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Infections à virus Marburg et Ébola

Par

Thomas M. Yuill

, PhD,

  • Department of Pathological Sciences
  • University of Wisconsin-Madison

Dernière révision totale mars 2020| Dernière modification du contenu mars 2020
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Le virus Marburg et le virus Ébola sont des filovirus qui entraînent des hémorragies, la défaillance de nombreux organes, avec une mortalité élevée. Le diagnostic repose sur les techniques ELISA (enzyme-linked immunosorbent assay), PCR (polymerase chain reaction) ou la microscopie électronique. Le traitement est un traitement de support. Un isolement strict et des mesures de quarantaine sont nécessaires pour contenir les épidémies.

Les virus Marburg et Ébola sont des filovirus filamenteux distincts, mais les maladies qu'ils causent sont cliniquement similaires et sont caractérisées par des fièvres hémorragiques et une fuite capillaire. L'infection par le virus Ebola est légèrement plus virulente que l'infection par le virus de Marburg.

Les isolats de virus Ebola ont été différenciés en 5 espèces:

  • Virus Ebola Zaïre

  • Virus Ebola Soudan

  • Virus Ebola forêt de Taï (anciennement, virus Ebola de Côte d'Ivoire [la forêt de Taï se trouve en Côte d'Ivoire])

  • Virus Ebola Bundibugyo

  • Virus Ebola Reston (qui est présent en Asie, mais ne provoque pas de maladie chez l'homme)

La plupart des précédentes épidémies d'infections à virus Marburg et Ebola se sont produites en Afrique centrale et occidentale subsaharienne. Par le passé, les épidémies ont été rares et sporadiques; elles ont été contenues en partie car elles ont eu lieu dans des zones isolées. La propagation à d'autres régions, quand elle se produit, est souvent provoquée par des voyageurs de retour d'Afrique. Cependant, en 1967, une petite épidémie de fièvre hémorragique est survenue en Allemagne et en Yougoslavie parmi les travailleurs de laboratoire qui avaient été exposés à des tissus de singes verts importés.

En décembre 2013, une importante épidémie de virus Ebola a commencé en Guinée rurale (Afrique de l'Ouest) et s'est ensuite propagée aux régions urbaines densément peuplées de Guinée et du Libéria et du Sierra Leone voisins. Elle a d'abord été identifiée en mars 2014. A ce jour, elle a touché des milliers de personnes et la mortalité est d'environ 59%. Des voyageurs infectés ont propagé le virus Ebola au Nigeria, en Europe et en Amérique du Nord. Des cas d'Ebola ont continué de se produire au cours des premiers mois de l'année 2016; Ebola a finalement été déclaré comme éradiqué en Sierra Leone en mars 2016, en Guinée en mai 2016 et au Liberia en juin 2016. En 2017, une petite épidémie a été signalée dans une région reculée de la République démocratique du Congo (RDC); l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré la fin de cette épidémie le 2 juillet 2017 (1). En mai 2018, une autre épidémie s'est produite en République démocratique du Congo (RDC) et, en février 2020, elle est encore en cours (2).

Transmission des virus Marburg et Ebola

Dans la majeure partie des premiers cas, on retrouve une exposition à des singes originaires en Afrique subsaharienne. Le vecteur et le réservoir ne sont pas précisément connus, bien que le virus Marburg ait été identifié chez les chauves-souris et que des cas soient survenus chez des personnes exposées à des chauves-souris (p. ex., dans les mines ou les grottes). Les épidémies de virus Ebola ont été liées à la consommation de viande provenant d'animaux sauvages dans les zones touchées (viande de brousse) ou de soupe à base de chauves-souris. Des infections à virus Ebola et Marburg ont également eu lieu après la manipulation de tissus provenant d'animaux infectés.

Les Filovirus sont très contagieux. La transmission interhumaine se produit via le contact avec la peau et les muqueuses avec les liquides corporels (salive, sang, vomissements, urine, selles, sueur, lait maternel, sperme) d'une personne symptomatique infectée ou rarement d'un primate non humain. Les humains ne sont pas contagieux jusqu'à ce qu'ils développent des symptômes. La symptomatologie persiste chez les patients survivants tant que ne se sera pas développée une réponse immunitaire efficace. Habituellement, les patients qui survivent éliminent complètement le virus et ne le transmettent plus; cependant, le virus Ebola peut persister dans certains sites immuno-privilégiés (les yeux, le cerveau, les testicules). Le virus peut réapparaître à partir de ces sites et provoquer des séquelles ou une rechute tardives et on suspecte une transmission sexuelle des survivants vers des sujets sensibles.

La transmission du virus de Marburg par le sperme infecté a été documentée jusqu'à 7 semaines après la guérison clinique (3). Le matériel génétique du virus Ebola a persisté pendant un an ou plus dans le sperme de 63% des hommes guéris du virus Ebola. Cependant, les tests ne peuvent pas déterminer si le virus Ebola vivant est présent et en mesure de propager la maladie. Cependant, un homme a transmis le virus à son partenaire de > 500 jours après le premier symptôme de l'infection, ce qui indique que le virus infectieux peut persister et être transmis. Il est possible que le virus Ebola soit transmis par contact sexuel ou autre contact avec du sperme (4).

Une transmission par aérosols a été évoquée; cependant, si elle se produit, elle est probablement rare.

La transmission au cours d'une épidémie est principalement interhumaine, résultant d'un contact étroit avec le sang, les sécrétions, d'autres liquides corporels, ou des organes de sujets infectés. Les rituels funéraires, au cours desquels le corps est lavé et dans lesquels les proches endeuillés ont un contact direct avec le défunt, ont joué un rôle important dans la transmission de l'infection.

Références générales

Symptomatologie

Les symptômes de l'infection à virus Ebola et Marburg sont très similaires.

Après une période d'incubation de 2 à 20 jours, une fièvre, des myalgies et des céphalées apparaissent, souvent accompagnées de douleurs abdominales, de nausées, de vomissements et des symptômes au niveau des voies respiratoires supérieures (toux, douleur thoracique, pharyngite). Il peut s'y ajouter une photophobie, des hémorragies conjonctivales, un ictère, des adénopathies. Des vomissements et une diarrhée peuvent bientôt suivre. Un syndrome confusionnel, un état stuporeux et un coma peuvent survenir, indiquant une atteinte du système nerveux central.

Les symptômes hémorragiques débutent les premiers jours et comprennent des pétéchies, des ecchymoses et une hémorragie franche autour du point de perforation et au niveau des muqueuses. Une éruption maculopapuleuse, principalement sur le tronc apparaît vers le 5e jour.

Une hypovolémie sévère peut se développer, résultant de

  • Perte liquidienne importante en raison de diarrhées et de vomissements

  • Fuite capillaire, qui entraîne une hypoalbuminémie et la perte de liquide intravasculaire

La perte d'électrolytes peut causer de graves hyponatrémies, hypokaliémies, et hypocalcémies. Des troubles du rythme cardiaque peuvent survenir.

Au cours de la 2e semaine, soit le patient devient apyrétique et s'oriente vers la guérison, soit il développe une défaillance multiviscérale fatale. La guérison est lente et peut être compliquée d'hépatite récidivante, de myélite transverse et d'orchite. La mortalité est comprise entre 25 et 90%.

Des lésions oculaires (p. ex., cataracte grave chez l'enfant) peuvent se développer après la guérison de l'infection par le virus Ebola. Chez un adulte, une uvéite aiguë unilatérale aiguë s'est développée pendant la phase de convalescence après l'infection.

Une étude de suivi récente réalisée chez des patients en convalescence après une infection par le virus Ebola a révélé que de nombreux survivants présentaient des limitations majeures de la cognition et de la vision ainsi que de la mobilité en raison de douleurs articulaires (1).

Le virus Ebola peut persister dans le système nerveux central et finalement provoquer une rechute.

Référence pour la symptomatologie

  • 1. Jagadesh S, Sevalie S, Fatoma R, et al: Disability among Ebola survivors and their close contacts in Sierra Leone: A retrospective case-controlled cohort study. Clin Infect Dis 66 (1):131–133, 2018. doi: 10.1093/cid/cix705.

Diagnostic

  • Bilan et tests selon les directives du CDC (Centers for Disease Control and Prevention)

  • Test par méthode immuno-enzymatique ELISA et reverse transcriptase-PCR

L'infection par les virus Marburg ou Ébola est suspectée en présence d'une tendance hémorragique, d'une fièvre ou d'autres symptômes compatibles avec une infection précoce par filovirus et en cas de retour de voyage dans les zones d'endémie. Le Centers for Disease Control and Prevention a publié des lignes directrices pour l'évaluation des voyageurs revenant de zones d'endémie (voir Think Ebola: Early recognition). Une approche similaire peut être adoptée en cas de suspicion de virus de Marburg.

Les cas doivent être discutés avec les autorités de santé publique, qui peuvent aider dans tous les aspects de la gestion, dont

  • Décider si le diagnostic doit être recherché

  • Organisation du transport des prélèvements pour des tests

  • Traitement, dont le transport vers les centres sélectionnés et, lorsque cela est indiqué, utilisation de nouvelles thérapies

  • Suivi des contacts

Le test comprend une NFS, des examens biochimiques systématiques, un bilan hépatique, des tests de coagulation et des analyses d'urine. Les tests diagnostiques comprennent les tests ELISA et RT-PCR. Le test de référence est l'observation des virions caractéristiques par microscopie électronique, pratiquée sur des tissus infectés (en particulier hépatiques) ou du sang.

Traitement

  • Soins de support

  • Traitement médicamenteux

Les soins de support comprennent les suivants:

  • Maintien du volume sanguin et de l'équilibre électrolytique

  • Remplacement des facteurs de la coagulation

  • Minimisation des procédures invasives

  • Traitement des symptômes, y compris utilisation d'analgésiques

Des médicaments sont testés dans l'épidémie actuelle d'Ebola dans l'est de la République Démocratique du Congo (RDC). Deux anticorps monoclonaux, REGN-EB3 et mAb-114, administré en une seule perfusion IV, ont démontré une excellente efficacité avec des taux de guérison d'environ 90% en cas de faibles charges virales (ce qui suggère que le traitement a été commencé dans les premiers jours après l'infection). Ceci est à comparer à un taux de mortalité qui est estimé à plus de 70% chez les patients non traités et non vaccinés et représente une amélioration significative par rapport aux médicaments expérimentaux antérieurs contre Ebola (ZMapp, remdesivir). REGN-EB3 et mAb-114 seront désormais proposés à tous les patients infectés par le virus Ebola dans l'épidémie actuelle en République Démocratique du Congo (RDC).

Jusqu'à ce que les deux anticorps monoclonaux ou d'autres neutralisent le virus de Marburg, il n'y avait pas de traitement efficace de cette infection virale.

Prévention

Plusieurs vaccins font actuellement l'objet d'essais cliniques. Un vaccin contre Ebola, rVSV-ZEBOV, est utilisé dans l'épidémie actuelle en République Démocratique du Congo (RDC) avec de bons résultats et a été utilisé avec succès à une échelle limitée à la fin de l'épidémie d'Ebola de 2016 en Afrique de l'Ouest. Le vaccin contre le virus Ebola rVSV-ZEBOV a été approuvé par l'US Food and Drug Administration en décembre 2019 pour une utilisation chez les personnes de 18 ans et plus. Le ministère de la Santé de la République Démocratique du Congo (RDC) a approuvé l'utilisation d'une deuxième association vaccinale de Ad26.ZEBOV et de MVA-BN-Filo dans le pays en dehors de la zone épidémique.

Pour prévenir la propagation, les patients symptomatiques qui ont une infection possible par le virus Ebola ou Marburg doivent être isolés dans des installations de confinement dédiées. Les unités de soins intensifs standards (USI) des hôpitaux publics ne sont pas adaptée. Des installations de confinement spéciales permettent le contrôle total des produits liquides effluents et respiratoires.

Les membres du personnel en contact avec les patients doivent être entièrement recouverts de protection avec confinement interne des gaz respiratoires. Des membres du personnel formés doivent être disponibles pour aider les personnes en contact avec les patients à retirer les vêtements de protection. Les protocoles pour enfiler et enlever le masque, les lunettes ou les masques, les blouses et les gants doivent être suivis (voir le Centers for Disease Control and Prevention: Sequence for Donning Personal Protective Equipment).

Une stérilisation complète des équipements, la fermeture des hôpitaux et l'information sanitaire ont réduit les épidémies précédentes.

Tous les cas suspectés y compris leurs cadavres doivent être strictement isolés et manipulés avec des précautions particulières.

Les virus Marburg et Ebola pouvant persister dans le sperme et être transmis sexuellement, l'OMS recommande aux patients infectés et à leur partenaire sexuel de s'abstenir de tout type de rapports sexuels ou d'utiliser des préservatifs de manière correcte et cohérente jusqu'à ce que l'un des événements suivants se produise:

  • Jusqu'à ce que 2 tests viraux soient négatifs

  • Si le test n'est pas disponible, jusqu'à ≥ 12 mois ont passé depuis l'apparition des symptômes

Points clés

  • Les virus Ebola et Marburg, bien que distincts, provoquent des fièvres hémorragiques semblables; les épidémies sont perpétuées principalement par la transmission interhumaine par contact avec les liquides corporels infectés, les organes de personnes infectées ou des cadavres.

  • Suspecter une infection par les virus Marburg ou Ébola en cas de tendance hémorragique, de fièvre, d'autres symptômes compatibles et de voyage dans les zones d'endémies.

  • Isoler les patients chez qui on suspecte une infection dans des installations de confinement réservées et utiliser des procédures strictes pour protéger les soignants de ces patients.

  • Les vaccins contre Ebola sont en cours de développement; l'un est actuellement utilisé en routine en République Démocratique du Congo.

  • Planifier le diagnostic, la prise en charge et la prévention de la transmission avec les autorités de santé publique.

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