L'angiostrongylose est une infection par des larves de nématodes (vers) du genre Angiostrongylus. La présentation clinique et le diagnostic diffèrent selon les espèces. A. cantonensis provoque une méningite à éosinophiles, avec des symptômes neurologiques, une raideur de la nuque et parfois de la fièvre ou d'autres symptômes systémiques. Le diagnostic repose sur la ponction lombaire, les tests PCR sur le liquide céphalo-rachidien et la sérologie; le traitement comprend des corticostéroïdes et des soins de support. A. costaricensis provoque une entérite à éosinophiles (angiostrongylose abdominale) avec des symptômes gastro-intestinaux et parfois de la fièvre ou d'autres symptômes systémiques. Le diagnostic repose sur la biopsie chirurgicale des tissus abdominaux et le traitement est symptomatique. Pour les deux espèces, le traitement par des anthelminthiques est soit inefficace, soit délétère.
Les Angiostrongylus sont des parasites des rats (vers pulmonaires du rat). Les larves excrétées sont absorbées par des hôtes intermédiaires (escargots de terre et limaces) et par des hôtes de transport ou paraténiques (hôtes qui ne sont pas nécessaires au développement du parasite mais qui peuvent transmettre l'infection aux humains, tels que certains crabes terrestres, crevettes d'eau douce, grenouilles et crapauds). L'infection humaine est contractée par l'ingestion d'hôtes intermédiaires ou de transport crus ou insuffisamment cuits ou de produits crus contenant un petit escargot ou une petite limace ou une partie de ceux-ci. Les traces de mucus de limaces et d'escargots peuvent contenir un petit nombre de larves, mais ne sont pas considérées comme des sources majeures d'infection (1).
1. Les nématodes adultes (vers) de A. cantonensis vivent dans les artères pulmonaires des rats. Les femelles pondent des œufs qui éclosent en larves (premier stade).
2. Les larves du premier stade migrent vers le pharynx, sont dégluties et passent dans les selles.
3. Les larves de premier stade pénètrent ou sont ingérées par un hôte intermédiaire (escargot ou limace) et se développent en larves de 3e stade.
4. Quand un hôte intermédiaire est ingéré par l'hôte définitif, les larves de 3e stade migrent vers le cerveau, où elles se développent en jeunes adultes. Les jeunes adultes retournent dans le système veineux puis dans les artères pulmonaires, où ils maturent.
5. Les humains peuvent contracter l'infection en mangeant des escargots ou des limaces infectés crus ou insuffisamment cuits, des produits crus qui contiennent un petit escargot ou une limace ou une partie de ceux-ci ou un hôte de transport tel que certains crabes terrestres, des grenouilles, des crapauds ou des crevettes d'eau douce.
6. Chez l'homme, les larves migrent du tractus gastro-intestinal vers les méninges. Parfois, elles envahissent les yeux ou les poumons. A. cantonensis n'atteignent pas leur pleine maturité chez l'homme.
Image from the Centers for Disease Control and Prevention, Global Health, Division of Parasitic Diseases and Malaria.
L'infection par A. cantonensis (angiostrongylose neurale) est observée principalement dans le sud-est asiatique et le bassin du Pacifique, bien qu'elle ait été rapportée ailleurs, notamment aux Caraïbes, à Hawaii et dans certaines parties du sud des États-Unis. C'est l'une des causes les plus courantes de méningite à éosinophiles dans le monde (2). Les larves migrent du tube digestif aux méninges, où elles déclenchent une méningite à éosinophiles avec fièvre, céphalées et méningisme, accompagnée d'une éosinophilie. Une invasion oculaire se produit parfois.
L'infection par A. costaricensis (angiostrongylose abdominale) est observée dans les Amériques, en particulier en Amérique latine et aux Caraïbes. Les vers adultes résident dans les artérioles de la région iléo-caecale et les œufs peuvent être libérés dans les tissus intestinaux, provoquant une inflammation locale avec douleurs abdominales, vomissements et fièvre; cette infection peut simuler une appendicite. L'angiostrongylose abdominale est souvent accompagnée d'une éosinophilie et une masse douloureuse de la fosse iliaque droite peut se développer.
(Voir aussi Prise en charge des infections parasitaires.)
Références générales
1. Kramer KJ, Posner J, Gosnell WL. Role of Gastropod Mucus in the Transmission of Angiostrongylus cantonensis, a Potentially Serious Neurological Infection. ACS Chem Neurosci. 2018;9(4):629-632. doi:10.1021/acschemneuro.7b00491
2. CDC Yellow Book 2024: Angiostrongyliasis. Accessed November 27, 2024.
Symptomatologie de l'angiostrongylose
La méningite à éosinophiles provoquée par A. cantonensis se manifeste par des symptômes neurologiques tels que des céphalées sévères, une diplopie, une paresthésie, une hyperesthésie ou des convulsions (1). Des symptômes ou des signes de raideur de la nuque (rigidité nucale) sont généralement présents. Les patients peuvent développer une fébricule, des courbatures, une fatigue ou des symptômes gastro-intestinaux (p. ex., nausées, vomissements, douleurs abdominales). Dans les cas graves, la cécité, la paralysie ou la mort peuvent survenir.
L'entérite à éosinophiles provoquée par A. costaricensis se manifeste par des douleurs abdominales, des nausées, des vomissements et/ou une diarrhée et parfois une péritonite ou une masse abdominale palpable (2). Une fièvre ou d'autres symptômes systémiques (p. ex., fatigue) peuvent être présents. Dans les cas graves, une perforation intestinale peut survenir.
Références pour la symptomatologie
1. CDC Yellow Book 2024: Angiostrongyliasis. Accessed November 27, 2024.
2. Walger LK, Rodriguez R, Marcolongo-Pereira C, et al. Diagnostic criteria and case definitions for abdominal angiostrongyliasis: a systematic review from the Brazilian experience. Parasitol Res. 2024;123(3):155. Published 2024 Mar 6. doi:10.1007/s00436-024-08177-2
Diagnostic de l'angiostrongylose
Si une méningite est suspectée (A. cantonensis), analyse du liquide céphalorachidien (LCR)
Si une entérite est suspectée (A. costaricensis), biopsie chirurgicale pour identifier les œufs et les larves dans divers tissus ou des vers adultes dans la lumière artérielle mésentérique ou ses branches
Numération formule sanguine
Parfois sérologie
L'angiostrongylose est suspectée devant des antécédents d'ingestion de matériel potentiellement contaminé, notamment des hôtes intermédiaires ou de transport.
Les patients présentant des signes méningés doivent subir une ponction lombaire avec un test PCR du LCR, qui montre généralement une élévation de la pression du LCR, des protéines et des globules blancs avec des éosinophiles > 10% (pouvant atteindre 70%). La numération formule sanguine montre une éosinophilie > 5% dans le sang; les parasites A. cantonensis sont rarement visibles. L'éosinophilie périphérique peut ne pas toujours être bien corrélée avec l'éosinophilie du LCR. Les lésions focales ne sont habituellement pas visibles en TDM ou IRM du cerveau. Les larves et les œufs d'A. cantonensis ne sont pas présents dans les selles.
Le diagnostic des infections gastro-intestinales dues à A. costaricensis est difficile parce que les larves et les œufs ne sont pas présents dans les selles. Le diagnostic de certitude est posé si une chirurgie abdominale est pratiquée (souvent pour une autre étiologie suspectée des symptômes, p. ex., appendicite) et que l'évaluation histologique identifie les œufs ou les larves dans les biopsies de divers tissus abdominaux ou identifie les vers adultes dans la lumière artérielle mésentérique ou ses branches. Un pourcentage élevé d'éosinophiles (> 10%) peut être présent dans le sang et dans les tissus infectés (1).
Les immunoessais et les diagnostics moléculaires ne sont pas largement disponibles. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) proposent une réaction en chaîne par polymérase (PCR) pour A. cantonensis dans le liquide céphalorachidien (2); les tests moléculaires pour A. costaricensis ne sont disponibles que dans les laboratoires de recherche.
Références pour le diagnostic
1. Rojas A, Maldonado-Junior A, Mora J, et al. Abdominal angiostrongyliasis in the Americas: fifty years since the discovery of a new metastrongylid species, Angiostrongylus costaricensis. Parasit Vectors. 2021;14(1):374. Published 2021 Jul 22. doi:10.1186/s13071-021-04875-3
2. Qvarnstrom Y, da Silva AC, Teem JL, et al. Improved molecular detection of Angiostrongylus cantonensis in mollusks and other environmental samples with a species-specific internal transcribed spacer 1-based TaqMan assay. Appl Environ Microbiol. 2010;76(15):5287-5289. doi:10.1128/AEM.00546-10
Traitement de l'angiostrongylose
Pour la méningite, corticostéroïdes et parfois ponction lombaire pour réduire la pression endocrânienne
La méningite à A. cantonensis est traitée par des antalgiques, l'évacuation du liquide céphalorachidien à intervalles fréquents afin de réduire la pression endocrânienne; les corticostéroïdes peuvent diminuer la fréquence des ponctions lombaires thérapeutiques (1). La plupart des patients présentent une infection autolimitée et guérissent complètement. Le traitement anthelminthique peut augmenter la réponse inflammatoire parce qu'il entraîne la libération d'antigènes parasitaires.
Il n'y a pas de traitement spécifique à l'infection par A. costaricensis; la plupart des infections se résolvent spontanément. Les anthelminthiques ne semblent pas être efficaces et peuvent conduire à une migration supplémentaire des vers et à une aggravation des symptômes (2).
Références pour le traitement
1. Ansdell V, Kramer KJ, McMillan JK, et al. Guidelines for the diagnosis and treatment of neuroangiostrongyliasis: updated recommendations. Parasitology. 2021;148(2):227-233. doi:10.1017/S0031182020001262
2. Loría-Cortés R, Lobo-Sanahuja JF. Clinical abdominal angiostrongylosis. A study of 116 children with intestinal eosinophilic granuloma caused by Angiostrongylus costaricensis. Am J Trop Med Hyg. 1980;29(4):538-544.
Prévention de l'angiostrongylose
Les sujets qui vivent ou voyagent dans des régions où A. cantonensis ou A. costaricensis est présent doivent éviter de manger des escargots crus ou insuffisamment cuits, des limaces, des crevettes d'eau douce, des crabes terrestres, des grenouilles, des scolopendres et des lézards, ainsi que des légumes et des jus de légumes potentiellement contaminés.
Points clés
Les humains contractent Angiostrongylus lorsqu'ils consomment des escargots ou des limaces crus ou insuffisamment cuits ou des hôtes de transport (certains crabes terrestres, grenouilles, crapauds ou crevettes d'eau douce).
Les larves d'A. cantonensis migrent du tube digestif vers les méninges, où elles déclenchent une méningite éosinophile; les œufs de A. costaricensis peuvent être libérés dans les tissus intestinaux, provoquant des douleurs abdominales, des vomissements et de la fièvre.
Les œufs ne sont pas présents dans les selles des patients atteints d'angiostrongylose.
Traiter l'infection neurologique à A. cantonensis avec méningite par des analgésiques, des corticostéroïdes et, si la pression endocrânienne est élevée, par la soustraction de liquide céphalorachidien à des intervalles fréquents.
Le traitement de l'infection abdominale à A. costaricensis par des anthelminthiques ne semble pas efficace et peut conduire à une migration supplémentaire des vers avec une aggravation des symptômes.
La plupart des infections par Angiostrongylus se résorbent spontanément.



