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Rage

Par John E. Greenlee, MD, Professor and Executive Vice Chair, Department of Neurology, University of Utah School of Medicine

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La rage est une encéphalite virale transmise par la salive des chauves-souris infectées et de certains autres mammifères infectés. Les symptômes comprennent une dépression et une fièvre, suivies d'une agitation, d'une hypersalivation et d'une hydrophobie. Le diagnostic repose sur les sérologies ou la biopsie. La vaccination est indiquée en cas de risque d'exposition élevé. Une prophylaxie suite à une exposition comprend les soins de la blessure ainsi qu'une immunoprophylaxie passive et active et, si elle est promptement exécutée et de façon méticuleuse, elle prévient presque toujours la rage humaine. Autrement, le trouble est presque toujours mortel. Le traitement est un traitement de support.

La rage entraîne > 55 000 décès humains chaque année dans le monde, principalement en Amérique latine, en Afrique et en Asie, où la rage canine est endémique. Aux États-Unis, la vaccination des animaux domestiques a réduit les cas de rage à < 3/an, la transmission se faisant principalement par des chauves-souris infectées. Les ratons, mouffettes et renards infectés peuvent également transmettre la rage.

Les animaux enragés transmettent l'infection par leur salive, habituellement par la morsure. Plus rarement, le virus peut pénétrer par une effraction de la peau ou à travers les muqueuses des yeux, du nez ou de la bouche. Le virus chemine du point d'inoculation vers la moelle épinière (ou vers le tronc cérébral en cas de morsure au visage) via les nerfs périphériques puis vers le cerveau. Il se transmet donc à partir du SNC via les nerfs périphériques vers d'autres parties du corps. L'atteinte des glandes salivaires et de la muqueuse buccale est responsable de la transmissibilité.

Symptomatologie

Une douleur ou des paresthésies peuvent se développer à l'endroit de la morsure. La rapidité de l'évolution dépend de la quantité de virus inoculé et de la proximité de la plaie par rapport au cerveau. La période d'incubation moyenne est de 1 à 2 mois, mais peut aller jusqu'à > 1 an.

Les symptômes initiaux sont non spécifiques: tels que fièvre, céphalée et sensation de malaise. En quelques jours, une encéphalite (rage furieuse; dans 80% des cas) ou une paralysie (rage paralytique; dans 20% des cas) se développe. L'encéphalite provoque une instabilité psychomotrice, une confusion, une agitation, un comportement étrange, des hallucinations et des insomnies. La salivation est excessive et lorsque le patient essaie de boire, des spasmes douloureux des muscles laryngés et pharyngés se produisent (hydrophobie). Dans la forme paralytique, une paralysie ascendante et une tétraplégie se développent sans syndrome confusionnel ni hydrophobie.

Diagnostic

  • Biopsie cutanée

  • Parfois, des tests PCR de prélèvements liquidiens ou des tissus

La rage est suspectée devant une encéphalite ou une paralysie ascendante et une anamnèse de morsure d’animal ou d’exposition à des chauves-souris; les morsures de chauves-souris peuvent être superficielles et passer inaperçues.

La recherche d'Ac par fluorescence directe sur prélèvement biopsique de peau au niveau du cou constitue le test diagnostique de choix. Le diagnostic peut également être établi par PCR sur le LCR, la salive ou d'autres tissus. Les prélèvements à tester pour les Ac contre la rage comprennent le sérum et le LCR. La TDM, l'IRM et l'EEG sont normaux ou ne montrent pas d'anomalies spécifiques.

Traitement

  • Soins de support

Le traitement n'est que symptomatique et comprend une sédation profonde (p. ex., par kétamine et midazolam) et des mesures de confort. La mort survient généralement 3 à 10 jours après le début des symptômes. Seuls quelques patients ont survécu; de nombreux patients ont reçu une immunoprophylaxie avant le début des symptômes. Il est avéré que le vaccin antirabique et les immunoglobulines antirabiques administrés après le début de la rage peuvent accélérer la détérioration.

Des thérapies expérimentales avec de la ribavirine, l'amantadine, l'interféron alpha et d'autres médicaments sont parfois tentés en désespoir de cause (voir Care of Rabies protocol).

Prévention

Les animaux porteurs de la rage peuvent souvent être identifiés par leur comportement étrange; ils peuvent être agités et agressifs, fatigués ou paralysés et ne montrer aucune peur des humains. Les animaux nocturnes (p. ex., chauves-souris, mouffettes, ratons) peuvent sortir pendant la journée. Les chauves-souris peuvent faire des bruits inhabituels et éprouver des difficultés à voler. Un animal suspecté d'avoir la rage ne doit pas être approché. Les autorités sanitaires locales doivent être contactées pour éliminer les animaux.

Pré-exposition

Le vaccin antirabique cellulaire diploïde humain Est sûr et préconisé dans la prophylaxie pré-exposition chez les personnes à risque, notamment les vétérinaires, les marchands d'animaux, les spéléologues, les travailleurs qui manipulent le virus et les voyageurs en zones d'endémies. Un total de 3 doses de 1 mL est administré IM, une de chaque à j0, j7, et entre le j21 et j28.

Post-exposition

Une exposition correspond à une morsure avec effraction de la peau ou tout contact entre la muqueuse ou une brèche cutanée et la salive animale. En cas d'exposition, une prophylaxie immédiate et méticuleuse prévient presque toujours la rage humaine. La lésion doit être immédiatement, soigneusement et complètement nettoyée à l'aide d'une solution de savon doux ou de chlorure de benzalkonium. Les lésions punctiformes profondes sont rincées avec de l'eau savonneuse à pression moyenne. On laisse habituellement les plaies ouvertes.

La prophylaxie post-exposition par le vaccin antirabique et les immunoglobulines antirabiques sont administrées en fonction des circonstances et de l'animal qui a mordu ( Prévention de la rage après exposition). La prophylaxie post-exposition est commencée et on recherche le virus dans le cerveau de l'animal. Les services sanitaires locaux ou nationaux ou au Centers for Disease Control and Prevention, effectuent habituellement ces analyses et répondent questions relatives au traitement.

Prévention de la rage après exposition

Type d'animal

Évaluation et élimination des animaux

Prophylaxie post-exposition*

Moufettes, ratons laveurs, chauves-souris, renards, et la plupart des autres carnivores

Sont considérés comme enragés sauf si les tests pratiqués en laboratoire s'avèrent négatifs

Envisager une vaccination immédiate et des immunoglobulines antirabiques.

Chiens, chats et furets

En bonne santé et disponibles pendant 10 jours d'observation

Ne pas commencer l'immunoprophylaxie sauf si l'animal développe des symptômes de rage. §

Inconnus (échappés)

Consulter les agents de santé publique.

Enragés ou présumés enragés

Vacciner immédiatement.

Envisager les immunoglobulines antirabiques.

Bétail, petits rongeurs (p. ex., écureuils, hamsters, cobayes, gerbilles, tamias, rats, souris), lagomorphes (lapins, lièvres), grands rongeurs (p. ex., marmottes, castors) et autres mammifères

Décidé au cas par cas

Consulter les responsables de santé publique.

L'immunoprophylaxie n'est presque jamais nécessaire en cas de morsures d'écureuil, de hamster, de cobaye, de gerbille, de rat, de souris, d'autres petits rongeurs et de lagomorphes.

*Nettoyer immédiatement toutes les morsures avec du savon et de l'eau.

Les morsures de chauve-souris étant difficiles à objectiver, la vaccination est indiquée de principe lorsqu'une personne se réveille avec une chauve-souris dans la pièce ou lorsqu'un enfant est retrouvé avec une chauve-souris.

L'animal doit être euthanasié et analysé aussi vite que possible. La poursuite de la période d'observation n'est pas recommandée. La vaccination est stoppée si les tests immunologiques de la rage s'avèrent négatifs chez l'animal.

§Si l'animal reste en bonne santé pendant les 10 jours, c'est qu'il n'était pas infecté au moment de la morsure. Cependant, le traitement par les immunoglobulines antirabiques et le vaccin antirabique cellulaire diploïde humain est commencé dès le premier signe de rage chez un chien, un chat ou un furet ayant mordu quelqu'un. Un animal qui présente les symptômes doit être immédiatement euthanasié et testé.

Si une évaluation par des spécialistes n'est pas possible sur place et que la rage est possible, la vaccination doit être immédiatement envisagée.

Adapté d'après Rabies prevention—United States 1999: Recommendations of the Immunization Practices Advisory Committee (ACIP). Morbidity and Mortality Weekly Report 48(RR-1):1–21, 1999.

Pour la prophylaxie post-exposition, immunoglobulines antirabiques 20 UI/kg injectées autour de la blessure pour obtenir une immunisation passive; si le volume d’injection est trop important pour des régions distales (p. ex., doigts, nez), des Ig peuvent être administrées en IM. Ce traitement est accompagné d'un vaccin antirabique cellulaire diploïde humain pour une immunisation active. Le vaccin antirabique cellulaire diploïde humain est administré en une série de 4 injections de 1 mL IM (chacune dans la région deltoïdienne de préférence), le jour de l'exposition (j0), dans un muscle différent de celui utilisé pour l'injection des Ig. Les injections ultérieures se produisent aux jours 3, 7 et 14; les patients immunodéprimés reçoivent une 5e dose au 28e jour. On observe rarement une réaction systémique grave ou une réaction paralytique; dans ce cas, l’achèvement de la vaccination doit être mis en balance avec le risque que le patient développe la rage. Les titres d'anticorps contre la rage sont mesurés pour évaluer les risques d'un arrêt de la vaccination.

La prophylaxie post-exposition chez une personne antérieurement vaccinée contre la rage, comprend des injections de 1 mL IM de vaccin antirabique cellulaire diploïde humain à j0 et j3, mais pas d'Ig antirabiques.

Points clés

  • La rage provoque encore des dizaines de milliers de décès chaque année dans le monde, principalement en Amérique latine, en Afrique et en Asie, où la rage canine est endémique.

  • Aux États-Unis, la rage ne tue que quelques sujets chaque année; elle est généralement transmise par les chauves-souris, mais éventuellement par les ratons laveurs, les mouffettes, ou des renards.

  • Une douleur et/ou des paresthésies au niveau du site de la morsure sont suivies d'une encéphalite (provoquant nervosité et agitation) ou d'une paralysie ascendante.

  • Pratiquer une biopsie de la peau du cou ou une PCR de la salive, du LCR, ou des tissus en cas d'encéphalite inexpliquée ou de paralysie ascendante.

  • Traiter les patients symptomatiquement.

  • Avant l'exposition, administrer le vaccin antirabique aux personnes à risque (p. ex., les vétérinaires, les marchands d'animaux, les spéléologues, les personnes qui manipulent le virus et celles qui voyagent en zones d'endémie).

  • Après l'exposition, bien nettoyer et débrider les plaies, puis administrer le vaccin contre la rage et l'immunoglobuline antirabique.

Ressources dans cet article