Introuvable
Emplacements

Trouvez des informations sur des sujets médicaux, des symptômes, des médicaments, des procédures, des nouvelles et bien plus encore, rédigées pour les professionnels de santé.

Trouble de dépersonnalisation/déréalisation

Par Daphne Simeon, MD, Associate Professor, Department of Psychiatry, Mount Sinai School of Medicine

Cliquez ici pour
l’éducation des patients

1 iOS Android

Le trouble de dépersonnalisation/déréalisation est une forme de trouble dissociatif qui consiste en une expérience prolongée ou récurrente de détachement (dissociation) de son propre corps ou de son fonctionnement mental, habituellement avec l'impression d'être devenu un observateur extérieur de sa propre existence (dépersonnalisation), ou d'être détaché de son environnement (déréalisation). Le trouble est souvent déclenché par un stress sévère. Le diagnostic repose sur des symptômes spécifiques après que les autres causes possibles aient été écartées. Le traitement consiste en une psychothérapie ainsi qu'un traitement médicamenteux en cas de dépression comorbide et/ou d'anxiété.

Environ 50% de la population générale a vécu au moins une expérience de dépersonnalisation ou de déréalisation transitoire au cours de leur vie. Cependant, seulement 2% des personnes répondent aux critères de trouble de dépersonnalisation/déréalisation.

La dépersonnalisation ou déréalisation est également un symptôme de nombreux autres troubles psychiatriques et somatiques tels que les troubles convulsifs (ictaux et post-ictaux). Lorsque la dépersonnalisation ou déréalisation se manifeste indépendamment d'un autre trouble mental ou physique et qu'elle est persistante ou récidivante et qu'elle compromet le fonctionnement, on parle de trouble de dépersonnalisation/déréalisation.

Le trouble de dépersonnalisation/déréalisation a la même fréquence chez les hommes et chez les femmes. L'âge moyen du début est de 16 ans. Ce trouble peut commencer au début ou au milieu de l'enfance; seuls 5% des cas commencent après 25 ans et le trouble débute rarement après 40 ans.

Étiologie

Les personnes atteintes de trouble de dépersonnalisation/déréalisation ont souvent vécu un stress sévère, en particulier violence psychologique ou négligence, au cours de l'enfance. D'autres facteurs de stress comprennent le fait d'être victime de violence physique, témoin de violence familiale, d'avoir un parent extrêmement handicapé ou atteint de maladie mentale et lorsqu'un membre de la famille ou un ami proche meurt brusquement.

Les épisodes peuvent être déclenchés par le stress interpersonnel, financier ou professionnel; la dépression; l'anxiété; ou l'utilisation de drogues illicites, en particulier la marijuana, la kétamine ou les hallucinogènes.

Symptomatologie

Les symptômes de dépersonnalisation trouble/de déréalisation sont généralement épisodiques et augmentent et décroissent en intensité. Ces épisodes peuvent durer seulement quelques heures à quelques jours ou des semaines, des mois ou parfois des années. Mais chez certains patients les symptômes sont constamment présents et ont la même intensité pendant des années, voire des décennies.

Les symptômes de dépersonnalisation comprennent

  • Sensations détachées du corps, de l'esprit, des sentiments ou des sensations

Les patients se ressentent comme un observateur extérieur de leur prore vie. De nombreux patients disent également qu'ils ont un sentiment d'irréalité (déréalisation) ou d'être un robot (ne pas avoir de contrôle sur ce qu'ils font ou disent). Ils peuvent se sentir physiquement et émotionnellement engourdis et avoir un affect émoussé; certains se décrivent comme les «morts-vivants.» Certains patients sont incapables de reconnaître ou décrire leurs émotions (alexithymie). Ils se sentent déconnectés de leurs souvenirs et sont incapables de se rappeler clairement des choses.

Les symptômes de déréalisation comprennent

  • Une impression d'être détachés de leur l'environnement (p. ex., les gens, les objets, tout), qui semble irréel

Les patients peuvent se sentir comme dans un rêve ou un brouillard ou comme si un mur de verre ou un voile les séparait de leur environnement. Le monde semble sans vie, incolore ou artificiel. Une distorsion subjective du monde est fréquente. Par exemple, les objets peuvent apparaître flous ou inhabituellement clairs; ils peuvent sembler plats ou plus petits ou plus grands que ce qu'ils sont. Les sons peuvent sembler plus ou moins forts que ce qu'ils sont; le temps peut sembler passer trop lentement ou trop rapidement.

Les symptômes sont presque toujours pénibles et, dans les cas graves, particulièrement intolérables. L'anxiété et la dépression sont fréquentes. Certains patients craignent de présenter des lésions cérébrales irréversibles ou de devenir fous. D'autres sont obsédés par le fait de savoir si ces lésions existent vraiment ou vérifient constamment si leurs perceptions sont réelles. Cependant, le patient sait toujours que son vécu «d’irréalité» n’est pas réel mais représente ce qu'il ressent (c'est-à-dire, qu'ils ont des tests de réalité intacts). Cette prise de conscience des troubles de dépersonnalisation les différencie d'un trouble psychotique, dans lequel une telle perspicacité est toujours absente.

Diagnostic

  • Critères cliniques

Le diagnostic du trouble de dépersonnalisation/déréalisation est clinique et basé sur les critères du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fifth Edition (DSM-5):

  • Les patients présentent des épisodes persistants ou récurrents de dépersonnalisation, de déréalisation, ou les deux.

  • Le patient sait que son vécu «d’irréalité» n’est pas réel (c.-à-d. qu'il a un sens de la réalité intact)

  • Les symptômes provoquent une détresse importante ou compromettent de façon significative le fonctionnement social ou professionnel.

En outre, les symptômes ne peuvent pas être mieux expliqués par un autre trouble (p. ex., convulsions, abus de substances, trouble panique, trouble dépressif majeur, un autre trouble dissociatif).

Une IRM et un EEG sont effectués pour éliminer les causes physiques, en particulier si les symptômes ou la progression est atypique (p. ex., si les symptômes ont commencé après l'âge de 40 ans). Des tests toxicologiques urinaires peuvent également être indiqués.

Les tests psychologiques, les entretiens structurés et les questionnaires sont utiles.

Pronostic

Les patients s'améliorent souvent sans intervention. Une guérison complète est possible pour beaucoup de patients, en particulier ceux dont les symptômes se manifestent en rapport avec un stress décelable, qui peut être géré par le traitement, et ceux dont les symptômes ne se prolongent pas. Chez d'autres, la dépersonnalisation et la déréalisation deviennent plus chroniques et réfractaires.

Une dépersonnalisation ou une déréalisation persistante ou récidivante, peut cependant entraîner un handicap minime si les patients parviennent à supprimer le sentiment de dépersonnalisation en se concentrant sur d'autres pensées ou activités. Certains patients deviennent handicapés par un sentiment chronique d'étrangeté ou par l'anxiété et/ou la dépression qui l'accompagne.

Traitement

  • Psychothérapie

Le traitement du trouble de dépersonnalisation/déréalisation doit rechercher tous les facteurs de stress en relation avec le début du trouble, ainsi que les facteurs de stress antérieurs (p. ex., une maltraitance émotionnelle ou des négligences subies pendant l'enfance) qui prédisposent à la dépersonnalisation et/ou la déréalisation.

Différentes psychothérapies (p. ex., psychothérapie psychodynamique, thérapie comportementale et cognitive, hypnose) sont efficaces chez certains patients:

  • Les approches cognitives permettent de bloquer la pensée compulsive concernant le vécu d'irréalité.

  • Les techniques comportementales peuvent aider le patient à s'engager dans des tâches qui le détournent de la dépersonnalisation et de la déréalisation.

  • Des techniques de prise de conscience de l'ici et maintenant utilisent les 5 sens (p. ex., en jouant de la musique forte ou en plaçant un morceau de glace dans la main) pour aider les patients à se sentir plus liés à eux-mêmes et au monde.

  • Le traitement psychodynamique aide le patient à gérer ses pensées négatives, ses conflits sous-jacents ou ses expériences qui rendent certains affects intolérables pour le moi et sont ainsi dissociés.

  • Le suivi et la nomination de l'affect et de la dissociation à chaque instant lors des séances de traitement sont efficaces chez certains patients.

Divers médicaments ont été utilisés, mais aucun n'a une efficacité clairement démontrée. Cependant, certains patients semblent soulagés par les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, la lamotrigine, les antagonistes des opiacés, les anxiolytiques et les stimulants. Cependant, ces médicaments fonctionnent largement en ciblant d'autres troubles psychiatriques (p. ex., anxiété, dépression) souvent associés à ou déclenchés par la dépersonnalisation et la déréalisation.