Introuvable
Emplacements

Trouvez des informations sur des sujets médicaux, des symptômes, des médicaments, des procédures, des nouvelles et bien plus encore, rédigées en langage simple.

Trouble dissociatif de l’identité

(trouble de personnalité multiple)

Par David Spiegel, MD, Professor, Jack, Lulu and Sam Willson, Stanford School of Medicine

Dans le trouble dissociatif de l’identité, autrefois appelé trouble de personnalité multiple, deux ou plusieurs identités prennent tour à tour le contrôle d’une même personne. Par ailleurs, la personne ne se souvient pas d’informations qui sont normalement faciles à retenir, comme des événements de tous les jours, des informations personnelles importantes et/ou des événements traumatiques ou stressants.

  • Un stress extrême durant l’enfance peut empêcher certains enfants d’intégrer leurs expériences au sein d’une identité cohésive.

  • Les personnes atteintes ont deux ou plusieurs identités et des trous de mémoire sur les événements de tous les jours, les informations personnelles importantes et les événements traumatiques ou stressants, ainsi que beaucoup d’autres symptômes, y compris la dépression et l’anxiété.

  • Un entretien psychiatrique attentif ainsi que des questionnaires particuliers, parfois facilités par l’hypnose ou par l’administration de sédatifs, aident le médecin à poser le diagnostic.

  • Une psychothérapie complète peut aider la personne à intégrer ses identités ou au moins à faciliter la coopération de ces identités.

On ne connaît pas le nombre de personnes atteintes par le trouble dissociatif de l’identité. Une étude a montré que près de 1,5 % de la population est atteinte du trouble au cours d’une année donnée.

Le trouble dissociatif de l’identité peut prendre deux formes :

  • expérience de possession

  • sans expérience de possession

Dans la forme avec possession, les différentes identités de la personne semblent être un agent extérieur qui a pris le contrôle de la personne. Cet agent extérieur est parfois décrit comme un être surnaturel ou un esprit, mais il peut aussi s’agir d’une autre personne. Dans tous les cas, la personne parle et agit très différemment de la façon dont elle le fait normalement. De ce fait, les différentes identités sont évidentes pour les autres. Dans de nombreuses cultures, des états de possession comparables font partie intégrante de la culture locale ou de la religion et ne sont pas considérés comme un trouble. En revanche, dans le trouble dissociatif de l’identité, l’alter ego est indésirable, provoque une souffrance et une altération du fonctionnement considérables, et apparaît à des moments et des endroits inappropriés compte tenu de la situation sociale, de la culture, et/ou de la religion de la personne atteinte.

Les formes sans possession sont généralement moins évidentes aux yeux des autres. La personne peut ressentir une brusque altération de sa conscience de soi, peut-être le sentiment qu’elle est l’observatrice de son propre discours, de ses émotions, actes, plutôt que l’agent.

Causes du trouble dissociatif de l’identité

Le trouble dissociatif de l’identité survient généralement chez des personnes qui ont connu un stress intense au cours de l’enfance. Aux États-Unis, au Canada, et en Europe, près de 90 % des personnes atteintes de ce trouble ont été sévèrement maltraitées (physiquement, sexuellement, ou émotionnellement) ou négligées durant l’enfance.

Au fur et à mesure qu’un enfant se développe, il doit apprendre à intégrer des types d’informations et d’expériences compliqués et différents dans une identité personnelle cohésive et complexe. Les maltraitances physiques et sexuelles qui ont lieu pendant l’enfance, alors que l’identité personnelle se développe, peuvent avoir des effets prolongés sur la capacité de la personne à former une identité unique, unifiée, en particulier lorsque les agresseurs sont des parents ou des soignants. Toutefois, si ces enfants vulnérables sont suffisamment protégés et aidés par des adultes véritablement soucieux, le trouble dissociatif de l’identité a moins de risque de se développer.

Symptômes du trouble dissociatif de l’identité

Le trouble dissociatif de l’identité est chronique et potentiellement invalidant, bien que de nombreuses personnes fonctionnent très bien et mènent une vie créative et productive.

Plusieurs symptômes sont caractéristiques.

Plusieurs identités

Les personnes atteintes de ce trouble peuvent se sentir détachées de certains aspects d’elles-mêmes (une affection appelée dépersonnalisation), comme si elles se regardaient dans un film ou comme si elles voyaient une autre personne. Elles peuvent se mettre brusquement à penser, ressentir, dire, et faire des choses qu’elles ne contrôlent pas et qui ne semblent pas leur appartenir. Leurs attitudes, opinions, et préférences (par exemple, concernant la nourriture, les vêtements, ou les centres d’intérêt) peuvent changer d’un coup, puis revenir à ce qu’elles étaient.

Les personnes atteintes ressentent leur corps différemment (par exemple, comme celui d’un très jeune enfant, ou de quelqu’un du sexe opposé) et pensent qu’il ne leur appartient pas. Elles peuvent faire référence à elles-mêmes à la première personne du pluriel (nous) ou à la troisième personne (il, elle, ils, elles), parfois sans en connaître la raison.

Bien que ces symptômes soient subjectifs, beaucoup peuvent être observés par autrui.

Certaines des personnalités de la personne sont conscientes d’informations personnelles importantes que les autres personnalités ne connaissent pas. Certaines personnalités semblent connaître les autres et interagir avec elles dans un travail intérieur élaboré. Par exemple, la personnalité A peut connaître la personnalité B et savoir ce que fait B, comme si elle observait son comportement. La personnalité B peut ou non connaître la personnalité A, et ainsi de suite avec les autres personnalités présentes. Les changements de personnalité ainsi que la méconnaissance du comportement des autres personnalités rendent souvent la vie chaotique. Comme les identités interagissent les unes avec les autres, les personnes atteintes signalent parfois qu’elles entendent des voix. Les voix peuvent être des conversations internes entre les identités ou peuvent s’adresser à la personne directement, parfois en commentant les comportements de la personne. Plusieurs voix peuvent parler en même temps et cela peut être très déroutant.

Les personnes atteintes de trouble dissociatif de l’identité sont également sujettes à des intrusions d’identités, de voix ou de souvenirs dans leurs activités de tous les jours. Par exemple, au travail, une identité en colère peut se mettre soudain à crier sur un collègue ou un supérieur.

Amnésie

L’amnésie est caractérisée par :

  • Des événements personnels passés que l’on ne peut pas se remémorer : par exemple, la personne peut ne pas se souvenir de certaines périodes de l’enfance ou de l’adolescence.

  • Des événements actuels quotidiens et des compétences apprises dont on ne peut pas se souvenir : par exemple, les personnes atteintes peuvent oublier temporairement comment se servir d’un ordinateur.

  • La découverte de preuves de choses que les personnes ont faites mais dont elles ne se souviennent pas.

Les personnes peuvent avoir le sentiment d’avoir été « absentes » un certain temps.

Après un épisode d’amnésie, elles peuvent découvrir des objets dans leurs placards à la maison ou des passages d’écriture manuelle qu’elles parviennent ni à expliquer, ni à reconnaître. Elles peuvent également se trouver dans un endroit différent du dernier lieu où elles se souviennent avoir été, sans savoir pourquoi ni comment elles sont venues là. Elles peuvent ne pas se souvenir de ce qu’elles ont fait ou ne pas pouvoir expliquer leurs changements de comportement. Parfois on leur dit qu’elles ont dit ou fait des choses dont elles ne se souviennent pas.

La plupart des personnes ont peu de souvenir de leurs 3 à 5 premières années de vie, mais les personnes souffrant d’un trouble dissociatif de l’identité peuvent, de la même façon, ne pas bien se souvenir de la période entre 6 et 11 ans.

Autres symptômes

Les personnes qui présentent un trouble dissociatif de l’identité décrivent souvent un ensemble de symptômes pouvant ressembler à ceux d’autres troubles mentaux ainsi que de nombreux autres troubles physiques. Elles développent, par exemple, des céphalées sévères ou d’autres douleurs. Différents groupes de symptômes se manifestent à des moments différents. Certains de ces symptômes peuvent témoigner de la présence d’une autre affection, mais d’autres peuvent refléter l’intrusion d’expériences passées dans le présent. La tristesse, par exemple, peut indiquer la coexistence d’une dépression, mais peut également signifier que l’une des personnalités revit des émotions associées à des malheurs passés.

De nombreuses personnes atteintes de trouble dissociatif de l’identité souffrent de dépression et d’anxiété. Elles sont enclines à se faire du mal. L’abus de certaines substances, les épisodes d’automutilation, et les comportements suicidaires (pensées et tentatives) sont fréquents, tout comme les troubles de la fonction sexuelle. Comme beaucoup de personnes ayant connu des maltraitances, elles peuvent rechercher ou rester dans des situations dangereuses et peuvent être victimes de nouveaux traumatismes.

En plus d’entendre des voix d’autres identités, la personne peut être sujette à d’autres types d’hallucinations (visuelles, tactiles, olfactives, ou gustatives). Les hallucinations peuvent survenir dans le contexte d’un flashback. De ce fait, le trouble dissociatif de l’identité peut être diagnostiqué à tort comme un trouble psychotique, tel que la schizophrénie. Cependant, ces symptômes hallucinatoires diffèrent des hallucinations caractéristiques des troubles psychotiques. Les personnes atteintes de trouble dissociatif de l’identité vivent ces symptômes comme venant d’un alter ego, à l’intérieur de leur tête. Les schizophrènes pensent, en général, que la source est extérieure, en dehors d’eux-mêmes.

Souvent, les personnes atteintes tentent de minimiser leurs symptômes et l’effet qu’ils ont sur les autres.

Diagnostic du trouble dissociatif de l’identité

  • Examen clinique

Le diagnostic de trouble dissociatif de l’identité est posé sur la base de l’histoire de la personne.

Le médecin mène un entretien psychiatrique approfondi et utilise des questionnaires particuliers, développés pour faciliter l’identification du trouble dissociatif de l’identité et écarter d’autres troubles mentaux. Un examen clinique peut être nécessaire pour déterminer si la personne présente un trouble physique qui pourrait expliquer certains symptômes.

Les entretiens sont parfois longs et nécessitent un recours prudent à l’hypnose ou à l’administration intraveineuse d’un sédatif afin de détendre la personne (entretien facilité par l’administration d’un médicament). Le médecin peut aussi demander à la personne de tenir un journal entre les consultations médicales. Ces mesures peuvent permettre au médecin de découvrir les autres identités ou de favoriser la révélation par la personne d’informations relatives à une période oubliée.

Le médecin peut également tenter de contacter directement les autres identités en demandant de parler à la partie du cerveau impliquée dans les comportements dont la personne ne peut se souvenir ou qui semblent provenir d’une autre personne.

Pronostic

Certains symptômes peuvent apparaître et disparaître d’eux-mêmes, mais le trouble dissociatif de l’identité ne guérit pas spontanément.

Le rétablissement d’une personne dépend des symptômes et des caractéristiques qu’elle présente et de la qualité et de la durée du traitement qu’elle reçoit. Il est, par exemple, bien plus difficile pour une personne qui souffre d’autres troubles mentaux sévères, qui présente des dysfonctionnements dans sa vie ou qui reste profondément attachée à son agresseur. La personne peut nécessiter un traitement plus long et le traitement est moins efficace.

Traitement du trouble dissociatif de l’identité

  • Psychothérapie

  • Parfois imagination guidée et hypnose

L’objectif de la prise en charge consiste en général à intégrer les différentes personnalités en une seule. Cependant, cela n’est pas toujours possible. Dans ce cas, on essaie d’obtenir une interaction harmonieuse entre les différentes personnalités, ce qui permet un fonctionnement plus normal.

Le traitement médicamenteux peut soulager certains symptômes particuliers associés, tels que l’anxiété ou la dépression, mais n’agit pas sur le trouble lui-même.

La psychothérapie est souvent longue, ardue et émotionnellement douloureuse. La personne peut vivre de nombreuses crises émotionnelles dues aux actions des différentes identités et au désespoir qui peut apparaître quand les événements traumatiques sont remémorés pendant la thérapie. Plusieurs hospitalisations en milieu psychiatrique peuvent être nécessaires pour l’aider à surmonter les moments difficiles et affronter les souvenirs particulièrement douloureux. Au cours de l’hospitalisation, la personne est soutenue en permanence et suivie.

Les composantes essentielles d’une psychothérapie efficace pour traiter un trouble de l’identité comprennent :

  • Fournir un moyen de stabiliser les émotions intenses

  • Négocier les rapports entre les différentes identités

  • Travailler sur les souvenirs traumatiques

  • Protéger contre de nouveaux traumatismes

  • Établir et renforcer une bonne relation entre la personne et le psychothérapeute.

Parfois le psychothérapeute utilise des techniques telles que l’hypnose pour aider les personnes atteintes à se calmer, changer leur point de vue sur les événements et progressivement les désensibiliser face aux effets des souvenirs traumatiques, qui sont parfois tolérés uniquement à faibles doses.