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Crampes menstruelles

Par JoAnn V. Pinkerton, MD, Professor of Obstetrics and Gynecology and Division Director, Midlife Health Center;Executive Director, University of Virginia Health System;The North American Menopause Society

Les crampes menstruelles (appelées également dysménorrhée) sont des douleurs dans la partie basse du torse (pelvis) quelques jours avant, pendant et après les règles. La douleur est plus intense environ 24 heures après le début des règles et se poursuit pendant 2 à 3 jours. En général, il s’agit d’une douleur à type de crampe ou aiguë, qui va et vient, mais elle peut être sourde et continue. Elle s’étend parfois au bas du dos et aux jambes.

Beaucoup de femmes souffrent également de céphalées, de nausées (parfois avec des vomissements) et de constipation ou de diarrhées. Elles doivent également uriner souvent. Les symptômes du syndrome prémenstruel (comme l’irritabilité, la nervosité, la dépression, l’asthénie et la distension gazeuse abdominale) peuvent persister une partie ou toute la durée du cycle. Parfois le sang menstruel contient des caillots. Les caillots, de couleur rouge vif ou foncée, peuvent contenir du tissu et du liquide provenant de la muqueuse utérine, ainsi que du sang.

Les symptômes ont tendance à devenir plus graves si :

  • les règles sont apparues tôt chez la femme ;

  • les règles sont longues ou abondantes ;

  • la femme fume ;

  • les femmes de la famille présentent aussi une dysménorrhée.

Causes

Il se peut que les crampes menstruelles n’aient pas de cause identifiable (appelée dysménorrhée primaire) ou qu’elles résultent d’un autre trouble (appelée dysménorrhée secondaire). La dysménorrhée primaire commence habituellement à l’adolescence et peut devenir moins sévère avec l’âge et après une grossesse. La dysménorrhée secondaire débute généralement à l’âge adulte.

Causes fréquentes

Plus de 50 % des femmes atteintes de dysménorrhée ont :

  • une dysménorrhée primaire.

Chez 5 à 15 % de ces femmes environ, les crampes sont suffisamment graves pour perturber le bon déroulement des activités normales, provoquant des absences à l’école ou au travail.

Aux dires des experts, la dysménorrhée primaire proviendrait d’une libération de substances appelées prostaglandines pendant les règles. Les taux de prostaglandine sont élevés chez les femmes atteintes de dysménorrhée primaire. Les prostaglandines provoquent une contraction de l’utérus (comme dans le cas de l’accouchement), ce qui réduit l’apport de sang à l’utérus. Ces contractions provoquent des douleurs et une gêne. Les prostaglandines rendent également les terminaisons nerveuses de l’utérus plus sensibles à la douleur. Le manque d’exercice physique et l’angoisse qui entourent les règles participent également à la douleur.

La dysménorrhée secondaire est fréquemment provoquée par :

  • Endométriose : le tissu présent normalement sur la paroi utérine (tissu endométrial) apparaît également en dehors de l’utérus. L’endométriose est la cause la plus fréquente de dysménorrhée secondaire ;

  • Fibromes : ces tumeurs non cancéreuses sont composées de muscles et de tissu fibreux et se développent dans l’utérus ;

  • Adénomyose : le tissu endométrial se développe sur la paroi utérine, provoquant son élargissement et son gonflement pendant les règles.

Causes moins fréquentes

Il existe de nombreuses autres causes moins courantes de dysménorrhée secondaire. Elles comprennent les malformations congénitales, les kystes et les tumeurs ovariennes, les infections pelviennes, et l’utilisation d’un dispositif intra-utérin (DIU) libérant du cuivre ou d’un progestatif (une forme synthétique de l’hormone féminine progestérone, voir le tableau ci-dessous et Dispositifs intra-utérins). Les DIU libèrent un progestatif qui provoque moins de crampes que le dispositif libérant du cuivre.

Chez certaines femmes, la douleur est provoquée par le rétrécissement du passage vers le col de l’utérus (canal cervical). Un canal cervical rétréci (sténose cervicale) peut apparaître après une opération, par exemple, lorsqu’un polype dans l’utérus est retiré ou lorsqu’il s’agit de traiter une atteinte précancéreuse (dysplasie) ou un cancer du col de l’utérus. Une croissance (polype ou fibrose) peut créer un rétrécissement du canal cervical.

Évaluation

Le médecin diagnostique généralement une dysménorrhée lorsque la femme indique qu’elle souffre régulièrement de douleurs gênantes pendant ses règles. Il détermine alors s’il s’agit d’une dysménorrhée primaire ou secondaire.

Le médecin doit distinguer la dysménorrhée de deux troubles graves pouvant provoquer une douleur pelvienne ( Douleurs pelviennes) :

  • une grossesse anormalement localisée (ectopique), c’est-à-dire qui ne se trouve pas à l’endroit habituel dans l’utérus ;

  • une infection pelvienne, infection de l’utérus et/ou des trompes de Fallope, et parfois des ovaires.

Le médecin peut généralement identifier ces troubles, car la douleur et les autres symptômes qu’ils provoquent sont habituellement différents de ceux de la dysménorrhée.

Une grossesse ectopique provoque généralement des douleurs soudaines qui débutent en un point particulier et sont constantes (et non à type de crampes). Elles peuvent être accompagnées ou non de saignement vaginal. La douleur peut devenir intense. En cas de rupture de la grossesse ectopique, la femme peut présenter des étourdissements, des évanouissements, une accélération du rythme cardiaque ou un choc.

Dans les infections pelviennes, la douleur peut s’aggraver et être ressentie d’un seul côté ou des deux. Les femmes peuvent avoir également des pertes vaginales malodorantes semblables à du pus, des saignements vaginaux ou les deux. Parfois, elles ont de la fièvre, des nausées ou des vomissements, ou des douleurs pendant les rapports sexuels ou lors de la miction.

Signes avant-coureurs

Chez les femmes souffrant de dysménorrhée, certains symptômes sont à prendre au sérieux :

  • douleur sévère qui apparaît soudainement ;

  • Fièvre

  • pertes vaginales semblables à du pus.

Quand consulter un médecin

Les femmes présentant des signes avant-coureurs doivent consulter un médecin dans les 24 heures. Si les femmes sans signes avant-coureurs souffrent de crampes plus graves ou si la douleur dure plus longtemps que d’habitude, elles doivent consulter un médecin sous quelques jours. Les autres femmes ayant des crampes menstruelles doivent appeler leur médecin. Le médecin décidera si la femme doit consulter dans les plus brefs délais en fonction des autres symptômes, de son âge et de ses antécédents médicaux.

Que fait le médecin

Le médecin ou tout autre professionnel de santé interroge la femme sur ses douleurs et ses antécédents médicaux, y compris son historique menstruel. Le médecin effectue ensuite un examen clinique. Les données des antécédents et de l’examen clinique suggèrent souvent une cause aux crampes et les examens à réaliser ( Certaines causes et caractéristiques des crampes menstruelles).

Concernant l’historique menstruel, le médecin interroge la patiente sur :

  • l’âge auquel elle a eu ses premières règles ;

  • la durée des règles ;

  • leur abondance ;

  • la durée de l’intervalle entre les règles ;

  • la régularité des règles ;

  • la survenue des symptômes par rapport aux règles.

Le médecin demande également à la femme son âge au moment de la survenue des premiers symptômes et quels sont ses autres symptômes. Il lui est demandé de décrire les douleurs ressenties, y compris leur degré de gravité, ce qui soulage ou aggrave les symptômes, et dans quelle mesure ils interfèrent avec ses activités quotidiennes. Il est également important de savoir si elle souffre ou non de douleurs pelviennes sans rapport avec les règles.

On demande à la femme si elle présente ou a déjà eu d’autres troubles et maladies provoquant des crampes, comme le recours à certains médicaments (comme les pilules contraceptives) ou l’utilisation d’un DIU.

Un examen pelvien est pratiqué. Le médecin examine le vagin, la vulve, le col de l’utérus, l’utérus et la zone qui entoure les ovaires, à la recherche de toute malformation, dont des polypes et des fibromes.

Certaines causes et caractéristiques des crampes menstruelles

Cause

Caractéristiques fréquentes*

Examens

Adénomyose (croissance de tissu qui tapisse normalement l’utérus, appelé tissu endométrial, à l’intérieur de la paroi utérine)

Menstruations abondantes et douloureuses, saignements intermenstruels, douleur dans le bas du torse (pelvis), et sensation de tension de la vessie et du rectum

Parfois, des douleurs pendant les rapports sexuels

Échographie ou IRM du pelvis

Chez la femme présentant un saignement vaginal anormal, parfois une biopsie

Malformations congénitales de l’appareil reproducteur

Parfois parties génitales qui semblent ou paraissent anormales, ou présence d’un nodule au niveau du pelvis

Parfois, une hystérosalpingographie (clichés radiographiques pris après injection d’un colorant dans l’utérus et les trompes de Fallope) ou une sono-hystérographie (une échographie après injection d’un liquide dans l’utérus)

Sténose cervicale (rétrécissement du passage menant au col de l’utérus)

Irrégularité ou absence de règles, saignements intermenstruels, stérilité et douleurs abdominales survenant par cycles

Protusion possible du vagin ou de l’utérus

Un examen médical du médecin

Parfois échographie du bassin

Kystes et tumeurs au niveau des ovaires (cancéreux ou non)

Souvent aucun autre symptôme

Parfois un saignement vaginal anormal

Si le cancer est avancé, parfois une indigestion, un météorisme et des douleurs dorsales

Échographie transvaginale (observée à l’aide d’un appareil manuel inséré dans le vagin)

En cas de suspicion de cancer, analyses de sang pour mesurer les substances produites par certaines tumeurs

Endométriose (fragments de tissu endométrial anormalement présents en dehors de l’utérus)

Douleur aiguë ou à type de crampe qui se produit avant ou pendant les premiers jours des règles

Stérilité

Douleur fréquente pendant les rapports sexuels, la défécation ou la miction

Un examen médical du médecin

Parfois, une laparoscopie (insertion d’une sonde optique à travers une petite incision juste sous l’ombilic)

Parfois échographie du bassin

Fibromes

Souvent aucun autre symptôme

Avec un gros fibrome, souvent une douleur, une pression, un saignement vaginal anormal ou une sensation de pesanteur dans la zone pelvienne

Échographie

Parfois une sono-hystérographie

Si les résultats ne sont pas clairs, IRM

Les dispositifs intra-utérins (DIU) libérant du cuivre ou, moins souvent, un progestatif (une forme synthétique de l’hormone féminine, la progestérone)

Des douleurs et un saignement vaginal qui diminuent souvent plusieurs mois après la mise en place du DIU

Un examen médical du médecin

Généralement, échographie du pelvis pour déterminer si le DIU est correctement positionné dans l’utérus

Syndrome de congestion pelvienne (douleur chronique due à l’accumulation de sang dans les veines du pelvis)

Douleur qui est :

  • généralement sourde et intense, mais parfois aiguë ou pulsatile ;

  • aggravée en fin de journée et soulagée par le fait de s’allonger ;

  • aggravée pendant ou après un rapport sexuel.

Souvent une douleur dans le bas du dos, dans les jambes et un saignement vaginal anormal

Occasionnellement, des pertes vaginales claires ou aqueuses

Parfois de la fatigue, des oscillations de l’humeur, des céphalées et un météorisme

Un examen médical du médecin

Échographie

Parfois une laparascopie

Polypes dans le col de l’utérus

Un saignement vaginal ou des pertes

Un examen médical du médecin

Parfois échographie du bassin

*Les caractéristiques sont les symptômes et les résultats de l’examen clinique. Les caractéristiques mentionnées sont typiques, mais ne sont pas toujours présentes.

IRM = imagerie par résonance magnétique.

Tests

Des tests sont effectués pour éliminer les troubles pouvant provoquer les douleurs. Chez la plupart des femmes, ces analyses comportent :

  • Un test de grossesse

  • une échographie du pelvis pour rechercher des fibromes, une endométriose, une adénomyose et des kystes ovariens.

Si une infection pelvienne est suspectée, un échantillon de sécrétions est prélevé au niveau du col de l’utérus, examiné ensuite au microscope et envoyé à un laboratoire pour analyse.

Si ces analyses ne sont pas concluantes et que les symptômes persistent, d’autres examens sont alors ( Procédures diagnostiques) effectués :

  • une hystérosalpingographie ou une sono-hystérographie pour identifier les polypes, fibromes et malformations congénitales ;

  • une imagerie par résonance magnétique (IRM) pour identifier d’autres malformations ou, si une chirurgie est programmée, pour fournir plus d’informations sur les malformations précédemment identifiées.

L’hystérosalpingographie consiste à prendre des clichés radiographiques après avoir injecté un produit radio-opaque (produit de contraste), visualisable aux rayons X, par le col de l’utérus dans la cavité utérine et les trompes de Fallope. Dans le cas de la sono-hystérographie, une échographie est effectuée après avoir instillé un liquide dans la cavité utérine à l’aide d’une petite sonde introduite dans le vagin et le col de l’utérus. Le liquide permet d’identifier plus aisément les anomalies.

Si les résultats de ces analyses ne sont pas concluants, une hystéroscopie ou une laparoscopie est effectuée, permettant ainsi au médecin de visualiser directement les structures internes du pelvis. Une sonde optique est introduite dans l’utérus en passant par le vagin et le col de l’utérus pour l’hystéroscopie, ou à travers une petite incision juste sous l’ombilic pour la laparoscopie.

Traitement

Si les crampes menstruelles proviennent d’un trouble différent, il convient de traiter ce dernier lorsque cela est possible. Par exemple, un canal cervical étroit peut être distendu chirurgicalement. Cependant, en général, cette opération ne soulage que temporairement la douleur. Si nécessaire, le médecin préconise l’ablation des fibromes ou du tissu endométrial ectopique (causé par une endométriose).

Lorsque le médecin diagnostique une dysménorrhée primaire, il annonce à la femme que la douleur n’a pas d’autre cause et il lui prodigue des mesures d’ordre général pour soulager les symptômes.

Consignes générales

Les mesures qui aident à soulager les douleurs :

  • un repos et du sommeil appropriés ;

  • des exercices physiques réguliers ;

  • l’application de chaleur sur la zone pelvienne ;

  • un régime à faible teneur en matières grasses ;

  • parfois, des compléments alimentaires, tels que des acides gras oméga 3, des graines de lin, du magnésium, de la vitamine E, du zinc et de la vitamine B1.

Médicaments

Si la douleur persiste, des médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), comme l’ibuprofène ou l’acide méfénamique, peuvent être efficaces. Les AINS doivent être pris 24 à 48 heures avant les règles et prolongés 1 ou 2 jours après leur début.

Si les AINS s’avèrent inefficaces, le médecin peut proposer des pilules contraceptives renfermant un progestatif et une faible dose d’œstrogènes. Ces pilules empêchent les ovaires de libérer un ovule (ovulation). D’autres traitements hormonaux permettent également de soulager les symptômes. Ils incluent le danazol (une hormone synthétique masculine), des progestatifs (comme le lévonorgestrel, l’étonogestrel ou la médroxyprogestérone), les agonistes de l’hormone de libération des gonadotrophines (les formes synthétiques d’une hormone produite par le corps) et un DIU libérant un progestatif.

Autres traitements :

Certains traitements alternatifs ont été suggérés, mais n’ont pas encore fait l’objet d’études approfondies. Il s’agit de l’acupuncture, l’acupression, la chiropractie et l’électrostimulation nerveuse transcutanée (qui consiste à appliquer un léger courant électrique à travers des électrodes positionnées sur la peau). L’hypnose est en cours d’étude comme traitement potentiel.

Si la femme souffre de douleurs sérieuses persistantes malgré la mise en place d’un traitement, une opération peut être préconisée. Par exemple, les fibres nerveuses utérines peuvent être sectionnées pour éviter la transmission et la perception des signaux de douleur. Cependant, la procédure peut parfois léser d’autres organes pelviens, tels que les uretères.

Points-clés

  • Habituellement, les crampes menstruelles n’ont pas de cause identifiable (appelée dysménorrhée primaire).

  • Il s’agit généralement d’une douleur à type de crampe ou aiguë, qui commence quelques jours avant les règles et disparaît après 2 ou 3 jours.

  • Pour la plupart des femmes, l’évaluation comprend un test de grossesse, un examen clinique et une échographie (pour vérifier la présence de toute structure anormale ou croissance dans le pelvis).

  • Dans le cas de la dysménorrhée primaire, des mesures générales, telles qu’un bon sommeil, des exercices physiques réguliers, de la chaleur et un régime à faible teneur en matières grasses, permettent de soulager les symptômes.

  • Si de telles mesures se révèlent inefficaces, des AINS ou des pilules contraceptives faiblement dosées sont également utilisées.

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