Les neuropathies optiques héréditaires incluent la neuropathie optique dominante. Les deux maladies sont causées par des anomalies de l'ADN mitochondrial. La perte progressive de la vision est le principal symptôme; certaines maladies comprennent des anomalies cardiaques ou neurologiques.
Les neuropathies optiques héréditaires comprennent l'atrophie optique dominante et la neuropathie optique héréditaire de Leber, qui sont deux cytopathies mitochondriales (1). Ces troubles se manifestent généralement au cours de l'enfance ou de l'adolescence par une perte de vision centrale bilatérale et symétrique, mais diffèrent par leur vitesse de progression: l'atrophie optique dominante provoque une perte de vision bilatérale lentement progressive sur des années à des décennies (2) et la neuropathie optique héréditaire de Leber provoque une perte de vision bilatérale sur environ 6 à 8 mois (3). L'atteinte du nerf optique est habituellement permanente. Au stade où l'atrophie optique est détectée, une lésion substantielle du nerf optique est déjà présente.
Atrophie optique dominante
L'atrophie optique dominante se transmet sur un mode héréditaire autosomique dominant. Elle est considérée comme la plus fréquente des neuropathies optiques héréditaires, avec une prévalence allant de 1:10 000 à 1:50 000 (2). Elle est causée par une dégénérescence prématurée du nerf optique (abiotrophie optique) entraînant une perte de vision progressive. Le début survient souvent au cours de la première décennie de la vie, mais peut également être détecté pour la première fois plus tard au cours de la vie.
Neuropathie optique héréditaire de Leber
La neuropathie optique héréditaire de Leber est liée à une anomalie de l'ADN mitochondrial qui affecte la respiration cellulaire. Bien que l'ADN mitochondrial soit affecté dans tout l'organisme, la perte de la vision en est la manifestation principale. La plupart des cas surviennent chez les hommes (4). Cette maladie est transmise selon un mode de transmission maternelle, ce qui signifie que tous les enfants d'une femme présentant l'anomalie héritent de l'anomalie, mais seules les femmes peuvent transmettre l'anomalie, car le zygote ne reçoit de mitochondries que de la mère.
Références générales
1. Kisilevsky E, Freund P, Margolin E. Mitochondrial disorders and the eye. Surv Ophthalmol. 2020;65(3):294-311. doi: 10.1016/j.survophthal.2019.11.001
2. Yu-Wai-Man P, Chinnery PF. Dominant optic atrophy: Novel OPA1 mutations and revised prevalence estimates. Ophthalmology. 2013;20(8):1712-1712.e1. doi: 10.1016/j.ophtha.2013.04.022. Erratum in: Ophthalmology. 120(12):2448, 2013.
3. Hwang TJ, Karanjia R, Moraes-Filho MN, et al. Natural History of Conversion of Leber's Hereditary Optic Neuropathy: A Prospective Case Series. Ophthalmology. 2017;124(6):843-850. doi:10.1016/j.ophtha.2017.01.002
4. Yu-Wai-Man P, Griffiths PG, Brown DT, et al. The epidemiology of Leber hereditary optic neuropathy in the North East of England. Am J Hum Genet. 2003;72(2):333-339. doi: 10.1086/346066
Symptomatologie des neuropathies optiques héréditaires
Atrophie optique dominante
La plupart des patients présentant une atrophie optique dominante n'ont pas d'anomalies neurologiques associées au-delà de la perte visuelle, bien que des cas de nystagmus et de surdité aient été rapportés (1). Le seul symptôme est une perte bilatérale lentement progressive de la vision centrale, avec un âge de début et une sévérité variables. La totalité de la papille optique ou parfois uniquement la partie temporale, est pâle sans vaisseau visible. Les champs visuels montrent généralement des scotomes centraux bilatéraux. Un déficit de la vision des couleurs bleu-jaune est caractéristique.
Neuropathie optique héréditaire de Leber
La perte de vision en cas de neuropathie optique héréditaire de Leber débute généralement entre 15 et 35 ans (2). La perte indolore de la vision centrale dans un œil est habituellement suivie quelques semaines ou quelques mois plus tard par une perte de vision dans l'autre œil. Des pertes de vision simultanées sont rapportées. La plupart des patients perdent rapidement la vue et développent une acuité visuelle inférieure à 1/10. L'examen ophtalmoscopique peut mettre en évidence une microangiopathie télangiectasique, un œdème de la couche des fibres nerveuses autour de la papille optique, et une absence de fuite à l'angiographie à la fluorescéine. Finalement, une atrophie optique se produit. Les champs visuels montrent généralement des scotomes centraux bilatéraux.
Certains patients atteints de neuropathie optique héréditaire de Leber présentent des troubles de conduction cardiaque. D'autres patients présentent des anomalies neurologiques mineures, telles qu'un tremblement postural, une perte des réflexes achilléens, une dystonie, une spasticité ou une affection semblable à la sclérose en plaques.
Références pour la symptomatologie
1. Lenaers G, Hamel C, Delettre C, et al. Dominant optic atrophy. Orphanet J Rare Dis. 2012;7:46. Published 2012 Jul 9. doi:10.1186/1750-1172-7-46
2. Biousse V, Newman NJ. Diagnosis and clinical features of common optic neuropathies. Lancet Neurol. 2016;15(13):1355-1367. doi: 10.1016/S1474-4422(16)30237-X
Diagnostic des neuropathies optiques héréditaires
Examen du fond d'œil
Test génétique moléculaire
Si le diagnostic d'atrophie optique dominante ou d'atrophie optique héréditaire de Leber est suspecté cliniquement, des tests génétiques moléculaires sont indiqués pour confirmer de nombreuses mutations responsables des deux troubles. Cependant, les résultats peuvent être faussement négatifs car il peut exister des mutations que les tests moléculaires ne détectent pas encore.
En cas de suspicion de neuropathie optique héréditaire de Leber, un ECG doit être effectué pour diagnostiquer les troubles de conduction cardiaque occultes.
Traitement des neuropathies optiques héréditaires
Traitement symptomatique
Disponibilité limitée de la thérapie génique pour le variant de la neuropathie optique héréditaire de Leber (m.11778G)
Il n'y a pas de traitement prouvé des neuropathies optiques héréditaires. Des aides basse vision (p. ex., loupes, textes imprimés en gros caractères, montres parlantes) peuvent être utiles. Un conseil génétique est suggéré.
En cas de neuropathie optique héréditaire de Leber, les glucocorticoïdes, les suppléments de vitamines et les anti-oxydants ont été essayés sans succès. Une petite étude a trouvé des bienfaits des analogues de la quinone (l'ubiquinone et l'idébénone) au stade précoce (1, 2).
Des essais de traitement génétique pour la mutation 11778 sont en cours et ont montré une possible légère augmentation de la récupération de la vision des deux yeux, même après une injection intravitréenne unilatérale (3, 4). Les agents susceptibles d'exercer un stress sur la production énergétique mitochondriale (p. ex., le tabac, l'alcool, en particulier s'ils sont consommés en excès) doivent être évités. Les patients présentant des anomalies cardiaques et neurologiques doivent être orientés vers un spécialiste.
Références pour le traitement
1. Peragallo JH, Newman NJ. Is there treatment for Leber hereditary optic neuropathy? Curr Opin Ophthalmol. 2015;26(6):450-457. doi: 10.1097/ICU.0000000000000212
2. Klopstock T, Yu-Wai-Man P, Dimitriadis K, et al. A randomized placebo-controlled trial of idebenone in Leber's hereditary optic neuropathy. Brain. 2011;134(Pt 9):2677-2686. doi: 10.1093/brain/awr170
3. Newman NJ, Biousse V, Yu-Wai-Man P, et al. Meta-analysis of treatment outcomes for patients with m.11778G>A MT-ND4 Leber hereditary optic neuropathy. Surv Ophthalmol. 2025;70(2):283-295. doi:10.1016/j.survophthal.2024.10.002
4. Yu-Wai-Man P, Newman NJ, Biousse V, et al. Five-Year Outcomes of Lenadogene Nolparvovec Gene Therapy in Leber Hereditary Optic Neuropathy. JAMA Ophthalmol. 2025;143(2):99-108. doi:10.1001/jamaophthalmol.2024.5375



