Médicaments facilitant l'intubation

Examen complet: juin 2026 ParAbdulghani Sankari, MD, PhD, MS, Wayne State University | Examen par des pairs réalisé parDavid A. Spain, MD, Department of Surgery, Stanford University
Dernière mise à jour: juin 2026
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Les patients qui n'ont pas de pouls et qui ont une apnée ou ceux qui ont une obnubilation sévère peuvent (et doivent) être intubés sans assistance pharmacologique. D'autres patients reçoivent des sédatifs et des curares pour minimiser l'inconfort et faciliter l'intubation (procédure appelée intubation en séquence rapide) (voir tableau ). (Voir aussi Revue générale des arrêts respiratoires, Rétablissement et contrôle de la perméabilité des voies respiratoires, et Intubation trachéale.)

Sédation et analgésie pour l'intubation

La laryngoscopie et l'intubation sont inconfortables; chez les patients qui sont conscients, un médicament IV à courte durée d'action doté de propriétés sédatives ou d'une association de propriétés sédatives et analgésiques est obligatoire.

L'étomidate 0,3 mg/kg est un sédatif-hypnotique non barbiturique fréquemment utilisé pour l'induction. Il existe des craintes que l'étomidate augmente la mortalité chez certains patients en phase critique, mais les preuves actuelles ne sont pas définitives, et l'étomidate est toujours un agent recommandé pour l'intubation en séquence rapide (1, 2, 3, 4).

Le fentanyl est un opioïde synthétique à action rapide qui peut être utilisé pour réduire la réponse hypertensive et tachycardique à la stimulation induite par la procédure d'intubation (5). La dose de fentanyl IV chez l'adulte est de 5 mcg/kg de poids corporel idéal (2 à 5 mcg/kg chez l'enfant). NOTE: cette dose est plus élevée que la dose analgésique et doit être réduite si elle est utilisée en association avec un sédatif-hypnotique (p. ex., propofol, étomidate). Le fentanyl est un opioïde et a des propriétés analgésiques ainsi que sédatives. Cependant, à des doses plus élevées, une rigidité de la paroi thoracique peut survenir (6).

La kétamine 1 à 2 mg/kg IV est un anesthésique dissociatif qui a des propriétés cardiostimulantes. Elle est généralement bien tolérée mais peut parfois entraîner des hallucinations ou un comportement étrange au réveil. Ces effets indésirables peuvent être traités par de faibles doses de benzodiazépines prophylactiques. L'utilisation de kétamine et d'étomidate donne des taux de survie similaires à 28 jours post-intubation chez les patients gravement malades qui nécessitent une intubation (2, 7).

Le propofol, un sédatif amnésiant, est couramment utilisé pour l'induction à des doses de 1,5 à 3 mg/kg IV, mais peut provoquer une dépression cardiovasculaire entraînant une hypotension.

L'atropine peut être utilisée pour prévenir la bradycardie lors de l'intubation en urgence chez les nourrissons et les enfants (8).

Les barbituriques ne sont pas couramment utilisés parce qu'ils ont tendance à provoquer une hypotension.

Tableau
Tableau

Agents de blocage neuromusculaire pour l'intubation

Le relâchement des muscles squelettiques par un bloqueur neuromusculaire (curarisant) IV facilite l'intubation (9, 10) et améliore le taux de succès à la première tentative (c'est-à-dire une intubation réussie au premier essai) (1).

Le rocuronium est un agent bloquant neuromusculaire (NMBA) non dépolarisant et réversible; utilisé à dose adéquate pour un délai d'action rapide, sa durée d'action est significativement plus longue (> 30 minutes) que celle de la succinylcholine (1, 11). Il est utilisé en première intention comme bloquant neuromusculaire pour l'intubation, ou comme alternative à la succinylcholine lorsque la succinylcholine est contre-indiquée.

La succinylcholine (1,5 mg/kg IV, 2,0 mg/kg chez le nourrisson), un bloqueur neuromusculaire (curarisant) dépolarisant, a le début d'action le plus rapide (30 s à 1 min) et la durée d'action la plus courte (3 à 5 min). Elle doit être évitée en cas de brûlures, de lésions par écrasement musculaire datant de > 1 à 2 jours et de lésion rénale aiguë en raison de préoccupations potentielles concernant l'hyperkaliémie (12). La succinylcholine doit également être évitée en cas de lésions de la moelle épinière et de certaines maladies neuromusculaires (p. ex., sclérose en plaques, dystrophie musculaire) en raison du risque d'hyperkaliémie iatrogène (1, 13). D'autres bloqueurs neuromusculaires (curarisants) doivent également être envisagés en cas de possible lésion oculaire pénétrante en raison de préoccupations concernant l'augmentation des pressions intraoculaires dues à des fasciculations. L'hyperthermie maligne peut être provoquée par des bloqueurs neuromusculaires dépolarisants ainsi que par certains anesthésiques. L'hyperthermie maligne représente un faible pourcentage des décès liés à l'anesthésie (14, 15). Un prétraitement par de petites doses de bloqueurs neuromusculaires (curarisants) non dépolarisants avant l'administration de succinylcholine est suggéré pour prévenir les fasciculations et les myalgies (16).

Les recommandations de pratique clinique 2023 de la SCCM pour l'induction en séquence rapide (ISR) chez l'adulte en état critique préconisent l'utilisation du rocuronium ou de la succinylcholine, sous réserve de l'absence de contre-indication à la succinylcholine (1). Dans la pratique actuelle, le rocuronium s'est imposé comme l'option privilégiée pour plusieurs raisons. Les complications survenant lors de l'intubation, notamment les complications cardiovasculaires, sont rapportées moins fréquemment avec le rocuronium qu'avec la succinylcholine. De plus, une faible dose de rocuronium (0,6 mg/kg) s'est révélée entraîner moins d'effets indésirables lorsqu'elle est associée à un prétraitement par sulfate de magnésium (60 mg/kg) (17). Cependant, cette méthode nécessite une perfusion lente (d'environ 15 minutes), ce qui la rend moins adaptée aux situations d'urgence. L'agent antagoniste sugammadex, capable d'antagoniser une dose complète de rocuronium pour intubation en séquence rapide plus rapidement que la récupération spontanée de la succinylcholine (18), atténue considérablement les préoccupations liées à une durée d'action prolongée.

Parmi les autres agents bloquants neuromusculaires non dépolarisants figurent l'atracurium, le cisatracurium et le vécuronium.

Il est important de faire preuve de prudence chez les patients présentant des comorbidités ou une obésité et ne pouvant pas être ventilés. La priorité dans la prise en charge de ces patients qui ne peuvent pas être ventilés doit porter sur le rétablissement de la perméabilité des voies aériennes et le maintien de l'oxygénation, ce qui inclut un abord chirurgical des voies aériennes, plutôt que de s'appuyer uniquement sur une antagonisation pharmacologique (19).

Anesthésie locale pour l'intubation

L'intubation d'un patient éveillé nécessite une anesthésie du nez et du pharynx. Une préparation commerciale en aérosol de benzocaïne, de tétracaïne et d'aminobenzoate de butyle (butamben) est disponible (20). En alternative, de la lidocaïne à 4% peut être nébulisée et inhalée via un masque facial. La prudence est de mise lorsque la benzocaïne est utilisée car elle peut provoquer une méthémoglobinémie (21).

Sédation et analgésie post-intubation

Les médicaments appropriés doivent également être immédiatement disponibles pour la sédation et l'analgésie post-intubation. Des associations d'opioïdes et de benzodiazépines (p. ex., fentanyl et midazolam) peuvent être rapidement administrées en bolus. Une perfusion continue de sédatifs tels que le propofol ou la dexmédétomidine peut également être utilisée.

Après l'intubation et la réanimation initiales, les recommandations de pratique clinique préconisent l'utilisation d'une sédation légère (plutôt qu'une sédation profonde) chez les patients adultes en état critique et recommandent l'utilisation du propofol ou de la dexmédétomidine plutôt que des benzodiazépines (22). Les benzodiazépines sont associées à une incidence plus élevée de syndrome confusionnel.

Références

  1. 1. Acquisto NM, Mosier JM, Bittner EA, et al. Society of Critical Care Medicine Clinical Practice Guidelines for Rapid Sequence Intubation in the Critically Ill Adult Patient. Crit Care Med. 2023;51(10):1411-1430. doi:10.1097/CCM.0000000000006000

  2. 2. Casey JD, Seitz KP, Driver BE, et al. Ketamine or Etomidate for Tracheal Intubation of Critically Ill Adults. N Engl J Med. 2026;394(16):1608-1620. doi:10.1056/NEJMoa2511420

  3. 3. Kotani Y, Piersanti G, Maiucci G, et al. Etomidate as an induction agent for endotracheal intubation in critically ill patients: A meta-analysis of randomized trials. J Crit Care. 2023;77:154317. doi:10.1016/j.jcrc.2023.154317

  4. 4. Kotani Y, Russotto V. Induction Agents for Tracheal Intubation in Critically Ill Patients. Crit Care Med. 2025;53(1):e173-e181. doi:10.1097/CCM.0000000000006506

  5. 5. Teong CY, Huang CC, Sun FJ. The Haemodynamic Response to Endotracheal Intubation at Different Time of Fentanyl Given During Induction: A Randomised Controlled Trial. Sci Rep. 2020;10(1):8829. doi:10.1038/s41598-020-65711-9

  6. 6. Tammen AJ, Brescia D, Jonas D, Hodges JL, Keith P. Fentanyl-Induced Rigid Chest Syndrome in Critically Ill Patients. J Intensive Care Med. 2023;38(2):196-201. doi:10.1177/08850666221115635

  7. 7. Matchett G, Gasanova I, Riccio CA, et al. Etomidate versus ketamine for emergency endotracheal intubation: a randomized clinical trial. Intensive Care Med. 2022;48(1):78-91. doi:10.1007/s00134-021-06577-x

  8. 8. Lasa JJ, Dhillon GS, Duff JP, et al. Part 8: Pediatric Advanced Life Support: 2025 American Heart Association and American Academy of Pediatrics Guidelines for Cardiopulmonary Resuscitation and Emergency Cardiovascular Care. Pediatrics. 2026;157(1):e2025074351. doi:10.1542/peds.2025-074351

  9. 9. Lundstrøm LH, Duez CHV, Nørskov AK, et al. Effects of avoidance or use of neuromuscular blocking agents on outcomes in tracheal intubation: a Cochrane systematic review. Br J Anaesth. 2018;120(6):1381-1393. doi:10.1016/j.bja.2017.11.106

  10. 10. Vanlinthout LE, Geniets B, Driessen JJ, et al. Neuromuscular-blocking agents for tracheal intubation in pediatric patients (0-12 years): A systematic review and meta-analysis. Paediatr Anaesth. 2020;30(4):401-414. doi:10.1111/pan.13806

  11. 11. Plaud B, Baillard C, Bourgain JL, et al. Guidelines on muscle relaxants and reversal in anaesthesia. Anaesth Crit Care Pain Med. 2020;39(1):125-142. doi:10.1016/j.accpm.2020.01.005

  12. 12. Blanié A, Ract C, Leblanc PE, et al. The limits of succinylcholine for critically ill patients. Anesth Analg. 2012;115(4):873-879. doi:10.1213/ANE.0b013e31825f829d

  13. 13. Cooperman LH. Succinylcholine-induced hyperkalemia in neuromuscular disease. JAMA. 1970;213(11):1867-1871.

  14. 14. Hirshey Dirksen SJ, Larach MG, Rosenberg H, et al. Special article: Future directions in malignant hyperthermia research and patient care. Anesth Analg. 2011;113(5):1108-1119. doi:10.1213/ANE.0b013e318222af2e

  15. 15. Rosenberg H, Davis M, James D, Pollock N, Stowell K. Malignant hyperthermia. Orphanet J Rare Dis. 2007;2:21. doi:10.1186/1750-1172-2-21

  16. 16. Schreiber JU, Lysakowski C, Fuchs-Buder T, Tramèr MR: Prevention of succinylcholine-induced fasciculation and myalgia: a meta-analysis of randomized trials. Anesthesiology. 2005;103(4):877-884. doi:10.1097/00000542-200510000-00027

  17. 17. Czarnetzki C, Albrecht E, Masouyé P, et al. Rapid Sequence Induction With a Standard Intubation Dose of Rocuronium After Magnesium Pretreatment Compared With Succinylcholine: A Randomized Clinical Trial. Anesth Analg. 2021;133(6):1540-1549. doi:10.1213/ANE.0000000000005324

  18. 18. Abrishami A, Ho J, Wong J, Yin L, Chung F. Sugammadex, a selective reversal medication for preventing postoperative residual neuromuscular blockade. Cochrane Database Syst Rev. 2009;(4):CD007362. doi:10.1002/14651858.CD007362.pub2

  19. 19. Abou Nafeh NG, Aouad MT, Khalili AF, Serhan FG, Sokhn AM, Kaddoum RN. Use of Sugammadex in "Cannot Intubate, Cannot Ventilate" Scenarios: A Systematic Review of Case Reports. Anesth Analg. 2025;140(4):931-937. doi:10.1213/ANE.0000000000007199

  20. 20. Hersh EV, Secreto S, Wang S, et al. A Proof-of-concept Study Using Quantitative Sensory Threshold Analysis to Compare Two Intraoral Topical Anesthetics. Clin Ther. 2019;41(2):291-302. doi:10.1016/j.clinthera.2018.12.009

  21. 21. Wills BK, Cumpston KL, Downs JW, Rose SR. Causative Agents in Clinically Significant Methemoglobinemia: A National Poison Data System Study. Am J Ther. 2020;28(5):e548-e551. doi:10.1097/MJT.0000000000001277

  22. 22. Devlin JW, Skrobik Y, Gélinas C, et al. Clinical Practice Guidelines for the Prevention and Management of Pain, Agitation/Sedation, Delirium, Immobility, and Sleep Disruption in Adult Patients in the ICU. Crit Care Med. 2018;46(9):e825-e873. doi:10.1097/CCM.0000000000003299

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