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Un message en l’honneur de la Journée mondiale du SIDA – « Connais ton statut »

Commentaire
11/27/19 Edward R. Cachay , MD, MAS, University of California, San Diego

Le dimanche 1er décembre marque la 31e édition de la Journée mondiale du SIDA. Chaque année, la Journée offre à la population du monde entier une chance de s’unir pour lutter contre le VIH, de montrer son soutien aux personnes vivant avec le VIH et de rendre hommage à toutes celles qui ont été emportées par les maladies liées au SIDA. En l’honneur de cette importante journée de prise de conscience, l’équipe éditoriale des Manuels MSD a rencontré le Dr Edward Cachay pour s’entretenir de l’importance de la sensibilisation et de la manière dont les perceptions de cette maladie aux États-Unis ont changé au fil des années. Cette discussion est basée sur des statistiques et recommandations américaines. Le Dr Cachay est spécialiste des maladies infectieuses et professeur de médecine à l’Université de Californie de San Diego, et auteur des chapitres concernant le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) des Manuels MSD.

Y a-t-il moins de cas de SIDA aujourd’hui que par le passé ?

Dr Cachay : Proportionnellement et pour faire court, la réponse est oui. En 2016, le nombre de cas de VIH a diminué pour atteindre moins de 39 000, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies. Mais de manière tout aussi importante, le nombre de cas de SIDA continue à diminuer. Cette diminution de la progression pouvant s’avérer mortelle de la maladie reflète deux éléments importants. Le premier est l’impact des efforts de santé publique en termes de sensibilisation et de dépistage efficace des populations à risque. Le deuxième est l’émergence d’une immunothérapie et d’outils de meilleure qualité et très efficaces pour traiter l’infection par le VIH.

Quelle est la différence entre le VIH et le SIDA ?

Dr Cachay : Le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) est un virus, comme l’indique son nom. Il se transmet d’une personne à l’autre par l’échange de liquides corporels. Le SIDA (syndrome d’immunodéficience acquise) est une maladie qu’une personne développe uniquement après avoir contracté le VIH. Pour résumer de manière simplifiée, une personne peut être infectée par le VIH pendant longtemps, mais si elle ne se rend pas compte qu’elle a été infectée ou que son infection n’est pas traitée, elle peut alors développer les multiples complications qui définissent le SIDA.

Comment les perceptions du grand public vis-à-vis du VIH et du SIDA ont-elles changé par rapport au début de votre carrière de médecin ?

Dr Cachay : Il y a vingt ans, le SIDA était une condamnation à mort. Il n’y avait pas de traitement efficace ni de guérison possible. Aujourd’hui, dans de nombreux cas, il s’agit d’une maladie qui peut être prise en charge de manière efficace avec des soins médicaux et un traitement appropriés. Ce traitement s’est considérablement amélioré au cours des 20 dernières années, mais le SIDA n’a pas encore complètement disparu.

Le SIDA est-il moins mortel aujourd’hui ? Est-il possible d’en guérir ?

Dr Cachay : Aujourd’hui, les médecins peuvent mieux reconnaître et évaluer avec précision le stade de progression des multiples complications associées au développement du SIDA, et nous avons beaucoup plus d’expérience en termes de traitement des complications liées au SIDA. La nouvelle technologie et les nouveaux traitements améliorent les chances de survie des personnes chez qui le SIDA est diagnostiqué.

Toutefois, il n’existe pas à l’heure actuelle de traitement curatif spécifique contre le VIH. Des recherches sont effectuées dans de multiples domaines, et nous recherchons activement un traitement curatif. Notre objectif avec les traitements actuels est de stimuler le système immunitaire, de sorte que l’individu malade sorte du seuil associé au SIDA et évite les complications potentielles, et, dans l’idéal, qu’il puisse vivre longtemps et confortablement tout en restant productif.

Est-ce qu’un plus grand nombre de personnes font l’objet d’un dépistage du VIH ?

Dr Cachay : Tout à fait. De plus en plus de personnes passent le test de dépistage, et les efforts de diversifications des sites de dépistage en dehors des cliniques et des hôpitaux ont été couronnés de succès. Le dépistage est effectué par exemple dans des centres communautaires, des unités mobiles et d’autres endroits, et les groupes utilisent des médias sociaux pour faire passer le mot afin de pouvoir dépister davantage de personnes.

Quels sont les principaux facteurs de risque d’infection par le VIH aujourd’hui ?

Dr Cachay : Pour répondre à cette question, il est important en premier lieu d’expliquer comment le VIH se transmet d’une personne à l’autre. La transmission se fait par le sang, par les liquides génitaux durant les rapports sexuels et par le lait maternel. Les rapports sexuels sans préservatif sont la première cause de transmission du VIH aux États-Unis. Le choix des partenaires joue également un rôle dans la transmission. Le fait d’avoir des rapports sexuels avec des personnes qui prennent des drogues illégales ou se prostituent augmente le risque de contracter le VIH. Les autres facteurs de risque comprennent le partage d’aiguilles et, malheureusement, la transmission de la mère à l’enfant.

Compte tenu de ces facteurs de risque, il existe également quelques facteurs aggravants qui peuvent rendre une transmission plus probable. Ils comportent en premier lieu la consommation d’alcool et l’usage récréatif de drogues, qui peuvent affecter le jugement des personnes et les rendre plus susceptibles d’avoir des comportements à risque comme des rapports sexuels non protégés. Le second facteur aggravant est le fait d’avoir des rapports sexuels avec une personne actuellement atteinte d’une infection sexuellement transmissible comme l’herpès, la syphilis, la chlamydia ou la gonorrhée, qui peuvent causer des changements au niveau des tissus du pénis ou du vagin, ce qui facilite la transmission du VIH pendant les rapports sexuels.

Comment peut-on prévenir l’infection par le VIH ?

Dr Cachay : D’un point de vue communautaire et de santé publique, nous devons intensifier les campagnes qui augmentent la sensibilisation au VIH et abordent la stigmatisation liée au VIH afin qu’un plus grand nombre de personnes se fassent dépister. Nous devons rappeler au grand public que le VIH peut affecter n’importe qui dans nos communautés, pas seulement les groupes à haut risque. Les personnes séropositives au VIH sont des mères, des pères, des amis, des frères, des sœurs, des collègues, des maris et des femmes. Nous faisons tous partie de cette communauté et nous sommes tous à risque. Il est bon de parler de l’importance du dépistage et de la sensibilisation.

Au niveau individuel, la meilleure chose à faire consiste à utiliser des préservatifs pendant les rapports sexuels. Pour les personnes à haut risque d’infection, la prise d’un médicament antirétroviral avant l’exposition au VIH peut réduire le risque d’infection par le virus. Ce traitement préventif s’appelle prophylaxie pré-exposition (preexposure prophylaxis, PrEP). La réduction des risques liés à l’usage de drogues par voie intraveineuse, par exemple au moyen des programmes d’échange d’aiguilles et du traitement de substitution aux opiacés, représente un autre élément de prévention important.

Dans quelle mesure l’éducation est-elle importante pour résoudre le problème de la stigmatisation ?

Dr Cachay : L’éducation est primordiale. Nous supposons souvent que les enfants apprennent ce qu’est le VIH à l’école. Mais ce sont les conversations qu’ils ont à la maison qui peuvent avoir un impact important sur la stigmatisation et leur apprendre quels sont les facteurs de risque potentiels. Nous devons avoir des conversations pragmatiques, en particulier avec les jeunes, concernant notamment les rapports sexuels protégés et les risques liés au partage d’aiguilles et à la consommation de drogues. Cette éducation est réellement cruciale pour les efforts de prévention du VIH.

Qui doit se faire dépister pour le VIH ?

Dr Cachay : Dans l’idéal, l’ensemble de la communauté doit se faire dépister. Depuis 2006, la recommandation officielle préconise à toutes les personnes âgées de 13 à 65 ans de se faire dépister au moins une fois. Les personnes à plus haut risque d’infection par le VIH doivent se faire dépister plus souvent. Les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes doivent se faire dépister chaque année lorsqu’ils ne prennent pas de PrEp. S’ils prennent une PrEp, ces hommes doivent se faire dépister tous les trois mois. Les femmes enceintes doivent se faire dépister lors de chaque grossesse Les personnes qui consomment des drogues par voie intraveineuse doivent se faire dépister au moins une fois par an, mais peut-être plus souvent, selon les circonstances.

Selon vous, qu’est-il le plus important de savoir au sujet du VIH ?

Dr Cachay : Connaître votre statut VIH. Cette information est essentielle pour la prévention et la prise en charge de la maladie. Si une personne n’est pas infectée par le VIH, des mesures peuvent être prises pour prévenir l’infection, comme la prise d’une PrEp. Si une personne est infectée, elle peut recevoir un traitement pour réduire le risque de transmettre le virus à quelqu’un d’autre. De plus, une personne qui connaît son statut peut recevoir un traitement qui lui permettra de vivre longtemps tout en étant productive.

J’ai une recommandation supplémentaire, que je partage souvent avec les jeunes. Aimez et soyez aimés. Vous en avez le droit. Mais veillez à rester sobres et à vous protéger lorsque vous aimez.