Introuvable
Emplacements

Trouvez des informations sur des sujets médicaux, des symptômes, des médicaments, des procédures, des nouvelles et bien plus encore, rédigées pour les professionnels de santé.

Trouble Dépersonnalisation

Par Daphne Simeon, MD, Mount Sinai School of Medicine

Cliquez ici pour
l’éducation des patients

1 iOS Android

Le trouble de dépersonnalisation consiste en une expérience prolongée ou récurrente de détachement de son propre corps ou de son fonctionnement mental, habituellement avec l'impression d'être devenu un observateur extérieur de sa propre existence. Le trouble est souvent déclenché par un stress sévère. Le diagnostic repose sur des symptômes spécifiques après que les autres causes possibles aient été écartées. Le traitement fait appel à la psychothérapie.

Environ 20 à 40% de la population générale a fait l’expérience transitoire de la dépersonnalisation qui se produit souvent en lien avec une situation de danger avec sentiment de mort imminente, une intoxication aiguë de substances (marijuana, hallucinogènes, kétamine, ecstasy), privation sensorielle ou privation de sommeil. La dépersonnalisation est également un symptôme de nombreux autres troubles psychiatriques et somatiques tels que les troubles convulsifs (ictaux et post-ictaux). Lorsque la dépersonnalisation se manifeste indépendamment d'un autre trouble mental ou physique et qu'elle est persistante ou récidivante, on parle de trouble de dépersonnalisation. Selon les estimations, il se produit chez près de 2% de la population générale.

Symptomatologie

Les patients se sentent détachées de leur corps, de leur esprit, ont un émoussement des sentiments ou de leurs sensations. La plupart des patients disent également qu'ils ont un sentiment d'irréalité (déréalisation), comme s'ils étaient un automate ou dans un rêve ou détachés du monde. Certains patients ne peuvent pas reconnaître leurs émotions ou les décrire (alexithymie). Les patients peuvent se décrire comme des morts qui marchent. Les symptômes sont presque toujours pénibles et, dans les cas graves, parfaitement intolérables. L'anxiété et la dépression sont fréquentes.

Les symptômes sont souvent chroniques; environ 1/3 des patients présentent des épisodes récurrents et les 2/3 des symptômes chroniques. De symptômes épisodiques peuvent parfois devenir chroniques.

Les patients ont souvent de grandes difficultés à décrire leurs symptômes et peuvent craindre ou croire qu'ils deviennent fous. Le patient sait toujours que son vécu " d’irréalité " n’est pas réel mais représente ce qu'il sent. Cette prise de conscience des troubles de dépersonnalisation les différencie d'un trouble psychotique, dans lequel une telle perspicacité est toujours absente.

Diagnostic

  • Bilan médical et psychiatrique

Le diagnostic repose sur les symptômes après avoir éliminé les maladies somatiques, l'abus de substances et d'autres troubles psychiatriques (en particulier l'anxiété et la dépression et d'autres troubles dissociatifs). Le bilan initial doit comprendre une IRM et un EEG pour éliminer les causes physiques, en particulier si les symptômes ou l'évolution sont atypiques. Des tests toxicologiques urinaires peuvent également être indiqués.

Les tests psychologiques, les entretiens structurés et les questionnaires sont utiles.

Pronostic

Les patients s'améliorent souvent sans intervention. Une guérison complète est possible pour beaucoup de patients, en particulier ceux dont les symptômes se manifestent en rapport avec un stress décelable, qui peut être géré par le traitement, et ceux dont les symptômes ne se prolongent pas. Chez d'autres, la dépersonnalisation devient plus chronique et réfractaire.

Une dépersonnalisation persistante ou récidivante, peut cependant entraîner un handicap minime si les patients parviennent à supprimer le sentiment de dépersonnalisation en se concentrant sur d'autres pensées ou activités. Certains patients deviennent handicapés par un sentiment chronique d'étrangeté ou par l'anxiété et/ou la dépression qui l'accompagne.

Traitement

  • Psychothérapie

Le traitement doit rechercher tous les facteurs de stress en relation avec le début du trouble ainsi que les facteurs de stress antérieurs (p. ex., une maltraitance émotionnelle ou des négligences subies pendant l'enfance) qui prédisposent à la dépersonnalisation.

Différentes psychothérapies (p. ex., psychothérapie psychodynamique, thérapie comportementale et cognitive, hypnose) sont efficaces chez certains patients:

  • Les approches cognitives permettent de bloquer la pensée compulsive concernant le vécu d'irréalité.

  • Les techniques comportementales peuvent aider le patient à s'engager dans des tâches qui le détournent de la dépersonnalisation.

  • Des techniques de prise de conscience de l'ici et maintenant utilisent les 5 sens (p. ex., en jouant de la musique forte ou en plaçant un morceau de glace dans la main) pour aider les patients à se sentir plus liés à eux-mêmes et au monde.

  • Le traitement psychodynamique se concentre sur les conflits sous-jacents qui rendent certains affects intolérables pour le moi et sont ainsi dissociés.

  • Le suivi et la nomination de l'affect et de la dissociation à chaque instant lors des séances de traitement sont efficaces chez certains patients.

Divers médicaments ont été utilisés, mais aucun n'a une efficacité clairement démontrée. Cependant, certains patients semblent soulagés par les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, la lamotrigine, les antagonistes des opiacés, les anxiolytiques et les stimulants. Cependant, ces médicaments sont largement indiqués dans d'autres troubles psychiatriques (p. ex., anxiété, dépression) souvent associés ou déclenchés par la dépersonnalisation.