Pour détecter et aider à diagnostiquer certains troubles auto-immuns, comme le lupus et le syndrome de Sjögren, entre autres
Anticorps antinucléaires (AAN)
Lorsqu’un professionnel de la santé pense que vous présentez des symptômes de certains troubles auto-immuns
Échantillon de sang prélevé dans une veine du bras
Aucune; cependant, certains médicaments peuvent altérer les taux des AAN, c’est pourquoi il faut informer votre fournisseur de soins de santé de tout médicament sur ordonnance ou en vente libre ou de toute drogue à usage récréatif que vous prenez.
- Comment utilise-t-on ces tests?
Le dosage des anticorps antinucléaires (AAN) est utilisé comme test principal pour aider à évaluer la présence d’un trouble auto-immun susceptible d’altérer de nombreux tissus et organes partout dans le corps (systémique) et est le plus souvent utilisé, parmi d’autres tests, pour aider à diagnostiquer le lupus érythémateux disséminé (LED). En revanche, des AAN positifs ne permettent pas, à eux seuls, de diagnostiquer une maladie particulière.
Selon les signes et les symptômes du patient et le trouble présumé, le dosage des AAN peut être suivi d’autres tests de dépistage de différents auto-anticorps particuliers. Certains de ces tests sont considérés comme subalternes à l’épreuve générale des AAN et détectent la présence d’auto-anticorps ciblant différentes substances dans les noyaux des cellules, notamment les anticorps anti-ADNdb (double brin), anti-centromère, anti-nucléolaire, anti-histone et anti-ARN. Le bilan des anticorps anti-antigènes nucléaires extractibles (anti-ENA pour Extractable Nuclear Antigen) (anticorps anti-RNP, anti-Sm, anti-SS-A, anti-SS-B, anti-Scl-70, anti-Jo-1) peut également être utilisé en guise de suivi d’un résultat positif pour les AAN.
Ces tests supplémentaires sont utilisés de pair avec les antécédents cliniques et l’examen physique de l’individu pour aider à diagnostiquer ou exclure les troubles auto-immuns, tels le syndrome de Sjögren, la polymyosite et la sclérodermie.
Les laboratoires n’utilisent pas tous la même méthode pour détecter les AAN.
- Immunofluorescence indirecte (IFI) – il s’agit de la méthode traditionnelle; l’échantillon de sang de l’individu est mélangé avec des cellules qui sont fixées sur une lame. Les auto-anticorps susceptibles d’être présents dans le sang réagissent avec les cellules. La lame est traitée avec un réactif (anticorps) fluorescent, puis examinée au microscope. La présence (ou l’absence) de fluorescence et, le cas échéant, le motif de celle-ci sont notés.
- Épreuves immuno-enzymatiques – les laboratoires peuvent également utiliser une épreuve immuno-enzymatique pour dépister les AAN et ne se servir de l’IFI que pour confirmer les résultats positifs ou les résultats qui ne sont pas clairement positifs ou négatifs. Ces méthodes ont habituellement recours à des instruments automatisés. Elles peuvent être moins sensibles que l’IFI pour détecter les AAN, mais peuvent être plus spécifiques pour les troubles auto-immuns.
- Dans quelles situations ces tests sont-ils demandés?
Le dosage des AAN est demandé lorsqu’une personne montre certains signes et symptômes que le professionnel de la santé soupçonne être dus à un trouble auto-immun systémique (généralisé). Les personnes atteintes de troubles auto-immuns peuvent présenter un éventail de symptômes vagues et non spécifiques qui peuvent changer au fil du temps, s’aggraver progressivement ou alterner entre des périodes de poussées et de rémissions.
Les signes et symptômes de ces troubles comprennent les suivants :
- Fièvre de bas grade
- Fatigue persistante, faiblesse
- Douleur de type arthritique dans une ou plusieurs articulations
- Éruption cutanée rouge (en forme de papillon sur le nez et les joues dans le cas du lupus)
- Sensibilité de la peau à la lumière
- Perte de cheveux
- Douleur musculaire
- Engourdissement ou fourmillement dans les mains ou les pieds
- Inflammation et dommages aux organes et tissus, y compris les reins, les poumons, le cœur, la muqueuse du cœur, le système nerveux central, et les vaisseaux sanguins
- Que signifient les résultats des tests?
Un résultat positif pour les AAN signifie que ces auto-anticorps sont présents. Chez une personne présentant des signes et symptômes, cela suggère la présence d’une maladie auto-immune, mais une évaluation plus poussée est requise pour aider à établir le diagnostic final. Encore une fois, certains individus sans maladie peuvent présenter des AAN positifs.
Un résultat positif pour les AAN peut être rapporté de différentes façons, selon la méthode utilisée.
Quantité d’auto-anticorps présents
- Immunofluorescence indirecte (IFI) – les résultats sont rapportés en titre. Les titres sont exprimés sous forme de rapports, lesquels sont obtenus en diluant une portion de l’échantillon de sang avec une solution saline (eau salée). Par exemple, un titre de 1:320 signifie qu’une part de l’échantillon de sang a été mélangée à 320 parts d’une solution saline, et cette valeur correspond au rapport le plus faible avec lequel les AAN peuvent encore être détectés. Plus ce rapport de dilution est faible, plus le titre est élevé et plus les auto-anticorps présents sont nombreux.
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Épreuve immuno-enzymatique (ELISA pour Enzyme Linked Immunosorbent Assay) – les résultats sont habituellement rapportés sous forme de nombre avec une unité de mesure arbitraire (abrégée par « U » sur le rapport, par exemple). Un résultat positif avec cette méthode signifiera un certain nombre d’unités qui est au-dessus de la valeur de référence (seuil) du laboratoire, qui représente la plus petite valeur possible considérée comme positive.
Motifs de fluorescence cellulaire
Outre le titre, les résultats positifs à l’IFI comprennent une description du motif particulier de fluorescence observé. Différents motifs ont été associés à différents troubles auto-immuns, bien qu’il puisse exister certains chevauchements. Les motifs les plus fréquemment observés comprennent les suivants :- Homogène (diffus) – associé au LED, aux maladies des tissus conjonctifs (connectivites) mixtes et au lupus d’origine médicamenteuse
- Moucheté – associé aux troubles suivants : LED, syndrome de Sjögren, sclérodermie, polymyosite, polyarthrite rhumatoïde et connectivites mixtes
- Nucléolaire – associé à la sclérodermie et à la polymyosite
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Centromère (périphérique) – associé à la sclérodermie et au syndrome CREST (Calcinose, syndrome de Raynaud, dysmotilié œsophagienne [Esophageal dysmotility], Sclérodactylie, Télangiectasie)
Un exemple de résultat positif avec la méthode par IFI fournirait le titre de la dilution et une description du motif, par exemple « Positif à une dilution de 1:320 avec un motif homogène ».
Avec les deux méthodes, plus la valeur rapportée est élevée, plus le résultat est susceptible d’être véritablement positif.
Affections associées à une épreuve positive pour les AAN
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L’affection la plus souvent associée à des AAN positifs est le LED. Environ 95 % des personnes atteintes de LED présentent des AAN positifs. Si l’individu présente en plus des symptômes du LED, tels une arthrite, une éruption cutanée et une sensibilité cutanée à la lumière, alors la personne est probablement atteinte de lupus. Les anticorps anti-ADNdb et anti-SM (souvent demandés dans le cadre du bilan des anticorps anti-ENA), si positifs, aident à confirmer l’affection (LED).
Les autres affections qui peuvent montrer des AAN positifs comprennent les suivantes :
- Lupus d’origine médicamenteuse – un certain nombre de médicaments peuvent déclencher cette affection, qui est associée à des symptômes lupiques. Ceux-ci disparaissent habituellement à l’arrêt des médicaments. De nombreux médicaments sont connus pour induire des symptômes lupiques, mais ceux les plus étroitement associés à ce syndrome comprennent l’hydralazine, l’isoniazide, le procaïnamide, et plusieurs anticonvulsivants. Étant donné que cette affection est associée à la formation d’auto-anticorps dirigés contre les histones, une épreuve de détection des anticorps anti-histone peut être demandée pour appuyer le diagnostic.
- Syndrome de Sjögren – environ 80 % des personnes atteintes de cette affection présentent des AAN positifs. Même si un résultat positif pour ces anticorps appuie le diagnostic de syndrome de Sjögren, un résultat négatif ne l’exclut cependant pas. Le professionnel de la santé pourrait alors demander deux sous-types d’AAN, à savoir les anticorps anti-SS-A (Ro) et anti-SS-B (La) (voir le « Bilan des anticorps anti-ENA »).
- Sclérodermie (sclérose systémique) – environ 60 à 95 % des personnes atteintes de sclérodermie présentent des AAN positifs. Chez les personnes atteintes de cette affection, les sous-types d’AAN peuvent aider à distinguer deux formes de la maladie (« limitée » et « diffuse »). La forme diffuse est plus grave. La forme limitée est le plus souvent associée au motif anti-centromère de la coloration des AAN (et à l’épreuve des anticorps anti-centromère), tandis que la forme diffuse est associée aux auto-anticorps anti-Scl-70.
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Moins fréquemment, des AAN peuvent être observés chez les personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde, du syndrome de Raynaud, d’arthrite, de dermatomyosite ou polymyosite, de connectivites mixtes et d’autres affections auto-immunes (pour plus d’information sur ces troubles, veuillez consulter l’article sur les « Maladies auto-immunes »).
Le professionnel de la santé doit se fonder sur les résultats des tests, les symptômes cliniques ainsi que les antécédents du patient pour établir le diagnostic. Comme les symptômes peuvent apparaître et disparaître, il faut parfois attendre plusieurs mois, voire des années, avant de détecter une tendance pouvant suggérer un lupus ou une autre maladie auto-immune.
Un résultat négatif pour les AAN rend le diagnostic de lupus ou d’une autre maladie auto-immune peu probable. Il n’est habituellement pas nécessaire de répéter immédiatement l’épreuve des AAN en cas de résultat négatif, bien qu’en raison de la nature épisodique des maladies auto-immunes, elle pourrait être utile subséquemment en cas de réapparition des symptômes.
Un individu atteint d’une maladie auto-immune diagnostiquée peut tout de même présenter un résultat négatif à l’épreuve des AAN si l’affection se trouve en rémission.
À l’exception de quelques cas rares, il n’est pas nécessaire d’évaluer les sous-types d’auto-anticorps suivant un résultat négatif pour les AAN.
- Y a-t-il autre chose que je devrais savoir?
L’épreuve des AAN n’est pas utilisée pour suivre ou surveiller l’évolution clinique du lupus, de sorte qu’elle n’est habituellement pas demandée en série pour les patients chez lesquels un diagnostic a déjà été posé.
Certaines infections, tout comme l’hépatite auto-immune, la cirrhose biliaire primaire et les autres affections mentionnées plus haut peuvent toutes entraîner un résultat positif pour les AAN.
- Pourrais-je avoir un résultat positif pour les AAN, mais ne présenter aucune maladie auto-immune?
Oui. Environ 3 à 5 % des personnes en bonne santé peuvent être positives pour les AAN, et cette proportion peut s’élever à 10 %, voire 37 %, chez le groupe des 65 ans et plus en bonne santé, car la fréquence des AAN augmente avec l’âge. Ces résultats seraient donc considérés comme des faux positifs, car ils ne sont associés à aucune maladie auto-immune. De tels cas sont plus fréquents chez les femmes que chez les hommes.
- Pour quelle raison ces anticorps sont-ils appelés « antinucléaires »?
Les AAN sont des auto-anticorps qui sont dirigés contre certaines composantes présentes dans le noyau des cellules, d’où leur appellation, « antinucléaires ». Certains des anticorps associés aux maladies auto-immunes peuvent également être dirigés contre certaines substances présentes dans le cytoplasme et pourraient également être détectés par l’épreuve des AAN.
- Mon professionnel de la santé m’a dit que mon résultat pour les AAN est positif, mais il n’est pas sûr que je sois atteint de lupus. Comment cela est-il possible?
Les maladies auto-immunes entraînent souvent des effets systémiques (généralisés) touchant l’ensemble du corps et sont très complexes par nature. Votre professionnel de la santé interprétera vos résultats en fonction de votre profil global et pourrait avoir besoin de les comparer, de même qu’évaluer la gravité de vos symptômes, pendant une certaine période de temps avant de poser un diagnostic définitif. Ce laps de temps supplémentaire pourrait également lui permettre d’éliminer les autres causes possibles de vos symptômes.
- Outre les épreuves des auto-anticorps, quels autres tests mon professionnel de la santé pourrait-il demander?
Votre professionnel de la santé pourrait également demander des tests de laboratoire qui détectent la présence d’une inflammation, comme la vitesse de sédimentation (VS) des érythrocytes et/ou la protéine C réactive (PCR). Le dosage des immunoglobulines totales pourrait être utilisé pour évaluer une personne atteinte de LED, tandis qu’une épreuve du complément pourrait être effectuée pour surveiller l’évolution de la maladie.