L'irrigation oculaire permet d'éliminer les particules et les produits chimiques nocifs de la conjonctive et de la cornée. L'éversion des paupières permet d'exposer la conjonctive et le cul-de-sac palpébral supérieurs, et d'identifier les corps étrangers dans ces zones.
L'éversion et l'irrigation des paupières sont fréquemment effectuées ensemble pour s'assurer que les substances particulaires et les irritants chimiques sont éliminés de toute la surface oculaire.
Indications de l'irrigation oculaire et de l'éversion des paupières
Les lésions chimiques de l'œil (les brûlures chimiques caustiques constituent une urgence médicale; l'irrigation doit commencer dès que possible, avec rinçage sur place avec de l'eau du robinet (1, 2) ou toute eau propre disponible, avant même l'arrivée de l'aide médicale)
Retrait de petites particules de l'œil
Traitement de la sensation de corps étranger quand aucune particule n'est visible (parfois avec succès)
Contre-indications à l'irrigation oculaire et à l'éversion des paupières
Contre-indications absolues
Aucune
Contre-indications relatives
En cas de suspicion de perforation oculaire, l'irrigation doit être différée jusqu'à ce qu'un examen oculaire professionnel puisse être effectué. S'il est possible que la cornée présente une lésion profonde ou un corps étranger, l'irrigation à l'aide d'une lentille sclérale peut provoquer des lésions supplémentaires et ne doit pas être effectuée.
Complications de l'irrigation oculaire et de l'éversion des paupières
La cornée ou la conjonctive peuvent être abrasées mécaniquement par l'extrémité d'une tubulure intraveineuse, par une lentille sclérale ou par un jet d'irrigation dirigé directement sur la cornée.
Équipement pour effectuer une irrigation oculaire et une éversion des paupières
Solution d'irrigation (p. ex., une solution physiologique normale [0,9%], lactate de Ringer) (3) réchauffée lorsque cela est possible; plusieurs litres peuvent être nécessaires en cas d'irrigation prolongée
Tubulure et potence IV
Bassin de drainage et serviettes pour recueillir l'écoulement du liquide d'irrigation
Protection du visage/des yeux, gants et blouse pour le(s) opérateur(s)
Anesthésique local (p. ex., gouttes ophtalmologiques à la proparacaïne à 0,5%); parfois pour une irrigation prolongée, ajouter 10 mL de lidocaïne à 1% à chaque litre de solution d'irrigation
Papier pH ou bandelettes de test pH
Tampons de gaze, écarteurs de paupière
Ecouvillons
Lentille sclérale (d'irrigation)
Considérations supplémentaires concernant l'irrigation oculaire et l'éversion des paupières
Les patients exposés à des produits chimiques peuvent avoir d'autres brûlures chimiques graves en plus de brûlures oculaires. Les brûlures oculaires doivent être traitées simultanément avec le traitement de ces autres blessures graves.
Demander une consultation ophtalmologique d'urgence en cas de brûlures oculaires graves, en particulier de lésions cornéennes profondes, mais ne pas retarder l'irrigation en attendant l'ophtalmologiste.
Si la gravité d'une lésion oculaire chimique est incertaine, procéder à l'irrigation de l'œil.
Anatomie pertinente pour l'irrigation oculaire et l'éversion des paupières
Les culs-de-sac conjonctivaux inférieurs et supérieurs permettent le libre mouvement des paupières. Les culs-de-sac conjonctivaux supérieurs et inférieurs sont des zones de tissus mous des paupières supérieures et inférieures, respectivement, qui forment la jonction des conjonctives bulbaires et palpébrales.
L'éversion des paupières supérieures et inférieures est nécessaire pour exposer les culs-de-sac.
Positionnement pour une irrigation oculaire et une éversion des paupières
Placer le patient en décubitus dorsal sur le lit ou sur la civière.
Suspendre les sacs de liquide d'irrigation physiologique plusieurs dizaines de centimètres au-dessus de la tête du patient (le débit du liquide dépend de cette hauteur).
Placer un bassin de drainage en plastique sous l'œil du patient pour recueillir le liquide d'irrigation et des serviettes sur la civière.
Un assistant peut aider à rétracter les paupières pendant l'irrigation et doit se tenir du côté opposé de la civière.
Description étape par étape de l'irrigation oculaire et de l'éversion des paupières
L'irrigation immédiate des brûlures oculaires chimiques est l'objectif primordial des soins. Reporter les autres parties de l'évaluation et du traitement, même les tâches préliminaires normales, dont l'examen externe de l'œil et une évaluation rudimentaire de l'acuité visuelle, après l'irrigation.
Dans la mesure du possible, vérifier le pH de l'œil avant d'irriguer en touchant le cul-de-sac inférieur avec un morceau de papier pH ou une bandelette pH d'une bandelette urinaire. Si le papier pH n'est pas immédiatement disponible, vérifier le pH dès que possible après le début de l'irrigation. Le pH normal de l'œil, mesuré avec le papier pH, est d'environ 7,0.
Demander au patient de regarder vers le haut, puis placer une goutte d'anesthésique oculaire topique dans le cul-de-sac inférieur de l'œil affecté. Demander au patient de garder l'œil fermé jusqu'au début de l'irrigation afin de conserver la goutte anesthésique. Il peut être nécessaire de ré-instiller les gouttes toutes les 5 à 10 minutes pendant l'irrigation.
S'il y a un risque que des particules soient présentes dans l'œil et qu'une exposition importante aux produits chimiques est peu probable, les éliminer à l'aide d'un écouvillon en coton humidifié avant d'irriguer. Nettoyer les culs-de-sac inférieur et supérieur.
Dans une main, tenir l'extrémité de la tubulure intraveineuse à environ 3 à 5 cm de l'œil. Ouvrir complètement la tubulure pour obtenir un débit d'irrigation optimal.
Diriger le flux d'irrigation sur toute la surface de l'œil, y compris les culs-de-sac inférieur et supérieur ainsi que la cornée. Le flux doit s'écouler sur la surface et ne doit jamais être dirigé directement vers la cornée.
Rétracter les paupières pour bien irriguer les culs-de-sac. Utiliser la main qui ne tient pas la tubulure IV; ou bien, un assistant, un tampon de gaze dans chaque main, peut rétracter les paupières. Un rétracteur de paupière peut également être utilisé, en particulier en cas de blépharospasme. Un rétracteur de paupière peut provoquer une douleur nécessitant un traitement (généralement traitable par la proparacaïne topique).
Lors du traitement d'une brûlure chimique, rincer également rapidement les surfaces de la peau des paupières et de la région périorbitaire pour éliminer les produits chimiques persistants.
La durée de l'irrigation dépend du scénario clinique, et l'irrigation doit être poursuivie jusqu'à ce que le pH soit normalisé. Dans de nombreux cas, 15 à 20 minutes d'irrigation sont nécessaires et plusieurs litres de liquide d'irrigation sont souvent utilisés. Pour les brûlures par acide, certains experts suggèrent 1 à 2 h d'irrigation (4). Dans le cas de brûlures par des alcalis, il peut être nécessaire de poursuivre l'irrigation pendant plusieurs heures.
Pour une irrigation prolongée (p. ex., > 15 minutes), envisager d'utiliser une lentille sclérale. Envisager d'ajouter 10 mL de lidocaïne à 1% à chaque litre de liquide d'irrigation pour assurer une anesthésie et de passer à un liquide d'irrigation disponible dans le commerce plutôt qu'une solution physiologique ou du lactate de Ringer (3).
Vérifier le pH de l'œil (des yeux) lorsque l'irrigation est terminée. Si le pH n'est pas normal, continuer l'irrigation. Si le pH est normal, le vérifier à nouveau 20 minutes plus tard pour déterminer si l'irrigation doit être relancée, car les produits chimiques peuvent continuer à s'échapper du tissu par lixiviation et modifier ce qui semblait être un pH normalisé.
Éversion de la paupière
Une fois l'irrigation terminée, éverser la paupière supérieure pour s'assurer qu'il n'y a pas de dépôts résiduels dans la conjonctive supérieure.
Tout d'abord, appuyer doucement sur la partie supérieure de la paupière supérieure avec un coton-tige. Ensuite, soulever manuellement le bord de la paupière supérieure en le repliant vers l'arrière sur le coton-tige (c'est-à-dire vers le haut et vers l'arrière vers le front du patient).
Maintenir la paupière éversée en place en plaçant le coton-tige sur la conjonctive éversée.
En particulier si un ou plusieurs corps étrangers sont suspectés, exposer le cul-de-sac supérieur par double éversion de la paupière (c'est-à-dire en éversant d'abord la paupière, puis en insérant un coton-tige sous la paupière éversée et en le soulevant jusqu'à ce que le cul-de-sac soit visible).
Balayer les culs-de-sac inférieur et supérieur pour éliminer toutes les particules visibles ainsi que les particules résiduelles invisibles.
La lentille sclérale
Utiliser une lentille sclérale si une irrigation prolongée est nécessaire, comme chez les patients présentant des brûlures alcalines importantes. Les lentilles sclérales n'irriguant pas vigoureusement et ne pouvant pas irriguer complètement les culs-de-sac, ne les utiliser qu'après une irrigation manuelle avec au moins un litre de solution physiologique. S'il y a un risque de perforation de l'œil, ou si la cornée peut présenter une lésion profonde ou un corps étranger, l'irrigation à l'aide d'une lentille sclérale peut provoquer des lésions supplémentaires et ne doit pas être effectuée.
Appliquer un anesthésique local avant de poser la lentille.
Fixer la lentille sur la tubulure de solution physiologique et ouvrir la tubulure intraveineuse pour que le liquide coule lentement à travers le dispositif.
Demander au patient de regarder vers le bas et insérer la lentille sous la paupière supérieure. Ensuite, demander au patient de regarder vers le haut et insérer l'autre moitié de la lentille sous la paupière inférieure.
Une fois la lentille en place, augmenter le débit de solution physiologique à travers le tube.
Les lentilles sclérales peuvent être utilisées pour irriguer les deux yeux simultanément.
Soins de suivi après irrigation oculaire et éversion des paupières
Réaliser un examen ophtalmologique, comprenant une évaluation de l'acuité visuelle, une mesure de la pression intraoculaire et un examen à la lampe à fente de la cornée et de la conjonctive avec coloration à la fluorescéine, pour rechercher une abrasion cornéenne ou des ulcères.
Au besoin (p. ex., brûlures chimiques graves), obtenir une consultation ophtalmologique pour des soins continus ou un suivi dans les 24 h.
Prescrire une lubrification (larmes artificielles et une pommade sans agent de conservation) et des antibiotiques topiques (p. ex., une fluoroquinolone) en cas de lésions bénignes de la cornée résultant d'expositions chimiques mineures (5).
Envisager un pansement oculaire ou des analgésiques systémiques pour soulager la douleur, ainsi qu'un cycloplégique (homatropine 5% ou cyclopentolate 1% 2 fois/jour; éviter la phényléphrine car elle peut provoquer une vasoconstriction et augmenter l'ischémie).
Demander au patient de retourner au service d'urgence dans les 24 h si les symptômes ne s'améliorent pas ou s'aggravent.
Références
1. Chau JP, Lee DT, Lo SH. A systematic review of methods of eye irrigation for adults and children with ocular chemical burns. Worldviews Evid Based Nurs. 2012;9(3):129-138. doi:10.1111/j.1741-6787.2011.00220.x
2. Ikeda N, Hayasaka S, Hayasaka Y, et al. Alkali burns of the eye: effect of immediate copious irrigation with tap water on their severity. Ophthalmologica. 2006;220(4):225-228. doi:10.1159/000093075
3. Herr RD, White GL Jr, Bernhisel K, et al. Clinical comparison of ocular irrigation fluids following chemical injury. Am J Emerg Med. 1991;9(3):228-231. doi:10.1016/0735-6757(91)90082-u
4. Saari KM, Leinonen J, Aine E. Management of chemical eye injuries with prolonged irrigation. Acta Ophthalmol Suppl. 1984;161:52-59. doi:10.1111/j.1755-3768.1984.tb06784.x
5. Al-Moujahed A, Chodosh J. Outcomes of an algorithmic approach to treating mild ocular alkali burns. JAMA Ophthalmol. 2015;133(10):1214-1216. doi:10.1001/jamaophthalmol.2015.2302



