Les changements cérébraux liés à la sclérose en plaques pourraient affecter les compétences sociales
MERCREDI 7 juin 2017 (HealthDay News) -- De subtils changements cérébraux pourraient expliquer pourquoi certaines personnes souffrant de sclérose en plaques (SEP) perdent la capacité d’interpréter les signaux liés à ce que les autres personnes pensent et ressentent, suggère une nouvelle étude.
Jusqu’à maintenant, la façon dont la SEP affecte ce qu’on appelle le « cerveau social » n’a été que très peu étudiée. Des chercheurs portugais ont cherché à savoir pourquoi certaines personnes souffrant de SEP développaient un détachement social susceptible de nuire à leurs relations avec les autres et de les isoler. Ce problème n’apparaît pas chez toutes les personnes atteintes de SEP, mais les experts conviennent qu’il s’agit d’un problème important pour celles qui y sont confrontées.
« Cela peut interférer à tous les niveaux d’interaction sociale », explique Dr Sonia Batista, chercheuse principale et neurologue à l’Université de Coimbra au Portugal.
« La capacité d’interpréter les sentiments et les intentions des autres peut avoir un impact sur la capacité d’une personne à garder un emploi et à préserver ses relations avec ses amis et sa famille », remarque Dr Batista.
C’est important, ajoute-t-elle, car les personnes souffrant de SEP ont besoin de beaucoup de soutien de la part de leur entourage.
La SEP est une maladie du système nerveux qui perturbe les signaux à l’intérieur du cerveau et entre le cerveau et le corps. Outre les problèmes de réflexion et de mémoire, ces symptômes peuvent comprendre engourdissement, faiblesse musculaire et problèmes d’équilibre, de coordination et de vue.
Selon la Société américaine de lutte contre la sclérose en plaques (National Multiple Sclerosis Society), le nombre estimé de personnes dans le monde atteintes de SEP s’élève à plus de 2,3 millions.
Pour cette étude, l’équipe du Dr Batista a testé 60 personnes atteintes de SEP et 60 personnes en bonne santé, d’âge et de niveau d’éducation équivalents. Les participants ont passé des tests visant à évaluer leur capacité à déduire les idées, les désirs et les intentions des autres.
Les chercheurs ont montré des photographies des yeux de plusieurs personnes aux participants, et leur ont demandé choisir un mot parmi une liste de quatre, par exemple « anxieuse » ou « gênée », pour décrire les sentiments de la personne dont les yeux figuraient sur la photographie. Pour un autre test, les participants devaient choisir un de deux mots pour décrire une vidéo sans le son montrant une interaction entre des personnes.
Les deux groupes ont passé des IRM et des scanners spécialisés au moyen d’une technique appelée imagerie en tenseur de diffusion, afin de rechercher tout changement affectant la substance blanche du cerveau. La substance blanche connecte différentes zones du cerveau.
Les scanners ont révélé des dommages (aussi appelés des lésions) étendus de la substance blanche chez les patients atteints de SEP, particulièrement dans les zones essentielles au réseau social du cerveau. Les scores aux deux tests d’interprétation visuelle des patients atteints de SEP étaient également moins bons.
Leur score moyen au test de la photographie était de 59 %, par rapport à 82 % pour les participants en bonne santé. Les personnes souffrant de SEP avaient un score moyen de 75 % au test vidéo, contre 88 % pour les participants en bonne santé.
Plus les lésions cérébrales étaient importantes, plus les patients étaient susceptibles d’afficher de mauvais scores sociaux. L’étude n’a observé aucun lien entre les scores et le temps écoulé depuis le diagnostic ou le niveau d’invalidité.
« Nous avons confirmé que les structures du cerveau social sont affectées par la SEP, et qu’elles sont probablement la raison pour laquelle les capacités de cognition sociale sont affectées chez les patients atteints de SEP », explique Dr Batista. « Nous devons reconnaître les patients confrontés à ces problèmes, afin de pouvoir les aider. »
Typiquement, selon elle, les patients présentant les déficiences sociales les plus graves « ne remarquent pas ces problèmes » ; leurs familles sont déconcertées par leur comportement, et leurs relations avec les autres en souffrent. Elle conseille vivement aux médecins de faire passer des tests aux patients atteints de SEP et de les aider à comprendre et à affronter leurs difficultés sociales, quand celles-ci sont présentes.
Tim Coetzee est directeur en chef de la défense des patients, des services et de la recherche pour la Société américaine de lutte contre la sclérose en plaques. Selon lui, cette étude est novatrice et importante. Il explique que les patients mentionnent souvent que les problèmes de réflexion sont un aspect frustrant de la SEP.
« Cette étude représente une contribution importante et précieuse à nos efforts de compréhension des liens existant entre les changements cérébraux associés à la SEP et l’impact qu’ils ont sur la qualité de vie et la fonction cérébrale des patients », ajoute-t-il. « Cette recherche établit le lien avec ces changements. »
La prochaine étape, selon Dr Batista, est une étude de plus grande envergure. Son but ? Trouver des moyens de prévenir et de traiter les déficiences sociales.
Pour l’instant, commente Dr Batista, les programmes utilisés pour apprendre aux personnes schizophrènes ou autistes comment interpréter les signaux sociaux pourraient s’avérer bénéfiques aux patients atteints de SEP. Des études préliminaires chez des personnes atteintes de ces troubles suggèrent que l’administration d’oxytocine peut également être bénéfique, suggère-t-elle. Dans le cerveau, l’oxytocine, souvent désignée comme « hormone de l’amour », transmet les signaux faisant partie des interactions sociales.
Selon Tim Coetzee, cette possibilité vaut la peine d’être étudiée chez les patients atteints de SEP, ainsi que les liens éventuels entre les lésions de la substance grise et le fonctionnement social. La substance grise comprend les zones cérébrales responsables du contrôle musculaire, des sens, de la parole, de la mémoire et des émotions, de la prise de décision et de la maîtrise de soi.
L’étude a été publiée en ligne le 31 mai dans la revue Neurology.
Informations supplémentaires
La Société américaine de lutte contre la sclérose en plaques propose des conseils pour bien vivre avec la SEP.
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