Le Manuel Merck

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Catégories de médicaments qui méritent une vigilance chez le patient âgé

Par

J. Mark Ruscin

, PharmD, FCCP, BCPS, Southern Illinois University Edwardsville School of Pharmacy;


Sunny A. Linnebur

, PharmD, BCPS, BCGP, University of Colorado Anschutz Medical Campus

Dernière révision totale déc. 2018| Dernière modification du contenu déc. 2018
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Ressources liées au sujet

La prise de certaines catégories de médicaments (p. ex., antalgiques, anticoagulants, antihypertenseurs, antiparkinsoniens, diurétiques, hypoglycémiants, psychotropes) est susceptible d'entraîner des effets indésirables retrouvés particulièrement chez le patient âgé. Certains médicaments, bien que d'utilisation raisonnable chez l'adulte jeune, sont si dangereux qu'ils doivent être considérés comme contre-indiqués chez les personnes âgées. Les critères de Beers de l'American Geriatrics Society sont le plus souvent utilisés pour identifier ces médicaments inappropriés (voir tableau Médicaments potentiellement inappropriés chez les sujets âgés) (1). Les critères de Beers classent les médicaments potentiellement inappropriés en 3 groupes:

  • Inapproprié: toujours à éviter

  • Potentiellement inapproprié: à éviter dans certaines maladies ou syndromes

  • À utiliser avec prudence: les avantages peuvent compenser le risque chez certains patients

Tableau
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Médicaments potentiellement inappropriés chez les sujets âgés (selon les critères de Beers de l'American Geriatrics Society mis à jour en 2015)

Médicament

Problèmes/recommandations, de prescription

Anticholinergiques*

Les antihistaminiques de première génération (bromphéniramine, carbinoxamine, chlorphéniramine, clémastine, cyproheptadine, dexbromphéniramine, dexchlorphéniramine, dimenhydrinate, diphenhydramine [orale], doxylamine, hydroxyzine, méclizine, prométhazine, triprolidine)

Hautement anticholinergiques; un plus grand risque de confusion, de sécheresse buccale, de constipation, d'autres effets et de toxicité anticholinergiques

Clairance réduite à l'âge avancé; une tolérance se développe lorsqu'ils sont utilisés comme hypnotiques

Éviter, sauf si l'utilisation de diphenhydramine dans des situations particulières (p. ex., réaction allergique sévère) peut être appropriée

Médicaments antiparkinsoniens (benztropine [orale], trihexyphénidyl)

Non recommandés pour la prévention des symptômes extrapyramidaux des antipsychotiques; agents plus efficaces disponibles pour le traitement de la maladie de Parkinson

Antispasmodiques (atropine [exclue l'ophtalmique], alcaloïdes de belladone, clidinium-chlordiazépoxide, dicyclomine, hyoscyamine, propanthéline, scopolamine)

Hautement anticholinergiques, efficacité incertaine

Anti-infectieux

Nitrofurantoïne

Toxicité pulmonaire, hépatotoxicité et neuropathie périphérique potentielle, en particulier lors d'une utilisation à long terme; alternatives plus sûres disponibles

A éviter chez les patients présentant une clairance de la créatinine < 30 mL/min ou pour la suppression à long terme des bactéries

Antithrombotiques

Dipyridamole, courte durée d'action po (non applicable à l'association à libération prolongée avec l'aspirine)

Hypotension orthostatique possible; alternatives plus efficaces disponibles; éviter, sauf sous forme IV acceptable pour le test d'effort cardiaque

Ticlopidine

Alternatives efficaces plus sûres disponibles; éviter

Médicaments cardiovasculaires

Bloqueurs alpha-1 (doxazosine, prazosine, térazosine)

Risque important d'hypotension orthostatique; d'autres médicaments ont un meilleur rapport bénéfice/risque; éviter la prise en tant qu'antihypertenseur

Agonistes alpha, centraux (clonidine, guanabenz, guanfacine, méthyldopa, réserpine [> 0,1 mg/jour])

Risque élevé d'effets indésirables sur le système nerveux central; peut provoquer une bradycardie et une hypotension orthostatique; éviter la clonidine comme anti-hypertenseur de première ligne; autres non recommandés

Amiodarone

Efficace pour maintenir le rythme sinusal mais présente une toxicité supérieure à celle d'autres antiarythmiques utilisés dans la fibrillation auriculaire; peut représenter un traitement de première intention raisonnable chez les patients qui ont une insuffisance cardiaque concomitante ou une hypertrophie du ventricule gauche importante, si on donne la priorité au contrôle du rythme par rapport au contrôle de la fréquence

A éviter dans le traitement de première intention de la fibrillation auriculaire sauf en cas d'insuffisance cardiaque ou d'hypertrophie ventriculaire gauche importante

Disopyramide

Inotrope négatif puissant (peut induire une insuffisance cardiaque); fortement anticholinergique; éviter, préférer d'autres médicaments anti-arythmiques

Dronédarone

Évolution défavorable chez les patients qui prennent de la dronédarone qui ont une fibrillation auriculaire permanente ou une insuffisance cardiaque grave ou récemment décompensée

À éviter chez les patients présentant une fibrillation auriculaire permanente ou une insuffisance cardiaque grave ou récemment décompensée

Digoxine

Utilisation dans la fibrillation auriculaire: elle ne doit pas être utilisé comme agent de première intention, car des alternatives plus efficaces existent et la digoxine peut être associée à une mortalité accrue; éviter comme traitement de première ligne

Utilisation en cas d'insuffisance cardiaque: effets discutables sur le risque d'hospitalisation et peut être associée à une mortalité accrue chez les sujets âgés insuffisants cardiaques; dans l'insuffisance cardiaque, des doses plus élevées ne sont pas associées à un bénéfice supplémentaire et peuvent augmenter le risque de toxicité; éviter comme traitement de première ligne

Une diminution de la clairance rénale de la digoxine peut augmenter le risque d'effets toxiques; une réduction de dose supplémentaire peut être nécessaire en cas d'insuffisance rénale chronique de stade 4 ou 5; si utilisé dans la fibrillation auriculaire ou l'insuffisance cardiaque, éviter les doses> 0,125 mg/jour

Nifédipine, à libération immédiate

Risque d'hypotension et d'ischémie myocardique; éviter

Système nerveux central

Antidépresseurs: antidépresseurs tricycliques tertiaires, seuls ou en association (amitriptyline, amoxapine, clomipramine, désipramine, doxépine [> 6 mg/jour], imipramine, nortriptyline, protriptyline, trimipramine), paroxétine

Fortement anticholinergiques et sédatifs et provoquent une hypotension orthostatique; éviter

Profil d'innocuité de la doxépine à faible dose (≤ 6 mg/jour) comparable à celui du placebo

Antipsychotiques, de 1ère génération (classiques) et de 2e génération (atypiques)

Augmentation du risque d'accident vasculaire cérébral et de mortalité en cas de démence

Éviter les antipsychotiques pour les problèmes de comportement liés aux démences ou à une confusion, à moins que les options non pharmacologiques (p. ex., comme les interventions comportementales) aient échoué ou ne soient pas possibles ainsi que chez les sujets âgés à risque de lésion pour eux ou pour les autres

À éviter, sauf en cas de schizophrénie, de trouble bipolaire ou d'utilisation à court terme comme antiémétique pendant la chimiothérapie

Barbituriques (amobarbital, butabarbital, butalbital, méphobarbital, pentobarbital, phénobarbital, sécobarbital)

Taux élevé de dépendance physique, tolérance aux bénéfices sur le sommeil, risques plus importants de surdosage pour des doses faibles; éviter

Les benzodiazépines, à action courte et intermédiaire (alprazolam, estazolam, lorazépam, oxazépam, témazépam, triazolam)

Les benzodiazépines, à longue durée d'action (clorazépate, chlordiazépoxide, clonazépam, diazépam, flurazépam, quazépam)

Les benzodiazépines, à action courte et intermédiaire: les sujets âgés ont une sensibilité accrue aux benzodiazépines et une diminution du métabolisme des médicaments à action prolongée; en général, toutes les benzodiazépines augmentent le risque de troubles cognitifs, de confusion, de chutes, de fractures et d'accidents de la route chez les personnes âgées. Eviter

Benzodiazépines à action prolongée: elles peuvent être appropriées dans les troubles épileptiques, les troubles du sommeil avec mouvements oculaires rapides, le sevrage des benzodiazépines, l'arrêt de l'éthanol, un trouble d'anxiété généralisée sévère, une anesthésie périprocédurale

Méprobamate

Taux élevé de dépendance physique; très sédatif; éviter

Hypnotiques non-benzodiazépiniques, agonistes des récepteurs des benzodiazépines (eszopiclone, zolpidem, zaleplon)

Les agonistes des récepteurs des benzodiazépines ont des effets indésirables similaires à ceux des benzodiazépines chez les personnes âgées (p. ex., confusion, chutes, fractures); augmentation des visites au service des urgences et des hospitalisations; accidents de la route; amélioration minimale de la latence et de la durée du sommeil; éviter

Mésylates d'ergot (alcaloïdes de l'ergot déshydrogénés)

Isoxsuprine

Manque d'efficacité; éviter

Hormonothérapie

Androgènes (méthyltestostérone, testostérone)

Problèmes cardiaques potentiels; aggravation d'un cancer de la prostate

À éviter sauf en cas d'hypogonadisme modéré à sévère confirmé

Extraits thyroïdiens

Effets cardiaques possibles; alternatives plus sûres disponibles; éviter

Œstrogènes avec ou sans progestatifs

Potentiel cancérogène (du sein et de l'endomètre); manque d'effet cardioprotecteur et protection de la cognition chez la femme âgée

Des preuves indiquent que le traitement de la sécheresse vaginale par œstrogènes vaginaux est sans danger et efficace; les femmes qui ont des antécédents de cancer du sein qui ne répondent pas aux traitements non hormonaux sont invitées à discuter des risques et des avantages des œstrogènes vaginaux à faible dose (doses d'estradiol < 25 microg 2 fois par semaine) avec leur médecin

Éviter patchs topiques et oraux

Crème ou comprimés vaginaux: œstrogènes intravaginaux à faible dose pour la dyspareunie, les infections des voies urinaires basses et d'autres symptômes vaginaux

Hormone de croissance

Peu d'effet sur la composition du corps; associé à un œdème, à une arthralgie, à un syndrome du canal carpien, à une gynécomastie, à des anomalies de la glycémie à jeun

Éviter à l'exception de l'hormone de remplacement après l'ablation de l'hypophyse

Insuline, échelle mobile

Risque plus élevé d'hypoglycémie sans amélioration du contrôle glycémique quel que soit l'environnement de soins; éviter

Se rapporte à l'utilisation exclusive d'insulines à action courte ou rapide pour éviter l'hyperglycémie en l'absence d'insuline à action basale ou prolongée; ne s'applique pas à la titration de l'insuline, ni à l'utilisation d'insuline supplémentaire à action brève ou rapide, associée à une insuline programmée (c'est-à-dire, une insuline de correction)

Mégestrol

Effet minime sur le poids; augmente le risque d'événements thrombotiques et éventuellement de mort; éviter

Sulfonylurées, longue durée (chlorpropamide, glyburide)

Chlorpropamide: demi-vie prolongée; peut provoquer une hypoglycémie prolongée, un syndrome de sécrétion d'hormone antidiurétique inappropriée; à éviter

Glyburide: risque élevé d'hypoglycémie grave et prolongée; éviter

Thérapie GI

Métoclopramide

Peut causer des effets extrapyramidaux, dont une dyskinésie tardive; le risque peut être plus élevé chez l'adulte âgé fragile; éviter sauf en cas de gastroparésie

Huile de paraffine, orale

Potentiel d'aspiration; alternatives plus sûres disponibles; éviter

Inhibiteurs de la pompe à protons

Risque d'infection à Clostridium difficile et de perte osseuse et de fractures

Éviter l'utilisation programmée pendant > 8 semaines sauf chez les patients à haut risque (corticostéroïdes oraux ou AINS chroniques), en cas d'œsophagite érosive, d'œsophagite de Barrett, d'hypersécrétion pathologique ou de besoin manifeste de traitement d'entretien (p. ex., en raison de l'échec de l'essai d'un arrêt du médicament ou des bloqueurs H2)

Prise en charge de la douleur

Mépéridine

Analgésique oral non efficace à des doses courantes; peut provoquer une neurotoxicité; alternatives plus sûres disponibles; éviter, en particulier chez les personnes souffrant d'insuffisance rénale chronique

AINS non COX-sélectifs, oral (aspirine [> 325 mg/jour], diclofénac, diflunisal, étodolac, fénoprofène, ibuprofène, kétoprofène, méclofénamate, acide méfénamique, méloxicam, nabumétone, naproxène, oxaprozine, piroxicam, sulindac, tolmétine)

Augmentation du risque de saignements gastro-intestinaux et d'ulcère gastroduodénal dans les groupes à haut risque, dont ceux les sujets âgés de > 75 ans ou prise de corticostéroïdes oraux ou parentéraux, d'anticoagulants, ou d'antiagrégants plaquettaires

Des ulcères gastro-intestinaux hauts, les saignements abondants, ou les perforations se produisent chez environ 1% des patients traités pendant 3-6 mois et chez environ 2-4% des patients traités pendant 1 an; ces tendances se poursuivent si la durée d'utilisation augmente

Éviter l'utilisation chronique, sauf si d'autres solutions sont inefficaces et si les patients sont peuvent prendre un inhibiteur de la pompe à protons ou du misoprostol (qui réduisent mais ne suppriment pas le risque)

Indométhacine

Kétorolac, parentéral

Indométacine: risque accru d'effets indésirables sur le système nerveux central; éviter

Kétorolac, y compris par voie parentérale: risque accru d'hémorragie gastro-intestinale, d'ulcère gastroduodénal et de lésions rénales aiguës chez les personnes âgées; éviter

Pentazocine

Effets indésirables sur le système nerveux central, dont confusion et hallucinations, plus fréquentes qu'avec d'autres opiacés; est également un agoniste et un antagoniste mixte; des alternatives plus sûres disponibles; éviter

Myorelaxants (carisoprodol, chlorzoxazone, cyclobenzaprine, métaxalone, méthocarbamol, orphénadrine)

Mal tolérée en raison d'effets anticholinergiques; sédation; risque de fracture; l'efficacité à des doses tolérées par les personnes âgées est discutable; éviter

Génito-urinaire (desmopressine)

Risque élevé d'hyponatrémie; traitements alternatifs plus sûrs; éviter pour le traitement de la nycturie ou de la polyurie nocturne

*Les antidépresseurs tricycliques sont exclus.

Ces médicaments sont utilisés rarement.

Tableau
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Médicaments à utiliser avec prudence chez les sujets âgés (selon les critères de Beers mis à jour de l'American Geriatrics Society en 2015)

Médicament

Motif de prudence

Aspirine en prévention primaire des événements cardiaques

Utiliser avec prudence chez les patients de ≥ 80 ans

Manque de preuves concernant le bénéfice vs risque chez le patient > 80 ans

Dabigatran

Utiliser avec précaution chez les patients ≥ 75 ans ou en cas de clairance de la créatinine < 30 mL/min

Risque de saignement plus élevé que la warfarine chez le patient de ≥ 75 ans

Manque de preuve en ce qui concerne l'efficacité et l'innocuité chez les patients dont la clairance de la créatinine est < 30 mL/min

Prasugrel

Utiliser avec prudence chez les patients de ≥ 75 ans. Risque de saignement accru; les bénéfices peuvent compenser le risque chez les personnes âgées à plus haut risque (p. ex., ceux qui ont des antécédents d'infarctus du myocarde ou de diabète)

Antipsychotiques

Carbamazépine

Carboplatine

Cyclophosphamide

Cisplatine

Diurétiques

Mirtazapine

Oxcarbazépine

Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine-noradrénaline

Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine

Antidépresseurs tricycliques

Vincristine

Peuvent aggraver ou provoquer un syndrome de sécrétion inappropriée de l'hormone antidiurétique ou une hyponatrémie

Surveiller le taux de sodium de près au début du traitement ou lors des changements de doses

Vasodilatateurs

Peuvent augmenter le risque d'épisodes de syncope chez les patients qui ont des antécédents de syncope

Antalgiques

Les AINS sont utilisés par > 30% des personnes âgées de 65 à 89 ans, et la moitié de toutes les prescriptions d'AINS concernent les sujets > 60 ans. De nombreux AINS sont disponibles sans ordonnance.

Les personnes âgées peuvent être sujettes aux effets indésirables de ces médicaments et les effets indésirables peuvent être plus sévères pour les raisons suivantes:

  • Les AINS sont extrêmement liposolubles, et comme le tissu adipeux augmente avec l'âge, le volume de distribution de ces médicaments est étendu.

  • Les protéines plasmatiques sont souvent diminuées, entraînant une augmentation de la fraction libre du médicament et une majoration de ses effets pharmacologiques.

  • La fonction rénale est altérée chez de nombreux adultes, provoquant une diminution de la clairance rénale et des concentrations plus élevées de médicaments.

Des effets indésirables sévères comprennent les ulcères gastroduodénaux et les hémorragies gastro-intestinales hautes; leur risque de survenue est majoré en début de traitement par AINS et lors de l'augmentation des posologies. Le risque d'hémorragies gastro-intestinales hautes augmente lorsque les AINS sont administrés avec de la warfarine, de l'aspirine, ou d'autres antiagrégants plaquettaires (p. ex., clopidogrel). Les AINS peuvent augmenter le risque d'événements cardiovasculaires et peuvent entraîner une rétention hydrosodée, et rarement une néphropathie.

Les AINS peuvent également augmenter la PA; cet effet peut être méconnu et conduire à une intensification du traitement antihypertenseur (prescription en cascade). Ainsi, les médecins doivent garder cet effet à l'esprit lorsque la pression artérielle augmente chez les patients âgés, et les interroger sur l'utilisation d'AINS, en particulier ceux en vente libre.

Les inhibiteurs sélectifs de la COX-2 (cyclo-oxygénase-2) (coxibs) entraînent moins d'ulcérations gastro-intestinales et d'inhibition plaquettaire que les autres AINS. Néanmoins, les coxibs présentent un risque d'hémorragies gastro-intestinales, en particulier chez les patients qui prennent de la warfarine ou de l'aspirine (même à faible dose) et chez ceux qui ont des antécédents digestifs. Les coxibs, par effet de classe, augmentent vraisemblablement le risque de complications cardiovasculaires, mais ce risque est variable d'un médicament à l'autre; ils doivent être utilisés avec prudence. Les coxibs entraînent des complications rénales comparables aux autres AINS.

Des alternatives à moindre risque (p. ex., paracétamol) doivent être utilisées lorsque cela est possible. Si les AINS sont utilisés chez les personnes âgées, la dose minimale efficace doit être prescrite et l'indication doit être réévaluée fréquemment. Lorsque les AINS sont utilisés à long terme, la créatininémie et la pression artérielle doivent être étroitement surveillées, en particulier chez les patients qui ont d'autres facteurs de risque (p. ex., insuffisance cardiaque, atteinte rénale, cirrhose avec ascite, déplétion volémique, prise de diurétiques).

Anticoagulants

Le vieillissement peut sensibiliser l'effet anticoagulant de la warfarine. Une administration attentive et un suivi de routine peuvent largement contre-balancer le risque accru d'hémorragies chez le patient âgé qui est traité par la warfarine. En raison d'interactions médicamenteuses fréquentes avec la warfarine, une surveillance plus étroite est nécessaire lorsque de nouveaux médicaments sont ajoutés ou d'anciens sont arrêtés; des programmes informatiques d'interactions médicamenteuses doivent être consultés si les patients prennent de nombreux médicaments. Les patients doivent également être surveillés en ce qui concerne les interactions entre la warfarine et les aliments, l'alcool et les médicaments et les suppléments en vente libre. Les nouveaux anticoagulants (dabigatran, rivaroxaban, apixaban, edoxaban) peuvent être plus faciles à doser et avoir moins d'interactions médicamenteuses et d'interactions aliments-médicaments que la warfarine. Les nouveaux anticoagulants sont aussi efficaces, voire plus efficaces, que la warfarine, dans la réduction du risque d'accident vasculaire cérébral et d'hémorragie intracrânienne en cas de fibrillation auriculaire, mais ils augmentent le risque de saignement chez les personnes âgées, en particulier celles présentant une insuffisance rénale.

Antidépresseurs

Les antidépresseurs tricycliques sont efficaces mais ne doivent être utilisés que rarement chez le patient âgé. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine et les inhibiteurs mixtes comme les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine-noradrénaline sont aussi efficaces que les antidépresseurs tricycliques et sont moins toxiques; cependant, il existe certaines inquiétudes au regard de certains de ces médicaments:

  • Paroxétine: cette molécule est plus sédative que d'autres inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, a des effets anticholinergiques, et, comme d'autres inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, peut inhiber l'activité enzymatique du cytochrome P-450 2D6 hépatique, modifiant éventuellement le métabolisme de plusieurs médicaments, dont celui du tamoxifène, de certains antipsychotiques, antiarythmiques et antidépresseurs tricycliques.

  • Citalopram et escitalopram: les doses chez les sujets âgés doivent être limitées à un maximum de 20 mg/jour et à 10 mg/jour, respectivement, car l’allongement de l’intervalle QT est une préoccupation.

  • Venlafaxine: ce médicament peut augmenter la PA.

  • Mirtazapine: ce médicament peut être sédatif et stimuler l'appétit/prise de poids.

Hypoglycémiants

Les doses d'hypoglycémiants doivent être titrées prudemment chez le diabétique. Le risque d'hypoglycémie due aux sulfamides hypoglycémiants peut augmenter avec l'âge. Comme décrit dans le tableau Médicaments potentiellement inappropriés chez les sujets âgés, le chlorpropamide n'est pas recommandé chez les patients âgés en raison du risque accru d'hypoglycémie et d'hyponatrémie due au syndrome de sécrétion inappropriée d'hormone antidiurétique (SIADH). Le risque d'hypoglycémie est également plus important avec le glyburide qu'avec les autres antidiabétiques oraux car sa clairance rénale est réduite chez le sujet âgé.

La metformine, un biguanide excrété par le rein, augmente la sensibilité des tissus périphériques à l' insuline et peut être efficace chez le patient âgé, administrée seule ou en association avec les sulfamides. Le risque d'acidose lactique, complication rare mais grave, augmente avec l'importance de l'insuffisance rénale et l'âge du patient. L'insuffisance cardiaque symptomatique est une contre-indication.

Antihypertenseurs

Chez de nombreux patients âgés, des doses d'antihypertenseurs basses au début peuvent être nécessaires pour réduire le risque d'effets indésirables; cependant, chez la plupart des patients âgés hypertendus, atteindre les objectifs de pression artérielle nécessite le recours à des posologies standards et à des associations médicamenteuses. Le traitement initial de l'hypertension chez les personnes âgées comprend généralement un diurétique thiazidique, un inhibiteur de l'ECA, des antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II, ou des inhibiteurs calciques dihydropyridiniques, en fonction des comorbidités. Les bêta-bloqueurs doivent être réservés à la 2e ligne. Les dihydropyridines à courte durée d'action (p. ex., nifédipine) peuvent augmenter la mortalité et ne doivent pas être utilisées. La mesure de la pression artérielle en position assise et debout peut être contrôlée, en particulier lorsqu'on utilise plusieurs antihypertenseurs, pour rechercher une hypotension orthostatique, ce qui peut augmenter le risque de chutes et de fractures. On doit trouver un équilibre entre les objectifs de pression artérielle et le risque d'effets indésirables chez les sujets âgés (comme induire une hypotension orthostatique ou augmenter le risque de chute).

Médicaments antiparkinsoniens

La clairance de la lévodopa est diminuée chez les patients âgés, qui sont également plus sensibles aux effets indésirables de la molécule, en particulier à l'hypotension orthostatique et à la confusion. Par conséquent, le patient âgé doit recevoir une dose initiale de lévodopa plus faible et la survenue des effets indésirables doit être attentivement surveillée. Le patient qui souffre de confusion au cours d'un traitement par lévodopa est également susceptible de ne pas tolérer les agonistes dopaminergiques (p. ex., pramipéxole, ropinirole). Les personnes âgées atteintes de Parkinsonisme pouvant également présenter des symptômes cognitifs concomitants, il convient d'éviter les médicaments à effet anticholinergique.

Antipsychotiques

Les antipsychotiques doivent être réservés aux psychoses. Chez les patients agités, non psychotiques, les antipsychotiques ne contrôlent guère mieux les symptômes que ne le font les placebos et peuvent avoir des effets indésirables graves. Chez les sujets atteintes de démence, les études ont montré que les antipsychotiques augmentaient la mortalité et le risque d'accident vasculaire cérébral, ce qui a conduit la FDA à émettre un avertissement (black box warning) sur leur utilisation chez ces patients. Généralement, les problèmes de comportement liés à la démence (p. ex., l'errance, les cris, le manque de coopération) ne répondent pas aux antipsychotiques.

En cas de prise d'antipsychotique, la posologie initiale doit être le quart de la posologie de départ généralement prescrite chez l'adulte, et elle doit être augmentée progressivement avec une surveillance fréquente de la réponse et des effets secondaires. Une fois que le patient répond, la dose doit être diminuée, si possible, à la dose efficace la plus faible. Le médicament doit être arrêté s'il est inefficace. Les données des essais cliniques relatives à la posologie, à l'efficacité et à la sécurité de ces médicaments chez le patient âgé sont limitées.

Les antipsychotiques peuvent réduire les états paranoïaques, mais ils peuvent aggraver une confusion mentale (voir aussi Médicaments antipsychotiques: antipsychotiques conventionnels). Les patients âgés et particulièrement les femmes, présentent une augmentation du risque de dyskinésies tardives, qui sont souvent irréversibles. Une sédation, une hypotension orthostatique, des effets anticholinergiques et une acathisie (agitation motrice subjective) peuvent survenir chez 20% des patients âgés qui prennent un antipsychotique, et un syndrome parkinsonien induit par les médicaments peut persister jusqu'à 6 ou 9 mois après l'arrêt du traitement.

Un dysfonctionnement extrapyramidal peut se développer même quand des antipsychotiques atypiques de 2e génération (p. ex., olanzapine, quétiapine, rispéridone) sont utilisés, en particulier à des posologies plus élevées. Les risques et les avantages de l'utilisation d'un antipsychotique doivent être discutés avec le patient ou avec la personne en charge des soins. Les antipsychotiques ne doivent être envisagés en cas de problèmes de comportement que lorsque les options non pharmacologiques ont échoué et que les patients représentent une menace pour eux-mêmes ou les autres.

Anxiolytiques et hypnotiques

Les causes de l'insomnie doivent être recherchées et traitées avant d'utiliser des hypnotiques. Des mesures non pharmacologiques, comme les thérapies cognitivo-comportementales et l'hygiène du sommeil (p. ex., éviter les boissons contenant de la caféine, limiter la sieste durant la journée, modifier l'heure du coucher), doivent être essayées en premier lieu. Si elles sont inefficaces, des hypnotiques différents des benzodiazépines (p. ex., zolpidem, eszopiclone, zaleplon) sont des options pour une utilisation de courte durée. Ces médicaments se lient principalement à un sous-type de récepteur aux benzodiazépines et perturbent moins les habitudes de sommeil que les benzodiazépines. Elles ont un effet plus rapide, moins d'effets de rebond, moins d'effet du lendemain et un risque moindre de dépendance. Comme décrit dans le tableau Médicaments potentiellement inappropriés chez les sujets âgés, les benzodiazépines à courte, moyenne, et longue durée d'action sont associés à un risque accru de troubles cognitifs, de confusion, de chutes, de fractures, et de collisions de véhicules automobiles chez les personnes âgées et doivent être évitées dans le traitement de l'insomnie. Les benzodiazépines peuvent être appropriées dans le traitement de l'anxiété ou des crises de panique de la personne âgée.

La durée du traitement par anxiolytiques ou hypnotiques doit être si possible limitée, en raison du risque de perte d'efficacité et du développement d'une dépendance; leur arrêt peut conduire à un rebond de l'anxiété ou de l'insomnie.

Les antihistaminiques (p. ex., diphenhydramine, hydroxyzine) ne sont pas recommandés en tant qu'anxiolytiques ou hypnotiques du fait de leurs effets anticholinergiques, et en raison d'un développement rapide de la tolérance aux effets sédatifs.

Le buspirone, un agoniste partiel de la sérotonine, peut être efficace dans le traitement de l'anxiété généralisée; les patients âgés tolèrent relativement bien des doses allant jusqu'à 30 mg/jour. La lente apparition de son effet anxiolytique (jusqu'à 2 à 3 semaines) peut être un inconvénient en cas d'urgence.

Digoxine

La digoxine, un glycoside cardiaque, est utilisée pour augmenter la force contractile du myocarde et pour traiter les troubles du rythme supraventriculaires. Cependant, elle doit être utilisée prudemment chez les personnes âgées. Chez l'homme insuffisant cardiaque dont la fraction d'éjection ventriculaire gauche est 45%, des concentrations sériques de digoxine > 0,8 ng/mL sont associées à une mortalité accrue. Les effets indésirables sont généralement liés à son index thérapeutique étroit. Une étude a montré que la digoxine était bénéfique chez la femme lorsque les concentrations sériques étaient comprises entre 0,5 et 0,9 ng/mL mais peut être nuisible lorsque leurs taux étaient 1,2 ng/mL. De nombreux facteurs augmentent la probabilité de l'intoxication digitalique chez les personnes âgées. L'insuffisance rénale, la déshydratation temporaire et l'utilisation d'AINS (fréquentes chez les personnes âgées) peuvent réduire la clairance rénale de la digoxine. De plus, la clairance de la digoxine diminue en moyenne de 50% chez le patient âgé qui a une créatininémie normale. Ainsi, si la masse maigre est réduite, comme cela peut survenir avec le vieillissement, le volume de distribution de la digoxine diminue. Par conséquent, le traitement doit être débuté à des posologies faibles (0,125 mg/jour) et celles-ci doivent être adaptées à la réponse clinique et à la digoxinémie (normale de 0,8 à 2,0 ng/mL). Cependant, les valeurs de la digoxinémie ne sont pas toujours corrélées à la toxicité potentielle. En outre, les critères de Beers de l'American Geriatric Society suggèrent d’éviter les doses > 0,125 mg/jour (1).

Diurétiques

Des posologies plus faibles de diurétiques thiazidiques (p. ex., hydrochlorothiazide ou chlorthalidone 12,5 à 25 mg) peuvent contrôler efficacement l'HTA chez nombre de patients âgés et comportent moins de risque d'hypokaliémie et d'hyperglycémie que les autres diurétiques. Ainsi, une supplémentation en potassium peut être moins souvent nécessaire.

Les diurétiques épargneurs du potassium doivent être utilisés avec prudence chez les personnes âgées; la kaliémie doit être attentivement surveillée, en particulier lorsque ces diurétiques sont administrés avec des inhibiteurs de l'ECA ou des antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II ou lorsque le patient a une fonction rénale dégradée.

Référence

Médicaments mentionnés dans cet article

Nom du médicament Sélectionner les dénominations commerciales
MICROZIDE
CYTOXAN (LYOPHILIZED)
AMRIX
No US trade name
No US brand name
DIABINESE
THALITONE
VIVACTIL
PARAFON FORTE DSC
NEMBUTAL SODIUM
KARBINAL ER
AVENTYL
ANAFRANIL
Triprolidine
SOMA
NORPACE
Butabarbital
PERSANTINE
LEXAPRO
Trimipramine
VASODILAN
XARELTO
COGENTIN
LUNESTA
PLAVIX
CYTOTEC
EFFEXOR XR
VISTARIL
TALWIN
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