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L’inertie clinique dans la prise en charge du diabète - Commentaire

Commentaire
08/22/18 Erika F. Brutsaert, MD, Assistant Professor, Albert Einstein College of Medicine; Attending Physician, Montefiore Medical Center

Qu’est-ce que l’inertie clinique ?

Il est souvent difficile pour une personne de changer ce qu’elle fait. On appelle cela « l’inertie ». L’inertie clinique désigne une situation dans laquelle le traitement médical n’est pas ajusté (par exemple, en augmentant la dose d’un médicament ou en ajoutant un autre médicament) même lorsqu’il existe des preuves claires qu’une maladie n’est pas traitée de manière adéquate. Il est plus facile de discerner l’inertie lorsqu’il y a des objectifs de traitement spécifiques et concrets, par exemple le fait de faire baisser la tension artérielle pour descendre en dessous d’un certain niveau. Dans la prise en charge du diabète, un objectif tangible fréquemment utilisé est un taux d’hémoglobine A1c inférieur à 7 %. Cet objectif est souvent recommandé par les spécialistes du diabète.

 

Qu’a observé cette étude ?

 Une récente étude a observé d’importants taux d’inertie clinique parmi les individus atteints de diabète sucré de type 2 (DST2) traités dans un centre médical. L’étude a examiné les dossiers médicaux de 7 389 patients diabétiques dont le taux d’hémoglobine A1c a été mesuré après qu’ils avaient pris les mêmes médicaments hypoglycémiants par voie orale pendant au moins 6 mois. L’étude a cherché à savoir si le traitement avait été intensifié pour les individus dont le taux d’hémoglobine A1c était supérieur à l’objectif de 7 %. L’étude a observé que pour plus de 60 % des individus qui dépassaient l’objectif, aucun médicament supplémentaire n’était prescrit. En outre, plus d’un quart des individus dont le taux d’hémoglobine A1c était très élevé n’ont pas reçu de médicaments supplémentaires.

 

Qu’est-ce vraiment que l’inertie clinique ?

Il est possible que dans certains cas, des raisons légitimes aient justifié l’absence de traitement supplémentaire dans les dossiers médicaux. Un traitement supplémentaire pourrait en réalité avoir été prescrit, mais par un autre médecin dans un centre différent. Ou bien les médecins ont abordé la possibilité d’ajouter des traitements, mais l’individu en question pensait ne pas avoir les moyens de payer pour ces traitements ou les trouvait trop désagréables (par exemple, le fait d’utiliser un médicament injectable). Certains individus sont également l’exception qui confirme la règle. Étant donné qu’un taux bas d’hémoglobine A1c n’est bénéfique que sur le long terme, les individus qui sont très malades et en fin de vie n’ont que peu de chances de retirer un bénéfice d’efforts agressifs visant à abaisser leur taux de glycémie, alors qu’ils sont à risque de développer des complications, telles qu’un taux de glycémie dangereusement bas (hypoglycémie).

Cependant, les médecins qui ont mené cette étude n’ont pas pensé que des raisons comme celles-ci pouvaient s’appliquer à la majorité des individus qui semblaient nécessiter un traitement supplémentaire et qui n’ont pas semblé le recevoir. Ils ont pensé que souvent, il s’agissait bien d’inertie clinique : les médecins ont vu que les taux de leurs patients étaient supérieurs à l’objectif et n’ont pas agi en conséquence.

 

Quelles sont les causes de l’inertie clinique ?

Comme nous l’avons mentionné précédemment, il peut être difficile de changer. Il n’est pas facile d’intensifier le traitement contre le diabète. Cela peut nécessiter d’ajouter plusieurs médicaments par voie orale et/ou à injecter, une surveillance plus fréquente de la glycémie par piqûre du doigt et des modifications importantes des habitudes de vie. Il est généralement nécessaire de former les patients, surtout quand des injections sont requises. De plus, le prix est souvent un facteur à prendre en compte, même pour les individus couverts par une assurance maladie. Il existe donc de nombreuses raisons pour lesquelles les individus peuvent hésiter à adopter des mesures supplémentaires de prise en charge, et pour lesquelles leur médecin peut être réticent à leur demander de le faire.

 En outre, les nombreux nouveaux médicaments ont rendu la prise en charge du diabète plus compliquée. Les médecins ont plus de difficultés à prévoir assez de temps lors des visites de suivi pour donner la formation nécessaire aux patients et répondre à leurs inquiétudes et leurs questions. Certains médecins généralistes ont des réticences à recommander une intensification du traitement, ce qui signifie qu’un plus grand nombre de patients pourraient devoir être envoyés vers un spécialiste afin de recevoir des soins. Néanmoins, en fonction de la région où habite le patient, il peut être difficile de trouver un spécialiste ou d’obtenir un rendez-vous rapidement.

 

Quand les patients doivent-ils s’attendre à un changement de leur traitement contre le diabète ?

Comme pour la plupart des choses de la vie, il est important de prévoir un plan à l’avance. Dans le cas du diabète, les patients doivent demander à leur médecin quels sont les objectifs appropriés pour eux, compte tenu de tous les facteurs que nous avons mentionnés, y compris la volonté de réaliser plus de piqûres du doigt et d’employer des médicaments injectables, la capacité de payer le traitement et les perspectives de santé sur le long terme. Ensuite, une fois l’objectif défini, le médecin et le patient doivent tous deux s’assurer que l’objectif est surveillé et que des mesures sont prises en conséquence. Les patients doivent avoir connaissance de leur taux et de leur objectif de glycémie et d’hémoglobine A1c, et s’assurer de demander à leur médecin quel est le plan prévu s’ils n’atteignent pas leur objectif.