Le trouble anxieux est caractérisé par la peur concernant le fait d'être exposé à certaines situations sociales ou durant lesquelles on est en représentation. Ces situations sont soit évitées, soit vécues avec une importante détresse. Le diagnostic repose sur des critères cliniques. Le traitement comprend une thérapie cognitivo-comportementale, une thérapie par exposition et parfois une pharmacothérapie.
Le trouble d'anxiété sociale touche environ 3 à 7% des sujets au cours d'une année donnée, avec une prévalence à vie de 5 à 13% (1, 2).
La peur et l'anxiété chez le patient présentant un trouble d'anxiété sociale sont souvent basées sur le fait d'être embarrassé ou humilié si elles ne répondent pas aux attentes des personnes ou si elles sont observées par des tiers lors d'interactions sociales. Souvent sa préoccupation est que l'anxiété soit visible à cause d'une sudation excessive, d'une rougeur du visage, de vomissements ou de tremblements (avec parfois une voix chevrotante) ou bien de la perte de la capacité à garder le fil de ses pensées ou à trouver les mots pour s'exprimer. Habituellement, la même activité en l'absence de public ne cause pas d'anxiété.
Les situations au cours desquelles l'anxiété sociale est fréquente comprennent la prise de parole en public, jouer dans une pièce de théâtre, et jouer d'un instrument de musique. D'autres situations potentielles comprennent le fait de manger avec d'autres personnes, de rencontrer de nouvelles personnes, de tenir une conversation, de signer un document devant témoin ou d'utiliser les toilettes publiques. Une phobie sociale généralisée est responsable d'une anxiété sociale dans des situations sociales diverses et multiples.
La plupart des patients présentant un trouble d'anxiété sociale reconnaissent que leurs craintes sont déraisonnables et excessives.
Références générales
1. Grant BF, Hasin DS, Blanco C, et al. The epidemiology of social anxiety disorder in the United States: Results from the National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions. J Clin Psychiatry. 66(11):1351-1361, 2005. doi: 10.4088/jcp.v66n1102
2. Kessler RC, Petukhova M, Sampson NA, Zaslavsky AM, Wittchen H -U. Twelve-month and lifetime prevalence and lifetime morbid risk of anxiety and mood disorders in the United States. Int J Methods Psychiatr Res. 2012;21(3):169-184. doi:10.1002/mpr.1359
Diagnostic du trouble d'anxiété sociale
Bilan psychiatrique
Le diagnostic du trouble d'anxiété sociale est basé sur les antécédents. Les critères cliniques pour le diagnostic du trouble d'anxiété sociale du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5e édition, Text Revision (DSM-5-TR) comprennent les éléments suivants (1):
Une peur ou une anxiété marquée, persistante (≥ 6 mois) à propos d'une ou de plusieurs situations sociales dans lesquelles ils peuvent être scrutés par des tiers.
La peur doit impliquer une évaluation négative par d'autres sujets (p. ex., que les patients seront humiliés, embarrassés, ou rejetés ou qu'ils offenseront d'autres sujets). En outre, tous les éléments suivants doivent être présents:
Les mêmes situations sociales déclenchent presque toujours peur ou anxiété.
Les patients évitent activement la situation.
La peur ou l'anxiété est hors de proportion avec la menace réelle (en tenant compte des normes socioculturelles).
La peur, l'anxiété et/ou l'évitement causent une détresse importante et/ou altèrent significativement le fonctionnement social ou professionnel.
En outre, la peur et l'anxiété ne peuvent être plus correctement caractérisées comme un trouble psychiatrique différent (p. ex., l'agoraphobie, le trouble panique, la dysmorphophobie, le trouble de personnalité évitante), une condition médicale générale, ou l'utilisation ou le sevrage d'une substance. Enfin, si une autre affection médicale susceptible de provoquer normalement de l'anxiété existe, comme des brûlures défigurantes, l'anxiété doit être clairement indépendante de cette affection et excessive.
Comme c'est le cas d'autres troubles anxieux, il est utile d'identifier les spirales catastrophiques de la cognition lors du diagnostic du trouble d'anxiété sociale; par exemple, les patients présentant un trouble d'anxiété sociale peuvent craindre que s'ils se rendent à une fête, de se trouver dans l'embarras, d'être moqués par des étrangers et de devoir ensuite fuir la fête. Souvent, cette anxiété commence raisonnablement, mais elle se transforme en craintes d'une catastrophe hautement improbable.
Les patients présentant un trouble d'anxiété sociale ont tendance à développer des stratégies d'évitement, telles que refuser des invitations à des réceptions ou rencontrer de nouvelles personnes. Ces stratégies peuvent devenir une seconde nature, de sorte que le comportement d'évitement peut ne pas être considéré comme ayant quelque chose à voir avec l'anxiété. Par exemple, ils peuvent initialement signaler qu'ils évitent les réunions festives ou autres parce qu'elles sont "ennuyeuses". Cependant, un tel évitement peut intensifier l'anxiété sociale parce que le patient est privé d'expériences positives dans le contexte redouté et que la spirale cognitive se poursuit sans être remise en cause (2).
Références pour le diagnostic
1. American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. 5th ed, Text Revision. American Psychiatric Association Publishing; 2022.
2. Asher M, Hofmann SG, Aderka IM. I'm Not Feeling It: Momentary Experiential Avoidance and Social Anxiety Among Individuals With Social Anxiety Disorder. Behav Ther. 2021;52(1):183-194. doi:10.1016/j.beth.2020.04.001
Traitement du trouble d'anxiété sociale
Thérapie cognitivo-comportementale
Thérapie par exposition
Parfois, un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (ISRS), un inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN) ou une benzodiazépine
Parfois, un bêta-bloqueur
Comme avec d'autres troubles anxieux, le trouble d'anxiété sociale varie en gravité et évolue avec le temps. De nombreuses personnes souffrant d'anxiété sociale ne recherchent jamais de traitement, mais développent plutôt leur propre ensemble de stratégies. Par exemple, ils peuvent minimiser ou éviter les situations sociales, "s'automédiquer" avec des drogues telles que l'alcool ou la marijuana, ou simplement se défiler de façon inconfortable des obligations sociales. Cependant, il existe de multiples options thérapeutiques disponibles pour les patients (1).
La thérapie cognitivo-comportementale consiste à apprendre aux patients à reconnaître et à contrôler leurs distorsions cognitives et leurs fausses croyances ainsi qu'à les informer sur la façon d'utiliser la thérapie d'exposition (exposition contrôlée à la situation anxiogène) (2–4).
Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline et les benzodiazépines sont également efficaces dans l'anxiété sociale, bien que les benzodiazépines puissent entraîner une dépendance physique et altérer la pensée et la mémoire (1–3).
Chez les patients qui ressentent de la détresse lorsqu'ils doivent se produire en public, des bêta-bloqueurs peuvent être prescrits pour réduire l'augmentation de la fréquence cardiaque, les tremblements et la transpiration (2).
Références pour le traitement
1. Williams T, McCaul M, Schwarzer G, et al. Pharmacological treatments for social anxiety disorder in adults: A systematic review and network meta-analysis. Acta Neuropsychiatr. 32(4):169-176, 2020. doi: 10.1017/neu.2020.6
2. Szuhany KL, Simon NM. Anxiety Disorders: A Review. JAMA. 2022;328(24):2431-2445. doi:10.1001/jama.2022.22744
3. Penninx BW, Pine DS, Holmes EA, Reif A. Anxiety disorders [published correction appears in Lancet. 2021 Mar 6;397(10277):880. doi: 10.1016/S0140-6736(21)00473-6.]. Lancet. 2021;397(10277):914-927. doi:10.1016/S0140-6736(21)00359-7. Erratum: Department of Error. Lancet. 2021;397(10277):880. doi:10.1016/S0140-6736(21)00473-6
4. Butler RM, O'Day EB, Swee, MB, Horenstein A, et al. Cognitive Behavioral Therapy for Social Anxiety Disorder: Predictors of Treatment Outcome in a Quasi-Naturalistic Setting. Behavior Therapy. 52(2):465-477, 2021.



