-intestinaux. Le risque de décès est plus élevé chez les hommes et chez les patients atteints de maladie artérielle ou à un nombre élevé de poussées. Un grand nombre de patients finissent par entrer en rémission.

Traitement

  • Colchicine, thalidomide, médicaments anti-TNF, et interféron pour la maladie des muqueuses

  • Azathioprine, ou cyclosporine en cas de maladie oculaire

  • Le cyclophosphamide et le chlorambucil ont été utilisés pour le traitement des formes graves ou réfractaires

Le traitement précis dépend en fait des atteintes observées. Les recommandations de traitement sont limitées par des données incomplètes issues des études cliniques (p. ex., des études transversales, généralement non prospectives, à puissance statistique limitée).

La maladie des muqueuses peut être traitée symptomatiquement. Les corticostéroïdes topiques, les anesthésiques locaux et le sucralfate sont utiles. La colchicine 0,6 mg po bid peut diminuer la fréquence et la gravité des ulcères oraux ou génitaux et peut être efficace contre l'érythème noueux et les arthralgies. Le thalidomide 100 à 300 mg po 1 fois/j peut être utilisé pour traiter les lésions orales, génitales ou cutanées, mais avec un risque important de rechutes lorsque le traitement est arrêté; cependant, ses effets secondaires en limitent l'usage. L'anti-TNF étanercept 50 mg sc 1 fois/semaine ou 25 mg sc 2 fois/semaine peut faire disparaître les lésions cutanéomuqueuses. L'étanercept peut être administré si la colchicine est inefficace. Parfois, un autre médicament anti-TNF (infliximab ou éventuellement adalimumab) est utilisé à la place de l'étanercept. L'interféron alpha-2 à 6 millions d'unités 3 fois/semaine peut également être administré si la colchicine est inefficace.

L'azathioprine 2,5 mg/kg po 1 fois/j peut être utilisée pour essayer de préserver l'acuité visuelle et d'éviter les nouvelles poussées inflammatoires oculaires. L'azathioprine est également utile pour limiter la fréquence des lésions cutanéomuqueuses et les arthralgies. La cyclosporine 5 à 10 mg/kg po 1 fois/j peut être envisagée chez les patients présentant des manifestations oculaires graves et peut être utilisée avec l'azathioprine pour traiter une uvéite réfractaire. L’interféron alpha-2a 6 millions d’unités sc 3 fois/semaine et l’infliximab (un inhibiteur du tumor necrosis factor-alpha) 3 à 10 mg/kg IV aux sem 0, 2, 4, puis q 8 semaines en cas de manifestations oculaires graves.

Le cyclophosphamide et le chlorambucil sont parfois utilisés en cas de maladie réfractaire, d'affections mettant en jeu le pronostic vital (p. ex., anévrismes pulmonaires) ou de manifestations du SNC.

Les corticostéroïdes locaux peuvent amender de manière transitoire les troubles oculaires et la plupart des lésions buccales. Cependant, la corticothérapie locale ou générale ne modifie pas la fréquence des rechutes. Les patients souffrant d'uvéite ou de manifestations du SNC répondent à de fortes doses de corticostéroïdes (p. ex., prednisone 60 à 80 mg po 1 fois/j).

Les médicaments anti-TNF semblent efficaces pour un large éventail de manifestations, dont des maladies oculaires graves, en association avec un autre médicament, tels que l'azathioprine.

Les immunosuppresseurs permettent de prévenir la récidive des thromboses veineuses, mais il est difficile de savoir si l'anticoagulation le permet. L'anticoagulation est contre-indiquée en cas d'anévrismes artériels pulmonaires.

Points clés

  • La maladie de Behçet est une vascularite récurrente caractérisée par des atteintes inflammatoires importantes des muqueuses.

  • Parmi les nombreux systèmes d'organes impliqués, les ulcères buccaux et génitaux, les lésions cutanées, oculaires et les signes, en particulier en association, sont très caractéristiques.

  • Diagnostiquer en se basant sur des critères cliniques spécifiques.

  • Les facteurs de risque de décès précoce sont le sexe masculin, des poussées fréquentes de la maladie et des complications artérielles (p. ex., thrombose, anévrisme, pseudo-anévrismes).

  • Traiter par le cyclophosphamide et le chlorambucil (dans le cas de la maladie potentiellement mortelle), l'azathioprine ou la cyclosporine (dans la maladie de l'œil), et la colchicine, la thalidomide, ou un médicament anti-TNF (dans le cas de la maladie muqueuse).

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