Le Manuel Merck

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La nouvelle pompe à insuline automatique est-elle vraiment un pancréas artificiel ?

Commentaire
2016-11-07 Erika F. Brutsaert, MD, Assistant Professor, Department of Medicine, Albert Einstein College of Medicine

Le 28 septembre 2016, l’Agence des produits alimentaires et médicamenteux (Food and Drug administration, FDA) a autorisé le premier système d’administration automatique par pompe à insuline, le Medtronic 670G.

Qu’est-ce que ce dispositif ?

Le Medtronic 670G associe une pompe à insuline, qui administre de l’insuline à l’utilisateur, à un glucomètre continu, et à un microprocesseur. Le glucomètre mesure la glycémie de l’utilisateur toutes les cinq minutes et transmet les données au processeur par communication sans fil. Le processeur calcule alors en temps réel les variations de la dose d’insuline basale et demande à la pompe d’ajuster la dose. Le 670G est la première association glucomètre/pompe autorisée dans cette utilisation.

S’agit-il vraiment d’un « pancréas artificiel » ?

Pas vraiment, mais l’on s’en approche peu à peu. Un pancréas complètement artificiel serait capable de détecter TOUTES les variations de la glycémie d’une personne, y compris les augmentations nettes après les repas, et de réagir à ces variations. Toutefois, le 670G automatise uniquement le dosage de l’insuline basale. Pour tenir compte de l’augmentation de la glycémie après les repas, les utilisateurs doivent toujours calculer les glucides consommés et effectuer un prélèvement capillaire au bout du doigt pour mesurer leur glycémie, puis commander manuellement la pompe pour administrer une dose d’insuline supplémentaire (dose bolus). Les résultats du glucomètre intégré ne peuvent pas être utilisés pour déterminer la dose bolus. Les utilisateurs devront donc toujours effectuer un prélèvement capillaire au bout du doigt quatre fois par jour.

Toutefois, il s’agit d’un progrès par rapport aux pompes à insuline actuellement disponibles sur le marché, qui peuvent uniquement administrer une dose basale définie et suspendre l’administration d’insuline pour prévenir la diminution de la glycémie (hypoglycémie).

Est-il efficace ?

Oui. Les personnes chez qui le 670G a été testé n’ont ainsi pas connu d’épisodes d’hypoglycémie, ce qui est la principale préoccupation associée à l’utilisation d’un système automatique de dosage de l’insuline. Par ailleurs, aucune acidocétose diabétique n’a été observée chez les utilisateurs.

Toutefois, le 670G a uniquement été étudié sur des individus âgés de 14 ans et plus, bien qu’une étude soit en cours chez des enfants âgés de 7 à 13 ans. Il n’est pas recommandé chez les enfants âgés de moins de 7 ans, ni chez les personnes nécessitant moins de huit unités d’insuline par jour. Son utilisation n’est pas non plus autorisée pendant la grossesse. 

Que faut-il retenir ?

Il est évident que l’enthousiasme suscité par cette nouvelle technologie doit être tempéré par des attentes réalistes et par une connaissance précise de ses limites. Les principaux avantages de la nouvelle pompe sont sa capacité potentielle à améliorer le contrôle de la glycémie, tout en diminuant les épisodes d’hypoglycémie, particulièrement la nuit, période au cours de laquelle les personnes sont les plus souvent susceptibles de présenter une hypoglycémie. C’est un élément important, car le risque d’hypoglycémie augmente lorsqu’une personne contrôle sa glycémie de manière stricte. Pourtant, un contrôle strict de la glycémie est essentiel pour réduire les risques de complications du diabète, notamment les problèmes oculaires et rénaux. Le dispositif pourrait diminuer la gêne importante associée aux prélèvements capillaires au bout du doigt chez certains utilisateurs qui doivent effectuer ses prélèvements plus de quatre fois par jour pour contrôler leur diabète. Le Medtronic 670G est un progrès important dans la prise en charge du diabète de type 1, qui nous rapproche de l’objectif ultime, celui de disposer d’un pancréas artificiel commercialisé.