Ehrlichiose et anaplasmose

Examen complet: juin 2026 ParWilliam A. Petri, Jr, MD, PhD, University of Virginia School of Medicine | Examen par des pairs réalisé parBrenda L. Tesini, MD, University of Rochester School of Medicine and Dentistry
Dernière mise à jour: juin 2026
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L'ehrlichiose et l'anaplasmose sont des maladies zoonotiques à transmission vectorielle dues à des bactéries apparentées aux rickettsies. L'ehrlichiose est principalement causée par Ehrlichia chaffeensis, et les cerfs en sont le réservoir animal. L'anaplasmose est causée par Anaplasma phagocytophilum, et les rongeurs en sont le réservoir. Toutes deux sont transmises aux humains par les tiques. Les symptômes ressemblent à ceux de la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses, mais l'éruption cutanée est beaucoup moins fréquente. Le début de la maladie est brutal avec fièvre, frissons, céphalées et une sensation de malaise. Le diagnostic repose sur la réaction en chaîne par polymérase; les tests sérologiques peuvent confirmer l'infection, mais ne sont pas utiles en phase aiguë. L'immunohistochimie sur tissu biopsié constitue un test complémentaire. Le traitement est la doxycycline.

L'ehrlichiose et l'anaplasmose sont des maladies zoonotiques à transmission vectorielle. À l'instar des maladies rickettsiennes, elles appartiennent à l'ordre des Rickettsiales; toutefois, elles relèvent de la famille des Anaplasmataceae (plutôt que des Rickettsiaceae, famille des maladies rickettsiennes).

Ehrlichia et Anaplasma sont toutes deux des bactéries intracellulaires obligatoires qui envahissent leurs cellules hôtes cibles, s'y répliquent et finalement les détruisent. La différence de cellule cible principale pour ces maladies (dans l'ehrlichiose, les monocytes; dans l'anaplasmose, les granulocytes) n'entraîne que des différences mineures dans les manifestations cliniques.

Ehrlichiosis chaffeensis est la cause de l'ehrlichiose monocytaire humaine. Aux États-Unis, la plupart des cas d'ehrlichiose monocytaire ont été identifiés dans les régions du Sud-est et du Centre-Sud, où son arthropode vecteur Amblyomma americanum (la tique Lone Star [étoilée]) est endémique (voir aussi Amblyomma spp of Ticks). L'incidence moyenne de l'ehrlichiose est de 0,08 cas/million d'habitants; le Missouri et l'Arkansas présentent les nombres de cas déclarés les plus élevés. L'incidence a été multipliée par plus de 10 depuis l'an 2000, avec des baisses en 2020 et 2021 attribuables à la pandémie de COVID-19 (1). En 2023, 1907 cas ont été signalés (1). L'incidence est moins bien caractérisée en dehors de l'Amérique du Nord (2).

Anaplasma phagocytophilum est responsable de l'anaplasmose granulocytaire humaine. Aux États-Unis, cette maladie est présente dans les régions du Nord-Est, du Médio-Atlantique, du Haut-Midwest et de la côte Ouest, où son arthropode vecteur (les tiques ixodidées) est endémique. La majorité des infections à Anaplasma surviennent en Amérique du Nord; cependant, des cas ont été signalés sur tous les continents, y compris en Antarctique (3). La maladie de Lyme, la babésiose et le virus Powassan partagent la même tique vectrice et la même zone d'endémie, et parfois les patients contractent des co-infections après une morsure de tique porteuse de plus d'un type de micro-organisme. Plusieurs cas d'anaplasmose ont été rapportés après des transfusions de sang provenant de donneurs asymptomatiques ou présentant une infection aiguë. L'incidence de l'anaplasmose a augmenté chaque année aux États-Unis depuis 1999, date à laquelle la déclaration obligatoire a été instaurée, à l'exception d'une baisse en 2020 attribuée à la pandémie de COVID-19. En 2023, 7280 cas ont été signalés (4).

Les deux infections sont les plus susceptibles de se développer entre le printemps et la fin de l'automne, période à laquelle les tiques sont les plus actives.

L'ehrlichiose et l'anaplasmose sont plus sévères et présentent un taux de mortalité plus élevé chez les patients immunodéprimés (2).

L'ehrlichiose et l'anaplasmose sont toutes deux des maladies à déclaration obligatoire au niveau national aux États-Unis (5, 6).

Conseils et pièges à éviter

  • Comme la maladie de Lyme, la babésiose et le virus Powassan partagent la même tique vectrice et la même zone d'endémie que l'anaplasmose, les tiques (et donc les personnes qu'elles mordent) peuvent être co-infectées par plus d'un type de micro-organisme.

Pour les maladies vétérinaires apparentées causées par les espèces Ehrlichia et Anaplasma, voir Ehrlichiosis in Dogs, Potomac Horse Fever, Equine Granulocytic Anaplasmosis et Anaplasmosis in Ruminants.

Références générales

  1. 1. CDC. Ehrlichiosis Epidemiology and Statistics. February 12, 2025. Accessed January 2, 2026.

  2. 2. Gygax L, Schudel S, Kositz C, Kuenzli E, Neumayr A. Human monocytotropic ehrlichiosis-A systematic review and analysis of the literature. PLoS Negl Trop Dis. 2024;18(8):e0012377. Published 2024 Aug 2. doi:10.1371/journal.pntd.0012377

  3. 3. Schudel S, Gygax L, Kositz C, Kuenzli E, Neumayr A. Human granulocytotropic anaplasmosis-A systematic review and analysis of the literature. PLoS Negl Trop Dis. 2024;18(8):e0012313. Published 2024 Aug 5. doi:10.1371/journal.pntd.0012313

  4. 4. CDC. Epidemiology and Statistics. March 3, 2025. Accessed January 5, 2026.

  5. 5. CDC. Ehrlichiosis: Information for Public Health Officials. May 15, 2024. Accessed January 5, 2026.

  6. 6. CDC. Anaplasmosis: Information for Public Health Officials. May 15, 2024. Accessed January 5, 2026.

Symptomatologie de l'ehrlichiose et de l'anaplasmose

Les manifestations cliniques de l'ehrlichiose et de l'anaplasmose sont généralement similaires. Bien que certaines infections soient asymptomatiques, la plupart provoquent l'apparition brutale d'une maladie fébrile non spécifique avec fièvre, frissons, myalgies, faiblesse, nausées, vomissements, toux, céphalées et sensation de malaise, débutant habituellement environ 9 jours (extrêmes de 5 à 14 jours) après la morsure de tique (1).

L'éruption cutanée est rare dans l'anaplasmose. Certains patients infectés par E. chaffeensis développent une éruption cutanée maculo-papuleuse ou pétéchiale sur le tronc et les extrémités. L'escarre est habituellement absente dans les deux infections, contrairement aux rickettsioses.

Les manifestations gastro-intestinales et du système nerveux central sont moins fréquentes dans l'anaplasmose (1).

L'ehrlichiose et l'anaplasmose peuvent entraîner une coagulation intravasculaire disséminée, une défaillance multiviscérale, des convulsions et un coma. L'atteinte du système nerveux central est plus fréquente dans l'ehrlichiose.

Référence pour la symptomatologie

  1. 1. Biggs HM, Behravesh CB, Bradley KK, et al. Diagnosis and Management of Tickborne Rickettsial Diseases: Rocky Mountain Spotted Fever and Other Spotted Fever Group Rickettsioses, Ehrlichioses, and Anaplasmosis - United States. MMWR Recomm Rep. 2016;65(2):1-44. Published 2016 May 13. doi:10.15585/mmwr.rr6502a1

Diagnostic de l'ehrlichiose et de l'anaplasmose

  • Test de diagnostic moléculaire (réaction en chaîne par polymérase [PCR]) sur un échantillon sanguin

  • Parfois tests sérologiques

  • Parfois immunohistochimie

  • Examens biologiques pour évaluer les atteintes systémiques (p. ex., numération formule sanguine, bilan métabolique complet)

Le test PCR sur sang total pour la détection d'ADN spécifique du pathogène est sensible et spécifique pour la détection d'E. chaffeensis et d'A. phagocytophilum, et permet un diagnostic rapide (1, 2).

Des tests sérologiques sont disponibles, mais nécessitent la comparaison de titrages successifs; ainsi, la confirmation de l'infection peut prendre du temps. La sérologie est fréquemment négative dans les 10 premiers jours de la maladie et n'est donc pas utile en phase aiguë (1).

L'examen microscopique du frottis sanguin périphérique peut révéler des inclusions cytoplasmiques dans les monocytes (ehrlichiose) ou dans les neutrophiles (anaplasmose). Les inclusions cytoplasmiques sont plus fréquemment observées dans l'anaplasmose.

L'immunohistochimie sur biopsie cutanée, tissulaire ou médullaire peut également contribuer au diagnostic (1). 

Des examens sanguins et hépatiques peuvent détecter des anomalies hématologiques et hépatiques, telles qu'une anémie, une leucopénie, une thrombopénie et une élévation des aminotransférases.

(Voir également la vidéo des CDC intitulée Rickettsial Disease Diagnostic Testing and Interpretation for Healthcare Providers.)

Références pour le diagnostic

  1. 1. CDC. Tickborne Diseases of the United States: A Reference Manual for Healthcare Providers. Sixth edition, 2022.

  2. 2. Miller JM, Binnicker MJ, Campbell S, et al. A Guide to Utilization of the Microbiology Laboratory for Diagnosis of Infectious Diseases: 2018 Update by the Infectious Diseases Society of America and the American Society for Microbiology. Clin Infect Dis. 2018;67(6):e1-e94. doi:10.1093/cid/ciy381

Traitement de l'ehrlichiose et de l'anaplasmose

  • Doxycycline

Chez les patients présentant une symptomatologie caractéristique dans des zones endémiques, notamment ceux ayant subi une piqûre de tique récente connue, un traitement empirique de l'ehrlichiose et de l'anaplasmose doit être instauré avant le retour des résultats biologiques. Lorsque le traitement est précoce, les patients répondent vite et bien.

La doxycycline est le traitement de première intention pour l'ehrlichiose et l'anaplasmose chez les patients de tous âges, y compris les enfants. Le traitement par ce médicament est administré jusqu'à l'amélioration clinique et l'apyrexie pendant 24 à 48 heures. La durée du traitement est de 5 à 7 jours pour l'ehrlichiose; pour l'anaplasmose, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis recommandent un traitement de 10 à 14 jours afin de couvrir une éventuelle co-infection à Borrelia burgdorferi (agent causal de la maladie de Lyme) (1, 2).

En cas d'intolérance à la doxycycline, une désensibilisation est recommandée (3). Le chloramphénicol est inefficace et ne constitue pas une alternative acceptable pour le traitement de l'ehrlichiose ou de l'anaplasmose.

Bien que certaines tétracyclines puissent provoquer une coloration des dents chez les enfants < 8 ans, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) indiquent qu'un traitement par doxycycline est justifié (1, 2). La recherche indique que des traitements courts par la doxycycline (5 à 10 jours, tels qu'utilisés pour les rickettsioses) peuvent être employés chez les enfants sans provoquer de coloration des dents ni d'affaiblissement de l'émail dentaire (4).

Certains patients continuent d'avoir des céphalées, une faiblesse et une sensation de malaise pendant des semaines après un traitement adéquat.

Sous traitement, le taux de létalité des patients atteints d'anaplasmose est d'environ < 1% et celui des patients atteints d'ehrlichiose est d'environ 3% (3). Un retard dans le traitement peut entraîner de graves complications, y compris des surinfections virales et mycosiques, ainsi qu'un risque de décès significativement accru.

Références pour le traitement

  1. 1. Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Clinical Care of Ehrlichiosis. May 15, 2024. Accessed January 5, 2026.

  2. 2. CDC. Clinical Care of Anaplasmosis. January 30, 2025. Accessed January 5, 2026.

  3. 3. Biggs HM, Behravesh CB, Bradley KK, et al. Diagnosis and Management of Tickborne Rickettsial Diseases: Rocky Mountain Spotted Fever and Other Spotted Fever Group Rickettsioses, Ehrlichioses, and Anaplasmosis - United States. MMWR Recomm Rep. 2016;65(2):1-44. Published 2016 May 13. doi:10.15585/mmwr.rr6502a1

  4. 4. CDC. Research: Doxycycline and Tooth Staining. May 15, 2024. Accessed January 2, 2026.

Prévention de l'ehrlichiose et de l'anaplasmose

Aucun vaccin n'est disponible pour prévenir l'ehrlichiose ou l'anaplasmose.

Des mesures peuvent être prises pour éviter les morsures de tiques (1).

Conseils et pièges à éviter

  • Les tiques gorgées de sang doivent être enlevées avec précaution et non écrasées entre les doigts car écraser la tique peut entraîner la transmission de la maladie. Le corps de la tique ne doit pas être saisi ou écrasé. Une traction progressive sur la partie céphalique de la tique avec une petite pince permet de la déloger.

Les mesures de prévention pour empêcher que les tiques atteignent la peau comprennent:

  • Rester sur les chemins et les sentiers

  • Glisser son pantalon dans ses bottes ou ses chaussettes

  • Porter des chemises à manches longues

  • Application sur la peau de répulsifs notamment le diéthyltoluamide (DEET), la picaridine, l'IR3535, l'huile d'eucalyptus citronné (OLE), le para-menthane-diol (PMD) ou la 2-undécanone

  • Traitement des vêtements, chaussures/bottes et équipements à la perméthrine

Pour éviter toute toxicité potentielle, le DEET ne doit pas être utilisé chez les nourrissons de moins de 2 mois, et des concentrations de DEET ≤ 10% doivent être utilisées chez les enfants de moins de 12 ans (2). L'huile d'eucalyptus citronné (OLE) et le para-menthane-diol (PMD) ne doivent pas être utilisés chez les enfants de moins de 3 ans (3). La perméthrine sur les vêtements tue efficacement les tiques. Les recherches fréquentes de tiques, en particulier dans les zones pileuses et chez l'enfant, sont essentielles dans les zones d'endémie.

Les tiques gorgées de sang doivent être enlevées avec précaution et non écrasées entre les doigts car écraser la tique peut entraîner la transmission de la maladie. Le corps de la tique ne doit pas être saisi ou écrasé. Une traction progressive sur la partie céphalique de la tique avec une petite pince permet de la déloger. Le point de fixation (de morsure) et les mains de la personne doivent être désinfectés à l'eau et au savon, avec de l'alcool isopropylique ou un désinfectant pour les mains. La vaseline, les allumettes enflammées et autres irritants ne sont pas efficaces pour retirer les tiques et ne doivent pas être utilisés.

L'élimination complète des populations de tiques n'est souvent pas réalisable à grande échelle, mais leur nombre peut être réduit dans certaines zones (p. ex., résidentielles) au sein des zones endémiques.

Pour créer un environnement résidentiel sûr vis-à-vis des tiques, il est nécessaire d'éliminer leurs habitats et de restreindre l'accès des hôtes en éliminant les broussailles, les hautes herbes et les débris accumulés autour des habitations et des bordures de pelouse (1). Un entretien régulier de la pelouse, comprenant une tonte fréquente et la mise en place d'une barrière de 90 cm de large composée de copeaux de bois ou de gravier entre les pelouses et les zones boisées, est recommandé pour limiter la migration des tiques vers les zones de loisirs. Pour réduire la présence de rongeurs vecteurs de maladies (p. ex., rats, souris) et d'animaux sauvages (p. ex., cerfs, ratons laveurs), le bois de chauffage peut être empilé dans des endroits secs et surélevés. Des clôtures physiques peuvent également être installées. Les équipements de loisirs et le mobilier de jardin doivent être retirés des lisières ombragées de la cour, tout comme les objets encombrants accumulés dans le jardin, afin d'éliminer les refuges potentiels pour les tiques.

Références pour la prévention

  1. 1. Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Preventing Tick Bites. August 28, 2024. Accessed January 5, 2026.

  2. 2. Ho BM, Davis HE, Forrester JD, et al. Wilderness Medical Society Clinical Practice Guidelines for the Prevention and Management of Tick-Borne Illness in the United States. Wilderness Environ Med. 2021;32(4):474-494. doi:10.1016/j.wem.2021.09.001

  3. 3. CDC. Mosquitoes, Ticks, and Other Arthropods. April 23, 2025. Accessed March 5, 2026.

Points clés

  • L'ehrlichiose et l'anaplasmose sont des infections transmises par les tiques apparentées aux rickettsioses.

  • Les caractéristiques cliniques de l'ehrlichiose et de l'anaplasmose sont similaires, habituellement avec l'apparition soudaine d'un syndrome fébrile non spécifique; l'éruption cutanée et les manifestations du système nerveux central sont moins fréquentes dans l'anaplasmose.

  • L'ehrlichiose et l'anaplasmose peuvent entraîner une coagulation intravasculaire disséminée, une défaillance multiviscérale, des convulsions et un coma.

  • Effectuer un test PCR sur le sang, qui est plus sensible et spécifique que les tests sérologiques et peut permettre un diagnostic précoce.

  • Traiter empiriquement par la doxycycline, qu'il est préférable de débuter avant le résultat des examens.

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