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Commentaire : Doses supplémentaires de vaccin anti-COVID-19

Commentaire
12/01/21 Matthew E. Levison, MD, Drexel University College of Medicine, Drexel University

Une grande confusion règne suite à plusieurs annonces, parfois contradictoires, et souvent ambiguës au cours des derniers mois concernant les doses supplémentaires des vaccins anti-COVID-19. À compter du 1er août 2021, Israël, le premier pays à le faire, a déployé une troisième dose de vaccin à ARNm. Au début, cette troisième dose était administrée aux personnes de plus de 60 ans, mais elle l’a été au final à celles âgées d’au moins 12 ans ayant reçu la deuxième dose de vaccin anti-COVID-19 à ARNm au moins cinq mois auparavant et éligibles à recevoir une troisième dose (1). D’autres pays, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, la Hongrie et la Russie, envisageaient déjà d’administrer une dose supplémentaire de vaccin anti-COVID-19 à une certaine frange de la population.

 

À cette même période, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en soulevant des problèmes éthiques, déconseillait à toutes les personnes de recevoir des doses supplémentaires de vaccin anti-COVID-19. L’OMS a relevé qu’il n’existait pas de données probantes concernant l’administration d’une dose supplémentaire aux personnes entièrement vaccinées dans les pays riches, alors que les personnes dans les pays sous-médicalisés ne sont toujours pas vaccinées, notamment parce que les vaccins anti-COVID-19 sont parfaitement efficaces pour protéger les personnes contre les maladies graves et échapper ainsi à l’hospitalisation et au décès, même contre les variants du SARS-CoV-2 (le virus à l’origine du COVID-19) qui circulent actuellement. Si les personnes dans les pays sous-médicalisés restent non vaccinées, la transmission virale endémique se poursuivra, alors que de nouveaux variants viraux résistant au contrôle immunitaire évolueront et se répandront dans le monde entier. En d’autres termes, nous ne serons pas en sécurité en ce monde tant que nous n’aurons pas eu l’occasion de tous nous faire vacciner (2). Le projet de « rappel vaccinal » lancé aux États-Unis vise à répondre aux besoins identifiés à l’échelle nationale, alors qu’ils donnent des doses supplémentaires de vaccin à d’autres pays où les vaccins anti-COVID-19 s’avèrent nécessaires (3).

 

Toutefois, le Groupe stratégique consultatif d’experts (Strategic Advisory Group of Experts, SAGE) de l’OMS a recommandé dernièrement (le 10/11/2021) « l’administration d’une dose supplémentaire de vaccin anti-COVID-19 aux personnes immunodéprimées, en raison de leur risque accru d’infections sous traitement après une vaccination standard », conformément à une partie de la politique actuelle des CDC (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies) aux États-Unis (4).

 

Plusieurs doses d’un vaccin sont fréquemment nécessaires pour garantir une réponse immunitaire appropriée. Une primovaccination, qui comprend habituellement au moins deux doses de vaccin, est nécessaire pour obtenir le taux d’immunité le plus élevé possible. Outre la primovaccination, une dose de rappel est souvent nécessaire pour rétablir une réponse immunitaire efficace qui s’estompe au fil du temps. Par exemple, la primovaccination concernant le vaccin contre la diphtérie, la coqueluche et le tétanos comprend trois doses qui sont administrées aux enfants à l’âge de 2, 4 et 6 mois. Aux États-Unis, une dose de rappel visant à rétablir une réponse immunitaire en déclin est administrée entre l’âge de 12 et 15 mois et une deuxième dose de rappel, entre l’âge de 4 et 6 ans (5). Des doses de rappel supplémentaires d’un vaccin antitétanique sont administrées aux adultes tous les 10 ans pour conserver une réponse immunitaire efficace.

 

Les vaccinations contre la grippe sont répétées chaque année pour une autre raison. Comme les virus de la grippe mutent en général, les vaccins contre cette maladie sont modifiés chaque année pour conserver une réponse immunitaire efficace contre le virus de la grippe qui circule actuellement au sein de la population. À ce jour, les variants du virus SARS-CoV-2 en circulation ont bien répondu au contrôle immunitaire induit par les vaccins anti-COVID-19 actuels. Toutefois, d’autres variants éludant la réponse immunitaire induite par les vaccins anti-COVID-19 actuellement utilisés risquent d’apparaître. Les développeurs de vaccins prévoient également que des vaccins modifiés ciblant mieux ces nouveaux variants seront nécessaires.

 

La protéine Spike présente à la surface du coronavirus SARS-CoV-2 constitue la clé permettant au virus de s’accrocher aux récepteurs sur la surface des cellules hôtes et de pénétrer dans la cellule. Tous les vaccins anti-COVID-19 actuels stimulent le système immunitaire pour fabriquer des anticorps dirigés contre la protéine Spike, empêchant ainsi l’entrée du virus. Actuellement, l’utilisation de trois vaccins anti-COVID-19 est autorisée aux États-Unis : Deux vaccins sont des vaccins à ARN messager (ARNm), l’un fabriqué par Pfizer-BioNTech (Pfizer) et l’autre par Moderna, et le dernier, un vaccin à vecteur adénoviral fabriqué par Johnson & Johnson/Jansen (J&J). Les vaccins Pfizer et Moderna sont actuellement administrés selon un schéma posologique de deux doses, à 3 semaines d’intervalle pour le vaccin Pfizer et à 4 semaines d’intervalle pour le vaccin Moderna. Le vaccin Johnson & Johnson est actuellement administré en dose unique.

 

Une dose supplémentaire de vaccin doit-elle être considérée comme une seule des doses d’une primovaccination ou une dose de rappel ? Certes, pour les personnes n’ayant pas reçu la ou les premières doses de vaccin, par exemple, les personnes immunodéprimées, la dose supplémentaire est administrée dans le but de tenter de les vacciner entièrement et est considérée comme faisant partie intégrante d’une primovaccination. Concernant les personnes entièrement vaccinées ayant reçu la ou les premières doses de vaccin, mais dont la réponse immunitaire a commencé à diminuer au fil du temps, une dose supplémentaire est administrée pour stimuler la réponse immunitaire.

 

Le dépistage visant à évaluer l’adéquation de la réponse immunitaire après la vaccination contre le COVID-19 est actuellement déconseillé, car le taux minimal d’anticorps assurant la protection n’est pas connu à ce jour. Pour évaluer les signes d’une infection au COVID-19 antérieure chez des personnes vaccinées, une analyse de sang distincte est effectuée pour évaluer spécifiquement la présence d’anticorps contre le virus SARS-CoV-2.

 

Doses supplémentaires de vaccin anti-COVID-19 destinées aux PERSONNES DONT LE SYSTÈME IMMUNITAIRE EST AFFAIBLI

 

Le 12 août 2021, après avoir évalué des études chez des patients ayant bénéficié d’une greffe d’organe et dont le système immunitaire est affaibli, et qui ont montré que le vaccin anti-COVID-19 était moins efficace et qu’une dose supplémentaire des vaccins améliorait la production d’anticorps dirigés contre le virus SARS-CoV-2, la FDA a modifié les autorisations d’utilisation d’urgence (Emergency Use Authorizations, EUA) pour permettre aux personnes présentant ce niveau de déficit immunitaire de recevoir une troisième dose du vaccin anti-COVID-19 Pfizer ou Moderna (6). Les CDC ont recommandé que les personnes modérément à sévèrement immunodéprimées (âgées d’au moins 12 ans pour Pfizer ou d’au moins 18 ans pour Moderna) reçoivent une dose supplémentaire du même vaccin anti-COVID-19 qu’ils ont eu en premier au moins 28 jours après la fin de la primovaccination contre le COVID-19 (7, 8).

 

Les personnes éligibles à une troisième dose comprennent :

Les patients qui ont bénéficié d’une greffe d’organe plein et qui prennent des médicaments pour supprimer le système immunitaire

Les patients qui ont bénéficié d’une greffe de cellules souches au cours des 2 dernières années ou qui prennent des médicaments pour supprimer le système immunitaire

Les patients sous traitement anticancéreux

Les patients atteints d’une infection par le VIH avancée ou non traitée

Les patients souffrant de maladies auto-immunes qui reçoivent des médicaments supprimant leur système immunitaire, tels que des corticoïdes à fortes doses ou d’autres médicaments qui peuvent supprimer la réponse immunitaire

Les patients atteints de troubles d’immunodéficience primaire modérés ou sévères (par exemple, le syndrome de DiGeorge ou le syndrome de Wiskott-Aldrich)

 

Les recommandations des CDC concernant une dose supplémentaire de vaccin chez les personnes modérément à sévèrement immunodéprimées ne s’appliquent qu’aux personnes ayant reçu auparavant les vaccins Pfizer ou Moderna (9), car il n’existe pas à ce jour suffisamment de données pour indiquer si les personnes immunodéprimées ayant reçu le vaccin anti-COVID-19 de Johnson & Johnson présenteront une meilleure réponse des anticorps après s’être vues administrer une dose supplémentaire de ce vaccin.

 

Les personnes immunodéprimées doivent prendre des précautions non pharmaceutiques (par exemple, porter un masque, respecter la distanciation physique, etc.) pour aider à prévenir le COVID-19. En outre, les contacts proches des personnes immunodéprimées doivent être vaccinés afin de renforcer la protection.

 

Doses supplémentaires de vaccin anti-COVID-19 destinées aux PERSONNES NON immunodéprimées

 

Une étude récemment publiée (10) a confirmé que l’efficacité du vaccin Pfizer contre les infections à SARS-CoV-2 avait chuté de 88 % durant la période de l’étude le mois suivant l’administration de deux doses de vaccin à 47 % au bout de 6 mois. Au cours de la période de l’étude, le pourcentage de cas attribués au variant delta avait augmenté de 0,6 % en avril 2021 à quasiment 87 % en juillet 2021, et l’efficacité du vaccin contre les infections avec le variant delta, qui s’élevait à 93 % 1 mois après deux doses, est descendue à 53 % après 4 mois. Toutefois, l’efficacité contre les risques d’hospitalisation liée au variant delta est restée élevée (93 %) durant la période de l’étude, tous âges confondus. On pensait que la diminution de l’efficacité du vaccin contre les infections au fil du temps était probablement due à une immunité en déclin, plutôt qu’au variant delta qui élude la protection vaccinale.

 

Contrairement à l’efficacité réduite du vaccin Pfizer, l’efficacité du vaccin Moderna contre les risques d’hospitalisation pour cause de COVID-19 s’est avérée stable (93 % 14 à 120 jours après la deuxième dose de vaccin et 92 % à > 120 jours). Moderna a communiqué des données à la FDA le 1er septembre 2021, qui plaident en faveur de la dose de rappel proposée contenant la moitié de la quantité d’ARNm par rapport à la formulation d’origine (11). On ignore si la dose inférieure entraînerait moins d’effets indésirables.

 

La FDA et les CDC ont approuvé les doses de rappel de Pfizer et Moderna pour tous les adultes âgés d’au moins 18 ans, à administrer 6 mois après avoir terminé la série de deux doses avec l’un des vaccins anti-COVID-19 autorisés aux États-Unis, même avec un vaccin différent de celui utilisé dans le cadre de la primovaccination (12, 13).

 

La dose de rappel est particulièrement importante chez les personnes âgées (âgées d’au moins 50 ans), car elles présentent un risque beaucoup plus important de développer une maladie grave liée au COVID-19 (14). La dose de rappel est également importante en particulier chez les personnes âgées d’au moins 18 ans restant longtemps dans des établissements médicalisés, du fait de vivre en communauté avec d’autres patients dans des établissements de soins de longue durée et des populations prises en charge (des personnes adultes souvent très âgées ou atteintes d’affections médicales sous-jacentes exposant ces personnes à un risque accru d’infection et de maladie grave liée au COVID-19—15).

 

Les CDC recommandent de vacciner les personnes contre le COVID-19, quels que soient leurs antécédents d’infection symptomatique ou asymptomatique par le SARS-CoV-2, y compris celles présentant des symptômes prolongés post-COVID-19. Toutefois, la vaccination doit être reportée jusqu’à ce que les personnes atteintes d’une maladie aiguë guérissent et respectent les critères visant à mettre fin à leur isolement (16).

 

Les personnes ayant déjà reçu un traitement par anticorps dans le cadre du traitement du COVID-19 doivent reporter leur vaccin d’au moins 90 jours après avoir bénéficié d’une thérapie passive par anticorps (anticorps monoclonaux ou plasma en phase de convalescence), car des données laissent à penser que le risque de réinfection dans les 90 jours suivant la première infection est rare.

 

L’histoire du vaccin Johnson & Johnson est différente de celle des vaccins à ARNm. Une dose unique du vaccin Johnson & Johnson est moins efficace que celle de la primovaccination à ARNm à deux doses. Les CDC recommandent d’administrer une deuxième dose à toutes les personnes âgées d’au moins 18 ans ayant reçu le vaccin Johnson & Johnson au moins 2 mois après avoir reçu la première dose avec l’un des vaccins anti-COVID-19 autorisés aux États-Unis. (13).

 

Références 

 

1 TOI Staff: Over 1 million Israelis who haven’t had 3rd dose to lose Green Pass on Sunday. Édition du Times of Israel du 21 septembre 2021. https://www.timesofisrael.com/over-1-million-israelis-who-didnt-get-3rd-dose-to-lose-green-pass-on-sunday/

 

2. Cramer M, Gross J: Some are chasing vaccine shots while scientists debate. Édition du New York Times du 29 juillet 2021, mise à jour le 11 octobre 2021. https://www.nytimes.com/2021/07/29/science/covid-vaccine-booster-third-shot.html

 

3. Keith T: The U. S. is donating more COVID vaccines and wants other rich nations to pitch in. NPR 22 septembre 2021. https://www.npr.org/2021/09/22/1039526862/the-u-s-is-buying-500-million-more-pfizer-vaccine-doses-to-donate-to-other-count

 

4. Nebehay S, Farge E: WHO advises additional COVID shot for immunocompromised people. Reuters 11 octobre 2021. https://www.reuters.com/business/healthcare-pharmaceuticals/who-advises-additional-covid-shot-immunocompromised-people-2021-10-11

 

5. U. S. Centers for Disease Control and Prevention: Vaccines for Your Children. Atlanta, CDC. Mise à jour le 23 novembre 2021. https://www.cdc.gov/vaccines/parents/index.html

 

6. US Food and Drug Administration: Coronavirus 19 (COVID-19) update. FDA authorizes additional vaccine dose for certain immunocompromised individuals [communiqué de presse]. 12 août 2021. https://www.fda.gov/news-events/press-announcements/coronavirus-covid-19-update-fda-authorizes-additional-vaccine-dose-certain-immunocompromised

 

7. US Centers for Disease Control and Prevention: COVID-19 vaccines for moderately to severely immunocompromised people. Atlanta, CDC, 18 octobre 2021. https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/vaccines/recommendations/immuno.html#anchor_1630089858701

 

8. US Centers for Disease Control and Prevention. COVID-19 Vaccines for moderately to severely immunocompromised people. Atlanta, mise à jour des CDC le 23 novembre 2021. https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/vaccines/recommendations/immuno.html

 

9. Hause AM, Baggs J, Gee J, et al: Safety monitoring of an additional dose of COVID-19 vaccine (du 12 août au 19 septembre 2021). MMWR 70(39):1379-1384, 2021. https://www.cdc.gov/mmwr/volumes/70/wr/mm7039e4.htm?s_cid=mm7039e4_w

 

10. Tartof SY, Slezak JM, Fischer H, et al: Effectiveness on mRNA BNT162b2 COVID-19 vaccine up to six months in a large integrated health system in the USA: a retrospective cohort study. Lancet 398(10309): P1407-1416, 2021. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34619098/

 

11. Moderna announces submission of initial data to U. S. FDA for its COVID-19 vaccine booster. 1er septembre 2021. https://investors.modernatx.com/news-releases/news-release-details/moderna-announces-submission-initial-data-us-fda-its-covid-19

 

12. US Centers for Disease Control and Prevention: Some COVID-19 vaccine recipients can get booster shots. 27 octobre 2021. https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/vaccines/booster-shot.html

 

13. US Centers for Disease Control and Prevention: COVID-19 vaccine booster shots. Atlanta, CDC. Mis à jour le 29 novembre 2021.  https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/vaccines/booster-shot.html

 

14. Morris J: Israeli data: how can efficacy vs. severe disease be strong when 60% of hospitalized are vaccinated? COVID-19 Data Science 17 août 2021. https://www.covid-datascience.com/post/israeli-data-how-can-efficacy-vs-severe-disease-be-strong-when-60-of-hospitalized-are-vaccinated

 

15. Chidambaram P, Garfield R: Patterns in Covid-19 cases and deaths in long-term care facilities in 2020. KFF [Henry J. Kaiser Family Foundation]. 14 janvier 2021. https://www.kff.org/coronavirus-covid-19/issue-brief/patterns-in-covid-19-cases-and-deaths-in-long-term-care-facilities-in-2020/

 

16. US Centers for Disease Control and Prevention: Interim clinical considerations for use of COVID-19 vaccines currently approved or authorized in the United States. Atlanta, CDC. 5 novembre 2021. https://www.cdc.gov/vaccines/covid-19/clinical-considerations/covid-19-vaccines-us.html

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